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Actualité

Il y a dix ans, le 9 octobre 1999, se déroulait à Bayonne une grande manifestation réclamant la création d’un département « Pays basque » (on avait abandonné l’appellation département basque qui laissait un arrière-goût d’ethnicisme, pour ne pas dire plus). Le 9 octobre 2009, des membres de l’association Batera déposaient à la sous-préfecture de Bayonne « 16 boîtes qui contiennent une pétition ayant réuni 32049 signatures exactement –issues d’un trentaine de communes– afin de réclamer une consultation sur cette question (de la création d’un département Pays basque). » (Sud-Ouest du 10/10/2009). Ils « étaient reçus par … (le) secrétaire général de la sous-préfecture, en l’absence du sous-préfet. » C’est dire l’importance accordée au sujet… Ces boîtes étaient, aux yeux de tous, des urnes funéraires.


Funérailles d'Atala par Girodet (1808)
Funérailles d'Atala par Girodet (1808)
PAVANE POUR UNE
REVENDICATION DÉFUNTE.


PREMIER MOUVEMENT
La manifestation du 9/10/1999 marqua le sommet de l’action du lobby pour un département basque de l’époque, menée par deux associations, l’une se voulant issue des « forces vives » avec à sa tête un ancien président de la CCI, l’autre regroupant des élus du Pays basque, animée par un banquier à la retraite déçu de n’avoir pu mener une carrière politique locale au delà d’un poste de conseiller municipal. Ceci relève aujourd’hui de l’anecdote, sauf qu’il est intéressant de noter que les abertzale (nationalistes basques) qui étaient pourtant à l’origine de l’idée (Enbata en 1963) prenaient soin de ne pas se montrer sur le devant de la scène revendicatrice (même s’ils n’en étaient pas absents).
12.000 personnes selon les organisateurs, 8.000 selon la Préfecture qui avait fait survoler la manifestation par un hélicoptère. La presse locale qui appliquait équitablement en la matière la recette du pâté d’alouette (un cheval en faveur des pro-département, une alouette pour les opposants) trancha, sans le moindre élément objectif : 10.000 manifestants. Le Préfet, nouvellement nommé dans le département des Pyrénées-Atlantiques, apprit ainsi, à ce qu’il nous dit, à connaître la manière dont les media rendaient compte des affaires relatives à la question basque.

Mais la création d’un département est du domaine de la loi ; à défaut de pouvoir persuader une majorité de députés de l’intérêt de la chose, il fallait en convaincre le gouvernement. Rendons grâce au Premier Ministre Jospin de deux nominations.
La première, celle de JP Chevènement au ministère de l’Intérieur, donc en charge des Collectivités locales : pour lui, les notions républicaines d’égalité des citoyens devant la loi et d’unicité du peuple français n’étaient pas vides de sens. Il ne fit rien qui pouvait paraître favorable au département Pays basque.
La seconde est celle de la député PS de la 5e circonscription des P.A. à la tête d’un obscur Secrétariat d’Etat. Elle était d’autant plus favorable à la scission du département des P.A. que cette position lui permettait de ramener sur son nom au second tour des législatives les voix obtenues par les abertzale au premier tour et de battre son adversaire Alain Lamassoure. Mais, par application d’une règle établie par le général de Gaulle, elle dut céder son poste de député à son suppléant, farouchement anti-département, et elle dut appliquer le principe de solidarité gouvernementale et donc en dire le moins possible sur ce sujet.

Malgré les nombreuses gesticulations des uns et des autres, l’idée de création d’un département Pays basque piétinait, au grand dam des abertzale qui voyaient là « la première marche de l’escalier qui conduira à la réunification (sic) d’Euskal Herria. » C’est pourquoi, parmi eux, un groupe de jeunes membres d’Abertzaleen Batasuna ayant compris que l’argument politique seul ne pouvait faire aboutir leurs revendications, créaient « démocratie en Pays basque » en se présentant en « défenseurs » de la langue basque. Les « démo » comme ils se faisaient appeler, se lançaient dans des opérations spectaculaires pour le plus grand plaisir des médias locaux qui les suivaient pas à pas.

SECOND MOUVEMENT
Après la présidentielle de 2002, le Premier ministre Raffarin annonçait que sa grande œuvre serait la décentralisation, impliquant une réforme des collectivités territoriales, notamment régions et départements. Mais il précisait immédiatement que son intention n’était pas de diviser mais plutôt de rassembler. Tout le monde ici comprit le message implicite.
Sauf Alain Lamassoure, du haut de sa fonction de président du Conseil des élus du Pays basque. Il avait réussi, après bien des manœuvres, à se faire désigner à la tête de cet organisme sans pouvoir exécutif lié à l’existence du pays (au sens des lois Pasqua-Voynet) « Pays basque ». Il pouvait alors exhiber sur sa carte de visite un ancrage local en plus de son engagement européen. Il se lançait dans des digressions en tout genre sur les référendums locaux ou la nécessité d’institutions spécifiques au Pays basque.

Les partisans du département Pays basque, tirant les leçons des expériences précédentes annoncèrent la création d’une nouvelle association Batera, avec quatre revendications, ce qui permettait d’élargir leur domaine d’intervention et leur public : la co-officialisation de l’euskara, le département Pays basque, une Chambre d’agriculture du Pays basque et une université de plein exercice à Bayonne.
L’empreinte des nationalistes est ici évidente.
La première revendication est, bien plus qu’un département, un premier pas vers l’autonomie du territoire concerné. Elle est calquée sur la situation de la Communauté Autonome Basque où l’espagnol et le basque sont les deux langues officielles. Elle prend appui sur un sentiment commun à tous les bascophones, la nécessaire défense de leur culture et de leur langue. La confusion recherchée se produira puisqu’on verra des participants aux manifestations de Batera déclarer qu’ils sont là pour la défense de la langue basque.
La troisième revendication est liée à celle du département puisqu’en France, il n’existe qu’une Chambre d’agriculture par département. Le syndicat agricole ELB, proche des abertzale par ses dirigeants, apportera à Batera le renfort de ses troupes (50 % des voix chez les agriculteurs du Pays basque, voir notre article « Les masques tombent à Bayonne »).
La quatrième revendication est aussi calquée sur la situation de la CAB où existe une université du Pays basque, active dans les « capitales » des trois provincias de la Communauté. Aujourd’hui n’existe à Bayonne qu’une antenne de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA).
Enfin, un signe qui ne trompait pas : la nomination au poste de « coordinateur principal » de Jean-Noël Etcheverry. Cet apparatchik de l’« abertzalisme » qui fut permanent d’Abertzaleen Batasuna sait créer l’événement : parmi ses références, la création du festival de rock basque de St Martin d’Arrossa et la fondation des « démo ».

L’« exploit » de Batera fut la campagne de recueil de signatures en vue de la mise en œuvre d’un référendum local sur la création du département Pays basque. On retrouvait à cette occasion tous les ingrédients qui font ces affaires tordues agitant régulièrement le mundillo politico-médiatique local. Au départ une volonté des abertzale et autres autonomistes d’occuper le terrain politique : il faut donner l’impression que les questions mises en avant procèdent des préoccupations principales de la population. Peu importe que l’argumentation présentée soit complètement spécieuse. C’était à l’évidence la cas ici puisque la création d’un département est du domaine de la loi (voir notre article « Supercherie à tous les étages »).
Certains notables locaux jouaient avec naturel les « idiots utiles » (voir notre article « Nouvelle poussée de fièvre »). Les grands élus, notamment les parlementaires, comme le député-maire de Bayonne ou le sénateur-maire de Biarritz, se taisaient ou assuraient le service minimum. Ils devraient tout de même être capables, s’ils en avaient la volonté politique, d’expliquer le sens d’un texte législatif ou réglementaire… Les médias locaux, ravis de trouver matière à développements, se précipitaient sur le sujet. Mais ils évitaient tout approfondissement ou tout commentaire qui pourrait fâcher : les textes officiels (lois et règlements) doivent être inaccessibles aux journalistes. C’est ça la presse de non-investigation… Le maelström était lancé et allait alors s’auto-alimenter.

Mais les faits sont tenaces et même un cyclone finit par s’épuiser. Les signatures recueillies proviennent « d’une trentaine de communes » nous apprend Sud-Ouest. Quelles sont ces communes, parmi les 549 qui forment le département des Pyrénées-Atlantiques ? Et que faire de ces signatures ? On s’en débarrassera subrepticement à la sous-préfecture. On ne prendra même pas le risque de se présenter devant le Conseil général à Pau…

FINALE
Finalement, c’est globalement un échec pour Batera et ses quatre revendications. Les nationalistes basques et leurs alliés le reconnaissent plus ou moins explicitement.
Batasuna, bras politique de ETA au nord et au sud de la frontière, a toujours trouvé trop tiède cette revendication d’un département. Il lui préfère celle plus radicale d’autonomie, s’alignant sur les positions du grand frère ETA.
Le PNB (branche du Partido Nacionalista Vasco) en fut un chaud partisan, car un département Pays basque aurait mieux pu faire corps avec la Communauté autonome basque voisine, gouvernée alors par le PNV.C’est pourtant le PNB qui exprima le premier, en avril 2009, dans un communiqué, la mort du département : « … la pertinence d’un département Pays basque est posée ». Mais c’est pour le remplacer aussitôt par un projet de « collectivité territoriale du Pays basque ».
Abertzaleen Batasuna, comme souvent (par exemple, quand il s’agit de condamner les attentats de ETA, voir la fin de notre article « Les terroristes et les autruches »), ne s’exprime pas clairement sur le sujet, réclamant une hypothétique « consultation populaire » : « Seules des démarches politiques nouvelles et audacieuses pourront apporter ce changement institutionnel nécessaire à une normalisation politique. » (exemple de langue de bois dans un communiqué du 17/02/2009). Il est clair qu’AB n’est plus le moteur de la revendication d’un département qui n’est plus porteuse et qu’il s’est déjà tourné vers d’autres horizons. Ce qui explique la présence de Jean-Noël Etcheverry, devenu salarié d’une fondation financée par un syndicat nationaliste d’Euskadi, à la tête des manifestations genre écolo de la nouvelle association Bizi !, très suivies par les médias locaux.

Dans ces conditions, Batera se retrouve sans troupe et les propos de ses participants à la réunion de mai 2009 (Le Journal du Pays Basque du 16/05/2009) sont empreints de la nostalgie des vieilles rengaines : « cette nouvelle organisation territoriale (proposée par la commission Balladur) est la chronique annoncée de la mort du département » (y compris du département Pays basque mort-né, comprend le lecteur…). Au point que le rédacteur de l’article se permet d’ironiser : « Alors Batera serait devenu le grand défenseur du département ? ».

* * * *
***

Feu le département basque
Après le retrait de facto de la revendication d’un département, peut-on considérer que le mouvement constitué par les abertzale et leurs alliés objectifs, régionalistes ou autonomistes, s’essouffle ? Sans doute pas.

1. D’abord parce que la « basquité active », selon l’expression de l’anthropologue Pierre Bidart, reste vive dans certains milieux et est soutenue par l’air du temps. On peut s’en rendre compte même dans le courrier des lecteurs de Sud-Ouest Dimanche. Le 5/09/2009, un lecteur bayonnais, M. Goldring, fustigeait une revendication d’autonomie du Pays basque qui se déclarait démocratique alors que les différents partis qui s’en réclament « obtiennent avec une grande régularité moins de 10% des voix » aux élections. La réponse ne se fit pas attendre (12/09/2009) : « Nous sommes un peuple avec une langue, une culture, une université propre, des traditions, une histoire. Nous ne sommes pas un melting-pot culturel. Nous ne représentons peut-être que 10 % de la population du Pays basque nord (et non du Pays basque français), c’est peut-être vrai sur le plan politique puisque nous avons été colonisés par les jacobins français. M. Goldring ne peut pas s’exprimer au nom des Basques, faisant partie des 90 % restants, il ne revendique pas sa basquitude, il ne l’est pas. Il n’y a pas de purification ethnique ou de terrorisme politique. Il y a simplement l’affirmation d’une identité propre dont M. Goldring ne fait pas partie. »
Ces propos ont le mérite de la clarté. On peut en entendre ailleurs de moins abrupts, mais tout aussi significatifs.
« Le Pays Basque a une spécificité reconnue qui doit être rappelée et traité en conséquence. » insiste, le 13/02/2009, Jean-Baptiste Etcheto, président du Conseil de développement du Pays basque, dans une interview à Eitb.com, le site de la radio-télévision d’Euskadi. D’où vient cette « spécificité » ? De la partie de ses habitants se qualifiant de « Basques » ? Le président n’apporte pas de précisions sur ce point. Or, comme le fait remarquer avec satisfaction l’interviewer et comme on le constate sur la photo illustrant l’article, « l’ikurriña est en bonne place dans (son) bureau ». Rappelons que ce drapeau a été conçu vers 1850 par les fondateurs du nationalisme basque et qu’il est devenu le drapeau officiel de la Communauté autonome basque à la naissance de celle-ci. Ce drapeau, là ou il est placé, bien en apparence, a bien sûr une signification : par exemple « nous sommes un peuple etc. » voir la suite plus haut.
« En politique, les symboles comptent plus encore que les déclarations » écrit l’éditorialiste de Courrier International (n° 990). La « basquité » la plus active ne se trouve pas toujours là où elle se manifeste le plus.

2. Ensuite parce que les opinions de certains élus locaux fluctuent en fonction de leur intérêt électoral. On a cité plus haut M. Lamassoure. Les palinodies de Jean-Jacques Lasserre qui fut de 2001 à 2008 président du Conseil général des P.A. constituent un vrai cas d’école. À ce poste, il fut un adversaire ardent de la scission du département ; normal, il n’allait pas se faire hara-kiri. En 2003, il fit approuver par le Conseil une « stratégie territoriale fondée sur un diagnostic du territoire des Pyrénées-Atlantiques » qui « s’appuie sur l’existence en P.A. de plusieurs systèmes territoriaux différents, ce qui induit des politiques territoriales différenciées » (magazine du C.G. du 3e trimestre 2003). L’étude déterminait « quatre systèmes territoriaux distincts, aux caractéristiques diversifiées, … fortement indépendants » et qui n’avaient rien à voir avec la séparation habituelle Pays basque-Béarn. Sans doute effrayé de sa propre audace, M. Lasserre s’empressa de ne rien faire de cette étude. Aujourd’hui, un autre président du C.G. a été élu au bénéfice de l’âge car il n’y a plus de majorité dans l’assemblée. M. Lasserre se console ( ?) de la perte de son titre en occupant le poste de président du Conseil des élus du Pays basque. Il ne jure que par les spécificités du territoire Pays basque et a complètement passé à la trappe l’étude qu’il patronna en 2003 ; normal, il ne va pas se faire hara-kiri et sacrifier un possible avenir… sénatorial.

Ainsi le Conseil des élus et le Conseil du développement nous invitent à des « réflexions/chantiers » sur le thème « Aménageons le Pays basque » par une plaquette qui commence par cette phrase : « Comment appréhender l’aménagement et l’urbanisme futur de notre territoire ? ». Pourtant, nous disait-il à l’époque, en 2003, l’étude ne fait que prendre en compte des réalités sociales, économiques et démographiques, évidentes pour tous ceux qui ne sont pas aveuglés par des considérations politiques.
Aujourd’hui il a oublié que Bayonne, « capitale » du Pays basque pour certains, est limitrophe du département des Landes et qu’il existe depuis 2000, un SCOT de l’agglomération de Bayonne et du sud des Landes.

Le projet de loi sur la réforme des collectivités territoriales mentionne dans l’article 12, « l’abrogation du dispositif des pays ». Qui va regretter la disparition du Conseil des élus du Pays basque ?

3. Enfin, parce que les médias locaux s’alimentent de ces « spécificités », manifestations politiques, culturelles, folkloriques ou même sportives. Est-ce vraiment utile pour eux et nécessaire pour l’information de leur public de se précipiter à la moindre conférence de presse tenue par le nième « collectif » en faveur de l’autonomie du Pays basque ou de la défense de la langue basque menacée, et d’en rendre compte le lendemain ? Il y a des jours où le citoyen lambda se sent submergé par le flot de la « basquitude ».

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Des revendications avancées par Batera et d’autres, qui ont abouti à des impasses, il ne reste que des considérations ethnocentriques* qui tendent à distinguer ou même à séparer ce territoire du reste de la nation. Arrivera-t-il le jour où certains (la majorité) de ses habitants seront considérés comme des intrus parce qu’étrangers à la culture basque ?

(*) ethnocentrisme, subst. masc. « Comportement social et attitude inconsciemment motivée qui conduisent à privilégier et à surestimer le groupe racial, géographique ou national auquel on appartient, aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres peuples »

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 26/10/2009 à 16:51

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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