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ActualitéVœux au rabais18/01/2006Alain Lamassoure est un professionnel de la politique. Il sait que, régulièrement, il doit faire parler de lui et tenter de retenir l’attention des citoyens par l’intermédiaire des médias. Comme cette période de vœux de début d’année est propice pour énumérer à bon compte des perspectives éloignées des réalités, il n’a pas laissé passer l’occasion.Les deux journaux locaux datés du samedi 14 janvier, Sud-Ouest édition Pays basque et Le Journal du Pays Basque, publient deux articles jumeaux vraisemblablement inspirés par le site (cité par Sud-Ouest ) www.alainlamassoure.com. Nous l’avons toujours dit : M. Lamassoure est un régional virtuel. M. Lamassoure, député européen élu sur une liste nationale puis en tête d’une liste UMP présentée sur les trois Régions du grand Sud-Ouest, est membre de droit (?) du Conseil des élus du Pays basque, association loi 1901 regroupant les députés, sénateurs, conseillers généraux élus par les habitants du pays « Pays basque ». Après avoir fait intervenir toutes ses relations nationales pouvant avoir une influence sur les élus locaux, il s’en est fait élire président. Cet organisme au rôle plutôt symbolique (on serait curieux de savoir combien de fois y a siégé l’élue « basque » Michèle Alliot-Marie, ancienne députée des P.A. et maire de St Jean de Luz, aujourd’hui ministre de la Défense) est notamment chargé de suivre la réalisation des projets constituant la Convention spécifique État-Pays basque. M. Lamassoure s’intéresse plus particulièrement dans ses vœux à deux sujets, le transfrontalier et les langues régionales. Dans les articles cités plus haut, le premier sujet est expédié en une phrase. Il faut dire qu’après le consorcio associant Hendaye à Irun et Fontarrabie, les relations nouées par la Communauté d’agglomération BAB avec la provincia de Guipuzcoa, et la vive concurrence entre le département des P.A. et la région Aquitaine pour créer des liens avec les Communautés autonomes d’Euskadi, de Navarre et d’Aragon, le lecteur est un tantinet submergé. Il n’en va pas de même pour les langues régionales. On connaît l’une des quatre revendications de Batera, association regroupant les régionalistes, autonomistes et autres nationalistes : la co-officialisation du basque à côté du français. Rien de moins ! L’objectif de M. Lamassoure est plus clair ... et plus vague : « je veux parvenir en 2006 à élaborer une proposition de loi, compatible avec l’article 2 de la Constitution, pour la reconnaissance de l’euskara » ( Sud-Ouest ). Cette phrase soulève quelques remarques ou interrogations chez le lecteur attentif : 1- élaborer ne signifie pas déposer ; comme aucun des parlementaires pouvant déposer une proposition de loi n’est associé au projet de M. Lamassoure, nous attendons avec intérêt de connaître le député ou le sénateur « basque » qui acceptera de tirer les marrons du feu pour son « président » du Conseil des élus. 2- M. Lamassoure pense, qu’après l’adoption de sa « proposition », le Parlement pourrait ratifier la Charte des langues régionales et minoritaires. Mais il devrait relire plus attentivement la décision n° 99-412 du Conseil Constitutionnel (saisi par le Président Chirac). Il constaterait que l’article 2 de la Constitution n’est pas le seul motif de rejet. 3- bien entendu, il ne s’agit pas uniquement de l’euskara mais de l’ensemble des langues régionales et minoritaires en France, avec notamment le gascon et le béarnais parlés sur le territoire du département. Comment définir les territoires sur lesquels une autre langue que la langue officielle sera reconnue ? La commune ? Le département ? la région ? Les délibérations des Conseils municipaux de Bayonne ou de Bidache seront-elles rédigées en français, gascon et basque ? 4- le lapsus mentionné ci-dessus est intentionnel. Comme pour le confirmer, Le Journal du Pays Basque écrit entre guillemets « La reconnaissance des langues régionales sera un pas symbolique et politique mais également pratique, afin que les aides publiques aux établissements qui pratiquent l’immersion ne soient pas frappées de fragilité juridique ». L’appel du pied est évident. Ce que Jack Lang n’avait pas réussi à imposer pour Diwan grâce à l’action de quelques associations et syndicats saisissant le Conseil d’État, M. Lamassoure l’obtiendrait, notamment pour les ikastola, collèges et lycées de Seaska, par l’intermédiaire de sa « proposition ». Pourtant, Le Journal du Pays Basque, qui soutient les idées des nationalistes basques, relève dans les propos de M. Lamassoure un développement nouveau : ces deux derniers chapitres finis, « la phase de reconnaissance de l’identité du Pays basque sera achevée ». « Le problème basque réside dans son aspiration à la reconnaissance de son identité. Aujourd’hui cette identité sera reconnue, admise et légitime, et non perçue comme subversive. » Adieu donc ces institutions spécifiques que M. Lamassoure réclamait à cor et à cri, même si ce n’était pas un département. La spécificité du Pays basque se réduirait à une situation géographique (voisinage d’une frontière) et à une langue régionale. On est loin des propositions présentées lors des Assises départementales des libertés locales à Salies-de-Béarn. On notera d’ailleurs l’anachronisme entre le terme "aujourd’hui" et l’emploi du futur "sera reconnue…". Si ce n’est pas un virage sur l’aile, c’est tout de même un changement de cap notable. Mais un professionnel de la politique doit savoir d’adapter.
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 18/01/2006 à 23:23
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