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Actualité

Là-bas et ici  30/05/2006

Les citoyens du Monténégro ont choisi pour leur pays l’indépendance et la séparation avec la Serbie. Le Wall Street Journal du 23/05/06, dans sa page éditoriale, s’en réjouit dès lors que ce petit pays gardera des « frontières commerciales ouvertes » dans le cadre de l’Union Européenne et la « protection de l’OTAN dirigée par les USA ». Et le rédacteur de l’article envisage d’autres opérations du même genre : « les Flandres et la Wallonie pourraient faire de même en abandonnant la Belgique ; la Catalogne et le Pays basque pourraient se séparer de l’Espagne ».

Là-bas et ici

Les nationalistes basques du PNV (Partido nacionalisto vasco), sans doute pour ne pas effrayer, avaient l’habitude d’user de litotes comme « le droit pour le peuple basque ou Euskal Herria de décider de son avenir ». De telles expressions se trouvent à plusieurs reprises dans le « plan Ibarretxe », plan de libre association d’Euskadi avec l’État espagnol (cf. notre brochure n° 17). On peut également y lire qu’ Euskal Herria « s’étend géographiquement sur sept territoires » (les fameuses sept « provinces basques »). Pour prouver ses bonnes intentions, le PNV évoquait le cadre européen : lors de l’Aberri Eguna (jour de la patrie basque) de 1989, le président Xabier Arzallus définissait son parti « comme un parti européiste qui aspire à la souveraineté de l’Euskadi ».
Il y a quelques semaines encore, le lehendakari (chef du gouvernement de la Communauté Autonome Basque) concluait ainsi une interview accordée au Journal du Pays Basque : « Est-ce que la société basque a le droit de décider de son avenir ? (…) cela est valable aussi pour la Navarre et pour Iparralde (le Pays basque nord ). Voilà ce que voulions revendiquer avec le nouveau statut de Gernika. » Auparavant, il avait enfoncé le clou à plusieurs reprises : « Quel type de relation allons-nous établir entre le peuple basque et l’Espagne, entre le peuple basque et la France ? » « Ce que les citoyens de la Communauté Autonome Basque, de la Navarre et d’Iparralde souhaiteront devenir ne sera décidé que par les hommes et les femmes de la CAB, de la Navarre et, dans votre cas, d’Iparralde. » « C’est aux citoyens de ce territoire (Iparralde) de décider du type de relation qu’ils souhaitent développer avec Paris. » etc.
Après l’opération du Monténégro, les choses sont plus claires. Ainsi la dernière assemblée nationale du PNV (lire le compte-rendu dans El Correo du 28/05/06) a exigé, en s’appuyant sur le récent référendum indépendantiste du Monténégro, qu’on reconnaisse au peuple basque « son droit à une libre détermination ». C’est un « droit démocratique qui va avec tous les peuples », en précisant, bien sûr, qu’il s’exercerait « à l’intérieur de l’Europe ». L’article note que cette déclaration « parle ouvertement de l’autodétermination au lieu de l’habituelle capacité de décision ».
Unia Ziarretta, secrétaire général du petit parti nationaliste Eusko Alkartasuna, issu d’une scission des adhérents du PNV qui jugeaient ce parti trop modéré, constate dans une tribune d’El Correo du 28/05/06 : « Le Monténégro est la preuve irréfutable qu’aujourd’hui, dans l’Europe du XXIe siècle, il est possible d’exercer le droit à l’autodétermination. » Allant même, à propos d’Iparralde, jusqu’à citer le journal Le Monde, « on ne peut obliger à vivre ensemble des peuples qui ne le veulent pas ».
Les revendications d’ETA n’ont pas varié d’un pouce après l’annonce du « cessez-le-feu permanent ». Dans leur interminable interview du 14/05/06 au journal indépendantiste Gara, ses porte-parole encagoulés ont répété ce qu’ils ont toujours dit : le processus (qui n’est jamais indiqué comme un processus de paix) de discussion avec le gouvernement espagnol doit avoir comme sujet l’exercice du droit à l’autodétermination et sa base territoriale. On sait ce que cela veut dire. C’est pourquoi ils interpellent à la fois l’État espagnol et l’État français. Son bras politique, Batasuna, n’est pas en reste et a déjà désigné les membres de sa délégation qui participera à la table ronde des partis politiques lancée par le lehendakari. Parmi eux, deux Navarrais et Xabi Larralde, le porte-parole du parti en « Iparralde » où, contrairement à l’Espagne, Batasuna n’est pas interdit. Dans une interview à une revue mexicaine, le leader de Batasuna, Arnaldo Otegi, affirme : « nous sommes convaincus que Euskal Herria (Pays basque, Navarre et les trois provinces du sud de la France) va être une nation, un État républicain et socialiste ». Rappelons quelques chiffres : population d’Euskadi 2.100.000, de Navarre 580.000, d’« Iparralde » 260.000.
Au nord des Pyrénées, Abertzaleen Batasuna n’est évidemment pas en reste. On se souvient qu’au lendemain de l’annonce du « cessez-le-feu permanent », un de ses porte-parole n’avait pas hésité à déclarer, dans une conférence de presse, « nous voulons féliciter ETA et valoriser à sa juste valeur cette décision… ». Féliciter ETA, il faut le faire ! Le mot d’ordre de l’Aberri Eguna d'AB était « Euskal Herria Nazioa ! » (le Pays basque, une nation) et à cette occasion, AB avait lancé une invitation aux partis et syndicats abertzale pour un débat public sur le thème de l’autodétermination. Se référant à un hypothétique référendum départemental sur la création d'un département Pays basque, un autre porte-parole affirmait récemment qu'il s'agissait d'une "application du droit à s'autodéterminer pour le Pays basque nord".
Dans ce contexte, certains hommes politiques locaux, comme Jean-René Etchegaray, adjoint (UDF) au député-maire (UMP) de Bayonne, persistent à déclarer que « puisque de l’autre côté, c’est aussi chez nous », « il faut que les partis politiques prennent une part active dans le processus ». Mais il ne précise pas davantage. Il est parfois difficile pour le public de savoir si certains n’ont pas une double casquette UDF/PNV…
On a pu noter par contre les prises de position nettes et fermes de membres de l’UMP, comme celle de Max Brisson, président du groupe UMP au Conseil général : « Vouloir intégrer de la même manière tous les territoires du Pays basque dans ce processus, comme le réclament les partis abertzale, relève d’un amalgame inacceptable ». Plus récemment, dans une interview accordée au Journal du Pays Basque, le député UMP Daniel Poulou, suppléant de Michèle Alliot-Marie : « À mon avis, les partis politiques français n’ont pas leur mot à dire dans cette affaire. Ils ne sont pas concernés, ce n’est pas leur territoire et ils ne sont mandatés par personne. » « Que le PNV, où j’ai de nombreux amis, revendique le Pays basque français dans une homogénéité avec le Pays basque espagnol, ce n’est pas nouveau, c’est sa revendication depuis toujours. D’ailleurs, le Parti Nationaliste Basque, ça veut bien dire ce que ça veut dire avec les sept provinces historiques. (…) Je pense que c’est inenvisageable dans les années à venir. À long terme, je ne sais ce qui peut se passer dans le cadre des régions européennes, mais actuellement, c’est inenvisageable. »
Et revoilà l’Europe des régions qui pointe son nez. Et on ne peut pas ne pas penser au Monténégro (650.000 habitants)

Le CapVe
Le CapVe, le 30/05/2006 à 22:53 | Permalien

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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