Au sud de la frontière, en Euskadi, riche Communauté autonome d’Espagne, le « Partido nacionalista vasco » (PNV) est le parti dominant depuis presque trente ans. Dans le Pays basque de France, en « Iparralde » comme ils disent, le PNB, branche francisée du PNV, naviguait autour de 1 % des suffrages exprimés au premier tour des législatives de 2002. Comme pour montrer, une fois de plus, que sa puissance financière contraste avec sa faiblesse politique, le PNB s’est lancé dans une campagne publicitaire censée amplifier sa notoriété.
Le PNV, le Partido Nacionalisto Vasco, est riche de nombreux adhérents en Euskadi (2.100.000 habitants). Il est à la tête du gouvernement régional depuis 1979. Il tient de nombreuses mairies, grandes et petites. Il dispose donc d’importants moyens financiers et détenir des postes clés n’est pas nuisible à cet état de fait, bien au contraire.
À défaut de partisans dans le Pays basque de France (260.000 habitants dans le pays « Pays basque »), l’argent coule à flot depuis sa source euskadienne. Outre l’installation du parti dans un immeuble cossu de la principale artère bayonnaise, avec drapeau basque flottant sur la façade, on peut citer, en vrac : le financement de projets « culturels » par l’Udalbiltza, association « nationale » d’élus municipaux ; la notable participation financière (immobilier et fonctionnement) dans l’ersatz de Chambre d’agriculture du Pays basque ; plus symbolique, le repêchage de la revue Enbata fondée par un historique du nationalisme basque en France aujourd’hui membre du parti nationaliste concurrent Abertzaleen Batasuna.
Le PNB va donc se lancer, nous a appris Sud-Ouest du 25/03/06, dans une campagne publicitaire avec « affichage 4x3, spots télé et radio pendant un mois », distribution d’opuscules ; excusez du peu. Mais quand la notoriété est en jeu, on ne va pas lésiner sur la finance. On ne sera pas étonné du moment choisi, maintenant que le nationalisme basque est censé, depuis le cessez-le-feu permanent d’ETA, être débarrassé de l’hypothèque de la violence.
Mais, justement, du nationalisme basque, il ne faut surtout pas trop parler. Ça risquerait d’effrayer. Le terme est d’ailleurs banni de la bouche de ceux qui présentent la campagne, et, du coup, de la plume du rédacteur de l’article de Sud-Ouest. Pour les affiches désormais présentes dans le champ visuel déjà bien pollué des automobilistes de la région, on utilisera un thème surexploité dans les manifestations touristiques issues du folklore, la « force basque ». Surtout pas de politique, rien que du réel, de l'authentique !
Mais cette ellipse n’est pas jugée suffisante. Tant qu’on y est, dans la présentation de la campagne, on va supprimer toute allusion à la « basquité » du parti, et, bien sûr, à ses origines marquées par l’ethnicisme, voire le racisme. Que devient dans tout ça l’identité basque ? « Être basque pour nous ce n’est pas forcément l’héritage d’un nom et d’une famille, l’exigence d’être né ici ou de parler basque. Être basque c’est aussi le choix de vivre ici, en respectant l’identité basque en participant à la vie du Pays basque. » (Sud-Ouest déjà cité)
C’est on ne peut plus clair : il n’y a pas besoin d’être Basque pour être Basque. Tout ce qui est censé faire l’identité basque, comme les racines, la culture et notamment la langue, tout cela n’est point nécessaire. C’est le territoire qui crée l’identité… à condition de « respecter l’identité basque ». Mais laquelle ? la vrai bien sûr, l’authentique. La résidence attribue sans doute une identité de seconde zone, octroyée essentiellement pour attirer l’électeur.
« Quand nous nous retrouvons entre nous, sur les dalles parfaites du trottoir, Volpatte et Blaire se regardent. Ils hochent la tête.
- Après tout, dit Volpatte, c'est à peu près ça, quoi.
- Mais oui, quoi !
Et ce fut ce jour-là leur première parole de reniement. »
(Henri Barbusse, Le feu, Prix Goncourt 1916)
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 26/04/2006 à 10:35
Batera s’est constitué à partir de quatre mots d’ordre : un département Pays basque, une Chambre d’agriculture du Pays basque, une université de plein exercice au Pays basque et, last but not least, la co-officialisation de la langue basque. Lors de son assemblée générale du samedi 8 avril 2006, Batera a décidé de se lancer dans une campagne de recueil de « 46.000 signatures dans les Pyrénées-Atlantiques (10 % des électeurs) en vue d’obtenir une consultation sur une éventuelle partition du département. » (Sud-Ouest du 10/04/06)
Quand il s’agit de modifier les limites d’un département ou de créer de nouveaux départements, c’est le Parlement de la nation, discutant à partir d’un projet ou d’une proposition de loi, qui légifère, « après consultation des conseils généraux intéressés » (article L3112-1 du Code Général des Collectivités Territoriales). Ainsi a été votée en juillet 1964 la loi n° 64-707 portant réorganisation de la région parisienne, avec création des départements 91 à 95. Ces questions étaient et sont toujours de la compétence du Parlement, et de lui seul ; elles le sont demeurées après la loi constitutionnelle de 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République. L’organisation des collectivités territoriales reste du domaine de la loi et, dans un pays démocratique, la loi s’impose à tous.
Avec une mauvaise foi qu’aucun appel raisonné aux lois de la République ne peut altérer, Batera persiste dans son entreprise de manipulation de l’opinion publique. Prétendre que, grâce aux lois de décentralisation de 2003, 46.000 signatures recueillies par une organisation imposeraient au Conseil Général des P.A. d’organiser un référendum local sur la scission du département relève de la supercherie. Une collectivité territoriale (commune, département, région, collectivité à statut particulier ou collectivité d'outre-mer) ne peut organiser de référendum que sur une question relevant de sa compétence (article 72-1 de la Constitution). Le droit de pétition s’exerce pour demander l'inscription à l'ordre du jour de l'assemblée délibérante d’une collectivité territoriale d'une question relevant de sa compétence (même article 72-1).
Il s’agit une fois de plus d’un coup de bluff politique. Pourquoi les membres de Batera ne disent-ils pas clairement la réalité du problème avec ses contraintes juridiques ? S’ils se cachent ainsi derrière un opaque rideau de fumée*, c’est pour subjuguer plus facilement les personnes dont ils vont quémander la signature. Ils n’hésitent pas à abuser les citoyens pour arriver à leurs fins. Ce sont de faux démocrates qui redoutent d’informer l’opinion publique des véritables objectifs de leur action.
De plus, quand on apprend des moyens mis en œuvre (150.000 cartes pré-timbrées et 5000 affiches !), on ne peut que se poser la question : mais d’où vient l’argent ?
* On en trouve un exemple éclairant dans les propos de l’avocat bayonnais Beñat Etcheverry-Ainciart, rapportés par Sud-Ouest du 10/04/06 : « Batera est parfaitement en droit, suite aux lois de 2003 sur la décentralisation, de demander une consultation sur la modification des limites d’une collectivité. Si c’est le Conseil général qui l’organise ce serait une simple consultation, si c’est le gouvernement ce pourrait être un référendum. »
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 13/04/2006 à 14:12
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CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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