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La langue de la République est-elle toujours le français ?  03/06/2007

On peut en douter à la lecture d'un article paru dans le journal Sud-Ouest édition « Pays basque » du 17/05/07, signé par un journaliste de l'agence de Bayonne, Emmanuel Planes. Si ce journaliste termine son article par l'exclamation « historique », c'est qu'il pense qu'il ne rapporte pas là un fait anodin. En effet, la participation active du Préfet des Pyrénées-Atlantiques, représentant local de l'État, à cette entreprise ne laisse pas d'étonner.
Nous reproduisons cet article in extenso pour que nos lecteurs puissent juger sur pièce. Nous apportons ensuite quelques informations complémentaires sur les différents acteurs mentionnés. Puis nous nous posons quelques questions.

La langue de la République est-elle toujours le français ?

Article de Sud-Ouest
« « LANGUE BASQUE. -- L'Office public prend le relais d'Euskal Konfederazioa. Six techniciens de la langue sont déjà en place.
Passage de relais
Une lettre en français et en basque cosignée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, c'est sans doute une première. Et Max Brisson, président de l'Office public de la langue basque, et cosignataire de la lettre, était, ma foi, assez heureux, d'en donner lecture, hier, au siège bayonnais du Conseil général, en présence des deux vice-présidents, François Maitia et Vincent Bru.
« II revient à chaque municipalité qui souhaiterait promouvoir la présence de la langue basque de définir librement ses choix et ses pratiques qui peuvent aller de l'usage partiel du basque à un bilinguisme généralisé, étant entendu que, dans tous les cas de figure, une rédaction complète en langue française reste obligatoire », peut-on lire notamment. Cette réunion avait pour objet de rendre public le passage de relais entre Euskal Konfederazioa et l'Office public pour la promotion de la langue basque dans les mairies. Dressant le bilan du travail effectué depuis cinq par Euskal Konfederazioa, sa présidente, Marie-Jeanne Mercapide, a rappelé que le but poursuivi était de « donner une place officielle, de facto, à la langue basque dans le domaine public. »
S'inspirant d'une méthodologie rigoureuse, détaillée dans un copieux document qui sera remis à tous les futurs « techniciens de la langue », la démarche d'Euskal Konfederazioa a obtenu des résultats significatifs : 42 mairies (soit 26 % des 159 communes du Pays Basque) ont accepté de signer une convention par laquelle elles s'engagent à prendre des mesures en faveur de l'euskara.
A amplifier.
Max Brisson a exprimé la gratitude des élus pour ce bilan, « photographie très précieuse de la situation dans chaque commune », et promis que l'Office public reprendrait à son compte toutes les préconisations contenues dans le document, notamment sur la formation du personnel ou les traductions. II va s'efforcer de « relayer et si possible amplifier » cette action via les structures intercommunales ou les communes. D'ores et déjà la communauté de communes Sud Pays Basque, celle de Soule, Errobi, les communautés de communes de Basse-Navarre, la ville de Bayonne ont signé une convention. Six techniciens de la langue seront opérationnels en juillet. Max Brisson a annoncé également que, dans le cadre d'une convention entre l'Éducation nationale et le Conseil général, l'Office public avait reçu mission d'organiser le volet « qualitatif » de l'enseignement du basque et en basque, c'est-à-dire de faire des préconisations sur les modes d'affectations des postes dans les écoles bilingues, les procédures administratives à adapter, les quotités horaires, etc. Une façon de combler les carences de la carte scolaire.
Par ailleurs, l'Office public a obtenu l'ouverture de négociations officielles entre la fédération Seaska et l'Education nationale qui pourraient aboutir, a indiqué Max Brisson, à un « document conventionnel » portant sur l'affectation de moyens, les procédures d'ouverture d'une ikastola, les modalités d'évaluation des compétences linguistiques des élèves, etc.
Historique. » »
Fin de l'article de Sud-Ouest

GLOSSAIRE
Euskal Konfederazioa (extrait du glossaire complétant l'article paru dans notre brochure n° 16 daté du 3e trimestre 2003) : "fédération regroupant des associations militant en faveur de la langue basque. Occupe le devant de la scène médiatique depuis la création de la plate-forme Batera.
Une de ses actions les plus en vue est la signature de conventions avec les municipalités dans lesquelles celles-ci s'engagent à apporter à leurs administrés, avec le soutien de l'association, « un service quotidien en euskara au sein de la mairie, avec notamment l'utilisation de l'euskara dans les relations aussi bien orales qu'écrites dans les avis et les documents » (Sud-Ouest du 17/05/03, édition Pays basque). L'article précise : « Les communes peuvent envoyer à la sous-préfecture leurs compte-rendus municipaux en bilingue » et « Selon le 10e article (de la loi Toubon), l'utilisation de langues minoritaires dans les communes est encouragée. » (sic)".
Au delà de l'oxymore remarqué dans les propos de Mme Mercapide rapportés dans l'article ci-dessus, l'objectif de co-officialisation du basque est clairement énoncé.
Dans le même glossaire, à la rubrique « Abertzaleen Batasuna », nous avions mentionné que Marie-Jeanne Mercapide, présidente d'Euskal Konfederazioa, avait activement soutenu le candidat nationaliste présenté par AB aux élections législatives de 2002 et qu'elle participe régulièrement aux multiples réunions organisées par les partis nationalistes, AB ou Batasuna (bras politique d'ETA), comme par exemple en son temps le « Forum de débat national ».

Office public de la langue basque : Il y eut d'abord le « Conseil de la langue basque » que les pouvoirs publics (sous-préfet de Bayonne en tête) avait institué en vue de la défense de la langue basque dans le cadre d'une convention État-Région-Département, la « convention spécifique Pays basque ». Les nationalistes l'avaient, comme à leur habitude, très rapidement et trop visiblement noyauté. Marie-Jeanne Mercapide en était bien sûr membre. La goutte d'eau qui fit déborder le vase fut la nomination au poste de secrétaire devenu vacant d'un activiste d'Abertzaleen Batasuna et des « démo » réunis. Le Conseil fut vidé de sa substance. Fut alors créé en janvier 2005 « l'Office public de la langue basque », placé sous la coupe directe du Conseil Général. Cet organisme est chargé de coordonner et gérer les financements destinés au soutien de la langue basque en provenance de l'État ou des collectivités territoriales. Et également ceux en provenance de l'Euskadi, riche voisin du sud, ayant des vues sur cette partie nord faisant partie d'Euskal Herria.
Son président Max Brisson, vice-président du Conseil général des P.A., conseiller général (UMP) de Biarritz et adjoint au maire (UDF) de Biarritz, n'est pas de culture basque mais se dit « basque » puisque habitant Biarritz depuis plusieurs décennies. Dans la majorité du Conseil municipal à laquelle il participe, il côtoie des basques « authentiques », dont un des fondateurs du nationalisme basque en France, adjoint comme lui, Jakes Abeberry. Il est donc solidaire de leurs actions dans cette majorité municipale. Ainsi il s'est montré curieusement silencieux quand le public a appris le refus des conseillers nationalistes de ceindre l'écharpe tricolore quand ils avaient à célébrer un mariage dans le cadre des lois de la République.
L'intérêt de Max Brisson pour la langue basque semble relativement récent. Par ailleurs, il s'est toujours déclaré opposé à la création d'un département Pays basque. Peut-être souhaite-t-il atténuer certaines aspérités de ses positions politiques antérieures en œuvrant pour la défense de la langue : ce sujet serait susceptible de lui attirer la sympathie de la partie de la population plus ou moins bascophone, surtout présente dans le « Pays basque intérieur ». Cela pourrait s'avérer utile si un jour on était amené à briguer un mandat électif ou une fonction représentative dépassant le cadre d'une commune de la côte. Il ne faut jamais injurier l'avenir.

Seaska : association loi 1901 regroupant les parents d'élèves des établissements (ikastola) pratiquant l'enseignement en basque par la méthode dite de l'immersion. Depuis 1982, après divers aléas (voir le site www.seaska.info/fr/1histoire.html), l'État assure un certain financement dans le fonctionnement de ces établissements. Dans une interview récent au Journal du Pays basque, François Bayrou rappelait que c'était lui qui « avait sauvé les ikastola » quand il était ministre de l'Éducation nationale du gouvernement Balladur. Il avait, de sa propre initiative et sans en référer au Premier Ministre, signé une convention avec Seaska qui assurait le financement des enseignants des ikastola, en leur garantissant le même statut que les enseignants des établissements sous contrat. C'est cette convention qu'il s'agit de renouveler aujourd'hui. Dans les faits, cela revient, pour le Ministère de l'Éducation nationale, à financer une méthode d'enseignement, l'immersion, que le Conseil d'État, dans une décision d'octobre 2002, lui a interdit de pratiquer dans ses établissements.

QUESTIONS SANS RÉPONSE

1. La langue de la République est le français. C'est ce que dit l'article 2 de la Constitution. De plus, nous pensions que, depuis août 1539 et l'ordonnance de Villiers-Cotterêts, la langue française s'imposait dans les actes officiels et de justice. Ainsi, avant cette ordonnance, les actes officiels de la ville de Bayonne étaient-ils rédigés en langue gasconne. Pourtant, le représentant local de l'État républicain signe une lettre écrite dans deux langues, dont une à laquelle il ne comprend goutte. Il semblerait que le Préfet des P.A. reprenne à son compte l'argumentation d'Euskal Konfederazioa qui prétend qu'un acte officiel bilingue reste valable, la présence du français garantissant la légalité. En quelque sorte, le français n'aurait pas d'exclusivité.
Cette lettre est-elle écrite sous le timbre de la République française ? Quel est son contenu exact ? Nous n'en savons rien. Nous avons donc demandé par écrit au préfet de nous en communiquer copie puisqu'elle est aujourd'hui publique, après avoir été remise à la presse par M. Brisson. Après lecture, nous pourrons discuter sur le fond et tous les bons conseils argumentés seront alors les bienvenus.

2 La position du préfet est-elle celle du gouvernement ? Le préfet s'exprime-t-il motu proprio ou sa position reflète-t-elle celle du gouvernement ? Il s'agissait, au moment de la rédaction de la lettre, du gouvernement de Villepin. C'est là que l'histoire devient quelque peu cocasse. On se souvient en effet de la visite à Bayonne, en novembre 2004, du ministre de l'intérieur de l'époque, Dominique de Villepin. Dans les locaux de l'antenne bayonnaise du Conseil général, il avait refusé de parapher (il savait ce qui l'attendait et sa position était bien réfléchie) un document écrit en français et en basque. Dans son allocution, il avait parlé « du français, socle de notre unité et voix d'universalité dans le monde. » Mme Alliot-Marie, élue du département, était à ses côtés. Puisqu'elle est devenue ministre de l'intérieur, ministre auquel les préfets sont directement rattachés, et parce qu'elle connaît bien les « problèmes basques », nous lui avons écrit Place Beauvau pour connaître son opinion.

3 Ce qui est possible en Pays basque l'est aussi en Corse, en Bretagne ou en Picardie. La question soulevée par la lettre du préfet des P.A. dépasse donc largement le cadre local. Elle devrait intéresser tous ceux qui considèrent l'unité du peuple français comme un des fondements de la nation. Comme l'écrit Dominique Schnapper dans Les Cahiers Français de janvier-février 2007 : « La nation reste aujourd'hui encore le lieu d'une identification personnelle et collective forte. (…) Les valeurs collectives (…) créent entre tous les nationaux, malgré les différences d'origines et les inégalités sociales qui peuvent les séparer, une communauté vécue comme immédiate. Ce sentiment est nourri par l'utilisation de la même langue. » Serons- nous amenés à consulter le nouveau ministre de l'Identité nationale à ce sujet ?

4 On ne peut pas ne pas remarquer que la conférence de presse tenue par M. Brisson a eu lieu l'avant veille de la nomination de Mme Alliot-Marie au poste de ministre de l'Intérieur dans le nouveau gouvernement. Or, chacun sait dans la région que leurs relations, même à l'intérieur de l'UMP, sont franchement à couteaux tirés.

Nous attendons donc ces réponses (ou ces non-réponses) avant de nous lancer dans des actions plus ciblées. Tous les appuis sont les bienvenus.


Le CapVe
Le CapVe, le 03/06/2007 à 23:15 | Permalien


CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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