M. Lamassoure, qui va régulièrement à Strasbourg, siège du Parlement européen, déclare à qui veut l’entendre que c’est l’Alsace qui doit servir de modèle pour le Pays basque. Ah bon...
Que l’on sache, l’Alsace est, sur le plan administratif, un Région comme une autre, disposant d’un Conseil Régional de 47 membres. Les deux départements ou les communes ne dérogent pas plus que la Région à la loi commune.
Tout le monde a appris à l’école que l’Alsace et la Lorraine ont été intégrées pendant quarante sept ans (de 1871 à 1918) dans l’Empire allemand. Après avoir connu des situations juridiques diverses (en 1874, 1879), l’Alsace-Lorraine bénéficiait d’une certaine autonomie et se voyait octroyer, le 31 mai 1911, une constitution avec des ministères et un parlement comprenant deux assemblées. À la fin de la guerre, lorsque l’Alsace revient dans le giron de la France, ce statut est abrogé mais il est jugé normal de conserver un certain nombre de lois allemandes, plus favorables pour la population que les lois françaises, en particulier dans le droit commercial et dans le domaine social.
Dans le même esprit, la loi de 1905 sur la laïcité de l’État n’est pas appliquée et l’Alsace reste sous le régime du concordat de 1801. Un décret de janvier 2001 relatif au régime des cultes catholique, protestants et israélite a actualisé, en particulier pour les rémunérations et indemnités des officiants, le concordat qui reste en vigueur. Aujourd’hui, certains se demandent comment intégrer dans ce régime la religion d’une partie de la population de l’Alsace, l’islam, avec ses imams.
Le dialecte parlé par les Alsaciens (environ 80% de la population à la fin des années 70), variant d’ailleurs fortement d’une partie de l’Alsace à l’autre, est né de la langue alémanique qui aboutit à l’allemand standard lorsqu’on lui donna une forme écrite. Aussi, dans les classes bilingues, qui existent là comme ailleurs, la « langue régionale » enseignée est pratiquement toujours l’allemand. Le nombre de locuteurs du dialecte va en s’amenuisant. Dans une enquête menée en 1989 par des universitaires auprès d’un échantillon de 2.216 lycéens de la région, on constate un net recul (35% le parlent facilement, en famille). Cette situation n’est pas fondamentalement différente des régions d’Allemagne où se pratique aussi un dialecte proche de l’allemand standard, en Bade et en Bavière.
M. Lamassoure échafaude des théories sur une histoire revisitée. Il sait pourtant bien que c’est un accident de l’histoire qui a donné cette spécificité législative à l’Alsace. Mais il sait aussi que, sur ce sujet comme sur d’autre, l’imprécision permet de dissimuler les vrais objectifs.