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Rapport de SOS Homophobie, livraison 2005

Comme chaque année, SOS Homophobie livre son rapport. L'édition 2005 présente une vision alarmiste du rapport de la société française à l'homosexualité dont le ton a de quoi surprendre alors que l'année 2004 a été marquée par l'apogée de la visibilité homosexuelle et l'aboutissement de plusieurs revendications du mouvement gay.



Rapport 2005 de SOS Homophobie (droits réservés)
Rapport 2005 de SOS Homophobie (droits réservés)
Récemment, les militants gay ont eu la satisfaction d'obtenir du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin la concrétisation d'une revendication ancienne : la pénalisation de l'homophobie à la faveur du vote de la loi créant la Haute autorité contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE), le 22 décembre 2004 (1).

Pourtant, loin de crier victoire, les militants de SOS Homophobie publient, comme chaque année, un rapport alarmiste sur le sort des homosexuels en France (2). Alors que l'homosexualité se fait plus visible et apparaît comme une thématique omniprésente dans les médias (l'année 2004, marquée notamment par le mariage de Bègles et le lancement de Pink TV, restera de ce point de vue dans les annales), l'exercice du réquisitoire sous forme de rapport annuel peine à se renouveler d'une année sur l'autre. Pas facile de tenir sur le registre de la complainte lorsqu'on est, comme les militants de SOS Homophobie, régulièrement reçus dans les palais de la République (Elysée, Matignon, ministères, Parlement) ou par les partis politiques de tous bords. Pas facile de bâtir des statistiques sérieuses quand on travaille sur une base déclarative trop étroite (587 appels en 2004, contre 468 l'année précédente) pour atteindre le seuil de signification des sondages quantitatifs qui s'établit à un millier de réponses. Alors, on brode...

Ainsi, SOS Homophobie fonde largement ses considérations sur des faits divers, parfois largement médiatisés comme l'affaire Nouchet, dont elle a mis en avant le motif homophobe avant même le démarrage de l'enquête (3). Il suffit que la victime d'un crime ou d'une agression soit homosexuelle pour que SOS Homophobie conclue à l'homophobie. Une attitude imprudente qui peut s'avérer franchement contre-productive lorsque les enquêtes policières et les instructions judiciaires contredisent des affirmations militantes un peu hâtives et nuisibles à la présomption d'innocence des prévenus. De ce point de vue, la remise en liberté de l'agresseur présumé de Sébastien Nouchet (4) suffit à démontrer la nécessité d'une très grande prudence dans la manipulation des faits divers.

Pour étayer sa vision apocalyptique de la société française dans son rapport à l'homosexualité, SOS Homophobie n'hésite pas à surfer sur la vague en reliant ses analyses à des thématiques dans l'air du temps sans disposer pour autant de données sérieuses. Relayant par exemple les discours de Ni Putes Ni Soumises qui dépeignent les banlieues comme des foyers de la barbarie et de l'obscurantisme, SOS Homophobie décrète qu'il existerait dans les quartiers péri-urbains une "homophobie spécifique". Celle-ci serait le fait d'agresseurs en bande, souvent "noirs ou maghrébins" : "il semble que la culture de ces jeunes agresseurs (issus de l'immigration) laisse peu de place à l'acceptation de l'autre et de la différence" (page 41 du rapport). Pourtant, comme le disent eux-mêmes les auteurs de ce jugement, seuls 2% des témoignages reçus par SOS Homophobie concernent les banlieues (page 27). Autre sujet à la mode : le sport. SOS Homophobie s'étend sur la dimension homophobe du phénomène bien connu du hooliganisme dans les stades en s'appuyant sur des témoignages reçus en 2004 qui sont au nombre de... quatre ! (page 149).

Du fait d'une méthodologie assez peu rigoureuse, conjuguant la prime à l'anecdote et le témoignage unilatéral, le rapport de SOS Homophobie multiplie en outre les contradictions d'une page à l'autre. Ainsi, ce document se plaint en même temps des agressions recensées sur les lieux de drague homosexuels et de la multiplication des patrouilles policières sur ces mêmes zones. De même, le rapport réclame une "application intransigeante" des dispositions législatives réprimant l'homophobie tout en félicitant Noël Mamère pour avoir violé la loi républicaine en "mariant" deux hommes dans sa mairie de Bègles.

Mais ce qui dérange le plus dans le rapport annuel de SOS Homophobie, c'est sa tendance à jeter à la vindicte tous ceux qui ne partagent pas sa vision de la société française. La lecture de ce document rappelle souvent le "quart d'heure de la haine" de 1984, le roman de George Orwell.

C'est le cas dans la presse où toutes les opinions se sont exprimées quant aux questions relatives à l'homosexualité : La Croix ? Homophobe ("sans l'assumer", page 125) ! Marianne, Le Nouvel Observateur? Homophobes (pages 134 et 136) ! Le Figaro et Le Point qui donnent la parole aux contradicteurs du mouvement gay ? Homophobes (pages 127 et 136) ?

Quant aux hommes politiques qui ont critiqué le "mariage" de Bègles ? Homophobes (pages 109 à 123) ! Et les associations familiales qui se sont émues de l'agrément administratif dont SOS Homophobie a bénéficié pour intervenir dans les salles de classe (5)? Homophobes (pages 94 et 95) !

Donnant raison à la Commission nationale consultative des droits de l'homme qui s'était inquiété des conséquences d'une loi anti-homophobie sur la liberté d'expression (6), les petits rapporteurs de SOS Homophobie ont ainsi rétabli le délit d'opinion en accusant d'homophobie tous ceux qui n'adhèrent pas à leur vision de la société française et qui ne souscrivent pas à leurs revendications.

Des accusations qui, outre le fait qu'elles sont intellectuellement malhonnêtes, ne peuvent pas être proférées à la légère. Ou plus... En effet, dans la mesure où l'homophobie est désormais définie pénalement comme un délit, l'accusation infondée d'homophobie devient elle aussi punissable au titre de la diffamation.

De même, on peut s'interroger sur le chapitre consacré au commerce, domaine où les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle tombent sous le coup de la loi. Ainsi, après avoir cité des témoignages de couples homosexuels refoulés de certains établissements hôteliers, les auteurs du rapport de SOS Homophobie s'enflamment : "Comment ne pas se sentir humiliés quand, à peine entrés dans un endroit, on vous fait comprendre que vous n'êtes pas les bienvenus car ne répondant pas à l'image de l'établissement ?". C'est révoltant, en effet, et ce n'est pas acceptable. Mais ce type de désagrément est-il spécifique aux homosexuels ? Que dire par exemple de ces discothèques lesbiennes où l'on refuse l'entrée aux hommes certains soirs sous prétexte que c'est "100% filles" ou des hôtels "100% gay" qui semblent se multiplier en France (7)? Ne s'agit-il pas là aussi de discriminations fondées sur le sexe ou l'orientation sexuelle qui sont réprimées par la loi HALDE ?

Il n'est pas certain que SOS Homophobie puisse répondre à cette question l'année prochaine. En effet, cette association emblématique de la posture victimaire d'un mouvement gay pourtant omniprésent dans les médias et chéri par les institutions est désormais concurrencée sur son créneau. Le Réseau d'assistance aux victimes d'agressions et de discriminations (Ravad) a été lancé le 16 mai 2005 par le Centre gai et lesbien, L'autre cercle, Homosexualités et socialisme, l'Inter-LGBT et une dizaine d'autres associations plutôt proches du PS. Si l'on en croit les initiateurs de ce projet, "Il s'agit d'offrir le soutien moral des associations et le soutien juridique et judiciaire de professionnels du droit". Bref, de faire le boulot de SOS Homophobie à la place de SOS Homophobie.

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(1) Loi portant création de la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, 30/12/2004
(2) SOS Homophobie, Rapport sur l'homophobie 2005, mai 2005, 188 pages, 9 euros.
Lire des extraits du rapport sur le site de SOS Homophobie
(3) Sur cette affaire, on peut lire sur le site de l'Observatoire du communautarisme Un fait divers exemplaire, 15/02/2004
(4) Lire sur le site de L'Express : L'énigme Nouchet, 23/05/2005
(5) Lire sur le site de l'Observatoire du communautarisme : Les Khmers roses à l'assaut de l'école, 05/09/2004
(6) Avis de la Commission nationale consultative des droits de l'homme sur le projet de loi relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe, 19/11/2004
(7) Voir SOS hétérophobie, Observatoire du communautarisme, 12/07/2004

Mercredi 25 Mai 2005
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