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Le bulletin de CAPVEÉchos du bulletin n° 22 27/12/2005
L'Ecoute d'Henri de Miller
Tu quoque... On sait que Jean-François Lefort, porte-parole en France d’Askartasuna, association s’intéressant au sort des « prisonniers politiques basques » et se situant dans la mouvance d’ETA, a été en prison préventive pendant plusieurs mois. Des manifestations de soutien ont été organisées par ses amis régulièrement dans notre région. La Ligue des Droits de l’Homme a manifesté son inquiétude, ce qui paraît normal quand il s’agit de détention préventive prolongé. À cette occasion, elle a rappelé sa demande de « rapprochement dans le grand sud-ouest des détenus basques pour qu’ils puissent bénéficier normalement des visites de leurs proches » (Le Journal du Pays Basque du 12/11/05). La LDH fait-elle allusion aux seuls détenus de nationalité espagnole issus de la Communauté Autonome Basque ? Vraisemblablement pas, plutôt à l’ensemble des détenus emprisonnés en France pour des affaires liés au terrorisme de ETA ? Il est alors regrettable que cette honorable institution soit gagnée par le communautarisme ambiant et qu’elle classe les détenus en fonction de leur origine ethnique, passant à la trappe un principe fondateur de la République en France, l’égalité des citoyens devant la loi « sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Une de plus La presse locale nous a appris le création du Conseil de la jeunesse du Pays basque. Ça manquait effectivement dans le paysage de la multitude des associations basques. Auparavant a été rédigée une « Charte des droits de la jeunesse » Bien entendu, « le Conseil s’étend sur les sept provinces » et ses « deux principes basiques sont le respect de la territorialité et l’officialité de la langue basque ». Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, l’article précise que « seules les organisations proches de la sensibilité abertzale ont participé directement au processus (EGI le mouvement de la jeunesse du PNV, Gazte Abertzaleak EA, LAB-Gazteak, Segi). » On peut lire sans rire que « le Conseil reste toujours ouvert à tous les jeunes et à leurs contributions ». Une rencontre positive On sait que la station associative de langue basque Gure Irratia, se considérant à l’étroit dans ses locaux bayonnais, déménage à Ustaritz. C’est l’occasion de renouveler son matériel. Coût de l’opération 185.000 €. Où trouver les fonds ? Le président de l’Office public de la politique linguistique Euskara, dont le financement est assuré en partenariat par l’État, la Région, le Département, le Syndicat intercommunal pour le soutien de la culture basque et le Conseil des élus du Pays basque, a rapidement annoncé qu’il couvrirait 50 % des frais d’équipement, soit 50.000 €. Qui dit mieux ? Mais l’Udalbiltza bien sûr. L’incontournable Ramuntxo Camblong a annoncé à Ustaritz « les aides 2005 à destination des associations travaillant pour la langue basque, en Pays basque nord » (Le Journal du Pays Basque du 25/11/05). Gure Irratia recevra 56.000 €. « À cette occasion, R. Camblong a indiqué qu’Udalbide et l’Office public de la langue s’étaient réunis à la suite d’un échange de déclarations, après les annonces d’aides (…) en 2004. Une rencontre "très positive" a-t-il indiqué. » On savait que l’Office public avait pour tâche de centraliser et de coordonner l’ensemble des projets et subventions destinées à la politique linguistique concernant l’euskara. Mais de là à penser que son désir de coordination irait jusqu’à prendre langue avec une organisation qui veut contribuer à la construction politique d’Euskal Herria en confortant son unité territoriale (voir notre brochure n° 9) et qui se définit comme une « institution nationale basque basée sur les municipalités » de part et d’autre de la frontière, il y a un pas considérable ; que le président Max Brisson n’a pas hésité à franchir. On connaît l’argument : la défense d’une culture est un devoir sacré qui dépasse les clivages politiques. Mais un organisme public, gérant des fonds de l’État — car la région Aquitaine et le département des P.A., c’est aussi l’État, même si ce n’est pas l’État central — qui coordonne ses actions avec celles d’un organisme qui s’oppose à cet État au point de vouloir l’amputer de ses prérogatives sur une partie de son territoire, c’est pour le moins choquant. C’est sans doute pour cette raison que le représentant de l’Udalbiltza s’en vante comme d’une victoire et que le président de l’Office, qui ne nous avait pas habitué à de telles pudeurs, ne s’en est pas vanté. Peut-être parce qu’il est bien conscient qu’il s’agit d’une compromission... Dix ans après (texte publié sur notre site le 21/11/05, après l’assemblée générale d’Abertzaleen Batasuna à Ustaritz) Dans une conférence de presse préalable, le porte-parole d’AB a rappelé, parmi les étapes importantes du mouvement, l’acceptation en 1997 du département Pays basque comme « un pas tactique » sur la voie de la « construction nationale » (Sud-Ouest Pays basque du 21/11/05). On pouvait déjà se demander ce qu’avaient politiquement en commun, en dehors du désir de scission du département existant, des départementalistes comme Jacques Saint-Martin, ex-président de la CCI, André Darraïdou, président du Biltzar ou François Maïtia, conseiller général et régional PS. Après ce rappel venant d’une voix autorisée d’AB, feront-ils toujours semblant de ne pas entendre que leurs alliés, ceux qui apportent la force militante et médiatique, ont en tête des objectifs radicalement différents des leurs ? La volaille départementaliste ne court-elle pas le risque de se retrouver plumée par AB ? AB se définit comme « un mouvement abertzale souverainiste ». « Ce que l’on demande, c’est un référendum sur l’autodétermination, pour que le Pays basque puisse décider de son avenir ». On croirait lire un paragraphe du plan Ibarrexte. La construction nationale, c’est la construction d’une entité nationale pour Euskal Herria, c’est-à-dire l’Euskadi, la Navarre et le Pays basque de France (Iparralde), distincte des États espagnol et français. La volonté d’AB pour les vingt ans qui viennent est d’être « un mouvement de gauche, abertzale, en Iparralde, ayant une vision de la construction nationale ». Être de gauche implique de travailler davantage dans le domaine social et de relayer le mouvement altermondialiste. (Sud-Ouest déjà cité). Le but visé, la construction nationale, est réaffirmé, mais les moyens mis en œuvre vont chercher une caution morale à gauche ou dans le mouvement altermondialiste. Des questions se posent alors irrésistiblement. Comment peut-on se dire de gauche et « travailler » dans les municipalités UDF-RPR, comme à Biarritz ou à Anglet (Jakes Abeberry, AB, adjoint au maire, UDF, de Biarritz ; Mikel Ithurbide, AB, adjoint au maire, UDF, d’Anglet) ? Verrons-nous prochainement ATTAC Pays basque « relayer » les positions nationalistes d’AB ? Identifiez-vous ! L’Institut culturel basque a présenté courant septembre un document titré « Pratiques culturelles et identités collectives en Pays basque ». C’est le résultat d’une importante enquête (4.000 personnes interrogées) menée sur les trois entités territoriales où se pratique la langue basque. Comme le document définitif ne sera publié qu’en 2006, ce que nous en savons se résume aux articles parus dans la presse. Une réflexion vient inéluctablement troubler le lecteur du « Pays basque nord » : de quelle identité s’agit-il ? Est-ce que l’échantillon des personnes interrogées est représentatif (comme on dit dans les sondages) de l’ensemble des habitants ? Par exemple, si des Français habitant Bayonne, comme Rachid Zemouri, Manuel Perreira ou Lucien Cazeaux étaient désignés par le sort, va-t-on les interroger sur la langue basque et sa transmission familiale, leur connaissance de la culture basque et leur « sentiment identitaire » pour l’analyser selon la méthode « de Moreno » ? Pour constater que ces points sont déterminants, il suffit de revenir aux articles publiés. Dans Le Journal du Pays basque, l’article commence par ces mots : « l’identité basque, c’est quoi ? ». Sur un site Internet évoquant l’enquête, on peut lire : « Le Basque d’aujourd’hui se sent… » Dans Sud-Ouest, on passe « des habitants du Pays basque nord » à « l’identité basque qui se définit au Pays basque nord… » On voit bien le niveau de confusion auquel mène les résultats de l’enquête. Si on avait besoin d’une preuve supplémentaire pour s’en convaincre, on la trouvera dans l’article titré « L’identité basque » qu’Erramun Bachoc, linguiste et ancien président de l’Institut culturel basque a consacré à cette affaire dans Le JPB. Il commence ainsi : « Être basque, c’est quoi ? L’enquête "Pratiques culturelles et identité basque" (2005) essaie de répondre à cette question fondamentale… ». Ainsi, quelqu’un censé bien connaître les objectifs, les méthodes et les résultats de cette enquête lui attribue un titre — avec tout ce que cela implique — qui n’est pas le sien ; il ne s’agit pas « d’identité basque » mais « d’identités collectives du Pays basque » ce qui, chacun en conviendra, n’est pas tout à fait la même chose. Lapsus involontaire ou non, mais certainement hautement significatif. Enfin, les articles nous apprennent qu’une enquête qualitative, basée sur des entretiens individuels, est venu compléter l’ensemble. Nos amis cités plus haut ont-ils eu le privilège de tels entretiens ? Si oui, on se demande sur quels sujets ils ont porté. Du coup, on n’est qu’à moitié étonné de la banalité qui ressort des réponses : ainsi, l’activité culturelle la plus pratiquée serait le cinéma (sans doute — c’est nous qui l’ajoutons — pour aller voir Harry Potter V ou Stars War X). On comprend alors le dépit, qui se sent à la lecture, du journaliste du JPB. Nous aurons vraisemblablement l’occasion de revenir sur le détail de cette enquête, ou du moins sur ce qu’on voudra bien nous en dire. Le CapVe
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