3)Et les parents d'élèves et les élèves ?
Les parents d'élèves, ont été informés directement (distribution d'un courrier) ils avaient la possibilité de nous retourner un coupon réponse . 260 familles ont exprimés leur soutien actif à notre action.
Les élus des parents (FCPE et PEEP), ont marqué leur soucis d'apaisement. Ils souhaitaient que l'on sorte de la situation conflictuelle. Pour l'un des membres de la FCPE, nous avions totalement raison d'exiger la tenue du Conseil de Discipline mais il ne tenait pas à être "au premier rang" car il avait le souvenir de mesures de rétortions qu'il avait du subir lorsqu'il avait siégé dans cette instance au collège ; habitant le quartier et ayant sa fille dans l'établissement, il exprimait sa crainte de "représailles" C'est dire dans quel état de sérennité les parents et les enfants se déterminent... Une pétition demandant l'intervention du législateur a réuni 1500 signatures.
4)Comment vous êtes-vous organisés ? Au nom de quelles valeurs ?
Les valeurs que nous défendions : la défense de la Laïcité. Non pas la conception exprimée par le Conseil d'Etat (Laïcité à géométrie variable : rigoureuse pour les adultes et "tolérante" pour les élèves, considérés comme des usagers, consommateurs d'un service public éducatif).
L''école est le lieu où se partage les valeurs universelles attachées à la liberté, l'égalité, fraternité. La mission éducative a une ambition émancipatrice. Elle doit donner aux citoyens en devenir, les moyens de s'émanciper des déterminismes sociaux, culturels, ethniques ou liés au sexe. On ne va pas à l'école comme à la Poste ou dans tout autre service public. Les convictions religieuses des uns et des autres sont tout à fait respectable, mais nous n'avons pas à les connaître. Elles relèvent de la sphère privée. Dans cette action, se sont engagés des professeurs de toutes origines, de toutes confessions ou sans confession. Bon nombre des jeunes filles, de culture musulmane attendaient un soutien de notre part, afin qu'au sein de l'école elle puisse échapper à la pression communautaire qu'elles ont a subir.
5)Aujourd'hui quelle est la situation au lycée La Martinière ?
La situation actuelle : nous avons travaillé à la modification du réglement intérieur afin de le rendre plus précis. Sur la base de l'exigence assignée à tout membre de la communauté éducative
"être tête découverte dans l'enceinte de l'établissement", nous avons obtenu que trois jeunes filles retirent leur voile en rentrant dans l'établissement.
6)Quelle leçon tirez-vous de ces "événements" ? Quel message voudriez vous donner aux enseignants confrontés aux mêmes problématiques mais qui ne savent comment réagir ?
Je pense que nous illustrons une situation symbolique de celle qu'ont a subir dans de nombreux établissements des collègues qui ne savent comment faire. C'est à cet effet que nous envisageons la création d'une "brochure" (papier ou informatique) destinée à fournir un "mode opératoire" afin que les collègues puissent trouver quelques conseils très pratiques destinés à permettre une réaction collective qui seule peut préserver les valeurs auxquelles toutes et tous sont attachées. Il faut observer que les élèves, dans notre établissement, ont parfaitement intégré l'idée que le port du foulard comme de tout autre couvre chef était interdit. Une élève, dans ma classe (amie de celle qui l'an dernier était à l'origine du conflit) m'a dit
"mais maintenant c'est interdit dans ce lycée". Cette observation est à prendre à deux niveaux : d'une part c'est très rassurant car cela nous conforte dans l'idée que l'on peut faire respecter une règle dès lors que la collectivité dont elle émane, exprime une exigence ferme, mais le deuxième aspect de cette remarque est moins réjouissant, cela signifie que s'il n'y a pas de règle qui s'applique à l'ensemble du territoire, la "ghettoïsation" des quartiers et des lycées s'ancre profondemment dans les esprits et dans la réalité. Il y aura des établissements scolaires de l'éducation nationale qui acceptent le voile (à public spécifique) et d'autres qui accueilleront les élèves d'autres "communautés".
Pour éviter ce risque, une solution, un cadre réglementaire commun : une loi ou un décret qui interdise le port de tout signe, symbole religieux ou politique à l'école.
Contacter Jean-Claude Santana par courriel
Voir aussi en format PDF le
"Petit mémento à l'usage des équipes éducatives" rédigé en septembre 2004 par l'UFAL (Union des Familles Laïques).