En cette période de conflit armé sur-médiatisé, ce sont les médias eux mêmes qui mettent en garde leurs utilisateurs et leur recommandent d’exercer leur esprit critique. La guerre psychologique bat son plein. L’image est certainement une arme très efficace, mais l’usage des mots compte également (discours, conférence de presse).
Dans une société, les conflits sont multiples et l’expression « bataille de mots » est courante. Chez nous peut-être plus qu’ailleurs, les mots « identité » et « culture » reviennent régulièrement, dans toutes sortes de discours, associés à d’autres mots ou mis côte à côte. Par exemple, la « défense de sa culture » est devenue un combat et « l’affirmation de son identité » une nécessité. Nous avons cherché (
voir article p 2 à 5) à détecter ce que toutes ces expressions contenaient ou même dissimulaient. Dans le domaine des sciences sociales, les travaux universitaires sur ces sujets sont nombreux ; le matériel théorique ne nous a pas manqué. Il n’a pas été plus difficile d’illustrer la théorie par des exemples concrets tirés de l’histoire récente ou de l’actualité locale. Notamment pour constater comment la culture (et la langue) reste un instrument stratégique puissant pour créer le sentiment d’appartenance à une communauté, comme l’ont bien compris le PNV et ETA. Il est également intéressant de mettre en lumière les glissements qu’on constate dans le langage avec l’évolution des idées politiques.
Mais s’il est ici un instrument utilisé plus que largement, c’est bien la langue à laquelle on cherche à attribuer, sans trop le dire, un territoire. La revue de géopolitique Hérodote nous l’a rappelé : la question des langues régionales est bien une question de géopolitique puisqu’on leur associe des territoires plus ou moins clairement délimités.
Ici aussi (
voir article p 6 à 9), les réflexions générales ou théoriques nous éclairent sur les réalités locales. La langue est logiquement utilisée par le camp nationaliste pour ressouder ou reconstituer une communauté dans une perspective politique. Elle est aussi un marqueur qui définit le territoire dans lequel cette communauté s’insère ou qu’elle-même s’attribue. Il existe bien sûr des défenseurs « sincères » de la langue basque. Le renouveau de la langue est pour eux un objectif en soi. Par contre pour bien d’autres, il s’agit d’un tremplin en vue d’une conquête politique, la langue étant ainsi instrumentalisée. Aussi, en utilisant les mêmes mots, les mêmes arguments, les premiers se trouvent pris, volontairement ou non, dans la nasse confectionnée par les seconds.
Autre exemple particulièrement parlant (
voir l’écho p 12) : la co-officialisation de la langue basque devient une revendication majeure dans le camp des nationalistes (ce qui n’est pas nouveau) et des départementalistes (ont-ils conscience de la nature de cette revendication ?). Nul n’a tenté d’expliciter publiquement le sens exact de cette proposition. Au contraire, on s’efforce, dans la presse, de la ramener à une vague « reconnaissance », sans donner d’autres précisions. Là également, la nasse se met en place.
Comme nous l’avons écrit à M. Sarkozy qui s’intéresse à la « société basque » (
voir article p 10), le choix des mots n’est jamais innocent.