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Actualité

Réseaux interconnectés  20/06/2006

Tôt ce matin, les polices espagnole et française, dans une action coordonnée par le magistrat de l’Audiencia National Fernando Grande-Marlaska et la juge antiterroriste Laurence Le Vert, ont procédé à l’arrestation de ressortissants espagnols et français qui seraient impliqués dans le réseau d’extorsion de fonds, « l’impôt révolutionnaire », pour le compte de ETA.

Le juge Grande-Marlaska à Irun
Le juge Grande-Marlaska à Irun

Une Équipe Conjointe d’Investigation franco-espagnole qui travaillait depuis deux ans sur ce sujet était parvenue à comprendre le fonctionnement du réseau d’intermédiaires entre ETA et les entrepreneurs subissant l’extorsion de fonds. En France, la direction du réseau s’occupait de coordonner et planifier les opérations. En Espagne, les membres du réseau distribuaient les lettres d’extorsion, établissaient les contacts, négociaient les délais et les conditions de paiement. Les capitaux recueillis étaient transférés dans des paradis fiscaux et parfois réinvestis en Espagne, dans l’immobilier par exemple (un établissement hôtelier a été fermé). Une cinquantaine de comptes bancaires ont été bloqués en Espagne et en France.
Sept personnes ont été arrêtées en France : celui qui est désigné comme le responsable du réseau est domicilié à Arcangues (commune des Pyrénées-Atlantiques proche de Bayonne). Angel Maria Iturbe Abásolo, « Ikula », est le frère d’un important dirigeant d’ETA, « Txomin », aujourd’hui décédé. Amnistié en 1977, il était soupçonné par la police espagnole d’avoir participé ensuite à plusieurs autres attentats. Arrêté avec son frère par la police française le 27 avril 1986, il est laissé en liberté. De nouveau arrêté à Biarritz où il résidait, le 28 octobre 1987, il est expulsé vers l’Algérie. C’est l’époque des conversations secrètes d’Alger entre l’ETA et le gouvernement du PSOE. Il se retrouve en avril 1989 avec d’autres étarras à Saint-Domingue sous résidence surveillée. Il disparaît en octobre 1998, au moment de la trêve-piège de ETA. Comme la justice espagnole n’a pas formulé d’accusations contre lui, il s’installe à Biarritz avec sa conjointe et son fils. La justice française l’assigne à résidence dans le département de Haute-Marne mais on le retrouve à Biarritz. En décembre 2001, il passe devant le Tribunal Correctionnel de Bayonne pour « situation administrative irrégulière ». Une vaste campagne en faveur des « réfugiés politiques » dans son genre est organisée par des associations nationalistes ou proches des nationalistes, comme le Comité pour la défense des droits de l’homme en Pays basque (ersatz de la section locale de la LDH), et bien relayée par les médias locaux (cf. l'écho "glissements sémantiques" de notre brochure n° 9). Le Préfet a beau expliquer qu’il ne peut y avoir de « réfugiés » à l’intérieur de l’Union Européenne, il n’est guère entendu. Le 10 janvier 2002, Iturbe est acquitté et son assignation à résidence annulée.
Les autres personnes arrêtées, de nationalité espagnole, l’ont été à Biarritz (2), Bayonne, Ascain et Hendaye.
Le cas de Julen Kerman de Madariaga y Aguirre, septième personne arrêtée en France, est intéressant. Né le 11 octobre 1932 à Bilbao, aujourd’hui de nationalité française et domicilié à St Pé sur Nivelle, c’est un historique de ETA. Il est parmi les fondateurs de EKIN, ces dissidents des jeunes du PNV qui forment l’embryon de la future ETA qui se constitue sous ce sigle en 1959. En 1962, il participe à la première assemblée de cette organisation qui se tient… à Bayonne. Il devient membre du Comité exécutif. Il s’installe en France et jouera au chat et à la souris avec la police et la justice françaises à maintes reprises. Il fut même en 1970 interdit de séjour dans le Sud-Ouest. Il finit par être expulsé vers le Chili. Il rentre en Espagne en juillet 1977 à la faveur du processus de démocratisation mais s’installe en France. Il participe à la fondation de Herri Batasuna en 1978. Il obtient la nationalité française en 1986. Arrêté puis relâché à plusieurs reprises (en décembre 1986, dans l’affaire Sokoa par exemple), il est condamné, le 13 juillet 1989, pour association de malfaiteurs et collaboration avec ETA à quatre ans de prison et à dix ans d’interdiction de séjour au Pays basque. Remis en liberté en 1991, il s’installe comme avocat à Bilbao. Il se rapproche des formations nationalistes qui critiquent l’usage du terrorisme par ETA, comme le « mouvement pour le dialogue Elkarri ». En janvier 1995, il quitte Herri Batasuna qui ne condamne pas l’assassinat du leader du PP à St Sébastien, Gregorio Ordoñez. En mars 2001, il rejoint le courant Aralar, constitué par des dissidents d’HB opposés au terrorisme. Il est membre de son comité national. Il est régulièrement interviewé par les médias français en mal de copie sur la "question basque".
Parmi les personnes arrêtées en Espagne se trouve un Français, Jean-Pierre Harocarene Camio, né en 1963 à Boulogne-Billancourt et actuellement domicilié à Irun (ville frontalière d’Espagne) et un Espagnol domicilié à Mouguerre, commune proche de Bayonne.
Dans une conférence de presse, le porte-parole de Batasun, bras politique de ETA, Arnaldo Otegi, a qualifié ces arrestations d’« attaque nette et frontale aux espoirs de paix ». Le gouvernement, a-t-il ajouté, « n’a pas un problème avec la gauche abertzale mais avec un peuple qui forme une nation et qui a le droit de décider (de son avenir) ».
Le président du Gouvernement espagnol doit annoncer très prochainement le début des négociations avec ETA. En principe, les discussions ne doivent porter que sur les conditions d’un cessez-le-feu définitif. Qui peut croire que les questions politiques ne seront pas abordées ?

Le CapVe
Le CapVe, le 20/06/2006 à 23:06 | Permalien

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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