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Policières voilées au Royaume-UniDes policières voilées, tout le monde trouve ça normal à Londres. Quand la tolérance devient indifférence à autrui c'est que la société fonctionne suivant un modèle individualiste radical. Il a sa cohérence, il a aussi ses limites. Et il n'a certainement pas notre estime.
(droits réservés)
Au Royaume-Uni, loin, très loin de nos querelles sur le port de « signes religieux ostentatoires », la tolérance aux différences communautaires touche à l'extrême. Le Parisien mentionne aujourd'hui quelques exemples, à commencer par une institutrice officiant dans un quartier de Londres à la population majoritairement originaire du Bangladesh et du Pakistan, qui ne comprendrait pas qu'on lui interdise de remplir sa mission voilée. En fait, c'est elle qui porterait plainte pour discrimination...
« Mais voilà, à Londres, la plus grande liberté est de mise. Il y a des caissières voilées chez Marks & Spencer, et des médecins et infirmières portant le foulard au Royal Hospital de Whitechapel. » (1) Dans la police, les femmes ont même le droit de porter le foulard - et les Sikhs le turban traditionnel - à condition qu'y figure l'insigne de la police... Cet arrangement pour les policières musulmanes, en vigueur depuis 2001, qui ferait hurler à Paris, ne pose naturellement aucun problème à Londres. Pourquoi ? Parce que la société britannique fonctionne sur un modèle individualiste radical : chacun est livré à soi-même, à commencer par les populations immigrantes ; en échange, la régulation sociale s'opère par une tolérance extrême de l'expression des identités minoritaires et des solidarités communautaires. L'intégration s'opère ainsi, bien plus qu'en France, au sein des communautés ethniques composant la population immigrée - Indiens, Pakistanais, Chinois, Tamouls, Antillais, etc. -, qui ont mis en place des systèmes très élaborés de solidarité communautaire dans des espaces délimités qui confinent à l'autarcie. Ce schéma assure grosso modo une forme de paix sociale. Mais une paix fragile qui n'épargne pas certains quartiers d'éruptions sporadiques de violence, en particulier entre les communautés indienne et pakistanaise. Les uns et les autres seraient même des clients particulièrement assidus des armuriers britanniques, « au cas où » comme ils disent... (2) Peut-on alors parler d'ouverture à l'autre, de solidarité, d'échange ? Peut-on se satisfaire de ce confinement dans des « petites sociétés » étanches les unes aux autres et presque closes, du milieu des anciens d'« Oxbridge » à celui des « Pakis » de Bradford ? On opposera un peu rapidement à ce constat la vitrine souriante présentée par quelques films récents (l'excellent Fish and Chips, Joue-la comme Beckham) ou l'étonnante fécondité culturelle et artistique de la capitale du royaume, qui est celle aussi de la world music et de la mode cosmopolite. Mais cette effervescence manifeste est un phénomène élitaire. Ce n'est que l'arbre « bobo » masquant une forêt où il ne fait pas si bon traîner... _____ (1) Jean Robin, Le Parisien, vendredi 28 novembre 2003 (2) www.antac.org/editos/2003/edit_02_03.htm Vendredi 28 Novembre 2003
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