Archives des travaux de la commission Stasi - www.communautarisme.net/commissionstasi

Ce site propose une série de documents concernant les travaux de la "Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République" présidée par Bernard Stasi, nommée en juillet 2003 et ayant rendu son rapport au président de la République en décembre 2003.
Il est à disposition des chercheurs et des citoyens.
Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme

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Audition de l'Union des Républicains Radicaux (à huit clos)  

30 septembre 2003
Audition de Gérard Benhamou, Secrétaire Général, Alexandre Dorna, Président, Emmanuel Dupuy, Coordinateur national, Stéphane Lucas, Trésorier.

L'Union des Républicains Radicaux veut faire valoir la nécessité d'une défense des principes actifs de la laïcité républicaine à deux niveaux, la cohésion de la société et l'identité nationale.

- Notre choix n'est pas celui de l'addition à somme nulle des tolérances entre des groupes, mais celui de la liberté pour les personnes.
Il s'agit de prévenir la naissance d'antagonismes communautaires en apportant à la fois des valeurs communes et des moyens d'émancipation aux individus. Une nation ne refait pas son Histoire de communauté volontaire de destin ; la République a voulu se séparer d'une autorité religieuse liée au Pouvoir, elle a du même coup renforcé le respect de la liberté de conscience. Comme en 1905, la laïcité n'est pas une posture antireligieuse mais un choix politique volontariste d'émancipation face à l'envie de pouvoir des oligarchies. Le conditionnement du ghetto, la dictature morale des mentors qui s'y proclament et se substituent aux responsables parentaux, peuvent encore être des freins réels à l'épanouissement des individus et à leur ouverture aux autres. Ils sont aujourd'hui les ferments des barrières communautaires dont ils nourrissent leur autoritarisme.

Il faut donc veiller à procurer aux femmes et aux hommes, dès leur jeunesse, des cadres de la Connaissance mais aussi des pratiques sociales, leur permettant d'être capables d'un libre arbitre contre tout argument d'autorité, fasse-t-il appel à la transcendance. On peut aujourd'hui constater que la simple observation passive des mœurs sous des pressions sociologiques, conduit à vider les contenus de l'enseignement. C'est au contraire une volonté offensive qui doit offrir des valeurs à partager à chaque individu, et se débarrasser du faux problème d'un dosage impossible de "l'enseignement du fait religieux" transformant l'Ecole en forum social ou en cheval de Troie du prosélytisme.

La loi de 1905 ne doit pas être modifiée mais son application rigoureuse doit être réaffirmée par la voie réglementaire, notamment, mais pas seulement, pour l'encadrement de l'instruction publique qui est aussi une éducation nationale. La vigilance appliquée à l'enseignement de la laïcité aux maîtres et aux élèves, à la protection de l'Enfance et de la Femme, à la punition de la violence religieuse, sont déjà prévus par la Loi.





- Notre choix n'est pas celui d'une harmonisation culturelle continentale - dont on sait comment elle pourrait commencer mais dont on ignore jusqu'où elle pourrait aller - mais le renforcement d'une avance vers l'Universel qui est par ailleurs un fondement essentiel de notre identité républicaine devenue le socle de l'identité nationale.

Il y a cent ans la pudibonderie occidentale, si pointilleuse sur la mise des femmes, ne se choquait pas de l'exhibition de la nudité féminine quand elle venait des colonies : il s'agissait "d'indigènes"... Aujourd'hui le regard sur le voile des musulmanes, en Allemagne ou en Angleterre est celui d'une tolérance pour la différence affichée par un membre d'une communauté étrangère, en France il est le regard citoyen blessé par l'aveu d'un recul du droit et de l'égalité de la personne. La démocratie peut se contenter de réguler tant bien que mal l'interface des différences des groupes, la République, elle, construit le contrat social sur ce qui est commun aux individus.

Nous soulignons aussi que l'unicité du Territoire est aujourd'hui entachée d'exceptions qui témoignent de la survivance de situations provisoires qui ont déjà beaucoup duré. Notamment dans les trois départements annexés par l'empire allemand durant la laïcisation de la République, la phase transitoire, par le maintien du statut dit "concordataire", qui a largement permis aux populations concernées de s'adapter, constitue un précédent pouvant faire jurisprudence opposable au principe laïc.

Les recours européens se généralisant, le temps peut venir rapidement où la France serait accusée, et peut être condamnée, devant les instances de la Cour des Droits de l'Homme, par des individus ou des associations, pour "non-assistance à Salut en danger", au prétexte que ses autorités ne fournissent pas les moyens aux cultes d'apporter à leurs fidèles les secours moraux et culturels qu'ils estiment nécessaires à leur bonheur !

Il faut donc permettre à la Nation française de se prémunir constitutionnellement contre un nivellement européen de ses principes de laïcité. Afin de réaffirmer solennellement aux yeux de l'Europe, cette volonté nationale imprescriptible, les phrases essentielles de la loi de 1905, sans qu'il y ait à les modifier, doivent désormais figurer dans le préambule de la Constitution de la République Française par un vote du Congrès.


le 12/07/2005 à 07:53 | Permalien