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Un essai de Julien Landfried, éd. Armand Colin, 196 pages, 18 euros, mars 2007
Le livre est épuisé dans les librairies et sur Internet (sauf parfois sur des sites de ventes d'occasion).
Si vous voulez acquérir l'essai, merci de m'envoyer à l'adresse suivante :
Julien Landfried, 66, rue de l'arbre sec, 75001 Paris
un chèque signé d'un montant de 18 euros à l'ordre de Julien Landfried, ainsi que 2 timbres pour les frais d'envoi.
Je vous enverrai l'emplaire neuf (dédicacé si vous le souhaitez) sous les plus brefs délais.
Sur Internet, il est parfois possible de se procurer "Contre le communautarisme" sur le site Price Minister, mais il s'agit de livres d'occasion (souvent en parfait état).
Julien Landfried, 66, rue de l'arbre sec, 75001 Paris
un chèque signé d'un montant de 18 euros à l'ordre de Julien Landfried, ainsi que 2 timbres pour les frais d'envoi.
Je vous enverrai l'emplaire neuf (dédicacé si vous le souhaitez) sous les plus brefs délais.
Sur Internet, il est parfois possible de se procurer "Contre le communautarisme" sur le site Price Minister, mais il s'agit de livres d'occasion (souvent en parfait état).
Agenda et médias
Il présentera son livre "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007) et le dédicacera.
Tags :
cercle aristote
Rencontre avec Julien Landfried, Directeur de l'Observatoire du communautarisme et auteur de "Contre le communautarisme", autour du thème: "La diversité contre l'égalité?"
mardi 12 mai 2009 à 20h
Café Le Monaco
2, rue Vulpian, Paris 13e (métro glacière ou corvisart)
Café Le Monaco
2, rue Vulpian, Paris 13e (métro glacière ou corvisart)
Agenda et médias
Thème : "Le communautarisme contre la République ?"
Jeudi 2 avril 2009 à 20h à la Maison des Associations
Via Les Amis du Monde diplomatique
Via Les Amis du Monde diplomatique
Tags :
amis du monde diplomatique
Agenda et médias
Vous pouvez écouter mon passage sur Radio Libertaire, samedi 10 janvier 2009. L'émission dure 1h10 minutes et est découpée en 4 parties, écoutables ci-dessous.
Tags :
radio libertaire
Conférence sur le thème "Le communautarisme, un nouveau système de régulation politique", jeudi 18 décembre à 19h.
Présentation de la conférence :
Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme, est l'auteur de "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007).
Il y énonce l'hypothèse d'un triple phénomène de substitution : du socialisme à l'antiracisme victimaire, de la France à l'Europe, de la nation politique au multi communautarisme politique.
Définissant le communautarisme en France comme une stratégie de substitution des élites et des minorités victimaires pour contourner la question sociale, l'auteur confronte la philosophie républicaine et la France à leurs critiques, sans tabous ni langue de bois.
Bourse Du Travail De St Denis
9, Rue Génin, 93200 Saint Denis
Tous les détails sur le site www.dionyversite.org
Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme, est l'auteur de "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007).
Il y énonce l'hypothèse d'un triple phénomène de substitution : du socialisme à l'antiracisme victimaire, de la France à l'Europe, de la nation politique au multi communautarisme politique.
Définissant le communautarisme en France comme une stratégie de substitution des élites et des minorités victimaires pour contourner la question sociale, l'auteur confronte la philosophie républicaine et la France à leurs critiques, sans tabous ni langue de bois.
Bourse Du Travail De St Denis
9, Rue Génin, 93200 Saint Denis
Tous les détails sur le site www.dionyversite.org
Agenda et médias
La conférence aura lieu le jeudi 9 octobre à la salle des mariages de Ganges à 20h30
Thème :
Laïcité et communautarisme
Quel modèle social ?
avec
Julien Landfried
Directeur de l’observatoire du communautarisme
Voir sur le site d'Attac Cévennes Sud.
Laïcité et communautarisme
Quel modèle social ?
avec
Julien Landfried
Directeur de l’observatoire du communautarisme
Voir sur le site d'Attac Cévennes Sud.
La conférence aura lieu à 20h30 au Centre Etienne Le Bournot.
Plus d'informations sur le site de la Fédération des oeuvres laïques du 07.
Tags :
aubenas
Agenda et médias
Le thème de l'émission présentée par Sylvain Attal : le communautarisme.
Egalement invités : Jean-Pierre Chevènement, président du MRC, Ivan Rioufol (Le Figaro) et Christian Makarian, directeur adjoint de L'Express,.
L'émission est visionnable sur le site de France24 : première partie et seconde partie.
La conférence aura lieu à 20h30, à la grande salle de la Maison des associations. Voici l'affiche de la conférence.
Tags :
grenoble
Revue de presse
par Edouard Husson, normalien, agrégé et docteur en histoire*.
Edouard Husson
Comme l'indique le titre de son livre Contre le communautarisme (Armand Colin, 2007), Julien Landfried traque depuis quelques années sur le site internet www.communautarisme.net, systématiquement, toutes les attaques, insidieuses ou déclarées, contre l'idéal républicain et la recherche d'équilibre social qui lui est liée. Contre le communautarisme analyse toutes les dérives engendrées par les revendications communautaristes, qu'il s'agisse des pressions menées au nom d'une "communauté ethnique" (les Corses ou les Bretons), d'une "catégorie de victimes" (les "indigènes de la République"), d'une "communauté de vie" (les gays).
Une première force de l'ouvrage vient de ce qu'il n'idéalise pas le modèle républicain. L'auteur rappelle d'emblée la tension propre à la dynamique républicaine, soucieuse de combattre les confessions lorsqu'elles s'affirment dans la sphère publique, de dissoudre les corporations, au risque de se retrouver face à une société d'individus atomisés; obligée, en même temps, de reconnaître des interlocuteurs, par exemple les syndicats, ou de supporter la constitution de partis politiques en son sein, tant il est vrai que le besoin d'association est naturel à l'animal politique qu'est l'homme.
Aujourd'hui, cependant, il ne s'agit plus de la lutte de l'Eglise et de l'Etat ni des revendications ouvrières ni des affrontements titanesques entre droite et gauche. Une nouvelle vague individualiste a déferlé sur les sociétés occidentales et, paradoxalement, l'Etat républicain apparaît tout autant délégitimé que ses vieux concurrents et partenaires, les Eglises, les syndicats et les partis. Plus précisément, le cadre national est délégitimé comme enceinte du débat collectif. L'Europe fédérale ouvre la voie au règne des lobbies et encourage les néo-régionalismes; ceux-ci ne sont en fait qu'une manifestation parmi des dizaines de la revendication communautariste, sujet du livre.
La nature a horreur du vide. Lorsque l'Etat républicain n'intègre plus les individus arrachés, de gré ou de force, à leurs identités confessionnelles ou à leurs corporatismes, dans un consensus patriotique, lorsque disparaissent les notions d'intérêt général et de bien commun, l'individu moderne aura beau se glorifier de son "nomadisme", de son européisme ou de son cosmopolitisme, il sera éminemment vulnérable à la revendication communautariste.
Le grand intérêt du livre de Julien Landfried est non seulement d'offrir un panorama des manifestations actuelles du communautarisme mais aussi d'en présenter une interprétation. L'auteur montre comment les élites de notre pays - entre autres raison par mimétisme avec celles du reste du monde occidental - ont substitué les revendications identitaires aux revendications sociales ou politiques traditionnelles. C'est ainsi que le seul ouvrier encore intéressant à défendre est devenu l'immigré; la notion d'exclu s'est substituée à celle d'exploité; la victime d'un conflit identitaire s'est substituée dans l'imaginaire collectif au pauvre ou à l'ouvrier. Comme le rappelle très justement l'auteur, alors que les ouvriers représentent encore le groupe professionnel le plus important, ils ont soudain disparu du discours politique, ils ont été purement et simplement niés, en même temps que l'on acceptait la désindustrialisation partielle du pays. La manipulation politique intérieure ou extérieure, d'une part, le blocage, d'autre part, de l'ascenseur social, l'utilisation d'Internet, enfin, qui démultiplie l'audience des groupes de pression, ont conduit à la substitution des revendications identitaires aux conflits sociaux.
Multiplication des "lois sur l'histoire"; concurrence des victimes; tendances à revendiquer d'autant plus bruyamment que l'on est moins nombreux; terrorisme culturel; diffusion du "politiquement correct" d'outre-Atlantique: tous les phénomènes décrits par Julien Landfried sont connus mais il vaut la peine de voir l'ensemble du puzzle. J'ai ainsi constaté, à mon grand étonnement, combien le gaulliste Villepin avait été, comme Premier ministre, aussi vulnérable que ses prédécesseurs aux revendications communautaristes. Or, c'est là que Julien Landfried apporte des analyses neuves, il est possible de résister aux groupes de pression. A condition de le vouloir
L'auteur ne cesse d'insister sur la faiblesse des groupes qui sont derrière les revendications communautaristes. Les groupes de pressions envisagés sont quelquefois minuscules (Act Up) et toujours loin de rassembler l'ensemble des membres d'une communauté. Cependant, même si la défense de l'intérêt général paie toujours, rares sont ses manifestations récentes. Après avoir laissé durant des années monter les "lois historiques", les historiens universitaires ont fini par se regrouper lorsque l'un des leurs a été attaqué par une association communautariste et ils ont fait reculer celle-ci; mais quel gâchis, depuis la loi Gayssot, qui a transformé la réalité de la Shoah en "vérité officielle" jusqu'aux contorsions des hommes politiques faisant voter une loi sur le génocide, lui aussi bien réel, des Arméniens, tout en essayant de ménager la Turquie pour qu'elle entre dans l'Union européenne.
Julien Landfried montre excellemment comme les capitulations de l'Etat face à la logique du communautarisme sont un facteur essentiel de la détérioration de la situation dans les quartiers populaires. A partir du moment où tout immigré est une victime, réelle ou en puissance, comment intégrer puissamment ses enfants dans l'Ecole de la République? Si l'on oppose les "gaulois" et les "immigrés", comment défendre de façon cohérente les milieux populaires contre les acteurs du capitalisme mondialisé? Si l'on encourage les revendications identitaires, ne finira-t-on pas par empêcher Nicolas de sortir avec Rachida - alors même que la France est l'une des terres par excellence du métissage?
Contre le communautarisme est un excellent livre parce qu'il défie les censeurs modernes, qui voudraient nous interdire a priori de mettre en question les revendications communautaristes - que l'auteur refuse d'amalgamer à de légitimes revendications communautaires. Julien Landfried rappelle qu'il n'y a pas de République sans libéralisme politique. Et il déplore la substitution des anathèmes prononcés par des porte-paroles autoproclamés au débat politique légitime entre des citoyens jugeant quelquefois utile de faire avancer collectivement leurs revendications.
Il est même un point sur lequel j'irai plus loin que l'auteur. Certaines de ses analyses reposent sur une distinction entre libéralisme politique et libéralisme économique, l'auteur pensant que le second n'est pas compatible avec la République au même titre que le premier. Pour ma part, je n'aime pas cette opposition. La IIIè République fut libérale en économie autant qu'en politique - ou, pour le dire autrement, la poursuite de l'égalité n'est pas incompatible avec la liberté économique; l'idéal des pères de la République était une France de petits propriétaires, épargnants solides qui ne redoutaient pas d'investir outre-mer ou en Russie. Le libéralisme ne peut pas nier le lien social sans sombrer dans son double dangereux, l'individualisme qui nous domine actuellement. A mon avis, ce que Julien Landfried conteste à juste titre, c'est le règne de l'individualisme, en politique comme en économie. La République est fondée sur le souci d'un équilibre entre les aspirations de l'individu et le bien commun. L'individualisme, lui, commence par nier la communauté avant de chercher à lui substituer des entités collectives qui sont des constructions de l'esprit. La version la plus récente du constructivisme par lequel l'individualisme cherche à remplir le vide qu'il a créé s'appelle le communautarisme.
Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 2007
*Auteur en particulier de "Comprendre Hitler et la Shoah" (PUF), "Une autre Allemagne" (Gallimard, 2005), "Nous pouvons vivre sans les Juifs - Novembre 1941" (Perrin, 2005).
Son blog : www.wmaker.net/edouardhusson
Une première force de l'ouvrage vient de ce qu'il n'idéalise pas le modèle républicain. L'auteur rappelle d'emblée la tension propre à la dynamique républicaine, soucieuse de combattre les confessions lorsqu'elles s'affirment dans la sphère publique, de dissoudre les corporations, au risque de se retrouver face à une société d'individus atomisés; obligée, en même temps, de reconnaître des interlocuteurs, par exemple les syndicats, ou de supporter la constitution de partis politiques en son sein, tant il est vrai que le besoin d'association est naturel à l'animal politique qu'est l'homme.
Aujourd'hui, cependant, il ne s'agit plus de la lutte de l'Eglise et de l'Etat ni des revendications ouvrières ni des affrontements titanesques entre droite et gauche. Une nouvelle vague individualiste a déferlé sur les sociétés occidentales et, paradoxalement, l'Etat républicain apparaît tout autant délégitimé que ses vieux concurrents et partenaires, les Eglises, les syndicats et les partis. Plus précisément, le cadre national est délégitimé comme enceinte du débat collectif. L'Europe fédérale ouvre la voie au règne des lobbies et encourage les néo-régionalismes; ceux-ci ne sont en fait qu'une manifestation parmi des dizaines de la revendication communautariste, sujet du livre.
La nature a horreur du vide. Lorsque l'Etat républicain n'intègre plus les individus arrachés, de gré ou de force, à leurs identités confessionnelles ou à leurs corporatismes, dans un consensus patriotique, lorsque disparaissent les notions d'intérêt général et de bien commun, l'individu moderne aura beau se glorifier de son "nomadisme", de son européisme ou de son cosmopolitisme, il sera éminemment vulnérable à la revendication communautariste.
Le grand intérêt du livre de Julien Landfried est non seulement d'offrir un panorama des manifestations actuelles du communautarisme mais aussi d'en présenter une interprétation. L'auteur montre comment les élites de notre pays - entre autres raison par mimétisme avec celles du reste du monde occidental - ont substitué les revendications identitaires aux revendications sociales ou politiques traditionnelles. C'est ainsi que le seul ouvrier encore intéressant à défendre est devenu l'immigré; la notion d'exclu s'est substituée à celle d'exploité; la victime d'un conflit identitaire s'est substituée dans l'imaginaire collectif au pauvre ou à l'ouvrier. Comme le rappelle très justement l'auteur, alors que les ouvriers représentent encore le groupe professionnel le plus important, ils ont soudain disparu du discours politique, ils ont été purement et simplement niés, en même temps que l'on acceptait la désindustrialisation partielle du pays. La manipulation politique intérieure ou extérieure, d'une part, le blocage, d'autre part, de l'ascenseur social, l'utilisation d'Internet, enfin, qui démultiplie l'audience des groupes de pression, ont conduit à la substitution des revendications identitaires aux conflits sociaux.
Multiplication des "lois sur l'histoire"; concurrence des victimes; tendances à revendiquer d'autant plus bruyamment que l'on est moins nombreux; terrorisme culturel; diffusion du "politiquement correct" d'outre-Atlantique: tous les phénomènes décrits par Julien Landfried sont connus mais il vaut la peine de voir l'ensemble du puzzle. J'ai ainsi constaté, à mon grand étonnement, combien le gaulliste Villepin avait été, comme Premier ministre, aussi vulnérable que ses prédécesseurs aux revendications communautaristes. Or, c'est là que Julien Landfried apporte des analyses neuves, il est possible de résister aux groupes de pression. A condition de le vouloir
L'auteur ne cesse d'insister sur la faiblesse des groupes qui sont derrière les revendications communautaristes. Les groupes de pressions envisagés sont quelquefois minuscules (Act Up) et toujours loin de rassembler l'ensemble des membres d'une communauté. Cependant, même si la défense de l'intérêt général paie toujours, rares sont ses manifestations récentes. Après avoir laissé durant des années monter les "lois historiques", les historiens universitaires ont fini par se regrouper lorsque l'un des leurs a été attaqué par une association communautariste et ils ont fait reculer celle-ci; mais quel gâchis, depuis la loi Gayssot, qui a transformé la réalité de la Shoah en "vérité officielle" jusqu'aux contorsions des hommes politiques faisant voter une loi sur le génocide, lui aussi bien réel, des Arméniens, tout en essayant de ménager la Turquie pour qu'elle entre dans l'Union européenne.
Julien Landfried montre excellemment comme les capitulations de l'Etat face à la logique du communautarisme sont un facteur essentiel de la détérioration de la situation dans les quartiers populaires. A partir du moment où tout immigré est une victime, réelle ou en puissance, comment intégrer puissamment ses enfants dans l'Ecole de la République? Si l'on oppose les "gaulois" et les "immigrés", comment défendre de façon cohérente les milieux populaires contre les acteurs du capitalisme mondialisé? Si l'on encourage les revendications identitaires, ne finira-t-on pas par empêcher Nicolas de sortir avec Rachida - alors même que la France est l'une des terres par excellence du métissage?
Contre le communautarisme est un excellent livre parce qu'il défie les censeurs modernes, qui voudraient nous interdire a priori de mettre en question les revendications communautaristes - que l'auteur refuse d'amalgamer à de légitimes revendications communautaires. Julien Landfried rappelle qu'il n'y a pas de République sans libéralisme politique. Et il déplore la substitution des anathèmes prononcés par des porte-paroles autoproclamés au débat politique légitime entre des citoyens jugeant quelquefois utile de faire avancer collectivement leurs revendications.
Il est même un point sur lequel j'irai plus loin que l'auteur. Certaines de ses analyses reposent sur une distinction entre libéralisme politique et libéralisme économique, l'auteur pensant que le second n'est pas compatible avec la République au même titre que le premier. Pour ma part, je n'aime pas cette opposition. La IIIè République fut libérale en économie autant qu'en politique - ou, pour le dire autrement, la poursuite de l'égalité n'est pas incompatible avec la liberté économique; l'idéal des pères de la République était une France de petits propriétaires, épargnants solides qui ne redoutaient pas d'investir outre-mer ou en Russie. Le libéralisme ne peut pas nier le lien social sans sombrer dans son double dangereux, l'individualisme qui nous domine actuellement. A mon avis, ce que Julien Landfried conteste à juste titre, c'est le règne de l'individualisme, en politique comme en économie. La République est fondée sur le souci d'un équilibre entre les aspirations de l'individu et le bien commun. L'individualisme, lui, commence par nier la communauté avant de chercher à lui substituer des entités collectives qui sont des constructions de l'esprit. La version la plus récente du constructivisme par lequel l'individualisme cherche à remplir le vide qu'il a créé s'appelle le communautarisme.
Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 2007
*Auteur en particulier de "Comprendre Hitler et la Shoah" (PUF), "Une autre Allemagne" (Gallimard, 2005), "Nous pouvons vivre sans les Juifs - Novembre 1941" (Perrin, 2005).
Son blog : www.wmaker.net/edouardhusson
Tags :
edouard husson
Revue de presse
Entretien, propos recueillis par Jean-Philippe Moinet, La Revue Civique, n°2, printemps 2008, p 67 à 71.
Quelle est, selon vous, la principale menace du communautarisme : celle qui provient de la primauté absolue donnée, par certains, au religieux, à l’origine ethnique, aux particularismes « culturels » ? Et en quoi le phénomène s’aggrave ?
Julien Landfried : Permettez-moi tout d’abord de définir ce que j’entends par « communautarisme ». Dans le cas français, c’est la dynamique créée par la rencontre entre les revendications d’entrepreneurs communautaires (par exemple les responsables du Crif, du CRAN, du CFCM, d’associations régionalistes ou homosexuelles), les réponses des responsables politiques et leur valorisation mutuelle par les médias qui donnent une légitimité à des demandes particularistes. Dans cette dynamique, la nation telle que la produit le républicanisme civique, communauté de citoyens égaux en droits et en devoirs, est remplacée par une agglomération d’associations communautaires supposées représentatives de leurs « communautés » d’origine, qu’elle soit religieuse, ethnique ou sexuelle. Il y a donc selon moi un risque de désagrégation du cadre politique consubstantiel à la tradition républicaine qui est le cadre national, par double rupture du principe d’égalité et de liberté. Rupture du principe d’égalité car certains citoyens occupent une place disproportionnée dans l’agenda politique, agissant en lobbies, mais parlant la langue des droits de l’homme et de la diversité. Rupture du principe d’égalité toujours car la tentation est grande de créer des espaces législatifs particuliers : c’était par exemple la politique des nationalistes et du gouvernement en Corse jusqu’à Non au référendum de juillet 2003 sur le statut de l’île. Rupture du principe de liberté enfin car un véritable terrorisme intellectuel est exercé sur les critiques des entrepreneurs communautaires accusés de phobie (judéophobe, islamophobe, homophobe, etc.) ou de « haine de soi » quand ils sont censés être solidaires des revendications communautaires qu’ils critiquent pourtant. Ce que je pointe dans « Contre le communautarisme », c’est un risque d’éclatement de notre tradition politique et des fondements du républicanisme civique, par des effets en chaîne de désagration conflictuelle.
Le phénomène semble s’être aggravé ces dernières années comme le démontre la montée des revendications de politiques de discrimination positive sur base ethnique (CRAN, Appel des Indigènes de la République), la multiplication des lois mémorielles (en dépit de l'opposition corporatiste et politique du milieu des historiens professionnels), la contestation religieuse de l'espace scolaire et public (« affaire du voile », volonté de « réformer » la loi de 1905 c'est-à-dire de rompre avec ses principes), la volonté de réorienter la politique étrangère de la France au Proche-Orient selon une grille de lecture communautaire (dont le point d'acmé annuel est le dîner du CRIF), ou encore, je l’ai déjà dit, la tentative de faire sortir la Corse du cadre républicain de la loi égale pour tous (épisode du référendum de juillet 2003)
La France est un vieux pays démocratique et républicain. N’est-elle pas moins menacée par l’emprise du communautarisme que d’autres pays européens voisins, où le multi-culturalisme semble encore plus développé ?
Effectivement, la tradition républicaine reste forte dans la population et l’intériorisation des principes universalistes républicains a été portée très loin en France. En témoigne le niveau exceptionnel d’exogamie ethnique que l’on peut par exemple relever, comme le fait Emmanuel Todd dans Le destin des immigrés (Editions du Seuil, 1994), dans le niveau des mariages mixtes (ou exogamiques) entre les Français de longue date et les immigrés et leurs descendants. Cela dénote une tendance naturelle au métissage et à l’exogamie qui est un indicateur pertinent d’universalisme concret. Mais cet universalisme concret est contredit dans les faits par le comportement des élites politiques et médiatiques. Celles-ci flattent les revendications communautaristes en substituant à la grille de lecture marxiste qui structure l’espace sociale en classes sociales antagonistes –et qui était encore dominante jusqu’à la fin des années 70- une matrice qui définit l’espace social comme un espace de concurrence et d’affrontement entre communautés victimisées et le nouveau mal absolu : l’homme blanc, de culture catholique et hétérosexuel. A ussi si l’on veut bien comprendre le développement du multicommunautarisme politique, il faut le saisir comme un symptôme d’une crise politique plus vaste, en lien avec les transformations économiques que nous vivons, et que l’on pourrait résumer par une tendance irrésistible à la préférence pour l’inégalité.
En quoi vous opposez-vous aux mesures de « discrimination positive » qui, pour certains, relèvent de la justice sociale ?
La discrimination positive sur base ethnique, religieuse ou de genre ressort d'une vision pré-politique de l'espace civique en définissant comme prioritaire la nécessité de représenter la composition organique de la société dans telle ou telle institution ou profession. Elle enferme les individus dans leur « communauté », dont la philosophie républicaine prône au contraire l'autonomie civique et l'émancipation, et finit par nier les différences sociales internes à chaque « communauté ». Celles-ci s'avèrent pourtant, dans mon analyse, surplombantes par rapport aux variables identitaires dans le cas français, marqué par une grande exogamie ethnique, une grande liberté des mœurs mais une non moins grande endogamie sociale, qui est d'ailleurs en voie d'aggravation dans les lieux de pouvoirs (assemblées, médias, grandes écoles).
Dans votre livre, vous évoquez une « invisibilité des milieux populaires » et une « survisibilité des minorités visibles ». Pouvez-vous vos expliquez et n’est-ce pas provocateur, dans la mesure où le gouvernement mis en place par N.Sarkozy et F. Fillon a tenté de rattraper un réel retard en nommant trois femmes issues de ces minorités dîtes « visibles » (R Dati, F Amara, R Yade), mais en ce qui concerne les élus nationaux et locaux par exemple l’écart de la représentation reste béant, non ?
La représentation nationale n’a jamais été pensée en termes ethniques ou religieux, ni même en termes sociaux. S’il fallait trouver à chaque assemblée la même proportion de groupes ethniques, religieux ou sexuels que dans la société, cela signifierait que le concept même d’intérêt général aurait perdu toute crédibilité et que chaque représentant du peuple (ou de le nation) représenterait d’abord son groupe d’origine. Terrible régression ! La mode actuelle de la « diversité » est inséparable de la préférence contemporaine pour les débats sociétaux sur les débats économiques et sociaux, où les critères communautaires ont en réalité une importance négligeable. La politique de Nicolas Sarkozy est un magnifique exemple où l’abandon du critère de compétence est explictement assumé pour que la photo de famille du gouvernement soit composée à l’aide de critères ethniques. On n’aurait pas rêvé démonstration plus réussie des effets des politiques de discrimination positive.
Quelle est la principale proposition que vous avancez pour renforcer le « républicanisme civique » que vous appelez de vos vœux ?
Les pouvoirs publics (gouvernement et collectivités locales) doivent cesser de subventionner les associations communautaires avec des fonds publics. Pour préserver le communautaire du communautarisme, il faut que l’Etat et que les politique se gardent bien de rentrer dans des logiques communautaires. La priorité doit être donnée aux dossiers économiques et sociaux qui concernent l’ensemble de la nation. La nation n’oublie personne mais elle n’organise pas son agenda politique en fonction de quelques dizaines d’invidus animés avant tout par leurs ambitions personnelles et leur fantasmes séparatistes.
Le site de la Revue Civique
Julien Landfried : Permettez-moi tout d’abord de définir ce que j’entends par « communautarisme ». Dans le cas français, c’est la dynamique créée par la rencontre entre les revendications d’entrepreneurs communautaires (par exemple les responsables du Crif, du CRAN, du CFCM, d’associations régionalistes ou homosexuelles), les réponses des responsables politiques et leur valorisation mutuelle par les médias qui donnent une légitimité à des demandes particularistes. Dans cette dynamique, la nation telle que la produit le républicanisme civique, communauté de citoyens égaux en droits et en devoirs, est remplacée par une agglomération d’associations communautaires supposées représentatives de leurs « communautés » d’origine, qu’elle soit religieuse, ethnique ou sexuelle. Il y a donc selon moi un risque de désagrégation du cadre politique consubstantiel à la tradition républicaine qui est le cadre national, par double rupture du principe d’égalité et de liberté. Rupture du principe d’égalité car certains citoyens occupent une place disproportionnée dans l’agenda politique, agissant en lobbies, mais parlant la langue des droits de l’homme et de la diversité. Rupture du principe d’égalité toujours car la tentation est grande de créer des espaces législatifs particuliers : c’était par exemple la politique des nationalistes et du gouvernement en Corse jusqu’à Non au référendum de juillet 2003 sur le statut de l’île. Rupture du principe de liberté enfin car un véritable terrorisme intellectuel est exercé sur les critiques des entrepreneurs communautaires accusés de phobie (judéophobe, islamophobe, homophobe, etc.) ou de « haine de soi » quand ils sont censés être solidaires des revendications communautaires qu’ils critiquent pourtant. Ce que je pointe dans « Contre le communautarisme », c’est un risque d’éclatement de notre tradition politique et des fondements du républicanisme civique, par des effets en chaîne de désagration conflictuelle.
Le phénomène semble s’être aggravé ces dernières années comme le démontre la montée des revendications de politiques de discrimination positive sur base ethnique (CRAN, Appel des Indigènes de la République), la multiplication des lois mémorielles (en dépit de l'opposition corporatiste et politique du milieu des historiens professionnels), la contestation religieuse de l'espace scolaire et public (« affaire du voile », volonté de « réformer » la loi de 1905 c'est-à-dire de rompre avec ses principes), la volonté de réorienter la politique étrangère de la France au Proche-Orient selon une grille de lecture communautaire (dont le point d'acmé annuel est le dîner du CRIF), ou encore, je l’ai déjà dit, la tentative de faire sortir la Corse du cadre républicain de la loi égale pour tous (épisode du référendum de juillet 2003)
La France est un vieux pays démocratique et républicain. N’est-elle pas moins menacée par l’emprise du communautarisme que d’autres pays européens voisins, où le multi-culturalisme semble encore plus développé ?
Effectivement, la tradition républicaine reste forte dans la population et l’intériorisation des principes universalistes républicains a été portée très loin en France. En témoigne le niveau exceptionnel d’exogamie ethnique que l’on peut par exemple relever, comme le fait Emmanuel Todd dans Le destin des immigrés (Editions du Seuil, 1994), dans le niveau des mariages mixtes (ou exogamiques) entre les Français de longue date et les immigrés et leurs descendants. Cela dénote une tendance naturelle au métissage et à l’exogamie qui est un indicateur pertinent d’universalisme concret. Mais cet universalisme concret est contredit dans les faits par le comportement des élites politiques et médiatiques. Celles-ci flattent les revendications communautaristes en substituant à la grille de lecture marxiste qui structure l’espace sociale en classes sociales antagonistes –et qui était encore dominante jusqu’à la fin des années 70- une matrice qui définit l’espace social comme un espace de concurrence et d’affrontement entre communautés victimisées et le nouveau mal absolu : l’homme blanc, de culture catholique et hétérosexuel. A ussi si l’on veut bien comprendre le développement du multicommunautarisme politique, il faut le saisir comme un symptôme d’une crise politique plus vaste, en lien avec les transformations économiques que nous vivons, et que l’on pourrait résumer par une tendance irrésistible à la préférence pour l’inégalité.
En quoi vous opposez-vous aux mesures de « discrimination positive » qui, pour certains, relèvent de la justice sociale ?
La discrimination positive sur base ethnique, religieuse ou de genre ressort d'une vision pré-politique de l'espace civique en définissant comme prioritaire la nécessité de représenter la composition organique de la société dans telle ou telle institution ou profession. Elle enferme les individus dans leur « communauté », dont la philosophie républicaine prône au contraire l'autonomie civique et l'émancipation, et finit par nier les différences sociales internes à chaque « communauté ». Celles-ci s'avèrent pourtant, dans mon analyse, surplombantes par rapport aux variables identitaires dans le cas français, marqué par une grande exogamie ethnique, une grande liberté des mœurs mais une non moins grande endogamie sociale, qui est d'ailleurs en voie d'aggravation dans les lieux de pouvoirs (assemblées, médias, grandes écoles).
Dans votre livre, vous évoquez une « invisibilité des milieux populaires » et une « survisibilité des minorités visibles ». Pouvez-vous vos expliquez et n’est-ce pas provocateur, dans la mesure où le gouvernement mis en place par N.Sarkozy et F. Fillon a tenté de rattraper un réel retard en nommant trois femmes issues de ces minorités dîtes « visibles » (R Dati, F Amara, R Yade), mais en ce qui concerne les élus nationaux et locaux par exemple l’écart de la représentation reste béant, non ?
La représentation nationale n’a jamais été pensée en termes ethniques ou religieux, ni même en termes sociaux. S’il fallait trouver à chaque assemblée la même proportion de groupes ethniques, religieux ou sexuels que dans la société, cela signifierait que le concept même d’intérêt général aurait perdu toute crédibilité et que chaque représentant du peuple (ou de le nation) représenterait d’abord son groupe d’origine. Terrible régression ! La mode actuelle de la « diversité » est inséparable de la préférence contemporaine pour les débats sociétaux sur les débats économiques et sociaux, où les critères communautaires ont en réalité une importance négligeable. La politique de Nicolas Sarkozy est un magnifique exemple où l’abandon du critère de compétence est explictement assumé pour que la photo de famille du gouvernement soit composée à l’aide de critères ethniques. On n’aurait pas rêvé démonstration plus réussie des effets des politiques de discrimination positive.
Quelle est la principale proposition que vous avancez pour renforcer le « républicanisme civique » que vous appelez de vos vœux ?
Les pouvoirs publics (gouvernement et collectivités locales) doivent cesser de subventionner les associations communautaires avec des fonds publics. Pour préserver le communautaire du communautarisme, il faut que l’Etat et que les politique se gardent bien de rentrer dans des logiques communautaires. La priorité doit être donnée aux dossiers économiques et sociaux qui concernent l’ensemble de la nation. La nation n’oublie personne mais elle n’organise pas son agenda politique en fonction de quelques dizaines d’invidus animés avant tout par leurs ambitions personnelles et leur fantasmes séparatistes.
Le site de la Revue Civique
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Antiracisme, les illusions idéologiques, par Michaël Rabier, Le Spectacle du Monde, avril 2008, n°544, pages 50 à 52
Dans cet article qui discute le livre d'Eric Zemmour Petit frère (Denoël, 2007), sont notamment cités comme analystes de l'idéologie communutariste : Pierre-André Taguieff (La République enlisée. Pluralisme, communautarisme et citoyenneté, Éd. des Syrtes, 2005), Paul Yonnet (Voyage au centre du malaise français. L'antiracisme et le roman national, Gallimard, 1993) et... Julien Landfried :-)
Agenda et médias
Une séance de dédicaces aura lieu à 14h30 à la Librairie Torcatis, où le livre "Contre le communautarisme" pourra être acheté.
Plus de détails sur le site de l'Adpor (Association pour la défense des Pyrénées orientales dans la République), à l'origine de la rencontre.
Agenda et médias
La conférence est prévue le mercredi 5 mars à 12h30.
Extrait de l'invitation :
"Au nom et sous les auspices du Grand Orient de France, la Respectable Loge Léonard de Vinci et la revue Humanisme vous convient à une Tenue Blanche Fermée (conférence réservée aux francs-maçons) le mercredi 5 mars 2008, à 12 h 30, en l'Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet 75019 Paris , sur le thème : "Le nouveau péril communautariste".
Le conférencier en sera Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme et auteur de Contre le communautarisme (Armand Colin, 2007).
Dédicace de l'ouvrage à la Librairie Detrad, 18 rue Cadet 75009 Paris, Métro Cadet / contact : Robert Klein) le 5 mars, à partir de 17 heures 30."
"Au nom et sous les auspices du Grand Orient de France, la Respectable Loge Léonard de Vinci et la revue Humanisme vous convient à une Tenue Blanche Fermée (conférence réservée aux francs-maçons) le mercredi 5 mars 2008, à 12 h 30, en l'Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet 75019 Paris , sur le thème : "Le nouveau péril communautariste".
Le conférencier en sera Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme et auteur de Contre le communautarisme (Armand Colin, 2007).
Dédicace de l'ouvrage à la Librairie Detrad, 18 rue Cadet 75009 Paris, Métro Cadet / contact : Robert Klein) le 5 mars, à partir de 17 heures 30."
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