Depuis l’affaire du lycée Piarres-Larzabal à Ciboure (voir l’article « prise d’otages à Ciboure » en page 4 de notre brochure n° 8 datée du 3e trimestre 2001), on connaît les capacités de Seaska, fédération des ikastola gérant les établissements laïques d’enseignement du basque par immersion, à crier au loup dès que la moindre occasion se présente. La règle est de se poser en victime contre les « attaques » de services d’un Etat centralisé qui ne penserait qu’à porter préjudice à l’identité basque, notamment à l’enseignement de la langue basque. Certains organes de presse, sans chercher plus loin d’autres sources d’information, emboîtent le pas de Seaska et parfois en rajoutent. Des hommes politiques, oubliant toute analyse critique, vont dans le même sens.
FR3 Euskal Herri, zélateur de l’identité basque, qui ne manque jamais une occasion de retransmettre les faits et gestes des multiples associations censées défendre cette cause (nous avons souvent signalé la complaisance de cet organisme public envers les « démo », émanation du parti nationaliste Abertzaleen Batasuna), en fait son sujet d’ouverture dans ses informations télévisées du jeudi soir. Le Journal du Pays Basque – on ne s’en étonnera pas - voyant là un sujet susceptible de réveiller l’ardeur militante de ses lecteurs, y consacre une pleine page dans son édition de vendredi 10/02. Sud-Ouest, manifestement plus circonspect, traite le sujet en une vingtaine de lignes. Même l’agence France-Presse y va de sa dépêche, vendredi à 20 h 19.
Pourquoi toute cette effervescence ? Au départ, « un banal divorce qui de toute évidence devrait rester dans la sphère privée » écrit Sud-Ouest. L’éducation d’un enfant fait partie des litiges dans le couple concerné. D’autant que cet enfant fréquente une ikastola. Dans ce système d’immersion, le basque est utilisé soit exclusivement dans les écoles maternelles, soit comme langue principale d’enseignement et de communication dans les écoles et établissements des premier et second degrés. L’enseignement en français est ainsi limité, dans le premier degré, à partir du CE1, à l’apprentissage du français et, dans le second degré, à deux disciplines par niveau. Le père souhaite le maintien dans l’ ikastola, la mère préfère l’enseignement public. Un juge aux affaires familiales est amené à trancher le litige. Il choisit la proposition de la mère et opte pour une école publique bilingue français-basque dans la filière Ikasbi.
Mais, Seaska, alerté, a trouvé dans la décision du juge quelques mots, même pas une phrase entière, qui, sans rien dire d’autre du contexte, seront mis en avant : « un risque de déculturation et d’acculturation ». Ces mots seront vilipendés et jugés suffisants pour se draper dans une vertueuse indignation. La mécanique habituelle est alors mise en branle : conférence de presse, ressassement des mots litigieux, victimisation à outrance mais aussi attaque acerbe contre « l’Etat français », son idéologie « cynique et culturellement obscurantiste » avec rappel obligé « des méfaits de la colonisation ». Pourtant, dans leur désir de montrer leur côté respectable, les porte-parole de Seaska rappellent que leurs établissements sont sous contrat d’association avec l’Education nationale depuis 1994. Ainsi, cet Etat tant vilipendé est tout de même accepté. Il faut savoir profiter des contradictions du système…
On nage en plein paradoxe. L’Etat soutient financièrement des établissements privés qui pratiquent une méthode d’enseignement interdite dans les établissements publics par la loi : l’article 1er de la loi du 4 août 1994 précise que « la langue française (…) est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics » et est repris par l’article L. 121-3 du Code de l’éducation. On peut même se demander si ce financement se situe véritablement dans la légalité. On se souvient d’ailleurs qu’en novembre 2002, quand le Conseil d’Etat annulait les arrêtés et circulaires mettant en place un enseignement bilingue par immersion en langues régionales, Seaska ne s’était pas vanté de ses contrats d’association avec l’EN. Il valait mieux alors ne pas attirer l’attention, si on voulait conserver la manne financière. Il faut savoir se faire discret quand l’intérêt financier est en jeu.
Une caution officielle était nécessaire dans cette affaire. FR3 Euskal Herri est allé la chercher à l’Office public de la langue basque. Même s’il s’est appliqué à la prudence en énonçant essentiellement des généralités, le président Max Brisson a manifesté sa surprise, allant en quelque sorte dans le sens de Seaska. Mais, pour le citoyen français, ce qui est surprenant, c’est d’entendre un personnage officiel déclarer que le système d’enseignement par immersion « se conçoit tout à fait dans le cadre des lois de la République ». C’est faire peu de cas de la loi Toubon « relative à l’emploi de la langue française » et de la décision du Conseil d’Etat de novembre 2002 (déjà citées plus haut).
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 13/02/2006 à 16:35
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CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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