Vous avez reçu dernièrement « les élus du Pays basque ». À défaut de communiqué officiel pour nous informer sur la teneur de cette rencontre, nous nous référons aux médias locaux. En titre de une du Journal du Pays basque, on lit : Sarkozy viendra en mai « parler des problèmes basques à la société basque » (les guillemets sont dans le titre). Le journal Sud-Ouest mentionne : des hauts fonctionnaires du ministère de l’intérieur … qui se déplaceront pour rencontrer « la société basque » (les guillemets sont dans le texte).
Quel sens faut-il donner à ces expressions de « société basque » ou de « problèmes basques », si tels sont les propos que vous avez tenus ? Pour tout le monde dans notre région, le qualificatif « basque » se rapporte d’abord à une identité. D’ailleurs, tous ceux qui ne cessent de mettre en valeur les « spécificités » basques, notamment la langue, l’euskara, renforcent cet aspect identitaire. Devant de telles assertions, nous nous permettons de vous questionner sur vos intentions réelles ; rencontrer uniquement les porte-parole de la population qui se dit de culture basque, ou parler avec les représentants de l’ensemble des citoyens qui habitent cette partie du département ? Dans le premier cas, vous excluez la majorité de la population, surtout dans les zones urbaines. Dans le second, en utilisant improprement le qualificatif de basque, vous semblez nier pour nombre de citoyens l’identité dont ils se réclament, personnelle ou collective, forgée au cours de l’histoire ou lors des mouvements migratoires récents. De telles expressions ne finissent-elles pas par provoquer des divisions artificielles entre les citoyens français, motiver un communautarisme résurgent, et même attiser un nationalisme de dissociation aux aguets ? Car vous conviendrez que le choix des mots n’est jamais innocent.
Un exemple éclairant, qui a beaucoup choqué. Dans le compte-rendu de la réunion que le journal Sud-Ouest, « grand quotidien régional d’information » fait sur une pleine page de son édition « Pays basque » du 11 mars 2003 (page 2-2), jamais le nom de Jean Lassalle, député de la quatrième circonscription des Pyrénées-Atlantiques, n’est cité. Dans l’encadré qui donne les points de vue des différents participants, M. Lassalle n’a pas la parole. C’est comme s’il n’avait pas été présent ou qu’il n’avait pas voix au chapitre. Comme pour confirmer cette impression, le lendemain, dans l’article donnant en page 2-2 les réactions des « opposants », étaient cités nommément cinq participants ; M. Lassalle était passé à la trappe. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de prétendre que les communes des cantons de Mauléon, Tardets (Soule), d’Iholdy, St Palais, St Jean-Pied-de-Port, St Étienne de Baïgorry (Basse-Navarre) et d’Hasparren ne font pas partie du Pays basque alors qu’en superficie et en nombre, elles en représentent plus de la moitié. C’est le cœur même du Pays basque, ce Pays basque intérieur réputé « authentique », par opposition à la Côte, jugée cosmopolite. Ajoutons que M. Lassalle a obtenu la majorité dans tous les cantons « basques » de sa circonscription. Quelles sont les raisons de cette omission répétée ? Comme nous sans doute, vous vous interrogez. Le fait que M. Lassalle soit le député d’une circonscription qui englobe une fraction du Béarn, avec Oloron, sous-préfecture des Pyrénées-Atlantiques, serait-il un handicap rédhibitoire qui le disqualifierait aux yeux de certains ?
Cet exemple est particulièrement symbolique et en dit long sur la situation de communautarisme plus ou moins avoué qui règne dans notre département, au grand dam du président du Conseil Général, M. Lasserre.
Le Président de la République a, à différentes occasions (Stade de France, discours de Troyes du 14 octobre 2002), manifesté son attachement aux valeurs de la République. Tout dernièrement, dans son adresse à la nation, il a rappelé qu’elles étaient incompatibles avec le communautarisme. Nous sommes persuadés que vous partagez et défendez ces valeurs qui nous sont communes.