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Tourner sept fois sa langue dans sa bouche...Dans un climat de graves tensions communautaires, les actes de violence survenus dernièrement devraient être commentés par les élus et la presse avec davantage de prudence.
L'école juive de gagny au lendemain de l'incendie du 15 novembre 2003 (droits réservés)
Le 15 novembre 2003, les cendres de l'école juive de Gagny n'étaient pas encore froides que l'ensemble de la classe politique et des grands médias sonnaient le tocsin contre l'antisémitisme attribué à des extrémistes musulmans de la société française.
En effet, pendant plusieurs jours, les télévisions passèrent en boucle les déclarations solennelles des plus hauts représentants de l'Etat, de Jacques Chirac ("La République française ne peut tolérer aucun acte antisémite") à Nicolas Sarkozy ("L'honnêteté, c'est que l'on ne nie pas l'évidence. Quand on met le feu dans une école juive, il m'est difficile de ne pas penser qu'il ne s'agit pas d'un acte antisémite"). Aujourd'hui, on ne parle plus guère de l'enquête policière dont quelques entrefilets publiés dans des périodiques aussi sérieux que Le Figaro (1) ou L'Express (2) laissent entendre qu'elle s'oriente plutôt vers une banale arnaque à l'assurance que vers une agression antisémite. De la même façon, l'agression du rabbin Gabriel Farhi le 3 janvier 2003 par un mystérieux individu cagoulé criant "Allah Aqbar" après l'avoir poignardé, avait suscité une vive émotion qui alimenta pendant plusieurs jours les journaux télévisés en donnant la parole à de nombreux responsables politiques indignés par ce que le président de la République qualifia d'"acte odieux". Là aussi, l'enquête a mis en lumière le caractère douteux de cette agression qui, selon les derniers éléments communiqués par les enquêteurs, serait plutôt le fait d'un proche du rabbin, voire même d'une automutilation si l'on en croit certaines hypothèses (3). Plus récemment, l'explosion de la voiture du préfet Dermouche, le 18 janvier 2004, a donné lieu à de nombreuses extrapolations de la part des responsables politiques. Ainsi, le ministre des affaires sociales, François Fillon, a vu dans ce geste qui "exacerbe les tensions entre les composantes de la société française" la volonté de ceux qui veulent "empêcher l'intégration de se faire et le pacte républicain de fonctionner". D'habitude plus réservé, François Bayrou s'est empressé lui aussi de sortir son petit couplet : "intégrisme d'un côté contre violence de l'autre, les positions se radicalisent, les uns défilent au nom du voile islamique, les autres plastiquent la voiture d'un préfet uniquement en raison de son origine, ça devient dangereux". Un attentat raciste contre le fameux "préfet musulman", le symbole était parfait. Sauf que, quelques jours plus tard, on apprenait que la police avait arrêté des familiers d'Aïssa Dermouche et que la piste la plus sérieuse était celle d'un règlement de comptes à caractère privé. Connaissant bien le nouveau préfet, le député-maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, avait quant à lui fait preuve d'une certaine réserve dans ses commentaires ("un acte de violence totalement condamnable, mais pour lui, il faut être prudent dans l'analyse et se garder de toute spéculation"). Avec le recul, on pourrait avoir envie de rire de cette précipitation politique et médiatique pour exploiter des faits divers en mettant en exergue leur caractère symbolique. Mais il s'agit d'affaires graves car elles ont donné lieu à un véritable attisement des tensions communautaires qui exigent plutôt du sang-froid et un esprit d'apaisement. L'incendie de Gagny ayant donné lieu immédiatement à un conseil des ministres extraordinaire et à la convocation expresse à l'Elysée des principales organisations juives, il ne faisait pas bon être musulman en France pendant cette déferlante médiatique. D'autant plus que, si les agressions présumées ont été largement rapportées à la télévision à des heures de grande écoute, les démentis fournis par les enquêteurs n'ont quant à eux donné lieu qu'à quelques lignes dans les quotidiens qui ne sont plus lus que par une poignée d'initiés. C'est grave car les hommes politiques, qui n'ont de cesse de répéter qu'il faut laisser la justice travailler sereinement lorsqu'il s'agit d'affaires de corruption mettant en cause des élus, ont fait preuve d'irresponsabilité en se livrant en hâte à des spéculations éhontées pour occuper le terrain médiatique. Lorsque les responsables politiques ne savent rien, ils devraient s'abstenir de se répandre devant la forêt de micros que leur tendent des journalistes plus motivés par la quête du sensationnel et de la simplification qu'animés par la rigueur et le sens de la vérité qui font la noblesse de leur métier. De tels dérapages laissent toujours des traces. ------------------------------- (1)Le Figaro, 10 décembre 2003, "L'incendie criminel du collège de Gagny reste mystérieux". (2)L'Express, 19 janvier 2004, "Les mystères de Gagny". (3)Marianne, 20 janvier 2003. Dimanche 08 Février 2004
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