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Actualité

Processus tortueux

12/07/2006


Le Président du gouvernement espagnol José Luis Rodríguez Zapatero a annoncé le 29 juin dernier, dans une salle du Congrès (et non dans l’hémicycle), le début du dialogue officiel gouvernement/ETA. Le 6 juillet, les représentants du Parti Socialiste d’Euskadi ont rencontré très officiellement dans un grand hôtel de Saint-Sébastien les représentants de l’ex-parti Batasuna, bras politique de ETA, toujours illégal pour non respect de la Loi des partis (c’est-à-dire pour ne pas avoir condamné des actes de violence terroriste commis par ETA). Le 10/07/06, le journal indépendantiste Gara, toujours très bien informé des faits et gestes d’ETA, a confirmé que des contacts entre des émissaires du gouvernement et d’ETA avaient eu lieu avant la déclaration de cessez-le-feu et avaient abouti à des accords.


composition de latinreporters.com
composition de latinreporters.com

Nous sommes dans le domaine de l’ambigu, de l’allusif et du non-dit. On retrouve tout cela dans la déclaration manifestement très étudiée du Président Zapatero.
Dès la première phrase. Après sa déclaration de « cessez-le-feu permanent », ETA aurait, dit-il, « abandonné pratiquement la totalité de ses actions ». La formulation est pour le moins bizarre…
Une des phrases les plus marquantes de la déclaration est : « Le Gouvernement va débuter un dialogue avec ETA en maintenant le principe intangible que les questions politiques se résolvent uniquement avec les représentants légitimes de la volonté populaire. » Certes, mais le Président ne dit pas expressément que son objectif est d’aboutir à la dissolution de ETA et on peut regretter, comme le fait Basta Ya !, « l’indétermination des objectifs du dialogue ».
De la même façon, le Président « réitère que le Gouvernement va maintenir l’application de la Loi des partis » alors qu’est déjà dans tous les esprits la réunion annoncée du PS d’Euskadi avec Batasuna, parti interdit en application de cette même loi.
Autre exemple. Au sujet de la table ronde des partis politiques d’Euskadi, réunie en parallèle aux discussions Gouvernement/ETA, le Président évoque « le respect de la pluralité politique d’Euskadi » et, dans la foulée, « un vaste accord politique qui rassemblera le pluralisme de la société basque ». N’est-ce pas laisser entendre que le Statut actuellement en vigueur ne respecterait pas le pluralisme ? Ce nouveau pluralisme annoncé englobe-t-il ceux qui n'obéissent pas aux règles de la démocratie ? Comment va-ton « respecter » l’opinion de ceux qui sont opposés à ce processus politique ? « Un vaste accord politique » rassemblant ceux-ci et ceux-là est-il possible ? D’autre part, le Président va jusqu’à utiliser l’expression « les décisions que les citoyens basques adopteront librement » qui rappelle fortement le « cadre basque de décision », c’est-à-dire l’autodétermination chère aux nationalistes..
Comme l’observe El Correo du 30/06/06, « le chef du Gouvernement a consacré la moitié de son intervention à garantir le dialogue entre les partis qui sera mis en place au Pays basque… ». On comprend « les doutes et préoccupations » exprimées par le Collectif des Victimes du Terrorisme du Pays basque (COVITE) et par le Collectif Gregorio Ordóñez, sous forme de cinq questions dont la dernière est : « pourquoi ne parle-t-il pas de la revendication principale des victimes qui est notre droit légitime à la justice ? ».
Il n’est pas interdit de penser que le chef du Gouvernement tentera de rééditer le scénario écrit pour le nouveau Statut catalan : une proposition de loi organique présentée par le Parlement catalan, retouchée par le Président pour la rendre présentable (et si possible conforme à la Constitution) et ensuite adoptée par le Congrès. Et la décision finale prise après un référendum non par le peuple espagnol mais dans le cadre de décision catalan. On cherche vainement dans la déclaration du Président une allusion à la volonté du peuple espagnol et encore moins à la souveraineté nationale transmise par les citoyens à ses représentants élus du Parlement espagnol. On remarquera que les citoyens de Catalogne se sont majoritairement désintéressés de l’opération en s’abstenant à plus de 50 % et en choisissant à près de 6 % un vote blanc ou nul.
Les représentants du PSE se sont réunis, ont-ils dit (El Correo du 05/07/06), non avec les représentants d’un parti illégal mais avec un groupe de « citoyens jouissant de la plénitude de leurs droits ». Les protagonistes étaient attendus à la fin de la réunion par une foule de journalistes et une forêt de caméras, dont celle de FR3 Euskal Herri. Les deux porte-parole, Arnaldo Otegi pour Batasuna d’abord, et Patxi Lopez pour le PSE-EE ensuite, « dans des interventions mesurées et "en gants blancs" dans lesquelles à aucun moment on n’a prononcé les mots d’ETA ou d’autodétermination, et où il n’y eu aucune mention des victimes ou des prisonniers », se sont « déclarés d’accord sur la nécessité de respecter la "pluralité" d’Euskadi » (El Correo du 07/07/06). Il faut comprendre que l’opération numéro 1, pour les parties en présence, est de trouver le moyen de faire revenir les hommes de Batasuna dans le jeu politique légal. Les élections municipales sont en vue. Cette rencontre en elle-même est le premier acte de l’opération. Et il est à peu près sûr que ne sera pas exigée une condamnation formelle des actes terroristes. « Avec cette réunion, on légitime le terrorisme en donnant un titre de naturalisation politique à l’organisation terroriste ETA/Batasuna. » conclut COVITE dans un autre communiqué.
« Il est utile de garder à l’esprit que l’objectif principal des formations politiques, avant d’arriver à la paix, est de prendre ou de garder le pouvoir » écrit fort justement Barbara Loyer en fin du chapitre « Pays basque – nation basque » (p. 92) de son livre Géopolitique de l’Espagne (Armand Colin).
« Seule la sagesse pourra aider le citoyen à faire, dans ce processus, la distinction entre l'obstacle réel et le virage en épingle à cheveux, sur un chemin chargé de contours et de détours » peut-on lire en chapeau d’un article d’opinion dans El Correo du 09/07/06. On pourrait ajouter que, malgré les sinuosités du chemin, les participants ont parfaitement conscience de la direction qu’ils ont à prendre et du but qu’ils poursuivent. Mais certains se retrouveront tout de même sur le bas-côté. N’a-t-on pas déjà l’impression que le lehendakari Ibarretxe commence à être à la traîne ?



Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 12/07/2006 à 23:12

Actualité

Voici le texte de la lettre que nous avons adressée ce jour au médiateur du journal Le Monde, M. Robert Solé.


Information biaisée
Le Monde, dans son édition datée du 02/07/06, a publié un article signé Michel Garicoix et titré « Les partisans d’un département basque ne désarment pas ». Il concerne la campagne lancée par l’organisation Batera « pour que soit organisé un référendum pour ou contre la création d’un département Pays basque ». Après lecture, je remarque que le rédacteur tente de circonvenir ses lecteurs, en jouant sur le choix des mots et l’agencement des phrases, ou en présentant comme fait avéré ce qui n’est qu’opinion ou interprétation.
Je prendrai deux exemples significatifs
1°) à propos des deuxième et troisième phrases du deuxième paragraphe. « L’article 72-1 de la Constitution et la loi du 13 août 2004 prévoient en effet un dispositif de consultation des électeurs à l’initiative des collectivités ou d’une partie de l’électorat. Dans ce cadre légal instaurant un droit de pétition, Batera veut… » Les références semblent précises (l’appel à la loi suprême, la Constitution, ne peut qu’impressionner), affirmées de façon péremptoire (emploi du présent de l’indicatif) et présentées comme applicables dans le cas évoqué (utilisation de la locution adverbiale « en effet » qui, nous rappelle le petit Robert, s’emploie pour introduire un argument, une explication). Et comme si ce n’était pas suffisant, le rédacteur enfonce le clou : il insiste sur « le cadre légal ». Le problème, c’est que les électeurs d’une collectivité territoriale ne peuvent exercer le droit de pétition auprès de cette collectivité que pour une question relevant de sa compétence. C’est ce que précise l’article 72-1. La restriction est de taille. Mais vos lecteurs n’en entendront pas parler. Quant à la loi 2004-809 du 13 août 2004 relative aux responsabilités locales (équipement, santé, tourisme, …), on aimerait bien connaître l’article censé s’appliquer en l’espèce. Mais le rédacteur de l’article se contente d’un « cadre légal » particulièrement imprécis.
2°) à propos du quatrième paragraphe. « Soutenu par le président (UDF) du conseil général, Jean-Jacques Lasserre, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conteste le bien fondé d’un référendum sur un tel sujet : "Les limites territoriales des départements sont modifiées par la loi après consultation des conseils généraux intéressés, le Conseil d’État (étant) entendu" a rappelé le représentant de l’État dans un courrier aux maires des communes basques… » Passons sur les détails comme l’utilisation du qualificatif « basque » appliqué à des communes (Y aurait-il une administration « basque » ?). Pour présenter l’argumentation du Préfet, pas de référence à la moindre loi. Au contraire, le rédacteur indique que ce dernier est « soutenu » par le président du Conseil général (s’il lui faut un soutien, c’est que son argumentation doit être faiblarde). Et pourtant. Les propos entre guillemets attribués au Préfet reprennent la première phrase de l’article L3112-1 du Code général des Collectivités Territoriales (partie législative) et donc d’une loi directement applicable, qui n’a subi aucune modification après la loi constitutionnelle de 2003 sur l’organisation décentralisée de la République. Mais là encore, c’est ailleurs que vos lecteurs devront chercher cette information.
On voit bien que, par divers procédés, le rédacteur met en valeur les positions de Batera et qu’au contraire, il tente de dévaloriser les arguments du Préfet. Tout son article tend à laisser croire que le Préfet et son soutien, le Président du Conseil général, tentent de faire obstacle à ce qui serait l’expression démocratique et républicaine des « Basques ». C’est d’ailleurs ce qu’avancent les partisans de Batera.
Ceux qui lisent depuis des années les articles de votre correspondant à Bayonne savent à quoi s’en tenir : ce n’est pas la première fois que Michel Garicoix défend les positions des régionalistes, autonomistes ou autres nationalistes sur la « question basque » dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais cette fois, le procédé est vraiment trop grossier.
Ce courrier n’aura, j’en suis persuadé, aucune suite dans votre journal. Je vous informe qu’il sera par contre mis en ligne sur le site de notre association, www.capve.info.

Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 06/07/2006 à 23:14

CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
Le combat de CAP Vivre Ensemble continue.


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