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Dans une récente chronique intitulée « ETA-Batasuna, Zapatero, le Parlement européen… et les autres », nous annoncions la publication de nos réflexions sur les pourparlers en cours entre le gouvernement Zapatero et ETA. Or, la presse nationale française a déjà rendu compte de la situation actuelle, proche du blocage. Il ne nous semble pas nécessaire d’y revenir. Nous nous attacherons plutôt aux positions exprimées en France par les uns et par les autres, qui ne laissent pas d’étonner.


La frontière franco-espagnole, autrefois, à Arnéguy (P.A.)
La frontière franco-espagnole, autrefois, à Arnéguy (P.A.)

Le Monde a publié dans son édition datée du 11/11/08 un article très complet, signé par Cécile Chambraud, sa correspondante à Madrid, intitulé « Zapatero-ETA : dialogue en crise ». C’est, à notre point de vue, une excellente description synthétique de la situation du gouvernement et de l’état de l’opinion espagnole face aux positions de ETA-Batasuna. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, nous en reproduisons le premier paragraphe et les dernières lignes, ce qui nous permettra de rebondir sur les retombées côté français.
« Au Pays basque, José Luis Rodriguez Zapatero avance sur un fil. Le "processus" de dialogue avec l’ETA qu’il a officiellement engagé le 29 juin est déjà en crise, avant même que ses représentants et ceux du groupe armé aient pu se rencontrer. À la première occasion grave – le vol, par un commando de l’organisation, de 350 armes de poing en France, le 24 octobre à Vauvert --, voilà le président du gouvernement espagnol sommé, y compris par une partie de ses partisans , de démontrer qu’il sait où il va et d’obtenir, avant de poursuivre, la preuve que l’ETA a bien décidé d’arrêter la "lutte armée". »
« Le 27 octobre, le quotidien El País, pourtant partisan du processus et favorable au chef de l’exécutif, a mis M. Zapatero en demeure de donner des "indications sur sa feuille de route", ne serait-ce que pour prouver qu’elle existe, et de ne pas se contenter de demander "un acte de foi permanent" aux Espagnols. Voici M. Zapatero dangereusement placé à la merci de nouveaux agissements de l’ETA. »
Il ne fait de doute pour personne en Espagne que le ministre de l’intérieur Alfredo Pérez Rubalcaba dispose d’émissaires en contact avec ETA : « Le gouvernement et ETA poursuivent sans ouvrir de dialogue mais maintiennent des contacts » écrit Alberto Surio en titre d’un article d’El Correo du 29/10/06. Aussi le vol d’armes de Vauvert a été considéré par l’ensemble de l’opinion espagnole, mis à part les indépendantistes radicaux, comme un acte particulièrement important et significatif de l’état de tension des discussions en cours. « Avec des pistolets, pas de dialogue » titrait El País du 25/10/06. Cet événement embarrassa le gouvernement au point que le Président, deux jours après le vol, se contenta d’indiquer que cet acte terroriste aura des conséquences… C’était le moins qu’il pouvait dire. Même le président du PNV déclarait que ce vol, s’il s’avérait qu’ETA en fût l’auteur, « obligerait à vérifier la réelle volonté (de ETA) à maintenir le cessez-le-feu. » (El Diario Vasco du 27/10/06).
À l’opposé de cette inquiétude des Espagnols qui craignent de voir s’envoler des espoirs de retrouver enfin une paix civile à laquelle naturellement ils aspirent, il faut noter, côté France, la position des nationalistes basques, comme l’« historique » Jakes Abeberry. Questionné par Le Journal du Pays Basque du 28/10/06, il « s’est voulu rassurant. Il a rappelé les années de plomb du post-franquisme, avec la fusillade des ouvriers à Vitoria-Gasteiz, l’assassinat des avocats d’Atocha à Madrid ou même le coup d’Etat déjoué du lieutenant-colonel de la Garde Civile Tejero. "Certes, ça met du temps pour changer d’une phase à une autre" a-t-il dit. » Au delà de la position politique de quelqu’un qui approuve, ou, à tout le moins comprend, la stratégie de l’ETA et qui évite toute analyse politique de la situation, on ne peut s’empêcher de remarquer la mansuétude cauteleuse de celui qui, bien à l’abri dans un territoire protégé, n’a jamais eu à souffrir du terrorisme ou même à être confronté à ses conséquences. Il emboîte le pas d’ETA-Batasuna car il pense qu’une négociation politique permettra quelques avancées de plus vers la « construction nationale » à laquelle il aspire.

Après le sommet franco-espagnol de Gérone.
Avant ce sommet, Le Figaro a publié le 14/11/06 une interview du président Zapatero. Ce dernier montre une attitude très ferme vis à vis d’ETA, affirmant et réaffirmant que « le gouvernement ne fera rien tant qu’il n’aura pas d’assurances quant à la bonne volonté d’ETA. » Le lecteur attentif aura noté tout de même une tonalité un peu différente lorsqu’il s’agit d’évoquer le retour du parti Batasuna, bras politique d’ETA interdit en Espagne pour n’avoir pas condamné la violence terroriste, à la vie politique (vie politique légale, car Arnaldo Otegi, porte-parole de Batasuna, n’a jamais fait autant parler de lui que depuis le cessez-le-feu). « Ce qu’on appelle la gauche nationaliste rassemble des milliers de citoyens au Pays basque » rappelle Zapatero. Il ajoute tout de même : « Sa représentation politique doit accepter les règles du jeu et dénoncer la violence. Sur ce principe, il ne peut y avoir de discussion. »
La presse espagnole mentionne qu’au cours du sommet de Gérone, le 16/11/06, les questions du terrorisme basque n’ont été que brièvement abordées. Dans la conférence de presse finale (voir le compte-rendu in extenso sur le site de la Présidence de la République), au cours de son intervention préliminaire, le Président Zapatero les a évoquées pour « renouveler les remerciements de l’Espagne au Président Chirac, au gouvernement de la France, pour leur collaboration permanente dans la lutte contre le terrorisme. » En réponse à une question de la salle, le Président Chirac a prononcé sur ce sujet une seule phrase : « Je voudrais simplement, sur ce sujet, dire que le gouvernement français et la France apportent un soutien sans aucune réserve à l’action menée par le gouvernement espagnol. » Rien de plus.
Pourtant, dans le journal Sud-Ouest du 18/11/06, la journaliste ayant l’exclusivité des articles relatifs à l’Euskadi écrit que « le Président de la République a confirmé son soutien "sans réserves" au chef du gouvernement espagnol et au processus de paix actuellement dans une phase difficile. » Elle n’a pu s’empêcher de transcrire à sa façon les propos du Président Chirac et de glisser subrepticement sa propre interprétation extensive qui convient mieux à ses idées, proches du nationalisme modéré. Voilà comment nous sommes informés… Si M. Chirac a, dans une intervention antérieure, parlé de « processus de paix », c’était à propos de l’initiative conjointe de l’Espagne, la France et l’Italie relative à la situation au Moyen Orient. Même Le Journal du Pays Basque, pourtant favorable à la « gauche abertzale », n’a pas eu une telle audace. Certes, il commence l’article en pratiquant un amalgame des propos de l’un et l’autre des présidents, écrivant que « Jacques Chirac a exprimé hier le "soutien sans réserve" (citation tronquée de J. Chirac, NDLR) de l’Etat français aux "efforts de paix" (citation approximative du Président Zapatero qui a parlé d’"un seul front pour atteindre notre objectif de lutte contre le terrorisme et de paix" NDLR). Toutefois, dans le corps de l’article, la phrase entière de M. Chirac est correctement citée.

Procès d’etarras à Paris : du chantage à la menace
Le procès des membres de l’appareil logistique de l’ETA en France, ceux qui géraient le zulo de Rivière découvert en juillet 2002, a débuté vendredi 17 novembre. Avec, comme il est de coutume dans ce genre de procès, divers incidents : poings levés, chant des combattants Eusko Gudariak, cris Gora ETA repris par le public. Les accusés « ont clairement revendiqué l’appartenance de tous à l’ETA et se sont présentés comme des combattants "pour le droit du peuple basque à disposer de son avenir". » (AFP, 17/11/06, 13 :19). Esparza puis Oyarzabal, considéré comme le chef, ont lu, en français, des textes dactylographiés. « Tant que l’État français ne reconnaîtra pas la réalité du conflit basque, ce conflit perdurera. » « Nous en appelons au gouvernement français afin qu’il ne gâche pas l’opportunité qui se dessine. En fermant la porte à une issue politique, il prend le risque de prolonger le conflit. » (AFP, id).
Mais dans la presse espagnole, la dernière phrase est plus longue. Pour l’agence espagnole EFE, c’est « il court le risque de prolonger et d’étendre le conflit ». Pour Fernando Iturribarría, le correspondant à Paris d’El Correo, c’est « assume le risque de prolonger et d’étendre le conflit ». La phrase prend ici une tout autre signification que celle citée par l’AFP. La menace est explicite. Prolonger le conflit, c’est le prolonger en Espagne, l’étendre, c’est l’étendre en France.
Nous aurions tendance à retenir cette dernière version, car les Espagnols savent, par expérience, qu’il faut prendre au sérieux les textes d’ETA et notamment les menaces qu’ils contiennent. On voit bien que ETA tente de faire avec l’État français le même chantage qu’avec l’État espagnol. Dans son dernier bulletin interne Zubate, repris par El Correo du 4/11/06, l’organisation terroriste évoque « la responsabilité des États espagnol et français » dans le blocage du processus (parce qu’ils n’interviennent pas auprès de leur police et de leur justice pour faire stopper les actions contre ETA et ses organisations satellites) et déclare : « S’ils continuent ces attaques, ETA répondra ». Elle redit que les clés pour arriver à une solution du conflit sont « autodétermination et territorialité ». Tout un programme (politique) que l’annonce du « cessez-le-feu permanent » n’a pas fait varier d’un iota, bien au contraire. Et depuis le 17 novembre, les menaces envers la France sont devenues plus tranchées.

Quelle mouche a piqué le Président du Conseil général des P.A. ?
C’est le moment choisi par le Président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques pour faire, en séance plénière du Conseil, une déclaration dans laquelle il « appelle à faire des pas vers la paix » (titre de l’article du Journal du Pays Basque du 17/11/06). C’est « le moment opportun » titre, sans ironie apparente, Sud-Ouest du 18/11/06, qui reprend les propos du Président Lasserre : « Il sera du devoir des élus composant l’assemblée départementale, et de son devoir à lui, "de faciliter le dialogue et la recherche de la paix sociale". »
La paix sociale ! L’expression est pour le moins curieuse. On peut, comme l’avance le Partido Popular, penser qu’il s’agit d’une affaire d’ordre public qu’une ferme action policière doit pouvoir régler. On peut, à l’opposé, dire comme tous les nationalistes qu’il s’agit d’un conflit de nature politique auquel seule une solution politique peut mettre fin. Mais que vient faire le social dans cette affaire ? Certes, comme l’ont répété à différentes reprises les patrons d’Euskadi, une situation d’insécurité ne favorise pas un climat d’expansion économique, mais ce n’est pas, et de loin, l’aspect principal du conflit. Parler de « paix sociale », c’est occulter la gravité du problème.
D’autre part, le Président Zapatero l’a rappelé dans son interview au Figaro : « Le Parlement a autorisé l’ouverture d’un dialogue lorsqu’ETA manifesterait une volonté sans équivoque d’abandonner les armes. » Le dialogue ne peut s’ouvrir qu’à condition que cessent toutes les actions terroristes (y compris kale borroka et extorsions de fonds qui perdurent) et qu’ETA comprenne que « la démocratie ne paiera aucun prix politique pour atteindre la paix » (déclaration du 29/06/06). C’est loin d’être le cas aujourd’hui. D’où le blocage.
Alors, quelques questions préalables : Par qui le Président du Conseil général est-il mandaté pour « faciliter le dialogue » ? De quel droit offre-t-il ses bons offices ? Quelqu’un a-t-il fait appel à lui ? Que propose-t-il concrètement ?
Plus fondamentalement, vers qui M. Lasserre lance-t-il son appel ? Vers le gouvernement Zapatero, en lui conseillant, de fait, de renier les engagements qu’il a pris devant le Congrès et en faisant fi des principes démocratiques ? On n’ose le penser. Vers l’ETA en lui demandant de renoncer à son intransigeance ? La réponse est venue indirectement de Paris. En vérité, le Président du Conseil général croit-il vraiment un seul instant que son « appel » peut avoir un quelconque effet sur les parties en présence ? Il est trop bon connaisseur des arcanes de la politique pour se faire la moindre illusion dans ce sens. D’autant qu’à l’évidence, « il serait absurde de vouloir mêler la France à cela. » (Zapatero au Figaro).
S’il s’agit de prendre une posture avantageuse, alors le Président du C.G. serait avisé de rappeler que, dans ce « dialogue », il y a d’un côté un gouvernement qui détient sa légitimité d’un État de droit et sa mission d’une Assemblée élue par le peuple espagnol, et de l’autre, une bande armée qui n’a su, jusqu’à présent, qu’utiliser la violence terroriste, avec plus de 800 victimes à la clé. Ces deux protagonistes pèsent-ils le même poids dans la balance de M. Lasserre ?
Alors pourquoi cette intervention ? On peut penser que Jean-Jacques Lasserre a fini par céder à la pression de ses amis de l’UDF de la région de Bayonne et Biarritz, qui s’étaient laissés aller à des déclarations de ce style après l’annonce du cessez-le-feu permanent – on peut citer Jean-René Etchegaray, adjoint au député-maire (UMP) Jean Grenet, et également, ce qui est plus étonnant, Michel Veunac, adjoint au sénateur-maire (UDF) Didier Borotra –. Il s’agirait alors de manœuvres politiciennes destinées à amadouer ou à attirer d’actuels ou de futurs alliés abertzale, dans la perspective d’élections annoncées. Ce serait dans ce cas totalement indécent, compte tenu de la gravité de la situation espagnole et des enjeux qu’elle sous-tend. La finesse politique du Président Lasserre viendrait-elle à lui faire défaut ?

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 22/11/2006 à 23:44

Le Journal du Pays basque exulte : « Large soutien au lancement du premier salon agricole Lurrama » (3/11/06) puis « Carton plein pour Lurrama » (7/11/06). Sud-Ouest n’est pas en reste : « L’agriculture basque plaît »(3/11/06). Le succès public pour cette démonstration d’agriculteurs du Pays basque s’installant pour quelques jours à Bayonne est indéniable. Et du coup, l’opération politique montée par le syndicat agricole nationaliste ELB a abouti, grâce au soutien de quelques hommes politiques locaux qui, une fois de plus, ont préféré jouer les Jocrisse plutôt que « dire la vérité au peuple ». Avec en tête, le député-maire (UMP) de Bayonne, M. Jean Grenet.


Les masques sont de saison à Bayonne
Pour ceux de nos lecteurs qui souhaiteraient connaître dans le détail les chapitres précédents, nous renvoyons à l’article « Idéologie de la différence » publié dans notre brochure n° 20 du 1er trimestre 2005 et à la rubrique « manœuvres d’arrière-cuisine » du 13/10/05.
Résumons l’affaire à ses principes. Vite après qu’un groupe de jeunes gens ait établi, en 1963, les fondements du nationalisme basque en France avec la « charte d’Itxassou », est apparue l’idée du « département basque ». Singulariser le Pays basque et ses habitants par une entité administrative particulière serait un premier pas vers un objectif plus radical évoqué dans la charte. Parallèlement, les transformations dans le monde agricole amènent des réactions de défense de la petite exploitation. On se souvient de l’affaire du camp du Larzac et plus encore de l’affaire d’Aléria en Corse. Dans cette double perspective va se créer un syndicat agricole basque, Euskal herriko Laborarien Batasuna (ELB), qui adhère à la Confédération Nationale des Syndicats de Travailleurs Paysans (CNSTP), transformée ensuite en Confédération Paysanne.
Le syndicat va surfer sur deux vagues de phénomènes qui se conjuguent : d’une part celle des difficultés que rencontrent les petites exploitations agricoles pour survivre, sur tout le territoire national et notamment en basse montagne ; d’autre part, celle de l’érosion des caractéristiques régionales menacées par un monde de la communication omniprésente et de la mobilité, qui se manifeste notamment par la diminution des locuteurs en euskara, même en zone rurale.
Si, dans leur discours, les dirigeants d’ELB se cantonnent aux questions agricoles, on trouve régulièrement le nom du syndicat dans les nombreuses manifestations de la mouvance nationaliste, même la plus radicale. Pour prendre un exemple récent, ELB est signataire d’un manifeste intitulé « au-delà des agressions, pour un processus démocratique » fustigeant les décisions du juge anti-terroriste espagnol Grande-Marlaska ; contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas, dans l’esprit des signataires, des « agressions » de la kale borroka (violence urbaine programmée par les jeunes de Batasuna, bras politique d'ETA) mais de la justice espagnole. On remarque entre autres, parmi les signataires, les partis nationalistes EA, Batasuna, Abertzaleen Batasuna, (mais pas le PNV), les syndicats (nationalistes) ELA, LAB, EHNE et des mouvements comme Askatasuna et Segi, proches de Batasuna en France parce qu’interdits en Espagne. C’est pourquoi l’AFP n’hésite pas à désigner ELB comme « proche du parti indépendantiste Abertzaleen Batasuna » (dépêche du 26/11/04 à 8 h 42).
Quoiqu’il en soit, ELB réussira, en 1983, une remarquable percée pour sa première participation aux élections de la Chambre d'Agriculture des Pyrénées-Atlantiques et est devenu depuis un acteur qui compte dans le paysage agricole local. Le José Bové de ce syndicat se nomme Michel Berhocoirigoin. Il est très actif, très médiatique. Il participe à de nombreux colloques sur la défense de l’agriculture issue de petites propriétés assurant une certaine qualité du produit. La presse nationaliste (Le Journal du Pays Basque ou Enbata) publie régulièrement ses propos. Son bras droit est Maryse Cachenaut (c’est sa suppléante au Conseil du développement du Pays basque).
La revendication stratégique de ELB est la création d’une Chambre d’Agriculture du Pays basque au nom de « spécificités de l’agriculture du Pays basque ». Pour étayer son raisonnement, ELB se base sur des chiffres comparant le Pays basque et le Béarn. En faisant semblant d’oublier la géographie. En effet, la zone agricole du Pays basque est une zone de marches de montagne ou de basse montagne, centrée sur l’élevage. Par contre, le Béarn peut être divisé en deux zones : au sud une zone qui s’apparente au Pays basque, au nord une zone de plaines d’alluvion, avec une activité tournée vers les céréales et les cultures fourragères, et avec une structure foncière d’exploitations aux superficies plus importantes. Situation très classique diraient les géographes qui auraient alors tendance à séparer le département en deux zones, plaine et montagne. Mais certains, parmi lesquels ELB, voudraient tracer une limite, voire une frontière, nord/sud en fonction de critères ethno-culturels étrangers aux problèmes socio-économiques qui se posent.

Le Rubicon d’Ainhice-Mongelos
La Chambre d’agriculture du Pays basque, un département Pays basque, une faculté de plein exercice pour le Pays basque et, last but not least, la co-officialisation de la langue basque constitueront la base revendicative de la plate-forme Batera qui a su la faire approuver par un Conseil de développement bien noyauté. Ces quatre revendications ont été reprises par le Conseil des élus du Pays basque. Le président de cet organisme consultatif, Alain Lamassoure, pensant qu’il pourrait toucher un jour les dividendes de son positionnement favorable aux thèses nationalistes, les fit siennes. Il les présenta personnellement aux Assises départementales des Libertés locales, organisées par le gouvernement Raffarin en prélude à ses lois sur la décentralisation. « Plus rien ne s’oppose à la création d’une Chambre d’Agriculture en Pays basque » affirmait peu après Michel Berhocoirigoin dans une interview au Journal du Pays Basque du 14/12/02. Avec l’appui d’un allié de poids comme M. Lamassoure, il s’est cru en position de forcer la main des pouvoirs publics. Mais il commit une erreur d’appréciation. Il avait oublié que M. Lamassoure n’était pas tellement en odeur de sainteté auprès d’un Gouvernement dont le Premier Ministre s’était déclaré hostile à toute scission d’un département et dans lequel siégeait en bonne place Mme Alliot-Marie. Et c’était encore plus net auprès de l’Elysée. Lancé dans une épreuve de force à partir d’une position moins solide qu’il le pensait, ELB se trouva contraint à la fuite en avant. Il menaça les pouvoirs publics de créer sa propre « Chambre d’agriculture » à lui tout seul. Il sauta le pas en janvier 2005 en l’installant à Ainhice-Mongelos, dans les locaux d’un ancien hôtel racheté et réaménagé par une fondation d’Euskadi proche du PNV. Son président est Michel Berhocoirigoin, sa vice-présidente Maryse Cachenaut. L’animateur de cette fondation Manu Robles Arangiz en « Pays basque nord » n’est autre que Jean-Noël Etcheverry, professionnel du nationalisme basque qui fut permanent d’Abertzaleen Batasuna et coordinateur de Batera. Sept personnes sont employées par la « Chambre ». On sait qui finança les investissements. Mais qui finance les frais de fonctionnement ? On nous dit qu’il y a une association des amis de la « Chambre » (dans laquelle figure bien sûr le représentant de la fondation Manu Robles et même un membre éminent du PNV « d’Iparalde », grand spécialiste de l’agriculture puisqu’il dirigea une "coopérative basque" de construction de réseau électrique et qu’il est conseiller municipal d’Anglet, ville de 35.000 habitants de la Communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz ).

La nécessaire reconnaissance
Mais, fait exceptionnel à noter, les pouvoirs publics, vraisemblablement poussés par la FNSEA, tinrent bon et ne reconnurent pas cet ersatz de Chambre d’agriculture. Dans ces conditions, quelle pouvait être l’utilité d’un tel organisme et son impact dans la profession agricole, à part une fonction de conseil ? À défaut d’une reconnaissance officielle, ELB va s’employer à obtenir une reconnaissance de facto qui pourrait entraîner une reconnaissance de jure. Une première tentative fut menée au Conseil régional, grâce aux deux conseillers régionaux membres de Batera et alliés des nationalistes dans toutes les opérations pouvant avoir un impact politique : François Maïtia (PS) qui doit son élection de Conseiller général aux voix nationalistes dont il a fait en sorte d’obtenir le report au second tour ; Jean Lissar (Vert) dont le parti fut, en septembre 1998, signataire de l’accord entre nationalistes imposé par ETA en échange d’une trêve, accord dit de Lizarra. Mais la tentative avorta à cause de la vigilance de la FDSEA et du Président du Conseil général J.J. Lasserre. (voir notre rubrique « manœuvres d’arrière-cuisine »).

Lurrama
Ce n’était que partie remise. Une opération d’envergure fut minutieusement préparée, avec à la base la complicité plus qu’active de l’adjoint (UDF) au maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray. Ce dernier, avocat de profession, s’était fait remarquer lors des manifestations de Batera par des propos très virulents contre le gouvernement Raffarin qui refusait la création d’un département basque. Dernièrement, à l’annonce du « cessez-le-feu permanent » de l’ETA, sa réaction était plutôt celle d’un nationaliste, membre du PNV et tranchait nettement avec la prudence affichée par le président du parti François Bayrou (voir notre chronique « Là-bas et ici » du 30/05/06). Il est également proche d’ELB puisque sa présence est signalée à Ainhice-Mongelos, lors de la création des amis de la « Chambre d’agriculture » (Le Journal du Pays Basque du 19/05/05).
Dans un premier temps, va être créée une association écran, Lurrama, ce qui évitera de mentionner un syndicat, ELB, connu pour ses liens avec les nationalistes. Devinez qui la présidera… c’est Maryse Cachenaut. Cette association a pour mission d’organiser une manifestation mettant en valeur l’agriculture du Pays basque, de préférence à Bayonne, « capitale » du Pays basque.
Mais le plus difficile restait à faire. Ce fut le travail de Jean-René Etchegaray : Convaincre le maire de Bayonne et les pouvoirs publics, c’est-à-dire la sous-préfecture de Bayonne et la préfecture de Pau, de l’intérêt d’une telle manifestation, qui n’aurait, bien sûr, aucune connotation politique. « L’événement se veut ouvert, ludique, festif et surtout pédagogique » dira plus tard Maryse Cachenaut (Le Journal du Pays Basque du 04/10/06). « J.R. Etchegaray a concédé qu’il avait fallu "agir avec doigté" et "donner des gages pour que cette manifestation n’aille pas vers des glissements politiques". » (même source).
Les « gages » ont été suffisants pour convaincre le député-maire (UMP) de Bayonne, Jean Grenet, qui trouva là l’occasion de poursuivre les mouvements de balancier qui lui sont habituels quand il aborde les problèmes basques. Il peut ainsi se distinguer en refusant à son adjoint que s’installe dans les locaux de la mairie une délégation de Batera en vue de collecter des signatures demandant un référendum sur le département basque. Il va même au delà de ce qu’on peut attendre en interdisant à son opposition d’inscrire dans la partie du bulletin municipal qui lui est réservée un bon de participation pour ces mêmes signatures. Le maire prétend qu’on ne fait pas de politique au Conseil municipal. Semble-t-il, le député n’en fait pas non plus au Palais-Bourbon puisque même lorsqu’il co-signe un amendement, il n’est pas présent à la discussion (voir l’encadré intitulé « Le débat » en page 8 de notre brochure n° 15.
Finalement, la proposition de Lurrama sera acceptée. Merci M. Etchegaray ! L’événement s’est déroulé autour du 1er novembre. La visite officielle fut menée par le député-maire de Bayonne et par François Maïtia, présenté par Le Journal du Pays Basque comme vice-président du Conseil Régional (était-il vraiment présent dans la délégation officielle à ce titre ?). Les personnalités furent accueillies par Maryse Cachenaut, suivie comme son ombre par Michel Berhocoirigoin (voir la photo publiée par Sud-Ouest du 3/11/06). Le journaliste de Sud-Ouest nota la présence de « beaucoup d’acteurs engagés pour un département basque, la reconnaissance officielle de l’euskara et d’autres thèmes encore ». M. Grenet a-t-il été vraiment dupe de ce jeu de rôle ? ce serait tout de même étonnant. Mais quand, égal à lui-même, il déclare à la cantonade « vous êtes ici chez vous », à qui s’adresse-t-il ? Aux représentants du syndicat ELB ? Aux dirigeants d’une organisation nationaliste, l’ersatz de Chambre d’agriculture, que les pouvoirs publics ont refusé jusqu’à présent de reconnaître ? Ne plonge-t-il pas ainsi dans les eaux troubles des pires manœuvres politiciennes ? Par contre, chacun nota l’absence du Président du Conseil général, Jean-Jacques Lasserre qui, lui, a des convictions en la matière et ne craint pas de s’y tenir.
La manifestation remporta un franc succès auprès du public, intéressé par l’achat de produits en provenance directe de la ferme. Et comme d’habitude, les enfants se montrèrent ravis de monter sur des ânes ou de caresser des moutons. Pourtant, Le Journal du Pays Basque du 7/11/06 ne peut s’empêcher d’écrire, sur un ton quelque peu triomphal, « les organisateurs ont réussi à s’allier le soutien des principaux responsables politiques basques » et plus loin « il est difficile de se positionner en ennemi de la cause de Euskal herriko Laborantza Ganbara » (la Chambre d’agriculture en basque). Le pari semble gagné pour ELB.
Mais ce succès pour ce syndicat qui n’ose dire son nom n’est-il pas bâti sur du sable ?

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 12/11/2006 à 23:49


Dans une tribune libre publiée dans Le Journal du Pays Basque du 4/11/06, le député européen Alain Lamassoure revient sur son vote, le 25/10/06, au Parlement européen, contre une résolution concernant le « processus de paix en Espagne ».


ETA-Batasuna, Zaapatero, le Parlement européen… et Alain Lamassoure

Sur l’analyse détaillée de ce vote, on se reportera à notre précédente chronique. On sait que le député européen Alain Lamassoure, par ailleurs conseiller municipal d’Anglet et président du Conseil des élus du Pays basque, pour ne pas « être instrumentalisé », s’est refusé, comme l’ensemble de sa formation du PPE (et donc comme les députés du Partido Popular espagnol), à voter en faveur de la résolution présentée.
Au Pays basque de France, les nationalistes (abertzale) et leurs habituels alliés objectifs, comme le maire (PS) d’Hendaye, se réjouissaient de cette discussion au Parlement européen et parlaient de « journée historique » (ce qui bien normal compte tenu de leur très ancienne prétention d’internationaliser le conflit basque). Dans le même élan, ils s’employaient à stigmatiser l’attitude d’Alain Lamassoure. Il est vrai que les convictions de fédéraliste européen de ce dernier lui avaient fait prendre auparavant des positions qui ne pouvaient que réjouir les nationalistes basques. Un exemple de ses déclarations parmi d’autres, dans Sud-Ouest du 26/05/2000 : « Ma responsabilité, c’est de profiter du fait que, grâce à l’Europe, il n’y aura plus de frontière entre les Basques. »
On a pu lire les propos très sévères des nationalistes sur l’attitude d’Alain Lamassoure au moment du vote. « Sa position est vraiment condamnable » juge évidemment le porte-parole de Batasuna à Bayonne. Même Jakes Abeberry, membre fondateur d’Abertzaleen Batasuna et adjoint au maire de Biarritz, « n’a pas caché son "étonnement" de voir l’eurodéputé angloy défendre des positions contraires au processus de paix » allant même jusqu’à regretter « l’attitude "non originale" et "peu courageuse" du secrétaire en charge des questions européennes de l’UMP. » (Le Journal du Pays Basque du 28/10/06)
Sans doute piqué au vif, c’est pour le même organe de presse, favorable aux thèses abertzale, que M. Lamassoure a écrit une tribune libre. Le lecteur peut prendre connaissance d’un article intitulé « La paix au Pays basque : malaise à Strasbourg », bien construit et solidement argumenté, où les mots sont bien pesés (on n’est pas passé par l’ENA pour rien). L’argumentation générale sur la nécessité d’un consensus au plan national en préalable au débat européen est développée. Par rapport aux déclarations précédentes, on notera tout de même quelques nuances : le ton est manifestement plus conciliant. Le terme « instrumentalisé » n’a pas été repris. Batasuna n’est plus qualifié de « bras politique d’ETA » même si le mot « provocation » est utilisé à propos non du forcing auprès des parlementaires européens précédant le débat mais de son attitude en général. L’article est, en quelque sorte, une invitation à mieux se renseigner sur les pratiques du Parlement européen avant d’engager une action dans ce cénacle. On croit comprendre que M. Lamassoure serait prêt à servir de professeur en la matière.
Enfin certaines phrases sont dans sa bouche plus inédites : « Les institutions européennes en général, le Parlement en particulier, peuvent aider les forces démocratiques d’un État membre à régler un problème politique interne. Mais elles ne peuvent, ni trancher leurs différents ni, a fortiori se substituer à elles. » Et plus loin : « aucune disposition en vigueur ne prévoit la possibilité pour l’Union d’intervenir dans les affaires internes d’un Etat membre, notamment celles qui mettent en cause son organisation territoriale. » Ceux qui ont appris que M. Lamassoure faisait partie de la dream team du candidat Nicolas Sarkozy, ne seront pas étonné de déceler dans cet article un ton qui pourrait être celui d’un ministre des affaires étrangères d’un futur gouvernement de la France.
En conclusion, du "grand" Lamassoure, dans toute l’ambiguïté -- on ne sait jamais s’il s’agit de tactique ou de conviction -- qui le caractérise.

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 07/11/2006 à 14:08

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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