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Touche pas à mon Obélisque !

En 1998, l’Obélisque de la Concorde a été revêtu sans aucun débat public d’un pyramidion doré. Cette quête « d’authenticité » chez ses promoteurs fait peu de cas du symbole national que représente ce monument. Obligerait-on un jeune Français d’origine arabe à se chausser de babouches au prétexte que ses ancêtres en portaient ?



Touche pas à mon Obélisque !
Retour sur un événement passé inaperçu voici quelques années et qui, en apparence, a peu à voir avec la question communautariste, et pourtant...

Ce jour-là, le 14 mai 1998, la pointe de l’Obélisque, monument cher au cœur des Parisiens, est recouverte d’un pyramidion doré. Les raisons avancées par les promoteurs de l’opération ? Un souci d’authenticité. Tous les obélisques, soutiennent-ils, étaient coiffés de la sorte dans l’Egypte ancienne. Champollion, lui-même - un unique courrier l’atteste - était favorable au projet et des archéologues éminents (Christine Desroches Noblecourt en tête) n’ont cessé depuis d’appeler de leurs vœux sa réalisation.

Problème : Où commence et où s’arrête cette « authenticité » ? Dans l’Egypte ancienne, les obélisques étaient systématiquement couplés (le jumeau de notre Obélisque est resté à Louqsor) et se trouvaient en général à l’entrée d’un temple, où ils annonçaient un édifice important. Ces conditions, on l’admettra, ne sont pas réunies à Paris, sauf à tenir l’hôtel Crillon pour l’édifice en question... Qu’un joli pyramidion doré suffise à rendre à l’Obélisque son authenticité perdue apparaît donc un peu vain et présomptueux. Mais là n’est pas le plus important. L’enjeu dans cette affaire, avant d’être archéologique, est en effet symbolique et politique, et il convient pour le comprendre de se reporter un siècle et demi en arrière.

Nous sommes alors en 1836, en plein règne de Louis-Philippe, et cette année-là, le 25 octobre, l’un des deux obélisques de Louqsor offert à la France par le souverain ottoman Mohamed Ali Pacha, est érigé sur l’ancienne place Louis XV. Trois années auront été nécessaires pour l’acheminer à cet endroit, trois années d’un périple incroyable qui verront le précieux monolithe descendre le Nil, traverser deux mers, puis remonter la Seine avant de parvenir à destination.
Parlant d’un être humain, on parlerait d’un voyage initiatique, et même d’une nouvelle naissance...
Le socle actuel (le socle d’origine se trouvant au Louvre) décrit d’ailleurs les moyens techniques qui ont permis son transport et son érection.
Cette initiative spectaculaire a été voulue par le roi Louis-Philippe en signe de réconciliation nationale. Soucieux de rassembler Royalistes et Républicains, il baptise du nom de Concorde ce lieu historiquement sensible et choisit pour incarner cette idée un monument dépassant tout clivage politique ; un monument neutre, symbole aussi de longévité.
Le peuple de Paris ne s’y trompe pas qui se presse à l’événement ; plus de deux-cent mille personnes rapportent les chroniqueurs de l’époque.
Le temps passe. Cent cinquante années d’histoire nationale dont l’Obélisque sera le témoin muet. Des moments de joie, de peine, des moments d’exaltation, de luttes, des moments de divisions, puis à nouveau de réconciliation...

En tout état de cause, après tant de péripéties et tant d’eau coulée sous les ponts de la capitale, à la suite d’une transplantation et une acclimatation indéniablement réussies, l’Obélisque de la Concorde n’est plus l’obélisque de Louqsor. Il appartient désormais à notre patrimoine historique autant que symbolique. S’il a une origine égyptienne, il a maintenant une identité française. C’est pourquoi l’ajout de ce pyramidion, en ignorant sa trajectoire singulière, offense les principes républicains et relève clairement d’une approche essentialiste.
Obligerait-on un jeune Français d’origine arabe à se chausser de babouches au prétexte que ses ancêtres en portaient ?
Remarquons au passage que le frère jumeau de l’Obélisque resté au pays se tient toujours, lui, tête nue ; à croire que certains ici sont plus pharaonistes que le pharaon...

Sur une question rien moins qu’anodine, on peut s’étonner que sans débat autre qu’interne, pareille décision ait pu être prise. Si d’estimables égyptologues, on l’a dit, se montraient de leur strict point de vue de scientifiques favorables à l’entreprise, les responsables publics, eux, s’étaient jusqu’alors bien gardés de les suivre. En cette fin d’année 97 pourtant, tout s’accélère, et les célébrations de l’année franco-égyptienne ne suffisent seules à l’expliquer. « L’affaire, déclare non sans fierté Etienne Poncelet, architecte en chef des monuments historiques et maître d’œuvre du projet, a été menée tambour battant. En un mois, tout était bouclé ». Par quel miracle ? C’est là que les choses prennent tout leur sens... Un homme est à l’origine de tout, des autorisations obtenues en haut lieu comme du financement de l’opération, et cet homme c’est... Pierre Bergé. Pierre Bergé, le richissime homme d’affaires, âme damnée du mitterandisme, Pierre Bergé, le grand argentier du communautarisme gay, soutien à fonds perdu des magazines Globe autrefois et de Tétu aujourd’hui. Pierre Bergé, l’un des inspirateurs de SOS Racisme et d’une doctrine dont on sait aujourd’hui les effets ravageurs. Se souvient-on dans les années quatre-vingt des débats sur la « double culture », la « double appartenance » ? Les jeunes issus de l’immigration, répétait-on à l’envi, devaient s’intégrer et non s’assimiler... Discours complaisant qui ne coûtait rien budgétairement mais qui rapportait gros dans les urnes.

Quoi de plus tentant alors pour Pierre Bergé que d’appliquer ses principes au « plus vieil immigré de Paris », l’Obélisque !
Il n’en était d’ailleurs pas à son coup d’essai. En témoigne l’action spectaculaire et scandaleuse d’un commando d’Act up, le 1er décembre 1993, qui avait recouvert le célèbre monolithe d’un préservatif géant. Une fois encore, le Milliardaire rose avait joué de son entregent...
Un dernier point pour sourire : Le fameux pyramidion ne bénéficiant d’aucun éclairage (sans doute parce qu’au temps des pharaons, l’électricité n’existait pas...), l’Obélisque donne la fâcheuse impression la nuit d’être décapité, ce qui est un comble sur une place dont le nom visait à conjurer les démons de la Terreur...

Jeudi 19 Août 2004
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