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Visibilité homosexuelle : le piège de la télé-réalité

Avec La Ferme ou Les Colocataires, la représentation de l'homosexualité dans les programmes de télé-réalité tourne à la caricature.



Vincent Mc Doom, l'as du tricot de La Ferme (droits réservés)
Vincent Mc Doom, l'as du tricot de La Ferme (droits réservés)
Avec l'explosion de la télé-réalité à travers des émissions-phare comme Loft Story ou Star Academy, la revendication du mouvement gay d'une plus grande visibilité des "minorités sexuelles" a trouvé une application concrète aux yeux du grand public.

On se souvient encore, vaguement, de l'ambiguïté pas toujours subtile de Steevy dans le premier loft, et des scènes larmoyantes de coming-out sous les caméras de candidats homosexuels (Thomas du Loft 2, Anne-Laure de la Star Ac 2, Antti le finlandais placide de Nice People qu'Endemol avait finement envoyé manifester en tête de la Gay Pride). Ces mises en scènes soigneusement préparées, d'autant plus prévisibles que les producteurs semblent veiller scrupuleusement à ce que chaque programme de télé-réalité intègre dans son casting un ou plusieurs candidats homosexuels, soulevaient l'enthousiasme des relais communautaires se réjouissant de la visibilité ainsi offerte à l'homosexualité à des heures de grande écoute.

L'animatrice du réseau Prochoix, Caroline Fourest, et "auteure" dans sa revue d'une étude exhaustive sur "les messages subliminaux identitaires des reality-shows" (1) se répandait alors dans la presse pour se féliciter de cette opportunité :

"Dans l'ensemble, c'est franchement positif. Les scénarios de fiction ont longtemps été prisonniers d'une forme d'hétérocentrisme.(...) Même si cela paraît un peu voyeur, le fait que des jeunes puissent voir vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre des gays et des lesbiennes, ou des candidats identifiés comme tels, est un moyen inespéré de déconstruire certains a priori." (2)

Loin de cet indigeste catéchisme déconstructiviste, les forums internet des sites communautaires s'enflammaient pour les candidats identifiés comme homosexuels en appelant au vote par SMS et en sortant le gri-gri pratique de l'homophobie pour justifier leur éventuelle élimination. Il s'agissait alors soi-disant de donner aux homosexuels des modèles positifs d'identification, peu nombreux dans une société française réputée homophobe.

La télé-réalité était volontiers présentée comme un cheval de Troie du mouvement gay loué pour sa capacité à "changer le regard de la société sur l'homosexualité".

Ces louanges se sont brusquement tues avec les nouvelles livraisons d'Endemol et de M6. Déjà, l'annonce fracassante de l'adaptation prochaine de l'émission américaine Queer eye for a straight guy dont le concept repose sur un comique de situation lourdingue né du relookage d'un hétéro pur-jus par cinq fashion-victim gay ou du Bachelor gay avait fait frémir les homosexuels les plus lucides. Avec La Ferme Célébrités ou Les Colocataires, la manipulation des clichés les plus éculés sur l'homosexualité et l'incitation à la caricature ont franchi un degré supplémentaire.

Ceux qui auront eu la patience de suivre la diffusion de La Ferme ont ainsi pu voir comment la production mettait en scène Vincent Mc Doom et son personnage de travesti juché sur talons aiguilles et adepte du tricot qui rappelle le jeu outrancier de Michel Serrault dans La Cage aux Folles, n'hésitant pas à le présenter comme un toutou se frottant en permanence à la virilité en treillis de l'ex-footballeur Pascal Olmeta. De même, M6 a fait fort en dénichant le "colocataire" Michel qui s'est affiché comme gay dès la première émission, comme si c'était sa première qualité, et qui surjoue son personnage de folle noctambule volontiers exhibitionniste. Steevy du Loft peut aller se rhabiller et doit se faire du mouron pour son job d'animateur dans "la bande à Ruquier"!

Le pire, c'est que les associations qui se réjouissaient hier du coup de pouce que la real-TV semblait apporter à la cause gay ne peuvent même pas se plaindre de voir l'homosexualité caricaturée pour stimuler un audimat en berne. En effet, TF1 qui diffuse La Ferme est aussi l'actionnaire de référence de Pink TV, la chaîne gay maintes fois annoncée et maintes fois repoussée, et qui doit offrir des jobs à quelques homosexuels emblématiques. Difficile pour le mouvement gay de taxer ses mécènes d'homophobie...

C'est toute l'ambiguïté de la visibilité réclamée par les organes communautaires : elle verse facilement dans la caricature. Surtout lorsqu'elle est manipulée par des intérêts mercantiles ne reculant ni devant les clichés ni devant le folklore pour susciter l'intérêt du grand public, par définition plus facile à fédérer par des blagues de caserne que par des slogans communautaristes.

La visibilité homosexuelle dans la télé-réalité? Une fenêtre sur la société française qui se referme comme un piège.

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(1) Caroline Fourest, "Télé-miroir ou télé-mirages", Prochoix n° 20, printemps 2002.
(2) "Le téléspectateur homosexuel, sans être ignoré, doit apprendre à lire entre les lignes", entretien avec Caroline Fourest, Le Monde, 8 novembre 2002.

Voir aussi sur l'Observatoire du Communautarisme :
- La nouvelle servitude des homosexuels
- La triste programmation de la chaîne gay
- Pink TV : Discrimination à l'embauche des journalistes?
- Les Khmers roses

Mercredi 28 Avril 2004
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