(CAP = Citoyens en Adour-Pyrénées) - www.capve.info


Actualité

ETA-Batasuna, Zapatero, le Parlement européen… et les autres  30/10/2006

On a pu lire dans la presse nationale et régionale différents articles sur le sujet. Avant le débat : « Madrid demande au Parlement européen son soutien au processus engagé au Pays basque » (Le Monde du 19/10/06) ; « Droite et gauche divisés sur la question basque au Parlement européen (AFP 24/10/06). Après le vote : « Pays Basque : vote serré des eurodéputés en soutien au processus de paix » (AFP 25/10/06) ; « Le Parlement européen soutient le processus de paix au Pays basque » ( Le Journal du Pays Basque du 26/10/06) ; « Une assemblée très divisée » (Sud-Ouest du 26/10/06). Mais le lecteur consciencieux qui veut lire le texte de la résolution votée, doit aller la chercher – et ce n'est pas très facile – sur le site du Parlement. Fidèle à nos principes, nous publions d'abord le texte de la résolution avant de la commenter et d'apprécier les réactions des uns et des autres.

ETA-Batasuna, Zapatero, le Parlement européen… et les autres

Résolution du Parlement européen sur le processus de paix en Espagne
Le Parlement européen,
- vu l'article 103, paragraphe 2, de son règlement,
1. fait sienne la déclaration du Conseil européen des 23 et 24 mars 2006, sous la présidence autrichienne, par laquelle "le Conseil européen a accueilli avec satisfaction les rapports du président du gouvernement espagnol concernant le cessez-le-feu permanent annoncé par le groupe terroriste ETA";
2. souscrit à la communication du 22 mars 2006 de M. Josep Borrell, Président du Parlement européen, dans laquelle il a annoncé qu'il s'agissait d'une bonne nouvelle pour la société espagnole et l'ensemble de l'Europe, prouvant qu'il était possible de combattre le terrorisme grâce à la démocratie, qu'il était temps de faire preuve de sérénité et de prudence, temps de se souvenir des nombreuses victimes du terrorisme, d'espérer, et d'unir toutes les forces politiques démocratiques;
3. demande au Conseil et à la Commission de prendre les mesures appropriées;
4. condamne la violence, car elle est inacceptable d'un point de vue moral et totalement incompatible avec la démocratie;
5. exprime sa solidarité avec les victimes du terrorisme;
6. soutient la lutte contre le terrorisme ainsi que l'initiative de paix entreprise au Pays basque par les institutions démocratiques espagnoles dans le cadre de leurs compétences exclusives;
7. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission et aux gouvernements des États membres.

Le lecteur constate que ETA est clairement désigné comme « groupe terroriste » et que le terme « terrorisme » figure à trois autres reprises dans ce court texte. À ce terrorisme sont opposées les vertus de la démocratie, et donc de la démocratie espagnole en particulier. D'autre part, les victimes de ce terrorisme sont traitées avec égards. Le lecteur scrupuleux notera toutefois que ce qu'ETA nomme « processus de négociations » est ici appelé « initiative de paix », alors même que le ministre de l'Intérieur espagnol, Alfredo Pérez Rubalcaba, en charge des négociations, utilise avec prudence l'expression « el llamado proceso de paz » (par exemple, dans El Diario Vasco du 27/10/06). Enfin, la formulation « il était temps de se souvenir des nombreuses victimes du terrorisme » laisserait entendre que cela n'a pas été fait jusqu'à présent, ce qui n'est pas forcément un compliment pour le gouvernement en place depuis plus de deux ans.
Il s'agit manifestement d'un texte qui recherchait un consensus parmi les parlementaires européens. Et il est intéressant de comprendre pourquoi il n'a pas atteint son but (321 voix pour, 311 contre, 24 abstentions, 76 députés ne prenant pas part au vote).

L'erreur tactique du Président Zapatero
Sans doute le Président du gouvernement espagnol s'est-il laissé entraîner par son goût de la tactique qui lui avait plutôt réussi jusqu'à présent, notamment dans l'affaire du nouveau statut catalan. Dans un renversement d'alliance spectaculaire, il avait alors laissé sèchement tomber son allié socialiste Maragall, président de la Generalitat, pour discuter directement à la Moncloa avec l'adversaire direct de celui-ci, le leader de CiU, Artur Mas.
Ce débat au Parlement européen est en relation directe avec l'actuelle polémique politicienne espagnole. En effet, le Président Zapatero a misé sa réputation d'homme d'Etat et donc sa survie politique sur l'aboutissement des négociations avec ETA pouvant déboucher sur une paix définitive. Mais, aujourd'hui, toute la presse espagnole considère que le processus est dans une phase critique face aux exigences politiques de ETA (nous y reviendrons plus en détail dans une prochain autre article). Le Président subit dans cette affaire l'opposition frontale du Partido popular qui l'accuse de brader les valeurs de la démocratie et de mettre à mal l'état de droit face aux terroristes. Le gouvernement s'en défend et rappelle ses engagements devant le Congrès : ne pas aborder les questions politiques avec ETA tant que l'organisation terroriste n'a pas clairement renoncé à l'usage de la violence. Jusqu'à présent, rien ne prouve que les affirmations du PP sont justifiées. Les mises en garde répétées de Batasuna, bras politique de ETA, considérant que l'attitude de fermeté du gouvernement met en danger le processus, seraient, en quelque sorte, une preuve a contrario. Pour autant, la vigilance s'impose afin de prévenir tout glissement : c'est notamment la position de Basta ya !.
La position radicale du PP est en quelque sorte la réponse du berger à la bergère. Si les négociations avec ETA échouent, la voie pour la reconquête du pouvoir lui est largement ouverte. Pourtant certains en Espagne, au delà de la gauche, jugent cette attitude plutôt stérile.
À défaut de réussir à affaiblir le PP en Espagne, le président Zapatero va chercher à l'isoler au sein du parti conservateur PPE du Parlement européen. Compte tenu des prises de position du PP sur la scène espagnole, M. Zapatero savait que les représentants de ce parti au Parlement européen ne voteraient jamais une motion approuvant peu ou prou les agissements du gouvernement. Il fallait alors mettre au vote un texte le plus consensuel possible, susceptible d'entraîner l'adhésion des autres membres du PPEuropéen. Mais la manœuvre politicienne se révéla trop évidente. L'ensemble du PPE fit bloc derrière le PP espagnol et refusa de voter le texte présenté par le PSE. C'est pourquoi aussi des députés élus sur des listes du grand sud-ouest comme Jean-Marie Cavada (UDF) ou Béatrice Patrie (PS) n'ont pas pris part au vote, refusant de choisir entre l'un ou l'autre camp dans cette bataille reflétant un affrontement partisan espagnol.
Il est particulièrement instructif de revenir sur les commentaires de la presse espagnole et notamment du grand journal El País qui n'a jamais caché ses sympathies pour le gouvernement du PSOE. La vieille du débat, le journal publiait un éditorial intitulé « Iniciativa fallida » (initiative avortée). L'article constatait l'impossibilité d'une entente préalable avec le PP, mais il regrettait ensuite cette situation qui aurait pu être différente si « les partis espagnols (avaient eu) une vision moins étroite que celle qui est apparue dans leurs explications de vote ». Le PSOE et le PP étaient renvoyés dos à dos. Le 28/10/06, après le scrutin, Antonio Elorza, professeur de sciences politiques à l'université Contumplense de Madrid et commentateur habituel dans El País, commençait ainsi son article : « Finalement, il y a accord général entre tous les médias : le but du gouvernement espagnol d'obtenir un soutien dans le Parlement européen pour sa politique de "paix" en Euskadi s'est soldé par un échec. »
Un autre aspect de la tactique Zapatero ne doit pas être négligée. C'est l'ouverture, pour ne pas dire la concession, faite à l'égard de Batasuna, bras politique de ETA. Rappelons que ce parti politique est interdit en Espagne pour n'avoir pas condamné la violence terroriste et qu'il figure sur la liste des organisations désignées comme terroristes par le Conseil de l'Union européenne. ETA et son bras politique ont toujours souhaité voir une scène internationale débattre du « conflit basque » parce qu'ils savaient qu'ils pourraient toujours, d'une façon ou d'une autre, mettre en avant la nature « politique » du conflit. Comme il fallait s'y attendre, Batasuna a largement profité de l'occasion qui lui était offerte par ce débat au Parlement européen voulu par le président Zapatero. « C'est un jour historique » déclarait à Strasbourg Joseba Alvarez, responsable des relations extérieures de Batasuna, propos repris par Reuters. Historique puisqu'en Europe « il est reconnu que le Pays basque est un sujet politique, mais aussi qu'il y a un conflit politique… » (Le Journal du Pays Basque du 26/10/06). Comme le note le député européen (UMP) Alain Lamassoure dans Sud-Ouest du 25/10/06 : « Batasuna, la vitrine politique d'ETA est enthousiaste. ETA était en fait demandeur. Nous avons tous reçu une lettre de Batasuna nous demandant de voter cette résolution, dans laquelle figurait son projet d'autodétermination… » M. Lamassoure fait ici preuve d'une perspicacité remarquable, qu'on ne lui connaissait pas dans les relations qu'il a pu avoir, en tant que président du Conseil des Elus du Pays basque ou en tant qu'ex-maire d'Anglet, avec les nationalistes basques de Batasuna ou d'Abertzaleen Batasuna.
Tous les médias ont mentionné les quelques 500 partisans ou alliés de Batasuna qui se sont déplacés à Strasbourg pour « soutenir le processus de paix du Pays basque ». Sud-Ouest parle « d'une délégation basque d'observateurs liée au Forum National de Débat, mouvement de la gauche abertzale. » Dans la presse espagnole, l'expression « gauche abertzale » est régulièrement utilisée pour désigner le parti Batasuna et la multitude des associations affiliées. Basta ya ! avait, lui, le courage de ses opinions en titrant un article publié sur son site « ETA à Strasbourg ».

Réactions diverses
Nous avons déjà mentionné certaines déclarations de M. Lamassoure. Ajoutons celles-ci : « Nous avons la désagréable sensation d'être instrumentalisés » (Le Monde du 27/10/06). Mais il va plus loin. Après avoir regretté l'absence d'unanimité espagnole, il estime (Sud-Ouest du 27/10/06) que « cette expérience est une nouvelle preuve du fait que, sur des problèmes de cette nature, le Parlement peut aider mais ne peut se substituer aux forces politiques nationales. » De la part d'un européen aussi convaincu et d'un député aussi chevronné, cette déclaration mérite d'être remarquée.
Elle a au moins le mérite de situer cet épisode dans son véritable contexte. C'est loin d'être le cas pour les déclarations venant des nationalistes d'Abertzaleen Batasuna et de leurs alliés habituels, chez les Verts ou dans une partie du PS local, tous ceux qui ont fait le déplacement de Strasbourg. Nous ne reviendrons pas sur la teneur des articles du Journal du Pays Basque qui reprend à son compte les positions de Batasuna. Notons l'emphase de Jakes Abeberry, membre fondateur d'AB : « Les représentants politiques d'une assemblée démocratique de plus de 400 millions d'Européens ont apporté leur soutien au processus de paix. » Kotte Ecenarro, maire (PS) d'Hendaye, n'est pas en reste quand il précise les raisons sentimentales de son engagement (Le Journal du Pays Basque des 27 et 28/10/06) : « Personnellement, j'ai décidé de prendre mes responsabilités, parce qu'il se trouve que je suis fils de réfugiés de 36, parce que j'ai vécu ce conflit de près pendant des années, parce que je suis maire d'Hendaye, parce que je suis le seul maire socialiste de la Côte basque, parce que j'en ai marre, parce qu'il faut s'en sortir. Pour toutes ces raisons, j'ai décidé de m'engager dans ce processus. » Mais il a aussi des illuminations : « J'ai vécu cela comme une journée historique, parce qu'il n'y a eu qu'un seul précédent, justement quand le Parlement européen a été saisi sur le conflit irlandais. Ce dont je suis pratiquement certain, c'est que la journée d'hier aura des suites ; aujourd'hui, j'entends dire que le modèle irlandais suivi du basque pourrait intéresser les Palestiniens, les Kurdes… » Diable ! Pourquoi alors oublier la Tchétchénie, le Darfour ou le Timor oroiental ? C'est, apprend-on, en tant que « membre de la délégation organisée par la Table pour l'Accord » que M. Ecenarro s'est rendu et a séjourné à Strasbourg. Donc aux frais de cette fameuse table, émanation de Batasuna, parti reconnu comme le bras politique de ETA…
Ce qui est remarquable dans les cas cités, c'est le ton euphorique qui contraste singulièrement avec celui utilisé par les commentateurs espagnols de tous bords quand ils évoquent les incertitudes dans lesquelles sont plongées les négociations en cours ETA-Gouvernement. Et pour eux, l'épisode strasbourgeois n'est qu'un épiphénomène sans grande conséquence. L'attitude de ces nationalistes « du nord » et de leurs alliés reflète bien le fait qu'ils se sont toujours trouvés en spectateur du conflit, à l'abri de cette frontière qu'ils ont tendance à nier, loin de toute la problématique liée à la violence terroriste. « Suffit-il de nier l'évidence pour la détruire ? » (Charles Dunoyer, 1786-1862)
Nous reviendrons très prochainement sur l'actuelle situation tendue du processus que nous analyserons à la lumière des commentaires lus dans la presse espagnole.



Le CapVe
Le CapVe, le 30/10/2006 à 18:26 | Permalien


CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
Le combat de CAP Vivre Ensemble continue.


  Recherche

Rubriques
CAPVE édite un bulletin d'une quinzaine de pages qui fournit éléments d'information et de réflexion à ses adhérents et aux visiteurs de ce site.
Points de l'actualité sélectionnés par CAPVE
Communiqués de presse de CAPVE
Pour comprendre les termes ou sigles touchant de près ou de loin "la question basque"
Livres, revues ou articles recommandés par l'association





Infos du web
Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme

RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile