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Pink TV, une bonne affaire

L'intérêt de Pink TV, la chaîne homosexuelle qui sera lancée sur le câble le 25 octobre, ne réside pas dans sa programmation, peu originale et truffée de clichés, mais dans le tour de table de ses actionnaires.



(droits réservés)
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Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 28 septembre 2004, le président de Pink TV, Pascal Houzelot, a présenté la grille des programmes de la chaîne homosexuelle qui sera lancée sur le câble le 25 octobre.

Outre les films pornographiques (4 par semaine) et Claire Chazal, Pink TV offrira à ses abonnés des films, des feuilletons, des mangas, des programmes musicaux ainsi qu'un ersatz gay de Nulle Part Ailleurs (le magazine Le Set est présenté ainsi dans la presse communautaire). Une fois passés les vivats des médias, enthousiastes à l'idée d'une chaîne homosexuelle ou agissant aux ordres de leurs actionnaires présents au capital de la chaîne (TF1, Lagardère, M6, Canal +...), il est temps de s'interroger sur Pink TV, son contenu, ses visages, ses parrains.

Ceux qui attendaient un média original et novateur en sont pour leurs frais. Il est même difficile de discerner la spécificité homosexuelle de la chaîne dans une programmation qui fait de Pink TV un clone de Canal + (cinéma, séries, porno, talk-show réputés impertinents). Ainsi, sans doute pour éviter de cantonner son public à l'audience microscopique du cinéma « gay et lesbien », Pink TV diffusera des films « proches de la sensibilité gay », ce qui lui permettra de montrer des chefs-d'oeuvre (Mort à Venise ? Furyo ? Another country ?) déjà largement diffusés à la télévision. Côté séries, Pink TV semble avoir puisé dans les tréfonds des archives de TF1 pour offrir à ses abonnés des feuilletons archi-rediffusés comme Wonder Woman, Super Jaimie, Côte Ouest (le feuilleton qui raconte la vie du frère de Bobby et JR loin de Southfork) ou L'homme de l'Atlantide... Quel est le message à destination des homosexuels ? Qu'ils adorent les kitscheries des années 80 ? Qu'ils vont saliver sur le Patrick Duffy de L'homme de l'Atlantide dans son slip de bain jaune ? Il serait triste que trente ans d'activisme gay aboutissent à une vision aussi réductrice de l'homosexualité... Il en va de même pour la musique classique qui a été estampillée homo par les concepteurs de Pink TV. Il paraît que « la culture classique est très chère à la communauté gay » (1). Ah, bon ?

Dessin de Franck Resplandy
Dessin de Franck Resplandy
Plus que dans sa programmation qui s'affiche gay en usant de clichés éculés, c'est dans le recrutement de ses présentateurs que se niche la pâte homosexuelle de Pink TV. Les pratiques sexuelles des chroniqueurs de la chaîne ont en effet largement pesé dans leur recrutement par Pink TV, comme l'avait expliqué David Dalmasso, ancien directeur des programmes qui a quitté la chaîne avant son lancement, à un journaliste de la presse gay (2) et comme l'a relaté un article d'IB News (3). Depuis la révélation de ce recrutement communautaire et discriminatoire, les responsables de Pink TV préfèrent parler de journalistes choisis pour « leur expertise de l'univers qu'ils traiteront à l'antenne »… Mais ce débouché professionnel offert à une batterie de journalistes militants jusqu'ici confits dans le milieu confidentiel et financièrement exsangue -faute d'un réel lectorat payant- de la presse gay constitue lui aussi une information anecdotique.

Le plus intéressant dans Pink TV, ce sont surtout les actionnaires qui constituent son tour de table : outre Pierre Bergé, actionnaire militant qui finance déjà à fonds perdus le magazine communautaire Têtu, on y trouve TF1 (groupe Bouygues), Canal + (groupe Vivendi), M6 (Albert Frère), Hélios (groupe Lagardère), la Financière Pinault (du milliardaire du même nom)… A défaut de fées, ce sont les seigneurs du CAC 40 qui se sont penchés sur le berceau de Pink TV. Il faut remonter à la création de Canal + ou de feu La Cinq pour trouver un exemple de chaîne de télévision lancée par de si puissants intérêts. Est-ce si surprenant ? Pour ceux qui en sont restés à l'image jaunie d'un mouvement homosexuel se situant à la pointe de la subversion sociale, peut-être. Mais cette belle alliance des fleurons du Grand Capital et du mouvement gay n'étonnera guère ceux qui ont observé la récupération par le marché de la thématique homosexuelle, avec l'assentiment des militants qui prétendent exercer un monopole sur elle ou, plus simplement, qui en vivent. L'intérêt des actionnaires dans cette affaire n'est certes pas financier si l'on en juge à la fois par la maigreur des capitaux investis (12 millions d'euros de budget annuel répartis entre les investisseurs, soit à peine plus que KTO, la chaîne catholique) et l'équilibre financier hasardeux de Pink TV (qui a besoin de 180.000 abonnés à 9 euros par mois alors que, par exemple, Têtu stagne à moins de 50.000 exemplaires vendus 5 euros -soit 1 marcheur de la Gay Pride sur 14-malgré une promotion soutenue). Pourquoi les géants de la communication, qui sont des investisseurs avisés, font-ils le pari de Pink TV alors que les autres tentatives de chaîne homosexuelle dans le monde, qu'il s'agisse de Here aux Etats-Unis ou de Pridevision au Canada, n'ont guère enrichi leurs actionnaires ?

L'intérêt des actionnaires de Pink TV est ailleurs que dans l'équation financière de la chaîne. En investissant dans Pink TV, dont le lancement sera sans doute tonitruant dans les médias, les puissants actionnaires de la chaîne homosexuelle ont acheté à peu de frais un certificat de « modernité » qu'ils ne manqueront pas de présenter dans leur rapport annuel. Pour TF1, qui ne possède que 10% du capital de Pink TV, cet investissement, bienvenu au lendemain de la polémique suscitée par son président Patrick Le Lay avec son « temps de cerveau utile à la publicité », n'aura coûté que 1,2 millions d'euros soit environ 30 minutes de publicité sur TF1… Une broutille pour des groupes qui pourront ainsi entonner le chant de l'émancipation des gays et de « l'égalité des droits » afin de couvrir la complainte des milliers de techniciens précaires rémunérés par la contribuable via le système des intermittents, de pigistes payés au lance-pierres et de stagiaires gratuits qui croupissent sur les plateaux et dans les salles de rédaction des médias dépendant de Vivendi ou Hachette. Le capitalisme moderne est ainsi fait de nos jours : on cotise à la fois au Medef et aux bonnes œuvres d'un mouvement communautaire à tendance victimaire pour apparaître moderne et « éthique » tout en engrangeant des profits record. Et dans le cas de Pink TV, ce sont les militants associatifs qui se sont rués au casting de la chaîne qui sont les idiots utiles du baron Frère et de Lagardère fils.

Au fait, c'est à quelle heure, déjà, la redif de Côte Ouest ?


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(1) Selon Media-G, « l'Observatoire de l'homosexualité dans les médias ».
(2) Pink TV : discrimination à l'embauche des journalistes ?
(3) P. Koch, « J'ai passé le casting de PinkTV », IB News, 1er mars 2004 (article disponible notamment dans la revue de presse de Pink TV présentée sur le site internet de la chaîne www.pinktv.fr).

Voir aussi le débat sur France 2 entre François Devoucoux du Buysson, co-fondateur de l'Observatoire du Communautarisme, et Jacky Fougeray, directeur de la publication du magazine Illico sur le thème : "Y a-t-il une culture homo en France ?" (aller sur l'adresse http://videojts.france2.fr/ à la date du 25 octobre, édition de 13 heures, minutes 25 à 33).

Mardi 12 Octobre 2004
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