(CAP = Citoyens en Adour-Pyrénées) - www.capve.info


Un fidèle adhérent biarrot nous a fait parvenir le bulletin, daté de mars 2003, du groupe des conseillers municipaux « Biarritz avec vous » dont M. Max Brisson est le leader. Ce dernier nous fait l’honneur de citer notre association mais en nous attribuant des « convictions ultra-jacobines ». Il nous relègue ainsi aux extrêmes, comme il le fait également, mais à l’opposé, des abertzale et de leur revue Enbata, pour mieux mettre en valeur sa « position de juste milieu ».


Le juste (?) milieu (article paru dans le bulletin CAPVE n° 15)

Il était remonté à nos oreilles que nous avions été qualifiés, dans la revue Enbata chère à M. Abeberry, d’ultra-jacobins. Sous la plume des tenants d’un nationalisme de dissociation, dont le projet est bien la « réunification d’Euskal Herria », ce qui, en bon français, signifie la sécession d’une partie du territoire national en vue de la construction d’une nation basque, ce qualificatif était un compliment. En effet, nous allons en répétant que le nationalisme basque est opposé, de fait, à la France telle qu’elle est et inconciliable avec l’idée de République Française. C’est pourquoi nous nous faisons un devoir de le dénoncer et de le combattre.

Aujourd’hui, c’est un élu dont nous n’avons jamais mis en doute l’attachement à la nation française qui reprend le terme, avec toute la charge péjorative que donne l’adjonction « ultra ». En général, sont désignés comme jacobins ceux qui marquent un attachement à une structure administrative caractérisé par le centralisme étatique. En la matière, nous ne nous sentons pas visés puisque nous avons consacré une large part de notre brochure n° 14 à la décentralisation, non pour la rejeter mais pour rappeler qu’un certain nombre de précautions nous paraissaient indispensables à sa mise en œuvre (notamment le non-cumul des mandats). Dans notre contribution aux Assises régionales des Libertés locales, nous écrivions même : « nous n’avons pas de préjugés défavorables envers la poursuite de cette décentralisation commencée en 1982 ». D’ailleurs, le Président de la Région Lorraine, Gérard Longuet, qui ne passe pas pour un centralisateur, s’était dit « intéressé au plus haut point » par cette contribution et nous avait « promis de tenir compte des observations de (notre) association ». Manifestement, nous n’étions pas, pour lui, des « ultra-jacobins ».

À la lecture de l’édito, il apparaît que M. Brisson nous classe dans la catégorie des « ultra-jacobins » à cause de notre position vis à vis de l’enseignement des langues régionales. Il est vrai que nous nous préoccupons davantage de l’enseignement de la langue française, qui, à l’évidence, n’est pas dans un très bel état (d’après ce que disent et répètent un certain nombre de personnes, dont le ministre Ferry lui-même).
Mais, après tout, si M. Brisson veut consacrer une partie de son énergie « en faveur de la langue et de la culture basque », grand bien lui fasse. Nous n’y voyons aucun inconvénient. Ce que nous constatons tout de même, c’est qu’il est tellement absorbé par cette tâche, qu’il souhaite tellement que cette culture, et elle seule, s’implante sur le BAB, qu’il en vient à oublier que, historiquement, sociologiquement et économiquement (sauf pour agrémenter l’image touristique de Biarritz) l’agglomération bayonnaise ne doit rien d’essentiel au Pays basque. Et cette agitation, même si elle utilise des moyens légaux, notamment au niveau du financement, rappellent celle des « démo » qui, eux aussi, mais par d’autres moyens, veulent imposer sur le BAB l’usage de l’euskara. Définir un territoire dans lequel la langue basque deviendrait ainsi la langue régionale « officielle », à défaut de toute autre, serait évidemment une belle avancée dans le sens de ceux qui réclament des institutions particulières pour ce territoire qui disposerait de spécificités affirmées (comme l’usage d’une langue et la référence à un culture unique).

Être ou ne pas être
Il est vrai que nous constatons, à la lecture de l’édito de La vie des Biarrots, une différence de taille entre M. Brisson et nous. Lui se qualifie de « Basque français » (il s’agit bien sûr dans cet éditorial, de politique, d’organisation de la cité, pas d’ethnologie ou d’anthropologie) ; nous nous définissons comme des Français, des citoyens français avec chacun sa personnalité et son identité, ethnique ou autre. « Notre seule communauté, c’est la communauté nationale ». Nous rejoignons en cela le Président de la République qui tenait de tels propos le 22 mai 2003. Qu’en pense M. Brisson ?
Nous parlions plus haut de moyens financiers légaux ; mais sont-ils justement aussi légaux qu’on voudrait nous le faire croire ? Si le Conseil d’État a rappelé que l’enseignement des langues régionales par immersion dans l’enseignement public n’est pas conforme à la loi, est-il conforme à la loi que des établissements privés pratiquant cette méthode soient financés par des fonds publics, comme c’est le cas les établissements de Seaska où des postes d’enseignants sont financés par l’État ou les collectivités locales ? La question mérite d’être posée ; au Conseil d’État par exemple.

La dure réalité
Dans son éditorial, M. Brisson indique qu’il est favorable à la « reconnaissance » (en gras caractères dans le texte) des « langues de France » qui « doit être inscrite dans le texte même de la Constitution ». Il mentionne, à ce propos, le « combat » des députés Poulou et Grenet. Nous allons, une fois de plus, rappeler la dure réalité des faits (voir ci-dessous)
Autre réalité : c’est le Président de la République actuel qui a soumis à l’examen du Conseil Constitutionnel la fameuse Charte des langues régionales ou minoritaires. Tout le monde savait, compte tenu de la jurisprudence du Conseil en la matière, quelle serait sa décision. Il serait alors étonnant que, pendant son quinquennat, M. Chirac propose une modification de la Constitution allant dans le sens souhaité par M. Brisson. Mais il est bon d’avoir des convictions…
Enfin, ce n’est pas nous mais M. Talamoni, nationaliste corse et partisan du oui au « référendum » qui rappelle : « La langue corse est oubliée » (Le Monde du 28/06/03). Il n’y a d’ailleurs pas un mot à ce sujet dans l’interview de M. Chirac dans Corse-Matin. Alors, si volonté politique il y a dans la majorité actuelle sur les langues régionales, comme le laisse entendre M. Brisson, on peut se demander ce qu’elle est.

En conclusion, nous ne ferons pas l’affront de rappeler à un « prof d’histoire-géo » qu’à la Convention, entre les Montagnards, issus du Club des Jacobins, siégeant à gauche et les Girondins, à droite, il y avait des députés au centre, au juste milieu en quelque sorte. On appelait ce groupe le Marais.

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Le débat (encadré jouxtant l'article)

A l’Assemblée nationale, s’est tenu en novembre 2002 un débat sur un projet de loi constitutionnelle relatif à l’organisation décentralisée de la République. La deuxième séance du jeudi 21 était consacrée à l’examen de l’article premier de la loi. Elle s’ouvre à 15 h sur une intervention de M. Poulou : « Je retire l’amendement 3, et interviendrai sur celui de M. Le Fur, qui a trait à l’enseignement et à la reconnaissance des langues régionales ». M. Poulou a donc bien présenté initialement un amendement pour modifier la Constitution en vue d’y inclure un texte relatif aux langues régionales. Dans un souci d’efficacité des débats parlementaires qui mérite des compliments, il préféra retirer son amendement pour défendre un autre amendement traitant du même sujet. Mais cette défense fut réduite au minimum puisque son nom n’est jamais cité dans le débat sur l’amendement Le Fur.

La presse locale nous a plusieurs fois signalé que le député UMP Jean Grenet était co-signataire d’un amendement en vue d’une « reconnaissance » des langues régionales dans la Constitution. Écoutons M. Le Fur, député UMP des Côtes d’Armor, lors de la séance mentionnée plus haut. « Mon amendement 200, qui est cosigné par bon nombre de collègues (…) tend à compléter le premier alinéa de l’article 2 de la Constitution par les mots "dans le respect des langues régionales, qui font partie du patrimoine". Je n’utilise volontairement pas le mot "reconnaissance" qui (…) n’a pas sa place ici. Je ne parle pas non plus de "langues minoritaires" car il existe des langues minoritaires non régionales. »
M. Grenet est certes cosignataire avec « bon nombre de (ses) collègues » de l’amendement appuyé par M. Poulou. Mais cette question est tellement importante pour lui qu’il se dispensa d’assister aux débats. Il n’est pas question, comme le précise M. Le Fur de « reconnaissance », contrairement à ce que souhaite M. Brisson. Enfin, M. Le Fur cite une « Charte des langues régionales », mais il s’agit en fait de la « Charte des langues régionales ou minoritaires ».

Enfin M. Brisson oublie de signaler la présence active dans ce débat constitutionnel d’un autre député des Pyrénées-Atlantiques, qui déposa un sous-amendement 210 et y fit preuve d’une rare pugnacité. Mais ce député n’inspire pas M. Brisson puisqu’il n’est pas de l’UMP et que la langue régionale à laquelle il est attaché est le béarnais. Il s’appelle François Bayrou.

Mais ce qu’il nous faut souligner, c’est la position officielle du gouvernement, représenté dans ce débat par le ministre de la justice, Dominique Perben, et du parti UMP d’alors, représenté par le rapporteur Pascal Clément, toujours président de la commission des lois à l’assemblée. Nous reprenons quelques propos tenus à l’Assemblée, retranscrits au JO.
M. Perben : « Il importe de bien distinguer le débat culturel et le débat constitutionnel. » « Ne prenons pas le risque d’introduire un ferment de division dans notre République. » « En droit (…) je ne sais pas ce qu’est une langue régionale. »
M. Clément : « Nous ne sommes pas opposés à l’essor des langues régionales. Nous disons seulement qu’il serait dangereux de les inscrire dans la Constitution. » « Mais de là à constitutionnaliser les langues régionales et à admettre des écoles où on ne parlerait que le breton, il y a un pas qu’il serait dangereux de franchir. »


Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 18/07/2005 à 21:30

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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