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Actualité

Singularités françaises face aux pourparlers gouvernement espagnol / ETA  22/11/2006

Dans une récente chronique intitulée « ETA-Batasuna, Zapatero, le Parlement européen… et les autres », nous annoncions la publication de nos réflexions sur les pourparlers en cours entre le gouvernement Zapatero et ETA. Or, la presse nationale française a déjà rendu compte de la situation actuelle, proche du blocage. Il ne nous semble pas nécessaire d'y revenir. Nous nous attacherons plutôt aux positions exprimées en France par les uns et par les autres, qui ne laissent pas d'étonner.

 La frontière franco-espagnole, autrefois, à Arnéguy (P.A.)
La frontière franco-espagnole, autrefois, à Arnéguy (P.A.)

Le Monde a publié dans son édition datée du 11/11/08 un article très complet, signé par Cécile Chambraud, sa correspondante à Madrid, intitulé « Zapatero-ETA : dialogue en crise ». C'est, à notre point de vue, une excellente description synthétique de la situation du gouvernement et de l'état de l'opinion espagnole face aux positions de ETA-Batasuna. Pour ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de le lire, nous en reproduisons le premier paragraphe et les dernières lignes, ce qui nous permettra de rebondir sur les retombées côté français.
« Au Pays basque, José Luis Rodriguez Zapatero avance sur un fil. Le "processus" de dialogue avec l'ETA qu'il a officiellement engagé le 29 juin est déjà en crise, avant même que ses représentants et ceux du groupe armé aient pu se rencontrer. À la première occasion grave – le vol, par un commando de l'organisation, de 350 armes de poing en France, le 24 octobre à Vauvert --, voilà le président du gouvernement espagnol sommé, y compris par une partie de ses partisans , de démontrer qu'il sait où il va et d'obtenir, avant de poursuivre, la preuve que l'ETA a bien décidé d'arrêter la "lutte armée". »
« Le 27 octobre, le quotidien El País, pourtant partisan du processus et favorable au chef de l'exécutif, a mis M. Zapatero en demeure de donner des "indications sur sa feuille de route", ne serait-ce que pour prouver qu'elle existe, et de ne pas se contenter de demander "un acte de foi permanent" aux Espagnols. Voici M. Zapatero dangereusement placé à la merci de nouveaux agissements de l'ETA. »
Il ne fait de doute pour personne en Espagne que le ministre de l'intérieur Alfredo Pérez Rubalcaba dispose d'émissaires en contact avec ETA : « Le gouvernement et ETA poursuivent sans ouvrir de dialogue mais maintiennent des contacts » écrit Alberto Surio en titre d'un article d'El Correo du 29/10/06. Aussi le vol d'armes de Vauvert a été considéré par l'ensemble de l'opinion espagnole, mis à part les indépendantistes radicaux, comme un acte particulièrement important et significatif de l'état de tension des discussions en cours. « Avec des pistolets, pas de dialogue » titrait El País du 25/10/06. Cet événement embarrassa le gouvernement au point que le Président, deux jours après le vol, se contenta d'indiquer que cet acte terroriste aura des conséquences… C'était le moins qu'il pouvait dire. Même le président du PNV déclarait que ce vol, s'il s'avérait qu'ETA en fût l'auteur, « obligerait à vérifier la réelle volonté (de ETA) à maintenir le cessez-le-feu. » (El Diario Vasco du 27/10/06).
À l'opposé de cette inquiétude des Espagnols qui craignent de voir s'envoler des espoirs de retrouver enfin une paix civile à laquelle naturellement ils aspirent, il faut noter, côté France, la position des nationalistes basques, comme l'« historique » Jakes Abeberry. Questionné par Le Journal du Pays Basque du 28/10/06, il « s'est voulu rassurant. Il a rappelé les années de plomb du post-franquisme, avec la fusillade des ouvriers à Vitoria-Gasteiz, l'assassinat des avocats d'Atocha à Madrid ou même le coup d'Etat déjoué du lieutenant-colonel de la Garde Civile Tejero. "Certes, ça met du temps pour changer d'une phase à une autre" a-t-il dit. » Au delà de la position politique de quelqu'un qui approuve, ou, à tout le moins comprend, la stratégie de l'ETA et qui évite toute analyse politique de la situation, on ne peut s'empêcher de remarquer la mansuétude cauteleuse de celui qui, bien à l'abri dans un territoire protégé, n'a jamais eu à souffrir du terrorisme ou même à être confronté à ses conséquences. Il emboîte le pas d'ETA-Batasuna car il pense qu'une négociation politique permettra quelques avancées de plus vers la « construction nationale » à laquelle il aspire.

Après le sommet franco-espagnol de Gérone.
Avant ce sommet, Le Figaro a publié le 14/11/06 une interview du président Zapatero. Ce dernier montre une attitude très ferme vis à vis d'ETA, affirmant et réaffirmant que « le gouvernement ne fera rien tant qu'il n'aura pas d'assurances quant à la bonne volonté d'ETA. » Le lecteur attentif aura noté tout de même une tonalité un peu différente lorsqu'il s'agit d'évoquer le retour du parti Batasuna, bras politique d'ETA interdit en Espagne pour n'avoir pas condamné la violence terroriste, à la vie politique (vie politique légale, car Arnaldo Otegi, porte-parole de Batasuna, n'a jamais fait autant parler de lui que depuis le cessez-le-feu). « Ce qu'on appelle la gauche nationaliste rassemble des milliers de citoyens au Pays basque » rappelle Zapatero. Il ajoute tout de même : « Sa représentation politique doit accepter les règles du jeu et dénoncer la violence. Sur ce principe, il ne peut y avoir de discussion. »
La presse espagnole mentionne qu'au cours du sommet de Gérone, le 16/11/06, les questions du terrorisme basque n'ont été que brièvement abordées. Dans la conférence de presse finale (voir le compte-rendu in extenso sur le site de la Présidence de la République), au cours de son intervention préliminaire, le Président Zapatero les a évoquées pour « renouveler les remerciements de l'Espagne au Président Chirac, au gouvernement de la France, pour leur collaboration permanente dans la lutte contre le terrorisme. » En réponse à une question de la salle, le Président Chirac a prononcé sur ce sujet une seule phrase : « Je voudrais simplement, sur ce sujet, dire que le gouvernement français et la France apportent un soutien sans aucune réserve à l'action menée par le gouvernement espagnol. » Rien de plus.
Pourtant, dans le journal Sud-Ouest du 18/11/06, la journaliste ayant l'exclusivité des articles relatifs à l'Euskadi écrit que « le Président de la République a confirmé son soutien "sans réserves" au chef du gouvernement espagnol et au processus de paix actuellement dans une phase difficile. » Elle n'a pu s'empêcher de transcrire à sa façon les propos du Président Chirac et de glisser subrepticement sa propre interprétation extensive qui convient mieux à ses idées, proches du nationalisme modéré. Voilà comment nous sommes informés… Si M. Chirac a, dans une intervention antérieure, parlé de « processus de paix », c'était à propos de l'initiative conjointe de l'Espagne, la France et l'Italie relative à la situation au Moyen Orient. Même Le Journal du Pays Basque, pourtant favorable à la « gauche abertzale », n'a pas eu une telle audace. Certes, il commence l'article en pratiquant un amalgame des propos de l'un et l'autre des présidents, écrivant que « Jacques Chirac a exprimé hier le "soutien sans réserve" (citation tronquée de J. Chirac, NDLR) de l'Etat français aux "efforts de paix" (citation approximative du Président Zapatero qui a parlé d'"un seul front pour atteindre notre objectif de lutte contre le terrorisme et de paix" NDLR). Toutefois, dans le corps de l'article, la phrase entière de M. Chirac est correctement citée.

Procès d'etarras à Paris : du chantage à la menace
Le procès des membres de l'appareil logistique de l'ETA en France, ceux qui géraient le zulo de Rivière découvert en juillet 2002, a débuté vendredi 17 novembre. Avec, comme il est de coutume dans ce genre de procès, divers incidents : poings levés, chant des combattants Eusko Gudariak, cris Gora ETA repris par le public. Les accusés « ont clairement revendiqué l'appartenance de tous à l'ETA et se sont présentés comme des combattants "pour le droit du peuple basque à disposer de son avenir". » (AFP, 17/11/06, 13 :19). Esparza puis Oyarzabal, considéré comme le chef, ont lu, en français, des textes dactylographiés. « Tant que l'État français ne reconnaîtra pas la réalité du conflit basque, ce conflit perdurera. » « Nous en appelons au gouvernement français afin qu'il ne gâche pas l'opportunité qui se dessine. En fermant la porte à une issue politique, il prend le risque de prolonger le conflit. » (AFP, id).
Mais dans la presse espagnole, la dernière phrase est plus longue. Pour l'agence espagnole EFE, c'est « il court le risque de prolonger et d'étendre le conflit ». Pour Fernando Iturribarría, le correspondant à Paris d'El Correo, c'est « assume le risque de prolonger et d'étendre le conflit ». La phrase prend ici une tout autre signification que celle citée par l'AFP. La menace est explicite. Prolonger le conflit, c'est le prolonger en Espagne, l'étendre, c'est l'étendre en France.
Nous aurions tendance à retenir cette dernière version, car les Espagnols savent, par expérience, qu'il faut prendre au sérieux les textes d'ETA et notamment les menaces qu'ils contiennent. On voit bien que ETA tente de faire avec l'État français le même chantage qu'avec l'État espagnol. Dans son dernier bulletin interne Zubate, repris par El Correo du 4/11/06, l'organisation terroriste évoque « la responsabilité des États espagnol et français » dans le blocage du processus (parce qu'ils n'interviennent pas auprès de leur police et de leur justice pour faire stopper les actions contre ETA et ses organisations satellites) et déclare : « S'ils continuent ces attaques, ETA répondra ». Elle redit que les clés pour arriver à une solution du conflit sont « autodétermination et territorialité ». Tout un programme (politique) que l'annonce du « cessez-le-feu permanent » n'a pas fait varier d'un iota, bien au contraire. Et depuis le 17 novembre, les menaces envers la France sont devenues plus tranchées.

Quelle mouche a piqué le Président du Conseil général des P.A. ?
C'est le moment choisi par le Président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques pour faire, en séance plénière du Conseil, une déclaration dans laquelle il « appelle à faire des pas vers la paix » (titre de l'article du Journal du Pays Basque du 17/11/06). C'est « le moment opportun » titre, sans ironie apparente, Sud-Ouest du 18/11/06, qui reprend les propos du Président Lasserre : « Il sera du devoir des élus composant l'assemblée départementale, et de son devoir à lui, "de faciliter le dialogue et la recherche de la paix sociale". »
La paix sociale ! L'expression est pour le moins curieuse. On peut, comme l'avance le Partido Popular, penser qu'il s'agit d'une affaire d'ordre public qu'une ferme action policière doit pouvoir régler. On peut, à l'opposé, dire comme tous les nationalistes qu'il s'agit d'un conflit de nature politique auquel seule une solution politique peut mettre fin. Mais que vient faire le social dans cette affaire ? Certes, comme l'ont répété à différentes reprises les patrons d'Euskadi, une situation d'insécurité ne favorise pas un climat d'expansion économique, mais ce n'est pas, et de loin, l'aspect principal du conflit. Parler de « paix sociale », c'est occulter la gravité du problème.
D'autre part, le Président Zapatero l'a rappelé dans son interview au Figaro : « Le Parlement a autorisé l'ouverture d'un dialogue lorsqu'ETA manifesterait une volonté sans équivoque d'abandonner les armes. » Le dialogue ne peut s'ouvrir qu'à condition que cessent toutes les actions terroristes (y compris kale borroka et extorsions de fonds qui perdurent) et qu'ETA comprenne que « la démocratie ne paiera aucun prix politique pour atteindre la paix » (déclaration du 29/06/06). C'est loin d'être le cas aujourd'hui. D'où le blocage.
Alors, quelques questions préalables : Par qui le Président du Conseil général est-il mandaté pour « faciliter le dialogue » ? De quel droit offre-t-il ses bons offices ? Quelqu'un a-t-il fait appel à lui ? Que propose-t-il concrètement ?
Plus fondamentalement, vers qui M. Lasserre lance-t-il son appel ? Vers le gouvernement Zapatero, en lui conseillant, de fait, de renier les engagements qu'il a pris devant le Congrès et en faisant fi des principes démocratiques ? On n'ose le penser. Vers l'ETA en lui demandant de renoncer à son intransigeance ? La réponse est venue indirectement de Paris. En vérité, le Président du Conseil général croit-il vraiment un seul instant que son « appel » peut avoir un quelconque effet sur les parties en présence ? Il est trop bon connaisseur des arcanes de la politique pour se faire la moindre illusion dans ce sens. D'autant qu'à l'évidence, « il serait absurde de vouloir mêler la France à cela. » (Zapatero au Figaro).
S'il s'agit de prendre une posture avantageuse, alors le Président du C.G. serait avisé de rappeler que, dans ce « dialogue », il y a d'un côté un gouvernement qui détient sa légitimité d'un État de droit et sa mission d'une Assemblée élue par le peuple espagnol, et de l'autre, une bande armée qui n'a su, jusqu'à présent, qu'utiliser la violence terroriste, avec plus de 800 victimes à la clé. Ces deux protagonistes pèsent-ils le même poids dans la balance de M. Lasserre ?
Alors pourquoi cette intervention ? On peut penser que Jean-Jacques Lasserre a fini par céder à la pression de ses amis de l'UDF de la région de Bayonne et Biarritz, qui s'étaient laissés aller à des déclarations de ce style après l'annonce du cessez-le-feu permanent – on peut citer Jean-René Etchegaray, adjoint au député-maire (UMP) Jean Grenet, et également, ce qui est plus étonnant, Michel Veunac, adjoint au sénateur-maire (UDF) Didier Borotra –. Il s'agirait alors de manœuvres politiciennes destinées à amadouer ou à attirer d'actuels ou de futurs alliés abertzale, dans la perspective d'élections annoncées. Ce serait dans ce cas totalement indécent, compte tenu de la gravité de la situation espagnole et des enjeux qu'elle sous-tend. La finesse politique du Président Lasserre viendrait-elle à lui faire défaut ?

Le CapVe
Le CapVe, le 22/11/2006 à 23:44 | Permalien


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Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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