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Des faits éclairants  26/06/2006

Après son « communiqué à l'opinion publique de France » comportant un « appel au gouvernement français » (que nous avions repris intégralement dans notre rubrique intitulée « La France et la question basque vues par ETA »), ETA a publié, le 21 juin, son quatrième communiqué depuis l'annonce d'un "cessez-le-feu permanent". Bien que se décrivant comme un « appel à l'opinion publique espagnole pour qu'elle appuie une solution négociée, durable et juste de l'ample et dur conflit qui oppose Euskal Herria à l'Espagne », les commentateurs ont surtout retenu l'adresse « très dure au gouvernement espagnol » (Le Monde du 23/06/06).

Des faits éclairants

Il ne faut jamais prendre à la légère les communiqués d'ETA. D'abord, parce que ces terroristes ont laissé derrière eux plus de 800 personnes assassinées, actes qu'ils ont régulièrement revendiqués, mais aussi parce que, au delà de la phraséologie nationalo-révolutionnaire frisant le délire, il y a toujours un enseignement à tirer des propos tenus.
Dans son éditorial du 22/06/06, le journal (indépendant) de Bilbao El Correo note que « ETA s'érige en interprète de l'histoire du peuple basque, de ses droits et aspirations, et trace le parcours des dernières décades marquées par la terreur…». Nos lecteurs ont pu noté qu'ETA s'est aussi appliqué à réécrire à sa façon l'histoire de la France, aidé, à n'en pas douter, par certains « Basques du nord ». Cette manière d'impliquer les deux États, espagnol et français, n'est pas nouvelle et ne se limite pas à la question des détenus étarras dans les prisons espagnoles et françaises. « En mai 1998, l'ETA et les partis nationalistes PNV et EA signèrent un pacte secret (…). Les signataires se mettaient d'accord pour "faire un pas concret vers la création d'une institution unique et souveraine" qui accueille en son sein les sept territoires. » C'est ce qu'écrit la géographe Barbara Loyer dans son nouveau livre, Géopolitique de l'Espagne aux éditions Armand Colin (nous aurons l'occasion d'en reparler), au début de la partie fort justement intitulée « La fracture : l'accord de Lizarra » du chapitre 1 « Pays basque – nation basque ». Cette institution, c'est l'Udalbiltza qui a fait l'objet d'un examen particulier dans notre brochure n° 9 (à consulter sur notre site www.capve.info). Barbara Loyer rappelle également (p. 52) la phrase clé du « pacte de Lizarra-Garazi » entre les différents courants nationalistes des deux côtés de la frontière, monnaie d'échange pour la trêve d'ETA de septembre 1998 : « Le contentieux basque est un conflit historique d'origine et de nature politiques dans lequel sont impliqués l'État espagnol et l'État français. Sa résolution doit être nécessairement politique. » Rappelons que ce pacte a été paraphé par le parti nationaliste « d'Iparralde » Abertzaleen Batasuna, mais aussi par les Verts Pays basque, avec la présence en observateur de la CFDT Pays basque. Il avait été salué à l'époque par des propos enthousiastes des nationalistes de tous bords et de leurs proches, propos que les médias locaux portaient avec complaisance à la connaissance du public. Ces mêmes organisations, signataires ou observateurs, sont bien sûr d'ardents promoteurs de l'idée d'un département Pays basque, « première marche vers la réunification d'Euskal Herria » selon Jakes Abeberry, historique du nationalisme basque en France. C'est dans la logique des choses. ETA a souvent rappelé que la territorialité, c'est-à-dire la réunion des sept territoires dans l'ensemble Euskal Herria, était une question primordiale. Ce communiqué de mi-juin n'apporte au fond rien de bien nouveau, à part la réaffirmation quelque peu grandiloquente de l'importance que la bande terroriste et son bras politique Batasuna accordent à cette question.
Si Le Journal du Pays Basque, proche de Batasuna et petit frère du journal indépendantiste d'Euskadi Gara, a publié le communiqué in extenso, le journal Sud-Ouest, principal organe d'informations locales pour nombre d'habitants de la région, ne lui a consacré que quelques lignes ; un service minimum frisant le boycott. Ce qui permit à la classe politique locale de garder un silence particulièrement prudent. On compatirait presque à l'indignation du porte-parole de Batasuna à Bayonne, qui persiste à réclamer « l'implication de l'État français et des partis politiques. »
Ce silence contraste singulièrement avec les multiples déclarations enthousiastes qui avaient suivi l'annonce du « cessez-le-feu permanent » du 24 mars. On peut citer, parmi les hosannas entonnés à l'époque, les propos de l'UDF Jean-René Etchegaray, ancien Conseiller général battu aux dernières élections et premier adjoint au député-maire (UMP) de Bayonne : « Nous sommes directement concernés. Nous ne sommes pas de simples spectateurs. De l'autre côté, c'est aussi chez nous. Nous sommes en Europe, il n'y a plus de frontières. » Souhaitant que les partis politiques du « Pays basque nord » prennent « une part active » dans le processus, il ajoutait : « on pourra difficilement refuser de participer à un tel processus. » (Le Journal du Pays Basque du 25/03/06). Pourquoi ce silence maintenant qu'il est directement interpellé par ETA ? Puisqu'il se disait prêt à participer au processus, pourquoi ne se positionne-t-il pas par rapport aux questions soulevées par ETA ? Peut-on se déclarer directement concerné un jour et se dérober dès que les problèmes évoqués s'avèrent délicats à traiter ? Jusque là, M. Etchegaray jouait le rôle de ceux que le camarade Lénine appelait les « idiots utiles ». Au pied du mur, il détourne la tête de peur d'être amené à franchir la ligne jaune qui le couperait de la grande majorité de la population bayonnaise et, par voie de conséquence, de ses attributions après les prochaines élections municipales. C'est ce qu'on appelle avoir des convictions.
Va-t-il tenter de tourner le problème en déclarant que ses intentions se limitaient à une participation à la « table des partis » qui doit se tenir en Euskadi ? On sait que cette procédure, issue de propositions du porte-parole de Batasuna Arnaldo Otegi et reprise par le PNV qui voit une occasion de remettre en selle le lehendakari Ibarretxe après l'échec de son plan de libre association Euskadi-Espagne, est le pendant local des négociations gouvernement central-ETA. Il s'agirait de réunir tous les partis politiques basques, y compris les nationalistes de Batasuna, aujourd'hui interdit en application de la "Loi des partis", et de discuter ensemble de l'avenir du Pays basque. Une manière de reconnaître de facto Batasuna en le réintégrant dans le jeu politique normal et de créer une sorte d'assemblée pré-constituante en dehors des assemblées constitutionnellement élues. Les partis nationalistes d'« Iparralde » ont manifesté leur désir de participer à cette « table de partis ». C'est normal puisqu'ils militent pour la construction nationale d'Euskal Herria, intégrant la Navarre et Iparralde. Est-ce le cas de M. Etchegaray ? Il faudrait qu'il explicite ses positions en la matière. Mais l'osera-t-il ? D'autant que le président du PNV lui-même a déclaré à Bayonne que la participation des partis politiques français à une « table des partis » unique "relevait de l'utopie pure" (Sud-Ouest du 20/06/06). Pragmatique comme le PNV sait l'être, il ajoutait qu'il valait mieux concentrer les efforts sur la lutte pour le création d'un département Pays basque. Un adepte de la politique des petits pas…
M. Etchegaray ferait mieux de prendre pour modèle le président de son parti, l'UDF. François Bayrou, interviewé par Le Journal du Pays Basque a fait une démonstration de sa capacité à contourner avec méthode toutes les questions pièges sur la situation locale. Par exemple, sur le processus amorcé « en Pays basque » (quel processus ? quel Pays basque ?), « je ne suis pas indifférent, pas plus que je n'en suis spectateur. Mais nous ne sommes pas acteurs… » On se souvient que F. Bayrou a signé il y a quelques années une biographie apologétique d'un autre Béarnais qui un jour déclara que Paris valait bien une messe…
Pour revenir à la dure réalité des faits, on notera que ETA, dans son dernier communiqué du 21 juin, réclamait du gouvernement espagnol qu'il adopte et accomplisse « ses engagements (compromisos) » et qu'il passe « des paroles aux actes ». Quels engagements ? se demande le journal ABC. Les conclusions des négociations à venir seraient-elles déjà fixées malgré tout ce que dit et répète le gouvernement Zapatero ? Réponse dans quelques jours.

Le CapVe
Le CapVe, le 26/06/2006 à 21:48 | Permalien


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Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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