Archives des travaux de la commission Stasi - www.communautarisme.net/commissionstasi

Ce site propose une série de documents concernant les travaux de la "Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République" présidée par Bernard Stasi, nommée en juillet 2003 et ayant rendu son rapport au président de la République en décembre 2003.
Il est à disposition des chercheurs et des citoyens.
Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme

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Sélection d'auditions

Audition de M. Pierre Crépon, Président de l'Union des Bouddhistes de France  

9 septembre 2003, extraits

« (…) Bien que d'implantation relativement récente en France, la tradition bouddhique, par la pratique, la doctrine, les valeurs qu'elle propose, a trouvé ces dernières années un écho grandissant auprès d'un nombre important de nos compatriotes. Elle est également la religion ancestrale des communautés de l'Asie de l'Est et du Sud-est, de nationalité française ou non, installées dans notre pays. C'est pourquoi nous regrettons que les références au fait religieux se limitent souvent aux différentes composantes des trois grandes traditions monothéistes, même si elles sont historiquement beaucoup plus anciennes dans nos contrées, et oublient la tradition spirituelle si éminente et si importante dans l'histoire de l'humanité, qu'est le bouddhisme. Cependant les choses changent, et le point de vue du bouddhisme acquiert peu à peu la place qui lui revient ainsi que l'atteste votre invitation.

« (…) Pour tous ces adeptes du bouddhisme, quelle que soit leur origine, le cadre de la laïcité de la République française a été particulièrement propice à la pratique de leur religion. Nous sommes tout à fait conscients qu'en d'autres temps, pas si lointains, et aujourd'hui encore en d'autres lieux, un enracinement si rapide de la pratique bouddhique aurait été impossible. Il faut ajouter que les valeurs auxquelles se réfèrent le bouddhisme, et sur lesquelles nous reviendrons, se conjuguent aisément avec les valeurs de la laïcité. (…) La liberté, la responsabilité, la tolérance sont au cœur de la pratique individuelle bouddhique, rejoignant en cela le concept de laïcité dans ce qu'il a de plus élevé.

« (…) En quelques dizaines d'années, sans créer de tensions, le bouddhisme s'est ainsi inscrit, et sans doute plus profondément qu'on ne le croit, dans la société française. Il s'est inscrit en tant que pratique religieuse, pratique qui est exigeante, en tant que philosophie, en tant qu'ensemble de valeurs, et plus largement en tant que façon d'être.

« (… à propos des valeurs du bouddhisme) La responsabilité qui découle de la loi fondamentale des causes et effets (le karma) : je suis responsable de mes actes et des conséquences qu'elles engendreront. Si je fais du bien, j'engendrerai du bien ; si je fais du mal, j'engendrerai du mal. La tolérance, envers les autres façons d'être ou de penser, et plus généralement l'acceptation des autres sans jugement. Une tolérance qui découle d'une meilleure connaissance de soi-même : comment puis-je accepter l'autre si je ne m'accepte pas moi-même ? La compassion, la non-violence, le respect de tous les êtres et de la nature. Dans un monde guidé par le profit, qui conduit à des dommages irrémédiables sur l'environnement, et où la violence est trop présente, de telles notions parlent directement à beaucoup d'entre nous.

Toutes ces valeurs ne sont pas seulement de bons sentiments. Elles découlent d'une pratique religieuse codifiée, essentiellement la méditation, et d'une doctrine cohérente qui met en avant l'interdépendance de tous les êtres et de tous les phénomènes, et l'impermanence de toutes les formations composées.

« (…) Par ailleurs, le bouddhisme n'impose rien. Il y a bien une doctrine, une philosophie, et ceux qui ont commencé à l'étudier savent à quel point elle est profonde et subtile, mais il n'y a pas de dogme. Il y a bien ce qu'on pourrait appeler un absolu, quelque chose qui soit plus vaste que ce que notre conscience discriminante peut saisir, mais il n'y a pas de Dieu personnifié qui dirige notre vie. Cette liberté laissée à chacun est fondamentale.

« (…) Le message du bouddhisme est qu'il faut sortir de la logique de l'affrontement, accepter les différents pôles de la nature humaine. La société laïque française doit bien sûr assurer le mieux possible les besoins matériels du plus grand nombre, mais également accepter le besoin inhérent de spiritualité, même si ce besoin n'est pas ressenti par tous. Elle doit également favoriser ce qui contribue à l'épanouissement de chacun, dans ses différentes composantes, et promouvoir les valeurs qui permettent aux êtres, à tous les êtres sensibles, de vivre en harmonie.

Pour cela, le domaine de l'éducation est primordial. Refonder l'éducation, c'est-à-dire les valeurs que l'on transmet aux générations futures, est un chantier dans lequel notre société doit s'engager.

Enfin, je voudrais dire que le message du Bouddha n'est pas angélique mais qu'il est pragmatique. Toutes les doctrines ne sont pas égales. Il importe de veiller à ce que les doctrines extrêmes n'envahissent pas le champ social. Favoriser l'harmonie, c'est aussi écarter ce qui brise l'harmonie, avec sagesse mais fermeté. »


le 11/07/2005 à 05:14 | Permalien