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Dans le dernier bulletin municipal d’Anglet, le maire intitule son éditorial : « Avancer en respectant notre identité ». Dans la brochure « La langue basque à l’école, c’est le B.A. Basque », on évoque une « civilisation à l’identité si marquée ». Les « finalités de Seaska », en février 1995, indiquent que « l’ikastola est une école liée à l’identité basque ». Le chef du gouvernement de la Communauté Autonome Basque, dans son discours du 27/09/02 proposant au Parlement de Vitoria un pacte de libre association avec le gouvernement espagnol cite, parmi les trois piliers sur lesquels reposerait ce pacte, « Le Peuple Basque est un peuple ayant sa propre identité ».
Cette notion d’identité mérite, à l’évidence, qu’on s’y intéresse de plus près.


Identité culturelle (article paru dans le bulletin CAPVE n° 14)

La notion d’identité culturelle est aujourd’hui tellement répandue — tant dans les médias, les discours politiques que les études scientifiques — que, lorsqu’on parle d’identité, on ne se donne plus la peine de préciser qu’il s’agit d’une identité culturelle et non sexuelle, professionnelle ou autre. Et même lorsque cette précision est donnée, le flou subsiste quant au contenu d’une notion qui semble tellement évidente qu’on n’aurait pas besoin de la définir. C’est pourtant ce que nous allons tenter de faire.

Identité personnelle
Il y a d’abord l’identité personnelle. On peut avoir l’impression qu’elle est « donnée », qu’on « naît avec ». De fait, l’identité est objectivement encadrée, essentiellement par le sexe, la généalogie, l’insertion sociale de la famille et même la condition humaine dans son universalité.
Toutefois, même si cette identité « objective » est largement assignée au sujet, déterminée biologiquement et socialement dans ses traits essentiels, elle doit faire l’objet d’une appropriation subjective, longue et aléatoire. Même les composantes objectives de l’identité ne sont pas automatiquement intégrées par le sujet (un exemple extrême étant celui de la transsexualité). Ainsi, à l’âge adulte, le sentiment d’identité reste susceptible d’évoluer, même chez les personnes les plus construite, les plus assurées. Devenir parent ou grand-parent, changer de profession ou de conjoint, partir en retraite, émigrer, tous ces changements de statut personnel ou de statut social appellent des réaménagements identitaires.
Traditionnellement, la dimension sociale de notre identité est assurée par un sentiment d’appartenance à des groupes sociaux plus ou moins larges, d’abord ceux dans lesquels notre généalogie nous a objectivement inscrit. En fait, les groupes d’appartenance sont variables : clans, castes, classes sociales, nations, régions, villes, quartiers, villages, communautés religieuses, communautés ethniques… Généralement, le sentiment d’appartenance est pluridimensionnel : groupe social, groupe religieux, groupe sexué, groupe ethnique, groupe professionnel…

Identité collective
Tout groupe humain est, a été ou sera une communauté humaine. Chaque communauté humaine désignée a une identité, dès que l’on peut s’en faire une représentation caractéristique qui semble pouvoir rester « identique à elle-même ». Cependant, différents points de vue aboutissent généralement à différentes identifications de la même communauté.
L’identité de la communauté, c’est aussi ce qui permet aux personnes de « s’y reconnaître », chacune à sa manière, mais aussi avec un sentiment collectif. La référence pouvant être très variable, on aura une infinité de jeux d’identité. Cela se complexifie évidemment par le jeu des participations à plusieurs communautés et à des communautés de communautés.
L’identité intervient encore dans les relations avec d’autres communautés ou leurs représentants. L’idée que l’on se fait de son propre groupe détermine pour beaucoup la nature de ces relations.

Un exemple
Examinons dans cette perspective la lettre signée par « 358 prêtres du Pays basque » rendue publique le 10 mai 2002. Elle commence ainsi : « Faisant partie des communautés que nous devons servir en tant que prêtres des cinq diocèses d’Euskal Herria (Bayonne, Bilbao, Pampelune, Tudela, Saint-Sébastien et Vitoria)… ». De quelles communautés est-il question ?
Si on se réfère à la volonté de l’Église chrétienne d’être universelle, on pense d’abord à la communauté des hommes vivant sur le territoire des diocèses désignés. Mais la suite du texte écarte cette hypothèse puisque, dans un chapître intitulé : « caractères constitutifs d’Euskal Herria », on peut lire : « nous voulons rappeler le fondement du peuple que nous appelons Euskal Herria, à savoir une série de caractères objectifs révélant et constituant son identité collective (NDLR : c’est nous qui soulignons) : culture d’origine particulière, langue spécifique, histoire autonome, implantation territoriale, projets d’avenir distincts, institutions qui lui sont propres. » Ainsi, ces prêtres, qui se situent, par essence, dans la communauté des chrétiens, font partie du « peuple… Euskal herria » bien défini, mais ne veulent toutefois pas « exclure d’autres communautés aussi respectables que la nôtre », disent-ils. L’univers se trouve ici réduit à une communauté (les catholiques romains) à l’intérieur d’une autre communauté (le peuple basque) parmi les habitants de territoires géographiquement définis (les diocèses). C’est la peau de chagrin ! L’histoire ne dit pas si l’Église catholique prodigue la même sollicitude à toutes les autres communautés vivant dans ces diocèses, avec des prêtres aussi attentifs aux aspirations (politiques) de leurs ouailles.

Culture
On peut voir trois sens dans le mot culture : le plus large, provenant du sens anglais du terme, intègre les œuvres et les manières de vivre, les styles, les savoir-faire. Un autre sens, plutôt allemand, est proche de l’idée de civilisation. Le sens français, plus limité, renvoie à l’idée de création, d’œuvres, de patrimoine, et à l’existence de critères capables de distinguer, dans ce qui se produit et s’échange, ce qui relève de la culture.
Il faut reconnaître que finalement, l’utilisation du terme prête à beaucoup d’équivoques. On dit, par exemple, que la France est un pays de culture (conçue comme création de l’esprit et progrès des savoirs), tout en admettant qu’elle est composée de différentes cultures régionales (au sens d’identités collectives). Mais on peut ajouter que c’est dans le dépassement de la particularité des cultures (au sens précédent) et de leurs variations qu’on peut trouver les invariants de la culture (universelle de l’humanité).
Un célèbre anthropologue, spécialiste de l’Afrique, Jean-Loup Amselle, considère la culture comme un phénomène en constant développement, pris dans un réseau très interactif d’influences et de rejets avec un besoin constant de positionnement de l’une par rapport à l’autre. Il ne cesse de rappeler que la culture n’a jamais constitué un socle inaltérable, que c’est au contraire une réalité essentiellement fluide et adaptative. Il n’existe pas de cultures pures, autant que de races pures, comme on le pensait auparavant. Toute culture est métissée. Affirmer le contraire conduit à toutes les formules de racisme et de purification ethnique.
On vit tous avec des fragments de la culture de l’« autre », c’est ce que montre Serge Gruzinski dans son livre « La pensée métisse » (Fayard, 1999) en décrivant comment se sont mêlés l’Ancien Monde et Nouveau Monde, dans le Mexique conquis par les Espagnols.

Identité culturelle (article paru dans le bulletin CAPVE n° 14)
L’identité basque (version nationaliste)
Selon la théorie développée à la fin du XIXe siècle par Sabino Arana, (1865-1903), idéologue du nationalisme basque et fondateur du Parti Nationaliste Basque (PNV), le Basque se définit par ses origines. Le Pays basque ne peut exister sans la « race basque ». Elle est l’essence de la nation. Le catholicisme est aussi un élément intrinsèquement lié à l’identité des populations. Enfin, l’identité basque est indissociable de la langue d’où la définition du territoire Euskal Herria « le pays des gens qui parlent basque ».
Ainsi, le nationalisme basque oppose, dès sa naissance, les habitants du Pays basque aux Espagnols et même les Basques entre eux. Car, où situer ceux qui ne réunissent pas l’un de ces critères ? Pourtant, jusqu’aux années trente, cette conception essentialiste de l’identité basque fera de plus en plus d’adeptes et le PNV ne remettra pas en question cette interprétation. Aujourd’hui, en 2003, on examinera avec attention les thèmes qui seront développés lors des manifestations pour le centenaire de la mort d’Arana.
Toutefois, c’est la culture et la langue qui deviennent des priorités pour le parti, en vue de diffuser, au sein de la population, le sentiment d’appartenance à une « communauté imaginaire » (pour reprendre l’expression de l’ethnologue Bénédict Anderson). Ainsi, le PNV exalte la langue, parfois en la réinventant, pour mieux séparer les Basques des Espagnols et, du coup, il monopolise la définition de l’identité basque. De là vont naître des assertions du genre « tout ce qui n’est pas nationaliste n’est pas basque » ou bien « ceux qui rejettent, poursuivent ou dénoncent le nationalisme mettent en péril l’identité basque ».
Mais à cette langue se trouvent toujours associés des territoires sur lesquels vivent les locuteurs. L’Euskal Herria demeure et sa réunification reste un objectif capital.
Face aux événements (Front Populaire, holocauste de la Seconde Guerre mondiale), le PNV, sans remettre en question l’idéologie fondatrice, va admettre une dimension volontariste de l’identité.
En 1959, l’apparition de l’ETA et sa propre vision de l’identité va provoquer un bouleversement idéologique considérable au sein du nationalisme basque. L’organisation terroriste rejette la notion de race et considère que la langue et la culture sont les principaux marqueurs de l’identité basque. Elle va même plus loin : être basque ne signifie pas seulement parler le basque ou être né au Pays basque, mais aussi lutter pour la récupération, la protection et la diffusion de la langue. Cet engagement en faveur du basque, et donc de l’identité nationale, est indissociable de la lutte pour l’indépendance. Et on comprend alors que cette lutte n’est pas circonscrite aux trois provinces Guipuzcoa, Vizcaya, Alava.
Après la mort de Franco, le PNV abandonne progressivement ses thèses racistes et considère que l’identité basque est ethnique, culturelle et fondée sur la volonté commune. À partir du moment où il est amené à négocier avec des partis non-nationalistes, il accepte qu’une vision de l’identité plus large que la sienne devienne une norme à l’échelle de la région. La dimension volontariste semble donc s’imposer.
Pourtant, aujourd’hui encore, on peut dire que c’est bien le désaccord sur l’identité basque qui est une des causes du prolongement d’un conflit qui ravage l’Euskadi. Aucun consensus n’a été véritablement trouvé dans la population. La moitié environ des habitants rejette le message identitaire du nationalisme et estime qu’on peut être à le fois basque et espagnol. Le problème basque n’oppose pas des Basques à des non-Basques mais des interprétations différentes de la réalité d’Euskadi, d’une société plurielle, tant sur le plan de l’identité que des projets politiques.

Du côté nord
Le document fondateur du nationalisme basque côté français (si on peut s’exprimer ainsi) est la charte d’Itxassou (1963). « Nous, Basques, sommes un peuple par la terre, la race, la langue, les institutions… ». L’influence d’Arana est claire, même si on ne peut établir de filiation directe. Les membres du mouvement Enbata n’avaient pas de relations avec le PNV. Par contre des « interférences énormes » (Bixente Vrignon, Les années oubliées, Éditions Atuzain) existaient avec l’ETA dont ils étaient « tous plus ou moins les porteurs de valises ».
Aujourd’hui, le fond de la pensée des nationalistes d’Abertzalzeen Batasuna n’a pas varié sur ce point, même si le terme « race » a disparu du vocabulaire. On peut relire les interviews de Gorka Torre et Jakes Abbeberry dans « La Semaine du Pays Basque » : « … nation basque en tant que communauté qui partage des traits culturels, une identité et un projet collectif » dit l’un ; « … patriote, au sens où la patrie est considérée comme la terre de mes pères » dit l’autre (on croirait lire un émule de Maurice Barrés).

Identité culturelle
La notion d’identité culturelle apparaît dans les années soixante, dans le contexte de la décolonisation. Ce terme est né dans le tiers monde, où des peuples de civilisation ancienne revendiquent leur autonomie, face à l’hémisphère Nord qui impose son universalisme. La décolonisation suppose l’indépendance culturelle, qui passe par la prise de conscience d’une identité culturelle. Cette idée de contestation se retrouve dans la déclaration d’une conférence mondiale sur les politiques culturelles, sous la direction de l’Unesco, à Mexico, en 1982 : « L’identité culturelle contribue à la libération des peuples (…) toute forme de domination nie ou compromet cette identité ».
Puisque l’identité distingue, elle est aussi prise de conscience de la différence d’un peuple par rapport à un autre. C’est une notion qui reste source de conflits et d’illusions.

Le régionalisme
C’est dans les années 60, et notamment après la fin de la guerre d’Algérie qu’apparaît, dans les mouvements régionaux, une comparaison entre le situation des peuples colonisés et celle des peuples minoritaires de France métropolitaine. C’est le thème du « colonialisme intérieur ». Des mouvements militent pour la reconnaissance des « nations » ou « ethnies » minoritaires dont les cultures et en particulier les langues sont considérées comme ayant été, jusque là, opprimées par la culture dominante de l’État français.
Dans les années 70, une partie de la classe politique nationale intègre cette problématique régionale et notamment la dimension culturelle du fait régional, avec une forme de reconnaissance du « droit à la différence » (discours de F. Mitterrand à Lorient le 14 mars 1981). Mais, pour tenter d’éviter la radicalisation nationaliste qui a affecté certaines parties des mouvements régionaux dans la décennie 1970, les politiques vont tenter de disjoindre la culture du territoire, lequel n’est abordé que comme relevant des domaines économiques et politique. Dans le même esprit, ils chercheront à fusionner les cultures minoritaires territoriales et non-territoriales dans la même problématique du « droit à la différence ». C’est ainsi que la notion d’identité culturelle, déjà largement utilisée à propos des minorités allogènes va être étendue aux « minorités régionales ». Cette conception déterritorialisée de la culture aurait le mérite de ne pas contrevenir aux principes de la République en évitant le traitement différentiel de régions françaises.
Par la notion d’identité culturelle, qui peut s’appliquer à la fois aux groupes et aux individus, on a tenté de ramener le fait culturel à sa dimension individuelle : les membres d’un groupe sont porteurs d’une même identité et c’est cette identité des membres entre eux qui fonde l’unité du groupe. En mettant en avant la notion d’identité culturelle comme aspect de la personnalité de tout individu, les revendications culturelles prennent une forme recevable face aux pouvoirs publics français. Si la culture est présentée comme une composante de la personnalité d’un individu, il devient difficile de contester le droit au maintien de la culture, qui relèverait ainsi des « droits de l’homme ». La recevabilité de la notion d’identité culturelle permet donc d’expliquer pourquoi elle est devenue, en France, une notion clef des revendications régionales.
Bien que son apparition dans les discours régionalistes ait d’abord été le fait des mouvements culturels régionaux, elle s’est progressivement vue réappropriée par les courants autonomistes et indépendantistes. Ce phénomène sera d’autant plus sensible dans notre région que cette stratégie est en concordance avec celle des nationalistes basques d’Euskadi qui détiennent les rênes du pouvoir.

Glissement
On constate ainsi un glissement progressif du droit des peuples (à disposer d’eux-mêmes) au droit des minorités (applicable également aux minorités non-autochtones) puis, avec les mouvements culturels, au droit à la différence ou plutôt au droit à l’identité (culturelle). Les mouvements nationalistes, on le voit bien chez nous, reprenant dans tout cela ce qui leur convient au moment où ils le jugent opportun.

Et la citoyenneté ?
La citoyenneté est bien la manifestation d’une identité commune. Il y a d’abord cette identité commune à tous les citoyens qu’est la nationalité, lien juridique commun à l’ensemble des citoyens, quelle que soit la façon dont ils l’ont acquise. La citoyenneté manifeste aussi l’appartenance à une même communauté politique, la nation. « Ce qui est une condition nécessaire à l’existence d’une nation, c’est que les citoyens partagent l’idée qu’il existe un domaine politique indépendant des intérêts particuliers et qu’ils doivent respecter les règles de son fonctionnement. » Dominique Schnapper, in La Communauté des citoyens, page 44.

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Est-ce que vous êtes Basque ?
Ceux qui ont assisté à la conférence de Fernando Savater à la Maison pour tous d’Anglet le 11 octobre dernier se souviennent que M. Abeberry, dans sa prise de paroles, avait ainsi interpellé le conférencier : « vous êtes Basque ? Est-ce que vous êtes Basque ? » Le ton était comminatoire et ne laissait place qu’à une réponse positive. Les spectateurs attentifs ont senti que Fernando hésitait un instant et, finalement, répondait oui du bout des lèvres, presque en haussant les épaules. Il avait bien senti toute l’équivoque de la question et il répondait qu’il était bien citoyen de la Communauté autonome Basque intégrée à l’État espagnol, et qu’à ce titre, il pouvait être qualifié de basque. Évidemment, ce n’était pas ce que voulait dire M. Abeberry qui jouait de toute l’ambiguïté de cette notion. D’ailleurs, aurait-il posé cette même question à M. Dauriac, d’Anglet, assis aux côtés de F. Savater ? Bien sûr que non, car il se serait attiré une réponse clairement négative. Et il le savait.
On voit bien comment les nationalistes jouent sur tous les registres possibles du terme « basque » pour faire croire que la société d’Euskal Herria (y compris dans le Pays basque de France) possède une identité monolithe. Douter de cela reviendrait à porter atteinte à cette identité même et le contestataire se verrait accuser du pire des méfaits.

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 17/07/2005 à 16:00

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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