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Rapport 2004 de SOS Homophobie : lecture critique

Le rapport de SOS Homophobie ne rechigne pas à tronquer les chiffres, désigne comme homophobe quiconque s'interroge sur les revendications du mouvement gay et décrit les interventions des militants homosexuels en milieu scolaire.



(droits réservés)
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Le rapport 2004 de SOS Homophobie s'ouvre sur un trucage.

En effet, comme l'a claironné le journal Le Monde (16 juin 2004), SOS Homophobie prétend avoir enregistré en 2003 des témoignages en "forte hausse (+64%)" par rapport à 2002. C'est bien d'y croire... mais c'est faux. Si la journaliste du Monde avait lu attentivement le rapport, elle aurait noté que le mode de calcul a changé d'une année sur l'autre : en 2002, SOS Homophobie annonçait 398 messages téléphoniques reçus sur sa ligne d'appel -chiffre en baisse par rapport à 2001-, et recensait à part les témoignages reçus par courrier et par internet; en 2003, l'association a reçu 468 appels (chiffre comparable à 2001 : 458) mais elle ajoute cette fois les 185 messages reçus par internet pour arriver à un total de 653 témoignages et pouvoir parler de "forte hausse". Ainsi, SOS Homophobie, qui prétend établir des statistiques sérieuses, mélange sans vergogne des carottes et des navets pour façonner sa courbe de croissance annuelle.

Il est vrai que le chiffre de 468 appels reçus (+17% en un an), avait de quoi décevoir SOS Homophobie après une année marquée à la fois par la médiatisation (nombreuses apparitions dans les journaux télévisés en 2003, articles de presse dans la quasi-totalité des grands journaux) et la subvention (Mairie de Paris). 1,3 appels par jour, sans qu'il soit possible de vérifier qu'ils proviennent de personnes différentes, pas de quoi décréter un fléau national ni appeler à la mobilisation nationale. Quand on sait par ailleurs que les témoignages laissés sur le site internet de SOS homophobie sont anonymes, ce qui ne permet pas de vérifier leur véracité, on se dit qu'un minimum de distance critique s'impose devant les statistiques établies par l'association...

Et quiconque a le malheur de pointer du doigt l'absence de rigueur de SOS Homophobie dans sa manipulation des chiffres se voit taxé d'homophobie sans autre forme de procès. A ce titre, l'Observatoire du Communautarisme a l'honneur de se voir consacrer une page entière (la page 41), intitulée une peu hâtivement "Libres expressions homophobes" sans que les Kenneth Starr de la cause gay aient pris la peine d'avancer le moindre fait permettant d'étayer cette grave accusation. Aux yeux de SOS Homophobie, l'Observatoire a commis le crime de livrer une autre analyse de l'agression de Sébastien Nouchet, un homosexuel sauvagement agressé dans le Pas-de-Calais en janvier 2004. L'Observatoire expliquait simplement que ce fait divers exceptionnel démontrait que, en l'état, la loi républicaine permet de punir sévèrement les agresseurs et s'inquiétait du fait que les "homophiles" ont en commun avec les "homophobes" de procéder à une sorte d'homo-réduction en ramenant l'individu à ses pratiques sexuelles et en voyant l'homosexuel avant la personne humaine.

Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Dessin de Franck Resplandy (droits réservés)
Ne pas être d'accord avec SOS Homophobie et douter de l'opportunité de faire voter une loi punissant les actes et les propos homophobes dans un pays où les agressions de ce type sont très exceptionnelles -à tel point qu'elles suscitent une grande émotion dans l'ensemble des couches de la nation, comme pour l'affaire Nouchet- c'est déjà être homophobe aux yeux de l'association.

C'est ce que montre clairement le rapport 2004 lorsqu'il classifie les journaux en fonction de leur soutien à la cause gay en général et à la revendication d'une loi anti-homophobie en particulier. Le journal Marianne est ainsi qualifié d'"homophobe" (p. 79) pour avoir enquêté sur le communautarisme homosexuel et l'avoir assimilé au politiquement correct en raison de sa passion pour la punition et les interdits. En revanche, Le Nouvel Observateur est décrit comme "homophile" pour avoir consacré plusieurs marronniers aux homos (dans les médias, dans la pub...) et fait chroniquer des livres sur l'homosexualité par des compagnons de route du mouvement homosexuel. Pas sûr que l'éthique journalistique y ait gagné pour autant... Plus inquiétante est cette mention laconique au détour d'une chronologie : "23 février 2004 : L'Express et Marianne publient des articles opposés à la loi sur l'homophobie". Horreur! Des journaux qui respectent encore la pluralité des opinions! Vite, une loi pour les faire taire!

Heureusement pour SOS Homophobie, elle peut toujours compter sur la presse d'extrême-droite pour alimenter son maigre rapport. Pas moins de cinq pages sont consacrées au traitement de l'homosexualité dans le quotidien intégriste Présent. Pour dire que l'extrême-droite est intolérante, il fallait au moins un rapport...

La lecture du rapport de SOS Homophobie, qui enfile perle sur perle, serait seulement divertissante s'il n'y avait son chapitre 6, intitulé Milieu scolaire. On y apprend en effet que les militants de SOS Homophobie interviennent régulièrement, et parfois avec leurs copines de Ni Putes Ni Soumises (il est vrai qu'ils ont les mêmes sponsors...), dans les collèges et les lycées. Il s'agit de présenter en une heure à des adolescents la problématique complexe de l'homosexualité que de nombreux adultes directement concernés, seuls ou avec l'aide d'un psy, mettent des années à cerner. Ainsi, l'association et ses militants proposent aux élèves la "construction par les élèves d'une définition de l'homophobie et de la lesbophobie au-delà des clichés" (sic). Ca promet...

Renouant avec la bonne vieille méthode totalitaire de l'embrigadement des enfants, SOS Homophobie se réjouit de "l'implication des personnels enseignants" dans cette initiative douteuse. Cela lui a permis de détecter des jeunes qui "ont assimilé, à leur manière, l'héritage d'une culture homophobe" ou "reprennent les arguments de la pensée judéo-chrétienne (l'homme et la femme sont nés pour aller ensemble)" et d'autres qui "révèlent par leurs questions un conditionnement homophobe". Au secours !

On n'en est pourtant qu'au début puisque ce type d'intervention, qui trouve un écho déplacé auprès des pouvoirs publics, sera au coeur des revendications de la Gay Pride 2004 qui affiche comme slogan "Contre les violences homophobes, lesbophobes, transphobes, priorité à l'éducation". Décidément, c'est de moins en moins drôle, la Gay Pride...

En introduction de leur rapport, les principaux responsables de SOS Homophobie font un voeu : "Souhaitons que dans dix ans SOS Homophobie n'ait plus de raison d'exister". Au vu des efforts qu'ils déploient depuis 10 ans pour façonner une homophobie qui demeure extrêmement marginale et relève plutôt de l'intolérance ordinaire caractérisant une ultra-minorité de la population, on peut douter de la sincérité de ce souhait. En gonflant les chiffres et en menant des interrogatoires auprès des gosses, ils trouveront toujours de quoi remplir leur rapport et leurs dossiers de demandes de subventions.

On peut seulement regretter que les décideurs politiques et les journalistes qui s'inspirent du rapport de SOS Homophobie dans leur action (voir notamment le projet de loi contre l'homophobie que le gouvernement s'apprête à faire voter) ne le lisent pas de plus près.


NB : Invité à s'exprimer sur ce texte par l'Observatoire du Communautarisme, le président de SOS Homophobie, Ronan Rosec, a préféré s'abstenir.

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Voir aussi :
Le site de SOS Homophobie : www.sos-homophobie.org
et le rapport 2004 de SOS Homophobie à télécharger en format PDF sur le site de SOS Homophobie
Un débat entre le président de SOS Homophobie et l'un des fondateurs de l'Observatoire du Communautarisme

Voir le dossier de l'Observatoire du communautarisme consacré au projet de loi pénalisant les propos homophobes ou sexistes

Vendredi 18 Juin 2004
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