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Brèves

Une nomination et des questions

Un ambassadeur itinérant « en charge de la dimension internationale de la Shoah, des spoliations et du devoir de mémoire » a été nommé en France le 21 novembre dernier. Un mois plus tard, aucune précision sur les tenants et les objectifs de cette nomination n'a été apportée. Où se trouve le malaise ?



Jacques Huntzinger (droits réservés)
Jacques Huntzinger (droits réservés)
Le Journal officiel du 21 novembre 2003 témoignait de la signature par le Président de la République Jacques Chirac d'un décret « portant nomination d'un ambassadeur itinérant en charge de la dimension internationale de la Shoah, des spoliations et du devoir de mémoire » en la personne de Jacques Huntzinger, ancien ambassadeur de France en Israël (1). Un mois plus tard, le Quai-d'Orsay n'a toujours pas communiqué l'ordre de mission de cet « ambassadeur itinérant ». Voilà une nomination et un silence qui posent plusieurs questions.

Quelle sera exactement la mission de Jacques Huntzinger ? Auprès de qui sera-t-il chargé de représenter la France ? Pourquoi avoir lié dans l'étrange intitulé de ses fonctions, la question - quasi sacrée - du devoir de mémoire à celle - bien prosaïque - des spoliations ?

Pourquoi cette discrétion persistante du Quai-d'Orsay autour de la nomination ? Craint-on que la médiatisation de l'événement ne vienne l'insérer mal à propos dans les relations tendues entre les communautés juive et arabo-musulmane ? Mais si l'on redoutait les mauvaises interprétations (du style « Chirac veut légiférer contre le port du voile et nomme en même temps un ambassadeur des Juifs »), pourquoi ne pas y avoir coupé court en annonçant d'emblée clairement la couleur, ou bien en repoussant la nomination à des jours plus propices ?

Cette nomination doit-elle donc être interprétée comme un geste en direction de l'État hébreu ou de la communauté juive de France ? Mais pourquoi avoir alors choisi un homme que l'on dit très pro-israélien mais qui s'était pourtant mis à dos une bonne part de la Knesset et de l'opinion israélienne et irrité jusqu'à la communauté juive française (2) ? Lorsqu'il occupait les fonctions d'ambassadeur à Jérusalem, Jacques Huntzinger avait en effet été traité par certains élus de la droite israélienne d'« antisémite » et de « Pétain de la première décade du XXIe siècle » parce qu'il avait contesté la comparaison entre Yasser Arafat et Oussama Ben Laden, ou plutôt entre le terrorisme palestinien et les attentats du 11 septembre, deux jours après le tragique événement et la maladresse avait irrité jusqu'en Belgique (3). Encore aujourd'hui, l'agence de presse juive Guysen n'oublie d'ailleurs pas ce passé qui ne passe pas et, tire à boulet rouge sur l'initiative de la France en la dénonçant, ce qui ne manque pas de sel, comme une entorse... au principe de laïcité ! (4)

Par ailleurs, sachant que l'intéressé, professeur d'université intégré à la carrière diplomatique seulement en 1991 (5) est un ancien secrétaire national du Parti socialiste chargé des relations internationales (1981-1985), connu pour être proche de Lionel Jospin, quel rôle a pu jouer ce facteur politique ?

Cette affaire pétrie de contradictions, qui pourrait se solder aussi bien par un quasi non-événement diplomatique que par un mini scandale communautaire, mérite décidément quelques explications officielles...

(1) Lire le décret paru au Journal officiel, 20 novembre 2003 :
http://adminet.com/jo/20031121/MAEA0320459D.html
(2) Jacques Huntzinger a été accusé en juin 2002 de « minimiser » les actes antisémites commis en France en les réduisant à « une part de la violence générale manifestée par la jeunesse française marginale ». (Christopher Cladwell, « Liberté, égalité, judéophobie : Pourquoi Le Pen est loin d'être le plus grave problème de la France », The Weekly Standard, 05/06/2002, Volume 007, Issue 33, traduit en français par Liliane Messica pour Reinfo-Israel)
(3) Le mensuel juif de Belgique Contact J d'octobre 2001 y insistait :
« Lors d'une réception au corps diplomatique donnée à l'occasion de Rosh Hashana, le 13 septembre dernier, deux jours après l'attentat, l'ambassadeur Jacques Huntzinger avait mis en garde à la radio contre une assimilation des attentats commis aux États-Unis à ceux commis en Israël.
Mais… pour l'ambassadeur Huntzinger, "C'est une tempête dans un verre d'eau"... "En réponse à une question, j'ai seulement expliqué qu'on ne pouvait assimiler complètement les deux attentats car ici il y a un affrontement entre Israéliens et Palestiniens"… "La France a toujours condamné le terrorisme dont elle même a été victime dans les années soixante-dix et quatre-vingt . Nous continuons à condamner les actes de terrorisme en Israël ou ailleurs".
L'ambassadeur répondait à une question, "Pourquoi la France ne considère pas Arafat comme un Ben Laden ?" a précisé une source diplomatique française qui s'est élevée "contre le procès d'intention fait à la France". Dans ses explications ultérieures , M.Huntzinger n'a présenté ni excuses, ni désaveu sur le fond de ses propos, pour le moins, cyniques.
Ainsi, pour le représentant de la France en Israël, il y a un terrorisme justifiable : celui des Palestiniens quand ils font couler le sang israélien… »

(4) Michel Grinberg, « Couleuvres au… dessert ! », Guysen Israël News, 20 octobre 2003 :
http://www.guysen.com/articles.php?sid=1526
(5) En 1991, Jacques Huntzinger est nommé par François Mitterrand ambassadeur en Estonie.

Samedi 20 Décembre 2003
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