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Actualité

La peau de l'ours

22/02/2006

Le 10 février dernier, à Madrid, à la sortie du Conseil des ministres, le Président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, « dédia une exceptionnelle intervention quasi exclusivement à la lutte contre ETA » (El Diario Vasco du 11/02/06) et annonça qu’il avait « la conviction », appuyée sur des « informations », que « le début de la fin » de la violence terroriste était « proche ». Après deux attentats (avec dégâts uniquement matériels) et un communiqué d’ETA, le gouvernement reconnaît que son optimisme a été refroidi (El País du 20/02/06) mais maintient son expectative en faveur de la paix.



Pour tous les Espagnols, convaincus que des contacts, directs ou indirects, avaient été noués depuis quelque temps entre des représentants d’ETA et du Gouvernement, cette annonce du Président Zapatero, même administrée « avec prudence et discrétion » ( ?), marque le début d’un processus de paix. La presse s’en fait l’écho en prévoyant l’imminence d’un communiqué de cessez-le-feu de la bande terroriste.
Une première réponse des terroristes ne s’est pas fait attendre : quatre jours après, une explosion d’une fourgonnette piégée (50 kg d’explosif) détruit un centre commercial avec boîte de nuit, à quelques centaines de mètres de la frontière française, à Dancharia, point de concentration de « ventas » où, depuis des lustres, les Français des environs et les touristes de la Côte basque vont s’approvisionner en produits locaux, alcool, cigarettes et carburant notamment. Les propriétaires se refusaient à payer « l’impôt révolutionnaire ». Le commando venait très vraisemblablement de France où le véhicule avait été volé.
Cet évènement n’empêche pas le Gouvernement d’annoncer qu’il « avait déjà conçu un plan qu’il activera si ETA déclare la fin des activités terroristes » (El Diario Vasco du 18/02/06). Arnaldo Otegi, porte-parole de Batasuna, parti interdit (en principe) considéré comme le bras politique d’ETA, tente (El Mundo du 16/02) de remettre les pendules à l’heure : « l’objectif du processus » doit être « de décider entre tous quelles sont les formules pour que les Basques décident librement et démocratiquement de leur futur ». Il insiste : le droit des Basques de décider de leur futur est « la pierre angulaire » du processus de paix naissant. Il ajoute : « Je suis indépendantiste, je désire réunifier les sept territoires (Les trois provincias d’Euskadi, la Navarre et les trois « provinces » de France) et construire un État, et je veux décider comment je peux le faire de manière pacifique… ». De son côté, le PNV, parti nationaliste dit « modéré », au pouvoir en Euskadi, ne reste pas inactif (le droit pour les Basques de définir leur futur est également la pierre angulaire du fameux plan Ibarretxe, du nom du chef, PNV, du gouvernement basque). Au Parlement basque, il approuve une résolution en faveur d’une paix « sans vainqueurs ni vaincus ». Son porte-parole, Joseba Eguibar, y définit ETA comme « une organisation politique qui utilise les techniques de lutte des minorités contre les majorités, des techniques terroristes. » (El Correo du 17/02/06).
ETA publie le communiqué tant attendu (trois feuillets) le samedi 18/02 : aucune mention de la moindre trêve, précisant même que la solution au conflit basque « ne viendra pas grâce à des avancées unilatérales ». Les « clés » de réussite du processus se trouveraient dans le respect du droit de décider pour les Basques, le changement de l’actuel cadre politique (le Statut d’autonomie), « le dialogue et la négociation » comme seule méthode possible. « Après la division et la négation d’Euskal Herria, doit s’ouvrir l’époque de la territorialité et de l’autodétermination. Les occasions nouvelles viendront de l’avancement d’Euskal Herria dans ce processus et du respect de ces résultats par les États. » « Le PNV doit rendre la transition démocratique, terminer la transition de la démocratie franco-espagnole à la démocratie basque. »
On le sait, la territorialité, l’affirmation de l’unité d’Euskal Herria, le « grand » Pays basque réunissant l’Euskadi, la Navarre et le Pays basque de France, est une revendication maintes fois exprimée par tous les nationalistes, radicaux ou modérés, du sud ou du nord. Tous ceux qui, au nord, mettent en avant les « spécificités » du Pays basque pour le distinguer du reste du département des Pyrénées-Atlantiques ou du territoire national confortent les prétentions nationalistes, surtout lorsque, en plus, ils réclament des institutions politiques ou administratives propres. Euskal Herria, ça signifie pays où l’on parle la langue basque. L’usage de la langue définissant le territoire, on comprend l’importance de la désigner comme langue de la population. D’où les actions comme celles des « démo » en gare de Bayonne ou les pressions pour créer, dans l’agglomération de Bayonne où le basque était, dans le passé, peu présent, une offre d’enseignement allant au delà de la demande.
Comme l'évoquait une journaliste dans El País (journal proche du gouvernement Zapatero) du 17/02, après un communiqué d’ETA répondant aux conditions adéquates posées par le Parlement, le gouvernement « pourrait commencer à discuter avec la bande terroriste sur le futur des prisonniers etarras … ». Personne ne peut croire que ETA oubliera dans ces discussions les « prisonniers politiques » détenus dans les prisons françaises (une centaine, en grande majorité de nationalité espagnole). Le gouvernement français s’alignera-t-il sur les positions du gouvernement espagnol ? Les détenus basques bénéficieront-ils, à cause de leur origine ethnique ou de la nature « politique » de leurs crimes ou délits, d’un régime d’amnistie spécial ?
On peut pousser le questionnement jusqu’au bout. Supposons que les discussions politiques (la table ronde des partis, activée par le lehendakari Ibarretxe, reprenant une formule avancée par Batasuna lors du fameux meeting d’Anoeta) aboutissent à une sorte de scrutin d’autodétermination, sous une forme ou une autre, prix à payer pour obtenir la fin d’ETA. Qui peut penser qu’un tel processus, considéré comme une éclatante victoire du nationalisme basque, resterait sans répercussion pour ce Pays basque du nord dont presque tout le monde politique local et même régional s’applique à nous démontrer les caractères spécifiques ? Ne serait-ce pas l’occasion de passer de la notion très à la mode de groupe ethnique à celle de minorité nationale, très prisée des fédéralistes européens ? Un pas de plus vers cette région basque distincte des États espagnols et français mais intégrée à l’Europe ? Les stratégies se conçoivent dans une perspective de long terme.

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 22/02/2006 à 20:58

Actualité

Depuis l’affaire du lycée Piarres-Larzabal à Ciboure (voir l’article « prise d’otages à Ciboure » en page 4 de notre brochure n° 8 datée du 3e trimestre 2001), on connaît les capacités de Seaska, fédération des ikastola gérant les établissements laïques d’enseignement du basque par immersion, à crier au loup dès que la moindre occasion se présente. La règle est de se poser en victime contre les « attaques » de services d’un Etat centralisé qui ne penserait qu’à porter préjudice à l’identité basque, notamment à l’enseignement de la langue basque. Certains organes de presse, sans chercher plus loin d’autres sources d’information, emboîtent le pas de Seaska et parfois en rajoutent. Des hommes politiques, oubliant toute analyse critique, vont dans le même sens.



FR3 Euskal Herri, zélateur de l’identité basque, qui ne manque jamais une occasion de retransmettre les faits et gestes des multiples associations censées défendre cette cause (nous avons souvent signalé la complaisance de cet organisme public envers les « démo », émanation du parti nationaliste Abertzaleen Batasuna), en fait son sujet d’ouverture dans ses informations télévisées du jeudi soir. Le Journal du Pays Basque – on ne s’en étonnera pas - voyant là un sujet susceptible de réveiller l’ardeur militante de ses lecteurs, y consacre une pleine page dans son édition de vendredi 10/02. Sud-Ouest, manifestement plus circonspect, traite le sujet en une vingtaine de lignes. Même l’agence France-Presse y va de sa dépêche, vendredi à 20 h 19.
Pourquoi toute cette effervescence ? Au départ, « un banal divorce qui de toute évidence devrait rester dans la sphère privée » écrit Sud-Ouest. L’éducation d’un enfant fait partie des litiges dans le couple concerné. D’autant que cet enfant fréquente une ikastola. Dans ce système d’immersion, le basque est utilisé soit exclusivement dans les écoles maternelles, soit comme langue principale d’enseignement et de communication dans les écoles et établissements des premier et second degrés. L’enseignement en français est ainsi limité, dans le premier degré, à partir du CE1, à l’apprentissage du français et, dans le second degré, à deux disciplines par niveau. Le père souhaite le maintien dans l’ ikastola, la mère préfère l’enseignement public. Un juge aux affaires familiales est amené à trancher le litige. Il choisit la proposition de la mère et opte pour une école publique bilingue français-basque dans la filière Ikasbi.
Mais, Seaska, alerté, a trouvé dans la décision du juge quelques mots, même pas une phrase entière, qui, sans rien dire d’autre du contexte, seront mis en avant : « un risque de déculturation et d’acculturation ». Ces mots seront vilipendés et jugés suffisants pour se draper dans une vertueuse indignation. La mécanique habituelle est alors mise en branle : conférence de presse, ressassement des mots litigieux, victimisation à outrance mais aussi attaque acerbe contre « l’Etat français », son idéologie « cynique et culturellement obscurantiste » avec rappel obligé « des méfaits de la colonisation ». Pourtant, dans leur désir de montrer leur côté respectable, les porte-parole de Seaska rappellent que leurs établissements sont sous contrat d’association avec l’Education nationale depuis 1994. Ainsi, cet Etat tant vilipendé est tout de même accepté. Il faut savoir profiter des contradictions du système…
On nage en plein paradoxe. L’Etat soutient financièrement des établissements privés qui pratiquent une méthode d’enseignement interdite dans les établissements publics par la loi : l’article 1er de la loi du 4 août 1994 précise que « la langue française (…) est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics » et est repris par l’article L. 121-3 du Code de l’éducation. On peut même se demander si ce financement se situe véritablement dans la légalité. On se souvient d’ailleurs qu’en novembre 2002, quand le Conseil d’Etat annulait les arrêtés et circulaires mettant en place un enseignement bilingue par immersion en langues régionales, Seaska ne s’était pas vanté de ses contrats d’association avec l’EN. Il valait mieux alors ne pas attirer l’attention, si on voulait conserver la manne financière. Il faut savoir se faire discret quand l’intérêt financier est en jeu.
Une caution officielle était nécessaire dans cette affaire. FR3 Euskal Herri est allé la chercher à l’Office public de la langue basque. Même s’il s’est appliqué à la prudence en énonçant essentiellement des généralités, le président Max Brisson a manifesté sa surprise, allant en quelque sorte dans le sens de Seaska. Mais, pour le citoyen français, ce qui est surprenant, c’est d’entendre un personnage officiel déclarer que le système d’enseignement par immersion « se conçoit tout à fait dans le cadre des lois de la République ». C’est faire peu de cas de la loi Toubon « relative à l’emploi de la langue française » et de la décision du Conseil d’Etat de novembre 2002 (déjà citées plus haut).

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 13/02/2006 à 16:35

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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