Le dit et le non-dit
Le CapVe | Dimanche 30 Novembre 2008
Un véritable tsunami d'obamania a submergé la France. Pour quelques propos documentés ou réfléchis, que n'a-t-on subi comme clichés, lieux communs et billevesées. On croyait avoir touché le fond avec « l'Obama français ». Or un ami nous adresse une tribune parue dans Le Journal du Pays Basque du 13/11/2008, signée Xipri Arbelbide (qui se dit « auteur »), intitulée (quelle originalité !) « Aurons-nous un Obama Français ? ». Ce papier aurait dû rejoindre les autres divagations de même type, sitôt oubliées que lues, mais notre association s'y trouvait interpellée. Malgré notre faible appétence pour les discussions stériles, nous nous sommes résolus à rédiger, non pas une réponse, mais quelques commentaires de lecture voire quelques digressions.
Pour un meilleure compréhension de l'ensemble, nous reproduisons ici la tribune initiale (en italique) paragraphe par paragraphe.
Pour un meilleure compréhension de l'ensemble, nous reproduisons ici la tribune initiale (en italique) paragraphe par paragraphe.
1er paragraphe
La France a massivement voté pour Obama. Ou pour être plus juste, 80 % des Français ont applaudi avec enthousiasme à l'élection d'un président de couleur aux Etats-Unis. Ils s'étonneraient même que les Américains n'aient donné que 52 % à ce métis. Mais il s'agit d'un enthousiasme à usage externe. Pas question que la France suive la même voie bien que Sud Ouest titre en première page «Aurons-nous un Obama français ?
Ah ! Cette fringale des Français pour les sondages et surtout pour les commentaires qui les accompagnent... Nous avions, en son temps, saisi l'occasion d'un sondage local et de ses commentaires plus que contestables pour exprimer toute la méfiance que nous inspiraient ces pratiques (voir les articles « Décryptage d'un sondage » dans notre bulletin n° 9 et « Décryptons, encore et toujours » dans le bulletin n° 10).
Dernièrement, on a donc demandé aux Français pour qui ils voteraient ... s'ils étaient Américains. Hypothèse des plus probables... Pourquoi pas, dans la foulée, une question du genre « si vous étiez cardinal, est-ce que vous voteriez en faveur d'un pape noir ? ». Et ensuite, chacun pourrait gloser sans fin sur le fait qu'une église qui se veut universelle et qui a aujourd'hui une majorité d'adeptes en dehors de l'Europe continue à se choisir un guide suprême européen comme elle le faisait au XIV e siècle.
2e paragraphe
Aux USA il ne s'agit pas d'une génération spontanée. Les hommes de couleur comptent là-bas plus de 50 députés, et quatre gouverneurs, tous élus par le peuple : le premier de ces derniers, Douglas Wilder, a été élu il y a une vingtaine d'années... en Virginie, haut lieu de la ségrégation. Cela fait un quart de siècle que le parti démocrate avait démocratiquement choisi comme candidat au même poste pour la Californie, Tom Bradley, le maire de Los Angeles, deuxième métropole des USA. Mais il y eut ce que l'on appelle depuis, «l'effet Bradley». Le fruit n'était pas encore mûr.
Notre « auteur » semble fort renseigné sur la situation politique aux USA. Pourtant, il ne rappelle pas que Barack Obama a commencé sa carrière politique (élection au Sénat de l'Illinois) dans une circonscription électorale de Chicago (district 13) où seul un Noir pouvait être élu : pour les primaires correspondantes du parti démocrate, il n'y avait d'ailleurs que des candidats noirs. Car, aux USA, s'il y a maintenant égalité dans les droits civiques, la ségrégation sociale et partant géographique est encore de mise. Le passage de l'ouragan Katrina sur la ville de La Nouvelle-Orléans nous en a donné la démonstration. Une partie des habitants, celle qui vivait dans les quartiers les plus exposés, a dû être évacuée. « La Nouvelle-Orléans qui était une ville à majorité noire est devenu une ville blanche » lit-on dans l'article de Wikipédia sur les « Conséquences de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans ». Quant à l'assimilation, les mariages mixtes ne sont pas légion. Emmanuel Todd a d'ailleurs coutume de rappeler que « le taux de mariage mixte des femmes noires reste insignifiant ».
3e paragraphe
En France, par contre, il n'y a aucun préfet fils d'immigré : ils sont nommés par le gouvernement. Mais il n'y a pas non plus, je l'ai déjà écrit, un seul député ou sénateur de couleur élu par les Français de l'Hexagone alors que les immigrés représentent près de 10 % de la population. En ce pays où le fronton de la moindre mairie se doit de proclamer «égalité» !
Il est question d'immigrés en France. Sans doute parce qu'on voit écrit ici ou là que Barack Hussein Obama est fils d'émigré kényan. Certes son père venait du Kenya, mais il y avait été remarqué par les missionnaires-enseignants qui l'avaient envoyé parachever ses études supérieures à Hawaï (cf Wikipédia). Il a rejoint ensuite une université américaine (Harvard). Tout cela grâce « au "pont aérien Kennedy" dans les années 1960, un programme américain qui offrait des bourses à des jeunes issus des nouvelles nations africaines pour aller poursuivre leurs études dans des universités américaines », comme le rappelle, dans un article publié par The Guardian et repris dans Courrier International, la kényane Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix 2004. Après la séparation de ses parents et le remariage de sa mère, vers 10 ans, le petit Barack revient à Hawaï, 50e État des USA, chez ses grands parents maternels. Grâce à ses capacités intellectuelles et sans bénéficier de mesures particulières comme l'affirmative action, Barack Obama intégrera, comme son père, une université du continent (Columbia) et effectuera plus tard une brillante carrière universitaire. Sans forcer le trait, on peut dire que le 44e Président est un pur produit de la méritocratie américaine.
« En France, il n'y a aucun préfet fils d'immigré. » Voilà que 44 ans après Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, notre « auteur » s'apprête à re-écrire Les Héritiers. On pourrait lui rappeler que l'entrée dans le corps préfectoral est règlementée, ce qui n'est pas le cas de la fonction ministérielle. C'est pourquoi il y a trois ministres « fils d'immigrés » dans ce gouvernement qui nomme les préfets, sans parler du Président de la République. On a bien vu la nomination d'un « préfet musulman », mais la religion est-elle vraiment un critère de choix dans un État laïque ?
Sur la différence entre les systèmes politiques américains et français et sur la représentation politique, on peut lire avec intérêt sur le blog de Laurent Bouvet, professeur de science politique, l'article « Un Obama français est-il possible ? »
4e paragraphe
Surtout ne voyez pas là de mise à l'écart systématique des gens de couleur d'Afrique du Nord, d'Afrique noire, d'Asie etc. Non ! Aucun relent de communautarisme ou d'identitarisme. Encore moins de racisme. C'est moi qui vais me faire accuser de ces vilains défauts pour avoir osé écrire qu'en France il y a des blancs, des noirs, des jaunes et même des Basques alors qu'il n'y a qu'un seul et unique peuple français.
Notre « auteur » s'essaie à l'ironie, en chaussant de gros sabots. En plus, il nous balance des mots en -isme, sans la moindre tentative d'un début de définition. Le procédé est classique pour semer la confusion. Fort à propos, l'« auteur » va mettre dans un même pot, « les blancs, les noirs, les jaunes et même les Basques » (qui ont droit, eux, à une majuscule). On est en pleine confusion intellectuelle ! Ce n'est plus alors le bout du nez qui pointe mais le museau tout entier. En plus, pour mieux taper sur les valeurs de la République, en l'occurrence la notion d'unicité du peuple français, il utilise pour cette notion juridique une formulation à sa façon.
A propos de communautarisme, rappelons que nous avons publié dans notre bulletin n° 18 de larges extraits d'un article de Pierre-André Taguieff intitulé « Vous avez dit communautarisme ? » dans lequel étaient données quatre définitions possibles de cette « notion floue ». On y trouve cette phrase : « La communautarisation constitue une contestation interne de la construction nationale ». Nous sommes bien dans le sujet, non ?
« Identitarisme » est un terme utilisé par les mouvements de l'extrême droite européenne. Il ne fait pas partie de notre vocabulaire.
Quant à la notion d'« unicité du peuple français », nous l'évoquions, en nous inspirant des travaux du professeur de droit public Gérard Marcou, dans notre brochure n° 11, à l'article « Vous avez dit République ? ». Nous écrivions alors : « Dans sa décision du 9 mars 1991 sur la Corse, le Conseil (Constitutionnel) indique que « la Constitution ne connaît que le peuple français composé de tous les citoyens français sans distinction d'origine de race et de religion. » » Plus loin : (Avec sa décision sur la Charte européenne des langues régionales), « le Conseil est resté fidèle à l'apport fondamental de la Révolution, qui avait été de fonder la nation sur la citoyenneté, c'est-à-dire sur la liberté politique dans le cadre d'une constitution librement acceptée. » Évidemment, on peut avoir la nationalité française, ne pas se considérer comme un citoyen français et alors refuser la Constitution Française. Mais elle s'impose à tous...
La France a massivement voté pour Obama. Ou pour être plus juste, 80 % des Français ont applaudi avec enthousiasme à l'élection d'un président de couleur aux Etats-Unis. Ils s'étonneraient même que les Américains n'aient donné que 52 % à ce métis. Mais il s'agit d'un enthousiasme à usage externe. Pas question que la France suive la même voie bien que Sud Ouest titre en première page «Aurons-nous un Obama français ?
Ah ! Cette fringale des Français pour les sondages et surtout pour les commentaires qui les accompagnent... Nous avions, en son temps, saisi l'occasion d'un sondage local et de ses commentaires plus que contestables pour exprimer toute la méfiance que nous inspiraient ces pratiques (voir les articles « Décryptage d'un sondage » dans notre bulletin n° 9 et « Décryptons, encore et toujours » dans le bulletin n° 10).
Dernièrement, on a donc demandé aux Français pour qui ils voteraient ... s'ils étaient Américains. Hypothèse des plus probables... Pourquoi pas, dans la foulée, une question du genre « si vous étiez cardinal, est-ce que vous voteriez en faveur d'un pape noir ? ». Et ensuite, chacun pourrait gloser sans fin sur le fait qu'une église qui se veut universelle et qui a aujourd'hui une majorité d'adeptes en dehors de l'Europe continue à se choisir un guide suprême européen comme elle le faisait au XIV e siècle.
2e paragraphe
Aux USA il ne s'agit pas d'une génération spontanée. Les hommes de couleur comptent là-bas plus de 50 députés, et quatre gouverneurs, tous élus par le peuple : le premier de ces derniers, Douglas Wilder, a été élu il y a une vingtaine d'années... en Virginie, haut lieu de la ségrégation. Cela fait un quart de siècle que le parti démocrate avait démocratiquement choisi comme candidat au même poste pour la Californie, Tom Bradley, le maire de Los Angeles, deuxième métropole des USA. Mais il y eut ce que l'on appelle depuis, «l'effet Bradley». Le fruit n'était pas encore mûr.
Notre « auteur » semble fort renseigné sur la situation politique aux USA. Pourtant, il ne rappelle pas que Barack Obama a commencé sa carrière politique (élection au Sénat de l'Illinois) dans une circonscription électorale de Chicago (district 13) où seul un Noir pouvait être élu : pour les primaires correspondantes du parti démocrate, il n'y avait d'ailleurs que des candidats noirs. Car, aux USA, s'il y a maintenant égalité dans les droits civiques, la ségrégation sociale et partant géographique est encore de mise. Le passage de l'ouragan Katrina sur la ville de La Nouvelle-Orléans nous en a donné la démonstration. Une partie des habitants, celle qui vivait dans les quartiers les plus exposés, a dû être évacuée. « La Nouvelle-Orléans qui était une ville à majorité noire est devenu une ville blanche » lit-on dans l'article de Wikipédia sur les « Conséquences de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans ». Quant à l'assimilation, les mariages mixtes ne sont pas légion. Emmanuel Todd a d'ailleurs coutume de rappeler que « le taux de mariage mixte des femmes noires reste insignifiant ».
3e paragraphe
En France, par contre, il n'y a aucun préfet fils d'immigré : ils sont nommés par le gouvernement. Mais il n'y a pas non plus, je l'ai déjà écrit, un seul député ou sénateur de couleur élu par les Français de l'Hexagone alors que les immigrés représentent près de 10 % de la population. En ce pays où le fronton de la moindre mairie se doit de proclamer «égalité» !
Il est question d'immigrés en France. Sans doute parce qu'on voit écrit ici ou là que Barack Hussein Obama est fils d'émigré kényan. Certes son père venait du Kenya, mais il y avait été remarqué par les missionnaires-enseignants qui l'avaient envoyé parachever ses études supérieures à Hawaï (cf Wikipédia). Il a rejoint ensuite une université américaine (Harvard). Tout cela grâce « au "pont aérien Kennedy" dans les années 1960, un programme américain qui offrait des bourses à des jeunes issus des nouvelles nations africaines pour aller poursuivre leurs études dans des universités américaines », comme le rappelle, dans un article publié par The Guardian et repris dans Courrier International, la kényane Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix 2004. Après la séparation de ses parents et le remariage de sa mère, vers 10 ans, le petit Barack revient à Hawaï, 50e État des USA, chez ses grands parents maternels. Grâce à ses capacités intellectuelles et sans bénéficier de mesures particulières comme l'affirmative action, Barack Obama intégrera, comme son père, une université du continent (Columbia) et effectuera plus tard une brillante carrière universitaire. Sans forcer le trait, on peut dire que le 44e Président est un pur produit de la méritocratie américaine.
« En France, il n'y a aucun préfet fils d'immigré. » Voilà que 44 ans après Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, notre « auteur » s'apprête à re-écrire Les Héritiers. On pourrait lui rappeler que l'entrée dans le corps préfectoral est règlementée, ce qui n'est pas le cas de la fonction ministérielle. C'est pourquoi il y a trois ministres « fils d'immigrés » dans ce gouvernement qui nomme les préfets, sans parler du Président de la République. On a bien vu la nomination d'un « préfet musulman », mais la religion est-elle vraiment un critère de choix dans un État laïque ?
Sur la différence entre les systèmes politiques américains et français et sur la représentation politique, on peut lire avec intérêt sur le blog de Laurent Bouvet, professeur de science politique, l'article « Un Obama français est-il possible ? »
4e paragraphe
Surtout ne voyez pas là de mise à l'écart systématique des gens de couleur d'Afrique du Nord, d'Afrique noire, d'Asie etc. Non ! Aucun relent de communautarisme ou d'identitarisme. Encore moins de racisme. C'est moi qui vais me faire accuser de ces vilains défauts pour avoir osé écrire qu'en France il y a des blancs, des noirs, des jaunes et même des Basques alors qu'il n'y a qu'un seul et unique peuple français.
Notre « auteur » s'essaie à l'ironie, en chaussant de gros sabots. En plus, il nous balance des mots en -isme, sans la moindre tentative d'un début de définition. Le procédé est classique pour semer la confusion. Fort à propos, l'« auteur » va mettre dans un même pot, « les blancs, les noirs, les jaunes et même les Basques » (qui ont droit, eux, à une majuscule). On est en pleine confusion intellectuelle ! Ce n'est plus alors le bout du nez qui pointe mais le museau tout entier. En plus, pour mieux taper sur les valeurs de la République, en l'occurrence la notion d'unicité du peuple français, il utilise pour cette notion juridique une formulation à sa façon.
A propos de communautarisme, rappelons que nous avons publié dans notre bulletin n° 18 de larges extraits d'un article de Pierre-André Taguieff intitulé « Vous avez dit communautarisme ? » dans lequel étaient données quatre définitions possibles de cette « notion floue ». On y trouve cette phrase : « La communautarisation constitue une contestation interne de la construction nationale ». Nous sommes bien dans le sujet, non ?
« Identitarisme » est un terme utilisé par les mouvements de l'extrême droite européenne. Il ne fait pas partie de notre vocabulaire.
Quant à la notion d'« unicité du peuple français », nous l'évoquions, en nous inspirant des travaux du professeur de droit public Gérard Marcou, dans notre brochure n° 11, à l'article « Vous avez dit République ? ». Nous écrivions alors : « Dans sa décision du 9 mars 1991 sur la Corse, le Conseil (Constitutionnel) indique que « la Constitution ne connaît que le peuple français composé de tous les citoyens français sans distinction d'origine de race et de religion. » » Plus loin : (Avec sa décision sur la Charte européenne des langues régionales), « le Conseil est resté fidèle à l'apport fondamental de la Révolution, qui avait été de fonder la nation sur la citoyenneté, c'est-à-dire sur la liberté politique dans le cadre d'une constitution librement acceptée. » Évidemment, on peut avoir la nationalité française, ne pas se considérer comme un citoyen français et alors refuser la Constitution Française. Mais elle s'impose à tous...
5e paragraphe
Les militants de Cap-Vivre ensemble ou ceux du Parti Socialiste Bayonnais, bien ancrés à la gauche de leur parti (le dernier vote le confirme) ne me contrediront pas. Mais ils ne m'ont toujours pas expliqué pourquoi il n'y a ni noir, ni arabe parmi les 900 parlementaires hexagonaux du Palais Bourbon et du Palais du Luxembourg.
Voilà que l'« auteur » nous interpelle : « Les militants de CAP Vivre Ensemble ne nous contrediront pas. » Mais, avant de contre-dire, il faudrait d'abord comprendre ce que l'interlocuteur veut dire. Avouons que jusqu'à présent, ceci nous est bien difficile. Peut-être s'il avait osé aller jusqu'au bout de sa démarche... Certes, le lecteur peut discerner dans l'article une contestation latente de la République et de ses valeurs, mais on se demande si l'arbre ne cache pas une vrai forêt.
Il faudrait que l'« auteur » explicite ce qu'il entend lorsqu'il mentionne (en minuscule) « noir » et « arabe ». « Noir », nous pourrions encore comprendre « de race noire », mais « arabe » ? Certes, on parle de « pays arabes » mais, que nous sachions, la France ne fait pas partie du lot. L'« auteur » évoque-t-il les personnes nées dans un de ces pays ? Ou les personnes dont les parents sont nés dans un de ces pays ? Ou les personnes dont l'arabe est la langue maternelle ? Lui qui semble un chantre de la diversité, englobe-t-il dans l'appellation « arabe », les Berbères d'Algérie et du Maroc dont la langue maternelle est une forme du tamazghirt ? Pour notre part -- mea culpa -- nous ne pourrions « expliquer pourquoi il n'y a pas d'Arabe parmi les parlementaires » parce que nous n'abordons pas les problèmes posés par la démocratie représentative par ce biais.
Par contre, nous nous sommes clairement prononcés, dans l'article « Proche, si proche, tout contre » qui traitait de la décentralisation dans notre bulletin n° 13, pour le non-cumul des mandats. Cette mesure amènerait automatiquement un renouvellement dans la caste des élus nationaux et locaux.
L'« auteur » voudrait nous faire dire que les parlementaires ne sont pas représentatifs de la diversité de la population française. Mais il faudrait préciser les critères d'appréciation de cette diversité. Pour l'« auteur », il s'agit, si nous l'avons bien compris, de critère de race. Pour d'autres, il s'agit de critère socio-professionnel. On pourrait ajouter la fortune personnelle, le niveau d'étude, la filiation, etc. Les études de sociologues sur le sujet sont nombreuses. Bornons-nous à renvoyer l'« auteur » (et nos lecteurs) au blog de Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à l'IEP de Grenoble et à son article « Un Obama français ? ».
D'autre part, placer côte à côte CAP Vivre Ensemble et le PS bayonnais n'est pas très judicieux. Notre association se veut en dehors de tout parti politique. Ses membres n'admettraient aucune compromission avec le nationalisme basque, de celles qui tentent régulièrement les dirigeants du PS bayonnais. Ainsi, récemment encore, ceux-ci ont jugé pertinent de faire figurer, dans la liste qu'ils présentaient aux dernières municipales, un membre es qualité du parti indépendantiste Eusko Alkartasuna. Qu'est-ce que ce parti, EA, venant d'Euskadi, que quasiment personne ne connaît ici ? Barbara Loyer, dans son livre « Géopolitique du Pays basque » (L'Harmattan, 1998) nous renseigne : « En 1984, le PNV connut une scission qui aboutit à la naissance d'un autre parti nationaliste, Eusko Alkartasuna, plus nettement indépendantiste. » ; et plus loin : « EA se définit donc comme une option nationaliste réclamant l'introduction du droit à l'autodétermination dans la Charte constitutionnelle espagnole, mais refusant de s'écarter des voies démocratiques et non-violentes. » Si on souhaite rester dans l'actualité, on peut lire sur le site Internet de France 24 : « Allié traditionnel du PNV, le parti nationaliste basque de gauche Eusko Alkartasuna (EA) a récemment lancé, dans la perspective des élections régionales basques de mars 2009, un appel du pied aux indépendantistes radicaux, leur demandant de se distancier de la violence pour créer un "grand mouvement souverainiste" de gauche. » Construire une alliance avec ce parti, même pour des municipales à Bayonne, c'est normaliser cette option « souverainiste » ou « indépendantiste » pour le Pays basque. Le PS bayonnais l'a fait pourtant sans état d'âme, pour gagner quelques voix en vue d'une très hypothétique conquête de la mairie. À moins que, tout bêtement, il ait désiré se conformer à l'air du temps. C'est, pour nous, vendre son âme au diable.
6e paragraphe
Nouvelle question : célébrer en France l'élection en Amérique d'un homme de couleur est-il aussi du communautarisme ou de l'identitarisme ?
L'élection d'un président de l'hyper-puissance (selon la définition d'Hubert Védrine) que sont les États-Unis d'Amérique induit des conséquences dans le monde entier. Chacun y voit ce que bon lui semble et aura quatre ou peut-être huit ans pour juger si ses analyses ou ses espoirs du jour de l'élection étaient fondés. Wangari Maathai, dans l'article cité plus haut, après avoir rappelé qu'il y a quelques mois, le Kenya a été déchiré par un conflit ethnique, poursuit ainsi : « Aujourd'hui, Obama nous montre qu'une société peut élire son meilleur élément pour la diriger et tourner le dos aux catégories ethniques dans lesquelles nous nous sommes si souvent enfermés. Dans le monde entier, et particulièrement en Afrique, trop de dirigeants ont exploité les différences ethniques pour diviser leur peuple et semer la misère et la discorde. (...) J'espère que les chefs d'État et de gouvernement de toute l'Afrique trouveront dans cette histoire une source d'inspiration. »
Comme les signataires du « Manifeste républicain pour l'égalité des droits et contre les discriminations positives », nous avons noté que « M. Obama, contrairement à beaucoup de nos enfants issus de l’immigration, adhère pleinement aux valeurs de son pays d’adoption, à son drapeau, à son hymne national et à ses ambitions planétaires. Il semble, en particulier, n’avoir jamais évoqué, pour exiger une quelconque repentance, le passé esclavagiste de son pays, le génocide des Indiens ou son impérialisme impénitent de \"peuple élu\" appelé à la direction des affaires du monde. Au contraire, il n’a eu de cesse de revendiquer son attachement à l’histoire américaine, de s’en glorifier, d’exprimer son patriotisme et d’affirmer sa foi dans les grandes destinées de sa nation. » Ajoutons qu'il s'est clairement prononcé contre l'affirmative action et a déclaré qu'il voulait dépasser les querelles du passé.
Conclusion
On connait la chanson. Ça devient même une rengaine. Elle est souvent interprétée par des acteurs du milieu culturel basque.
1er couplet : La diversité culturelle est bénéfique à tous. Toute langue est un patrimoine de l'humanité. Sauvons la culture et la langue basques en danger. (applaudissements de rigueur ; qui n'approuverait pas le maintien des langues de France qui ont composé notre identité ?)
2e couplet : Le jacobinisme républicain nous assassine. L'État français nous méprise. Débarrassons nous de cette oppression. Vive le peuple basque (on voit s'agiter des ikurrina)
3e couplet (optionnel selon l'engagement de l'interprète) qui reprend les propos du lehendakari Ibarretxe devant le Parlement basque (cf l'article « Muda el lobo los dientes más no las mientes» dans notre bulletin n° 17) : L'existence du Peuple Basque ou Euskal Herria comme Peuple ayant une identité propre au sein de l'ensemble des peuples d'Europe, dépositaire d'un patrimoine historique, social et culturel distinctif, qui s'étend géographiquement sur sept Territoires articulés sur trois domaines juridiques et politiques différents et situés sur deux états. (...) Le Peuple Basque a le droit de décider de son propre avenir.
« Et quand on est à court d'idées, on fait la la la, la la la » chantait Charles Trenet.
On trouve ce genre de refrain dans tous les communiqués de ETA.
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Sur l'identité individuelle, Amartya Sen, prix Nobel d'économie 1998 a écrit dans son livre « Identité et violence » (éditions Odile Jacob, 2007) : « Nous appartenons tous, d'une manière ou d'une autre, à des groupes très différents, et chacune de ces collectivités peut nous conférer une identité forte. Il nous appartient de décider de l'importance que nous entendons donner à tel ou tel groupe parmi ceux auxquels nous appartenons. Cette décision fait intervenir deux étapes distinctes bien qu'interdépendantes : 1) la détermination de toutes les composantes de notre identité propre et 2) l'évaluation de leur importance relative. Ces deux étapes font jouer nos facultés de raisonnement et de choix. »
Sur la notion d'identité nationale, nous nous référons une fois de plus à Dominique Schnapper : « L'identité nationale est vécu par chaque individu comme spontanée et naturelle. Elle est d'autant plus profondément intériorisée – au point de faire partie de la définition de soi -- que les institutions de la socialisation sont nationales. L'école, les formes de la vie et de la transmission familiales, les institutions politiques, les valeurs collectives sont différentes d'une nation à l'autre malgré un fond commun à tous les pays européens. Elles créent entre tous les nationaux, malgré les différences d'origines ou de croyances et les inégalités sociales qui les séparent, une communauté vécue comme immédiate. Ce sentiment est nourri par l'utilisation de la même langue, à la fois source d'émotions communes et instrument de la vie collective démocratique. » (extrait de l'article « La notion d'identité nationale : quelles significations ? » dans Les Cahiers français 342 « L'identité nationale » à La documentation française, janvier-février 2008)
C'est pourquoi certains propos ou procédés nous paraissent inspirés par un nationalisme de dissociation.
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