Par Barbara Loyer, Armand Colin, 2006
Géopolitique de l'Espagne, Barbara Loyer, Armand Colin, 2006
Tous ceux qui s’intéressent au « problème basque » comme on dit en Espagne et qui ne se contentent pas des innombrables écrits (sur papier ou sur les sites Internet) vantant l’identité et le peuple basques connaissent les écrits de Barbara Loyer.
Pour notre part, nous avions découvert avec intérêt en 1994 sa signature pour un article intitulé « Nations, État et citoyens en Espagne » dans le numéro 72-73, « Nation, nations, nationalisme », de la toujours intéressante revue de géographie et de géopolitique Hérodote. Barbara Loyer était déjà membre du comité de rédaction. Chargée de recherches à l’Université de Paris VIII Vincennes-Saint Denis, elle faisait donc partie de l’équipe de géographes entourant Yves Lacoste, fondateur d’Hérodote et initiateur de la géopolitique comme étude des conflits de pouvoir sur un territoire donné, ce qui ne limite pas ces études aux conflits internationaux .
Au 4e trimestre 1998, le numéro 91 d’Hérodote s’intitulait « La question de l’Espagne ». Dans son ensemble l’ouvrage, remarquable, fait rentrer le lecteur dans la complexité de l’Espagne moderne, celle issue de la transition démocratique mais aussi de plusieurs siècles d’histoire. Au passage, le lecteur qui se retrouve comme nous, submergé malgré lui par la déferlante des mythes relatifs aux Basques, trouve matière à questions en découvrant des phrases comme celle-ci, de Joseph Pérez, qui fut professeur de civilisation de l’Espagne et de l’Amérique latine à Bordeaux III et aussi directeur de la Casa Velásquez à Madrid de 1989 à 1996, dans l’article « L’État et la nation en Espagne » : « Il y avait ainsi des fueros de Biscaye, de Guipúzcoa, d’Álava, mais il n’y a jamais eu de fueros basques communes aux trois territoires ; du point de vue politique, le Pays basque n’a jamais existé. » Que dire alors des « provinces » du nord !
La signature de Barbara Loyer revient dans trois articles différents de la revue, même si l’un, sur la question linguistique, est formé d’interviews de quatre écrivains. L’article « Les coulisses du peuple basque » est une lecture indispensable pour celui qui veut comprendre les détails de la vie politique foisonnante de la Communauté autonome basque. C’était notre cas à l’époque de la parution de la revue, juste avant la création de notre association. Des phrases comme « (le PNV) est autant favorable à l’indépendance et à la souveraineté du peuple basque que l’ETA » bouscule sérieusement les idées reçues propagées par la presse régionale (Sud-Ouest par exemple) qui accole systématiquement l’adjectif « modéré » au sigle PNV.
Enfin, dans une note de lecture en fin de revue, le professeur d’anthropologie Pierre Bidart, bascophone né et habitant (mais à temps partiel) à Saint-Etienne-de-Baïgorry commente la parution de l’ouvrage de Barbara Loyer publié en 1997, Géopolitique du Pays basque, Nations et nationalismes en Espagne. Il y remarque que la « géographie des attitudes et des valeurs dont les nuances, les évolutions, voire les glissements sont soulignés avec finesse par l’auteur ». Nous ne pouvions que nous précipiter pour lire l’ouvrage, issu d’une thèse. « Un livre intelligent sur un sujet difficile » lit-on sur la quatrième de couverture ; nous ne pouvons qu’approuver. Nous n’étions pas les seuls à penser ainsi puisque le journal El País du 9/09/2002 consacrait trois colonnes de sa page Pays basque à une interview de Barbara Loyer après sa participation aux cours d’été de l’Université de Navarre.
Nous restions tout de même sur notre faim à propos de l’influence du nationalisme basque au nord des Pyrénées. Dans un article d’Hérodote n° 110 (3e trimestre 2003), « Identités et pouvoir local : le cas de la revendication d’un département Pays basque », Barbara Loyer tente une synthèse de ce sujet qui a agité (et agite encore) tant notre petite région. Et dès l’introduction, elle va aux questions essentielles. Elle constate que l’idée d’un département basque lancée par les nationalistes d’Enbata a fait aujourd’hui son chemin au delà du cercle nationaliste en mettant en avant « que ce territoire a une identité. Mais que signifie l’expression "identité d’un territoire" ? S’agit-il de l’identité de la majorité des gens qui y habitent ou d’une identité qui s’imposerait aux personnes y vivant ? » Après description des différentes nuances et positions sur ce sujet, Barbara Loyer note que « peu à peu, les départementalistes ont fait admettre l’idée que l’identité locale ne peut exister que par la "reconnaissance territoriale" » et que « se diffuse aussi la conviction que seule une légitimité territoriale des pouvoirs locaux (régional ou départemental, c’est selon) ouvrirait la porte à une politique plus volontariste, notamment en matière linguistique… »
Barbara Loyer revient sur ce sujet dans les pages consacrées à l’Aquitaine dans Nouvelle géopolitique des régions françaises, sous la direction de Béatrice Giblin-Delvallet, (éd. Fayard, 2005). « Pour défendre le reconnaissance du Pays basque, sans être accusé de promouvoir une identification ethnique des citoyens, sachant que le nationalisme basque a une forte composante ethnique, il est donc important que ce soit le territoire qui devienne sujet de droit, afin qu’il apparaisse légitime d’y demander l’application de règles spécifiques (par exemple le bilinguisme franco-basque dans les administrations municipales) au nom de la spécificité linguistique que le développement de l’enseignement bilingue construit. » Tout est effectivement lié.
Après cette longue introduction, revenons au nouveau livre signé Barbara Loyer, Géopolitique de l’Espagne. « L’heure est aux premiers bilans » écrit fort justement l’auteur qui, dès l’introduction, aborde ce qu’on peut considérer comme la question n°1 pour l’Espagne, la question de l’organisation territoriale, qui débouche sur une question plus vaste et récurrente à travers les siècles, celle de « l’unité de l’Espagne ».
L’auteur traite d’abord du « problème basque » qui « est grave parce que les idéologies qui s’affrontent au sujet de ce territoire sont quasiment incompatibles. C’est une véritable impasse… » Barbara Loyer n’aborde donc pas le problème par le terrorisme comme le font si couramment les commentateurs français, même si elle ne néglige pas le phénomène en posant la question : « pourquoi, malgré l’opposition de la majorité de la population, y compris celle des nationalistes basques, un groupe terroriste a-t-il pu continuer d’agir au nom de ce peuple malgré la démocratisation ? » Elle rappelle bien sûr les faits essentiels, nécessaires à la compréhension du processus, mais elle rapporte également les évolutions dans les partis politiques et dans la société du Pays basque. Elle n’hésite d’ailleurs pas à s’exprimer parfois à la première personne. Elle explique le pourquoi des positions des uns et des autres : par exemple, en quoi l’accord de Lizarra a créé un bloc nationaliste, ou bien les différences de comportement face au terrorisme des nationalistes "modérés" et des associations de victimes, ou encore la conviction de certains que la nation basque s’étend aussi sur le territoire de l’État français. Cet éclairage, qui dépasse les schémas tout faits qu’on trouve trop souvent dans la presse, est encore utile pour la lecture des événements d’aujourd’hui. « Si l’on regarde l’évolution des dix dernières années, on ne peut s’empêcher de penser que l’ETA a fait progresser sa perspective depuis 1980. » Le lecteur se demande alors quel prix politique le gouvernement Zapatero acceptera de payer s’il tient absolument à obtenir l’abandon des armes de la part des terroristes. Pour clore le chapitre, on ne peut éviter la « question de la nation espagnole », « primordiale (…) parce qu’elle est posée », et Barbara Loyer note l’évolution du Parti socialiste d’Euskadi d’un côté et celle du PSOE de l’autre où « une version socialiste de la nation espagnole est en train de se consolider ». On voudrait bien la croire car la politique du Président Zapatero dans ce domaine nous paraît floue et sans direction marquée. Mais « il est utile de garder à l’esprit que l’objectif principal des formations politiques, avant d’arriver à la paix, est de prendre ou de garder le pouvoir. »
Naturellement, le chapitre 2 traite de la Catalogne où, si c’est possible, la situation est encore plus embrouillée. « La différence entre la Catalogne et le Pays basque est déformée par l’existence de l’ETA même si elle se situe ailleurs. » Souvenons-nous de l’élaboration du nouveau Statut de la Catalogne. Nous ne reviendrons pas sur les différents épisodes, d’autant que le livre était bouclé avant le référendum d’approbation, la fin de l’alliance tripartite au sein du gouvernement régional et le départ annoncé du président (PSC) de la Generalitat, poussé vers la sortie par le PSOE. Mais la question était posée : « Il s’agit de savoir si l’Espagne est un assemblage de territoires et de lois venues d’horizons historiques différents et autonomes entre eux, ou si c’est un seul territoire, régi par une Constitution commune, origine des droits égaux de tous les citoyens. » Et comme « des citoyens pensent exactement le contraire avec les mêmes mots », la réponse ne va pas d’elle-même.
En regroupant dans un chapitre commun « les autres régions bilingues », englobant dans cette catégorie la troisième « nationalité » historique, la Galice, Barbara Loyer aborde la question linguistique. On ignore trop souvent que cette question ne se pose pas uniquement au Pays basque et en Catalogne, même si c’est dans ces régions que les discussions sont les plus vives. « Le concept moderne de "pluralité", entendu comme l’acceptation sociale des différences entre citoyens, est donc souvent le résultat d’actions politiques et de rivalités qu’il est utile d’évaluer pour affiner ses critères de jugement. Introduire le catalan dans l’administration de la justice aboutirait à supprimer le caractère national du corps des fonctionnaires de l’administration judiciaire de l’Espagne. (…) Le but à long terme est de faire coïncider la réalité avec l’idée que le catalan est l’élément central qui définit la nation. » C’est pour ces mêmes raisons que la question linguistique est importante en Navarre avec sa zone nord bascophone : « Pour les nationalistes basques qui tiennent absolument à réunir un jour la Navarre au Pays basque, il est indispensable de borner l’ensemble du territoire navarrais par le bilinguisme officiel. » Barbara Loyer rappelle avec à propos quelques évidences : « Les évolutions linguistiques, loin d’être "naturelles", sont des phénomènes géopolitiques par excellence. » ou bien « l’évolution récente de la situation basque tendait à remettre au centre des débats la question territoriale, et l’extension de l’euskara en est évidemment un des éléments majeurs. » Un habitant de l’agglomération bayonnaise (dont une forte majorité de la population n’est pas bascophone) ne peut qu’être sensible à de telles descriptions, surtout après la lecture d’un article du Journal du Pays basque du 26/08/06 rapportant les propos du président (Conseiller général UMP de Biarritz) de l’Office public de la langue basque : il y est annoncé un accord financier avec le gouvernement (nationaliste) d’Euskadi, l’objectif prioritaire de la zone du BAB pour le développement de l’enseignement du basque et des discussions en cours entre l’Éducation nationale et Seaska qui devraient aboutir à une nouvelle convention dont le préambule reconnaîtrait explicitement le système d’immersion proposé par les ikastola.
L’étude des forces en présence dans les autres régions n’est pas moins intéressante, par exemple la description du régionalisme andalou ou la situation de frontière de l’Europe des iles Canaries.
La seconde partie de l’ouvrage reprend quelques problèmes essentiels évoqués au cours des chapitres précédents : la réforme du modèle territorial dont « les termes du débat sont assez complexes », qui fait que l’État a évolué vers une organisation qui « est, dans les faits, un système fédéral » ; le partage de l’eau après l’échec du Plan Hidrológico Nacional, qui crée des rivalités d’intérêt souvent aiguës, même si la Communauté de Murcie peut être montrée en exemple ; l’immigration avec son lot de drames aux abords des Canaries (mais l’essentiel de l’immigration vient d’Amérique du sud, population hispanophone et pratiquant la religion catholique).
Constatons au passage le peu d’ouvrages traduits de l’espagnol sur les sujets abordés par Barbara Loyer, comme en témoigne la bibliographie mentionnée en fin d’ouvrage : ainsi, on n’a pas vu de traduction française de l’essai de Jon Juaristi ayant eu pourtant un retentissement considérable en Espagne, El buclo melancólico. Historias de nacionalistas vascos.
Dans sa conclusion, Barbara Loyer aborde plus directement la question qui trotte dans la tête du lecteur français depuis le début de l’ouvrage, la question de la nation. En fait, elle « a été le fil conducteur de la réflexion » de ce livre privilégiant les relations entre les grandes régions d’Espagne. Cette présence de Communautés plus ou moins autonomes, avec leur gouvernement, leur administration, et leurs spécificités affirmées avec force n’est-elle pas contradictoire avec l’existence d’un sentiment national espagnol dans la population ? L’auteur répond que « pour de nombreux Espagnols, la nation conserve un sens historique et politique ». Avouons que, dans notre esprit, quelques doutes persistent. Même si on comprend que, comme l’écrit Joseph Pérez dans le numéro d’Hérodote sur « La question de l’Espagne », « nous sommes aux antipodes de l’État-nation tel qu’on le conçoit en France. » Il est vrai que la question doit être abordée sous des angles divers, comme l’a fait par exemple, du point de vue de l’histoire, Juan Pablo Fusi dans son ouvrage « Espagne, Nations nationalités et nationalismes des Rois catholiques à la Monarchie constitutionnelle » (Presses Universitaires Rennes, 2002) en étudiant la construction de l’Espagne comme nation.
Il faut donc lire avec toute l’attention qu’il mérite le livre Géopolitique de l’Espagne. Le sujet est passionnant à plus d’un titre, les problèmes très clairement exposés et surtout, la méthode d’analyse utilisée pousse le lecteur à une réflexion qui dépasse les faits en eux-mêmes ou leur contexte local. Le lecteur français apprendra à mieux connaître « un des États les plus décentralisés d’Europe », loin des clichés touristiques ou au delà des événements tragiques liés au terrorisme. Ce pays politiquement si différent a, rappelons–le, 400 km de frontière commune avec le nôtre. De plus, à chaque extrémité, deux puissantes communautés très autonomes ne manquent pas de faire étalage de leurs potentiels au nord de la frontière, dans des relations qui ne se limitent pas toujours aux domaines culturels ou économiques.
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 28/08/2006 à 21:00
Qu’un élu local, un conseiller général par exemple, affiche une propension marquée à ne s’intéresser qu’aux problèmes locaux (c’est la définition que nous donnerions du localisme), peut être considéré comme logique mais réducteur. L’électeur se dit simplement que la compétence de l’élu se limite à ce seul domaine. Mais, au delà du localisme, on passe parfois à une certaine complaisance envers l’idée qu’on se fait des habitants qu’on représente et du territoire qu’on s’approprie, pour aboutir à une condescendance manifeste vis à vis des autres. Le citoyen est alors amené à se poser des questions sur cette dérive et cherche quel mot avec suffixe en isme il conviendrait d’appliquer dans pareil cas.
Image du pays du Nontronnais
La lecture d’une tribune libre signée par le premier Vice-Président du Conseil général (des Pyrénées-Atlantiques) dans Le Journal du Pays Basque du 25/07/06 pousse à ce genre de réflexions.
Il nous faut d’abord expliquer dans quel contexte, du point de vue de l’aménagement du territoire, cette tribune a été écrite. Une « convention spécifique Pays basque » regroupait les crédits consacrés au pays (au sens précis des lois Pasqua/Voynet) « Pays basque » dans le cadre du dernier contrat de plan État-Région. Il s’agissait à l’époque, pour le gouvernement Jospin, d’appliquer une vieille recette : tenter d’apaiser sous un flot de subsides (presque 400 millions d’euros) les grognements des régionalistes, à défaut de calmer les revendications nationalistes. Le Moniteur du 27/04/01 précisait : « cette convention intègre aussi la revendication culturelle des Basques français, puisque ses deux premiers chapitres prévoient de nombreuses actions visant au développement de la langue basque (7,17 millions d’euros), avec notamment la création d’un conseil de la langue, et la promotion de la culture basque (17 millions d’euros) ». La convention touche à sa fin en 2006. Comme d’habitude dans ce genre de contrat, les crédits sont loin d’être utilisés en totalité, sauf pour la partie culturelle (avec quelques péripéties que nous avons narrées par ailleurs).
Le Conseil du développement, sorte de Conseil économique et social du pays « Pays basque », a planché en vue du plan suivant et établi une proposition, « Pays basque 2020 ». Le Conseil des élus, autre organisme loi 1901 du pays, a approuvé ce qu’il souhaite voir transformer en « Convention territoriale ». Y aura-t-il à nouveau attribution financière « spécifique » ou intégration normale dans le contrat de plan État-Région ? Fort opportunément en cette période pré-électorale, le Ministre délégué à l’aménagement du territoire s’est déplacé pour promettre que « la convention spécifique aura une suite » (Sud-Ouest du 20/07/06) et que « le Pays basque sera d’ailleurs le seul territoire de France à signer un contrat en direct avec l’État ». Le ministre s’est bien gardé de préciser quel est, dans le pays « Pays basque », l’organisme représentant « le territoire » habilité à signer un contrat avec l’État ? Comment ce qui était impossible il y a six ans serait-il possible aujourd’hui ? Les règles de droit applicables aux pays ont-elles été modifiées ?
Dans le même temps, les « contrats de projets » entre l’État et les Régions se préparent. Les discussions paraissent tendues, si on en croit les propos du président (PS) de la Région Aquitaine, rapportés dans la presse. Les prochaines échéances électorales pèsent de tout leur poids. D’où le titre de la tribune libre mentionnée ci-dessus « La politique politicienne doit être laissée aux vestiaires ». Avec un titre pareil, le lecteur comprend que l’auteur va l’y plonger jusqu’au cou, dans « la politique politicienne ». Le premier Vice-Président (UMP) du Conseil général, sachant que la Région est incontournable dans cette affaire, y exhorte le Conseil régional et son exécutif à « donner du corps à ce projet spécifique qui débouchera sur un contrat reconnaissant tout à la fois l’attractivité et l’identité du Pays basque, son dynamisme et son souci de cohésion. »
Pour amadouer le CR d’Aquitaine qui manifesterait « son obstination à ne pas reconnaître la spécificité du Pays basque », le Vice-Président du CG des P.A. avance que le Pays basque est un territoire confronté « à des défis spécifiques liés à son identité, son positionnement, son attractivité et sa fragilité. » Et d’évoquer les « trois principes majeurs » sur lesquels est bâti le projet : « la réciprocité territoriale, la coopération transfrontalière, le développement durable ». L’originalité et la « spécificité » de ces « principes » devraient sauter aux yeux. Mais les relations transfrontalières concernent tout le département des P.A. (au même titre que 21 autres départements métropolitains, sans parler des départements avec littoral maritime) ; les autres territoires, d’Aquitaine ou d’ailleurs, sont évidemment concernés par la « réciprocité territoriale » et le « développement durable ».
L’auteur poursuit ainsi son article en énumérant quelques autres banalités. Pourtant, au détour d’un paragraphe, on note un appel à « ne pas compromettre la recherche jusque là réussie d’apaisement et de vivre ensemble », allusion à la situation politique « spécifique » du Pays basque. Mais qui, jusqu’à maintenant, cherche à compromettre le « vivre ensemble » au Pays basque, sinon le nationalisme régional et ses affidés ? La question restera sans réponse dans l’article.
« Vivre ensemble » entre soi sur le territoire Pays basque ? Le département des Pyrénées-Atlantiques n’apparaît que pour approuver le projet et le financer. Quant au reste de la Région : « Par sa taille, son organisation, la mobilisation de ses acteurs, l’originalité de son projet, le Pays basque ne peut être soumis au régime commun et ainsi aligné sur le "pays du Libournais" ou le "pays du Nontronnais" ! » Les Libournais et les Nontronnais, comme les autres habitants d’Aquitaine, seront, à n’en pas douter, flattés de tels propos... Il faudrait donc, à l’intérieur de la Région Aquitaine et sans doute de la France, distinguer le Pays basque avec son « originalité », de tous les autres indifférenciés dans le système commun d’aménagement du territoire. En Aquitaine et ailleurs, en dehors du Pays basque, la « réciprocité territoriale » et le « développement durable » seraient des sujets ignorés par les « acteurs » locaux dont « l’organisation » et « la mobilisation » (et pourquoi pas la compétence ?) laisseraient à désirer. Pourtant, tout territoire peut mettre en avant sa spécificité. Et une spécificité en vaut bien une autre.
On hésite : besoin de se distinguer, sentiment de supériorité, mépris envers les autres… Mais on comprend pourquoi la rédaction du journal, dont on connaît les opinions favorables au nationalisme basque, s’est empressée de mettre cette phrase de l’article en accroche. La manière dont sont exprimées les idées n’est pas innocente.
On cherche vainement la moindre expression d’une solidarité régionale ou nationale, l’allusion à la cohésion ou à un équilibre régional. Où est le sens de l’intérêt général ? Dans la revue Éléments qui promeut les idées de la « nouvelle droite », on lit des phrases qui pourraient figurer dans cet article : « Identification de la communauté établie à son propre territoire, lequel doit être reconnu dans son histoire, dans ses équilibres écologiques, dans ses valeurs culturelles, économiques et esthétiques. » La revue vante les mérites du localisme, du communautarisme et autre biorégionalisme…
Et nous, pauvres naïfs, qui pensions que la République, en affirmant le principe d’égalité (dans l’article 1er de la Constitution) comme base du système politique tendait vers cet « accord admirable de l’intérêt et de la justice », selon l’expression de J.J. Rousseau dans Le Contrat social. « Tout acte authentique de la volonté générale oblige ou favorise également tous les citoyens », « la condition étant égale pour tous, nul n’a intérêt de la rendre onéreuse aux autres » écrivait-il dans le même ouvrage. Cela n’empêche pas que « chaque individu puisse, comme homme, avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen ». Manifestement, aujourd’hui, certains préfèrent les « associations partielles » en vue de s’exonérer du droit commun.
Le CapVe
Rédigé par Le CapVe le 18/08/2006 à 10:52
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CAPVE a été créé en octobre 1999 pour faire entendre la voix des citoyens attachés aux valeurs de la République et opposés à la revendication d'un "département basque".
Aujourd'hui, après les refus successifs des gouvernements Jospin puis Raffarin, les tenants d'une scission du département des Pyrénées-Atlantiques ne désarment pas. La défense de la langue basque est devenue le cheval de Troie des nombreuses associations "culturelles", soutenues par les régionalistes, les fédéralistes, les abertzale ... et aussi les opportunistes. La stratégie est claire : d'abord la définition officielle d'un territoire sur lequel la langue basque aurait un statut privilégié, puis des institutions spécifiques qui établiraient des relations particulières avec la puissante Communauté Autonome Basque voisine. Pour les nationalistes basques, c'est la perspective de la "réunification d'Euskal Herria", c'est la "construction nationale".
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