Après un premier extrait consacré aux suites (locales) de la tragédie de Madrid du 11 mars 2004, et un deuxième consacré à l'étude des résultats des élections cantonales et régionales, nous abordons, pour finir, le cas particulier du Président du Conseil des élus du Pays basque, Alain Lamassoure.
C’est l’occasion de se souvenir que l’intégration des nationalistes dans la majorité municipale angloye fut l’oeuvre de M. Lamassoure, qui, manifestement, faisait alors passer ses ambitions personnelles avant l’intérêt de la commune. Dans la perspective de son grand projet d’alors, « l’eurocité basque Bayonne-St-Sébastien », il lui fallait montrer sa capacité à dialoguer avec les nationalistes basques « modérés » des deux côtés de la frontière. Si son projet avait abouti, M. Lamassoure serait connu au niveau européen pour avoir mis en application ces coopérations transfrontalières évoquées dans le Traité de Bayonne. Bref, cela aurait ajouté à sa gloire. Mais ses « amis » du BAB ont fait en sorte qu’il en soit autrement.
Pour donner l’impression qu’il pouvait encore jouer localement un rôle, il lui a fallu faire des pieds et des mains pour trouver une petite place. Il a réussi à se faire désigner président du Conseil des Élus du Pays basque, association loi 1901 dont les membres sont cooptés et qui n’a donc ni pouvoir ni légitimité. Pour autant, il se déploie toujours autant dans la presse locale et ne manque pas une occasion de se montrer dans des positions qu’il voudrait avantageuses. Ainsi on a pu remarquer la manière affectée dont, devant les caméras de télé, il s’est jeté, avec un air affligé, dans les bras d’Alain Juppé lors de la venue de celui-ci à Bayonne après ses déboires avec la justice française. Ça frissait l’indécence, surtout lorsqu’on connaît, pour l’avoir constatée par ailleurs, la retenue naturelle du président de l’UMP.
Quand on examine à froid les propos de M. Lamassoure, on se rend compte à quel point ils peuvent être creux. Nous ne reviendrons pas sur la fumeuse « hypothèse d’un réferendum » « dans les six mois maximum » « sur l’institution la plus adaptée au Pays basque » (Sud-Ouest du 6/11/02). Dans le florilège des n’importe quoi, ce fut vraiment une perle.
Sud-Ouest du 9/02/04 consacrait à M. le « Président » une page entière intitulée « L’oreille de Raffarin sur la langue basque ». C’était rigolo. Quant au fond, on constate, à la relecture de l’article, qu’il s’agissait une fois de plus d’un verbiage dépourvu du moindre réalisme. Il y était question « d’élaborer une proposition de loi pour la reconnaissance des langues régionales ». Car, faisait-il remarquer avec aplomb, « parmi la cinquantaine d’articles de le Charte européenne (des langues régionales ou minoritaires de nov 1992) seulement deux ou trois posent problèmes ». Mais il s’agit justement de ceux qui ont amené le Conseil Constitutionnel, saisi par M. Chirac, à déclarer, dans sa décision du 15/06/99, que ce texte « comportait des clauses contraires à la Constitution ». Avec, en plus, « le préambule de la Charte qui proclame un "droit imprescriptible" à pratiquer une langue régionale ou minoritaire non seulement dans la "vie privée" mais également dans la "vie publique"... ». Le constitutionnaliste Guy Carcassonne s’essaya en son temps à ce genre d’exercice pour le compte de L. Jospin. En vain. Mais tout ça, juge M. le « Président » ne serait que pécadilles... Qui peut penser que le Gouvernement ou le groupe parlementaire UMP va laisser le Parlement engager la discussion d’un texte qui ne pourrait qu’ajouter à la cacophonie de la majorité ? Quel est le député qui prendra le risque politique (pour lui) de déposer un tel projet de loi qui permettrait d’abord à M. Lamassoure de se mettre localement en valeur ? Qui peut croire que ce genre de problème est en phase avec les préoccupations actuelles des citoyens ? Il faut n’avoir aucune intuition de la situation politique réelle ou être aveuglé par sa supériorité intellectuelle (ce qui ne serait pas étonnant de la part d’un énarque). À moins que, tout simplement, on dise n’importe quoi pour étaper le gogo ou pour montrer qu’on serait le meilleur.
Autre exemple, dans Sud-Ouest « Sous le béret » du 3/03/2004, qui tendrait à prouver que cette dernière hypothèse serait la bonne : Le gouvernement Raffarin serait « le premier depuis vingt ans, selon Alain Lamassoure, à s’intéresser au problème basque avec la volonté d’y apporter une solution satisfaisante, démocratique ». Voilà notre « président » qui juge que, pendant les vingt dernières années, il n’y a pas eu de vraie démocratie en Pays basque. C’est Lamassoure-Batasuna, même combat ! D’accord, le citoyen lambda ne comprend pas très bien comment un conseiller municipal (puisqu’un député européen n’est pas un « élu du Pays basque ») peut être bombardé « président » mais de là à penser qu’il y a atteinte à la démocratie... Quant à la « solution satisfaisante » évoquée, nous attendrons quelque temps encore.
Notre député européen va devoir consacrer un long temps à affuter ses réflexions sur les langues régionales, dont il avait fait, il y a quelques années déjà, « une affaire personnelle ». Il pourra ainsi, à Strasbourg, méditer sur l’efficacité (?) de son action. D’autant que le fameux projet constitutionnel européen à la création duquel notre « président » aurait largement contribué (c’est du moins ce qu’il ne manque pas de nous laisser entendre) risque d’être malmené dans la perspective des futurs référendums. « Giscard n’hésite plus à brader son texte » peut-on lire dans un article du Figaro du 11/05/04 intitulé « Europe : la Constitution édulcorée en vue des référendums ». Puissent tous ces travaux le retenir longtemps à Strasbourg (ou ailleurs). Loin d’ici.
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 21/07/2005 à 21:30
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Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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