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Le bulletin de CAPVECertains se souviennent que le premier signe tangible du dégel des relations entre la Chine communiste et les États-Unis fut un match de ping-pong. Chacun connaît le rôle symbolique qu’Hitler voulut donner aux Jeux Olympiques de Berlin de 1936 (magnifiés par les prises de vue de la cinéaste Leni Riefenstahl). Les dirigeants de la RDA n’avaient pas oublié la leçon. Les performances des gymnastes et des nageurs représentant leur pays dans les compétitions mondiales n’étaient pas dues qu’à leurs seules valeurs naturelles. Aujourd’hui plus qu’hier, le sport n’est pas uniquement une affaire d’athlètes. Quelques exemples récents nous font croire que, sur ce plan, on n’est pas en reste dans notre région.
On a beaucoup glosé, il y a quelques semaines, à propos du lieu où devait se jouer un match de la Coupe de France de football avec la participation de l’Aviron Bayonnais Football Club. On notera d’abord que ce genre de dispute ne peut avoir lieu qu’ici. Peut-on imaginer une équipe, de Prades ou de Chambéry, manifestant son intention de jouer un match de coupe de France à Barcelone ou à Turin ? Impossible. Pourtant le projet de faire jouer le match AB-PSG à Saint-Sébastien a été pris au sérieux par les dirigeants locaux et a alimenté la chronique pendant plusieurs jours. Il faut dire que le fanion de l’Aviron Bayonnais Football Club arbore dans un coin de son écusson l’ikurrina, le drapeau officiel de la Communauté autonome basque. En allant jouer en Euskadi, l’AB FC aurait confirmé dans son activité ce qu’indique son fanion, que Bayonne ferait partie, comme l’Euskadi, d’Euskal Herria. À n’en pas douter, M. Ibarrexte aurait été ravi puisque c’est ce qu’il affirme également dans le préambule de son « plan » (cf. brochure n°17) Resterait tout de même une question : comment aurait-on distingué dans le stade les ikurrina agités par les supporters de l’Aviron de ceux brandis par les partisans de Batasuna, qui n’auraient pas manqué cette occasion offerte sur un plateau (comme ils l’ont fait pour l’étape Pau-Bayonne du Tour de France) de réaffirmer leur slogan, Euskal Herria va « de l’Adour à l’Èbre » ? Bons mots Au jeu des petites phrases, le Maire de Bayonne s’est toujours distingué. Depuis belle lurette, il est devenu un spécialiste des balivernes. On se souvient de cette phrase citée entre guillemets par une journaliste de El País et reprise dans « L’intran » de notre n° 12 : « nous sommes très heureux d’appartenir à cette communauté basque mais, néanmoins, nous avons des liens très profonds avec la France ». Il persévère en voguant de Charybde en Scylla. Dans « l’affaire » de l’AB-FC, ses propos, rapportés en page 2-2 de Sud-Ouest du 31/01/04, méritent le détour. La décision de la commission compétente de la FFF est qualifiée d’« attristante, jacobine et ringarde ». L’ancien président de l’Aviron est sans doute triste qu’une équipe de « la capitale du Pays basque » ne puisse démontrer qu’« il n’y a plus de frontières entre les Basques » pour parler comme M. Lamassoure. Pourtant, note M. Grenet avec perspicacité, « on parle de connurbation, d’eurocité ». Mais qui en parle, ou plutôt en parlait ? Le même Lamassoure. On n’a jamais entendu Mme Alliot-Marie, qui a longtemps représenté une partie de cette conurbation au Parlement (français) parler d’eurocité, et l’actuel président de la CABAB, le sénateur-maire de Biarritz, se limite au minimum technique. Que la décision d’une commission de la FFF, fédération de clubs comme son nom l’indique, soit qualifiée de jacobine parce qu’elle prend une décision de bon sens (la Coupe de France se joue en France), prête à sourire, surtout venant de la bouche d’un élu qui siège à l’Assemblée Nationale, institution en charge, avec l’aide du Sénat, de voter les lois s’appliquant à l’ensemble du territoire français. Enfin, argument suprême et qui se veut irréfutable, la décision serait « ringarde ». M. Grenet est, à l’évidence, « style » (prononcez à l’anglaise pour rester dans le registre du parler ado) ou « tendance » comme disent les « bo-bo ». Et tous ceux qui ne pensent pas comme lui seraient donc des ringards. On est vraiment dans les bas étages de l’argumentation. Mais on ne perd rien pour attendre. Après avoir constaté une évidence, « il y a un décalage entre chez nous et Paris », M. Grenet pérore : « Moi, comme tous les institutionnels politiques basques, … ». On pourrait s’étonner d’une utilisation quelque peu tordue de la langue française : un qualificatif, institutionnel (relatif aux institutions), transformé en un substantif désignant les membres d’institutions. Mais il est surtout intéressant de saisir la signification de ces trois adjectifs mis côte à côte. On peut comprendre « les membres d’institutions politiques (de droit français) habitant le Pays basque » ou bien « les Basques membres d’institutions politiques (de droit français) » ou bien « les membres d’institutions politiques basques ». Dans tous les cas, ces adjectifs accolés aboutissent à un contresens : on est élu de Bayonne (et d’ailleurs) parce qu’on est Français (ou Européen pour les municipales), et se dire Basque (ou Gascon) n’a rien à voir là dedans ; il ne peut exister d’institutions de la République dans laquelle les membres sont désignés par une origine ethnique ; il n’y a pas dans la République d’institutions politiques propre au Pays basque (comme il existe en Espagne une Communauté Autonome Basque). Au total, si la grammaire est malmenée, les objectifs politiques sont clairs et parfaitement exprimés dans l’utilisation des mots. Le choix de St-Sébastien était un geste éminemment politique en vue d’étaler les liens entre Euskadi et « Iparralde ». L’important, c’est... Il est remarquable de constater que le comportement des joueurs était très éloigné de ce genre de calculs. Ainsi ces propos recueillies à la fin du match par une télévision nationale « Je suis très content d’avoir eu l’occasion de jouer dans un stade comme le Parc des Princes. Si le public est venu en nombre et nous a applaudi, c’est que nous avons pratiqué un bon football. C’est l’essentiel. » Voilà un véritable émule de Pierre de Coubertin. Double bravo donc aux joueurs. Ils mériteraient un encadrement partageant ce même esprit. Après ces péripéties plutôt bouffonnes, quelques autres faits reviennent en mémoire. Il y a bien sûr l’étape Pau-Bayonne du dernier Tour de France. Mais les objectifs politiques de Batasuna et autres EHE étaient là clairement exprimées et le nationalisme radical bien identifié. Pour autant, la direction du Tour et les édiles bayonnaises ne sont pas sorties grandies de l’épisode tant ils ont manifestement cherché à sauver les meubles. Toujours le foot Les intentions sont parfois plus insidieuses. Ainsi aux Genêts d’Anglet. On a appris que la section football du club se rapprochait de l’Atlético de Bilbao pour en faire en quelque sorte son parrain… ou son modèle. Quand on connaît la « déontologie » de l’Atlético qui se veut un club basque et qui ne recrute ses joueurs pour l’équipe fanion que parmi les Basques, on reste perplexe. Ce parrainage ne signifie-t-il pas, peu ou prou, que les Genêts se situeraient dans cette ligne « ethniciste » ? Un fait relaté par la presse viendrait corroborer cette hypothèse. La cérémonie de signature de la convention entre l’Atlético et les Genêts se déroulait dans la salle d’honneur de la mairie, en présence du Maire, ce qui paraît légitime compte tenu de la place occupée dans la ville d’Anglet par le club. Mais devant les parapheurs attendant les signatures, M. Villenave constata que la convention était rédigée uniquement en basque. Dans sa surprise, il signifia à haute voix qu’une version française aurait pas été inutile. Cette évidence n’était pas apparue au représentant du club angloy, M. Chasseriaud (l’euskara serait-elle la langue vernaculaire des Genêts ?). À moins qu’il se soit plié sans mot dire aux exigences des dirigeants de l’Atlético. En quelque sorte, ce jour-là, cet adjoint au maire anticipait sur les injonctions d’Euskal Konfederazioa qui souhaite que, « au Pays basque », les actes administratifs soient rédigés en basque. Il ne s’agissait pas ici d’un document municipal, mais, compte tenu de la solennité entourant cette signature dans la salle d’honneur de la mairie, la confusion dans le public serait probable. Le geste n’était en rien innocent. C’était une démonstration de coofficialisation du basque. Le sport fait, depuis toujours, partie de la culture populaire. Et on sait bien que la culture est un instrument essentiel pour ceux qui, de Batasuna aux « démo », militent pour la « réunification d’Euskal Herria ». L’infiltration des idées nationalistes dans la gestion sportive n’a donc rien d’étonnant. Mais s’y laissent prendre ceux qui le veulent bien.
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 21/07/2005 à 21:15
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