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Un essai de Julien Landfried, éd. Armand Colin, 196 pages, 18 euros, mars 2007
Revue de presse
Menacantes « victimes », entretien de Julien Landfried, Royaliste, propos receuillis par B. La Richardais, n°909, 17 septembre 2007.
Julien Landfried est le fondateur et le directeur de l'Observatoire du communautarisme, créé voici quatre ans pour défendre les principes de la République face aux diverses manifestations des associations qui se fondent sur le particularisme ethnique, l'exclusivisme religieux ou la différence sexuelle avec la complicité des médias et de diverses organisations politiques plus soucieuses de démagogie que de citoyenneté. Dans un essai récent, il expose et dénonce la thématique des « minorités visibes », des entrepreneurs victimaires et des « lois mémorielles » pour inciter à la contre-offensive.
Royaliste : Contre le communautarisme (1) est le fruit d’un travail collectif effectué depuis quatre ans dans le cadre de l’Observatoire du communautarisme…
Julien Landfried : Oui. Nous voulions rompre avec le « politiquement correct » sur le communautarisme, lui opposer des textes philosophiques de référence et engager un combat intellectuel contre des adversaires nommément désignés qui avaient l’habitude de se protéger par tout un système d’intimidation. Cette attitude polémique et ironique a provoqué au début des réticences chez nos amis du courant républicain qui ont perdu la capacité de nommer l’adversaire et l’habitude de prendre, par conséquent, des risques politiques.
Cet essai a pour ambition de proposer une synthèse des travaux de l’Observatoire et de compléter la réflexion sur des questions qui étaient difficiles à traiter complètement sur notre site (2).
Royaliste : Comment a-t-on pu passer d’un modèle fondé sur le concept de lutte des classes à un modèle centré sur ce que vous appelez les minorités victimaires ?
Julien Landfried : La substitution du communautarisme politique au traditionnel progressisme de gauche qui mêlait à la fois la dénonciation des puissances de l’argent et la lutte pour les droits des travailleurs n’est explicable que dans le temps long des idées politiques. Il faudrait – mais la place me manque ici pour être exhaustif – analyser l’un des angles morts de l’ultra-libéralisme politique (et de son pendant l’« extrème gauche culturelle ») qui est le développement d’une logique de guerre civile juridique et la transformation d’une société de citoyens en société de plaignants ; l’abandon progressif par la gauche de l’ensemble du monde occidental de référence à la classe ouvrière au moment précis où celle-ci était trahie par l’expérience du pouvoir ; le développement de l’antiracisme médiatique comme illustration de la nouvelle haine de classe des possédants ; les stratégies opportunistes des élites communautaires dans le cadre des politiques de repentance et de discrimination positive généralisées ; les difficultés propres au républicanisme concret et non théorique.
Royaliste : Quelle définition donnez-vous du communautarisme ?
Julien Landfried : Dans la littérature sur le communautarisme, on utilise d’ordinaire des conceptions empruntées aux sciences sociales américaines qui décrivent le communautarisme comme une sorte d’enfermement de l’individu dans une communauté – jamais clairement définie – dont on estime a priori qu’elle existe et qu’elle contient des mécanismes de production et de reproduction. En ce sens, le communautarisme serait une réalité démographique – par exemple pour les Noirs ségrégués aux États-Unis, les Pakistanais en Grande-Bretagne. En France, le modèle anthropologique, l’éducation nationale obligatoire qui assure une bonne maîtrise de la langue française et le taux de mariages mixtes empêchent la formation de communautés repliées sur elles-mêmes.
Dans notre pays, le communautarisme s’affirme lorsque trois grands types d’acteurs ont pu se rencontrer :
- des responsables d’associations et de publications ethniques, religieuses ou sexuelles – les entrepreneurs communautaires – qui cherchent à faire avancer un certain nombre de revendications par conviction ou par intérêt – y compris l’intérêt financier car de nombreuses associations reçoivent des subventions publiques ;
- des responsables politiques qui sont coupés de la population, qui trouvent difficilement des corps intermédiaires solides et qui ont tendance à se replier sur des problématiques identitaires qui ne coûtent rien. Ces responsables politiques ne se contentent pas de répondre aux revendications communautaires, ils les suscitent. Enfin les élites politiques sont gagnées par l’idéologie du post-national et imaginent une nation décomposant en « communautés ».
- les médias qui légitiment les représentants des organisations communautaires et qui leur donnent une capacité d’action dans l’espace public – sans prendre de recul par rapport aux revendications exprimées. En outre, Internet offre à ceux qui n’avaient pas accès aux médias une capacité de diffusion de certaines revendications.
Tels sont les trois acteurs qui créent du multi-communautarisme : les organisations communautaires s’imitent, se concurrencent et cherchent à intimider les pouvoirs publics tandis que les médias ne cessent de diffuser un discours victimaire. Or les victimes qui font l’objet de cette compassion appartiennent le plus souvent à des communautés ethniques, religieuses ou sexuelles : les groupes de salariés qui sont victimes du système économique ont rarement le droit à la parole. La montée des revendications communautaires dans la presse, tout particulièrement dans la presse de gauche, empêche que les problèmes sociaux soient analysés et traités au fond. Bien entendu, je ne nie pas l’existence de discriminations ethniques et sexuelles mais je maintiens que la question des inégalités économiques est prioritaire.
Royaliste : Les communautés dont vous parlez ont-elles un réel pouvoir d’intimidation ?
Julien Landfried : Oui ! Quand une personne noire, arabe, juive ou homosexuelle se présente comme victime par nature, le débat n’est pas possible. Dès que l’on émet la moindre critique, énoncée au nom des principes républicains, on est accusé de racisme, d’antisémitisme ou d’homophobie. C’est d’ailleurs ce dispositif d’intimidation qui distingue le communautarisme du corporatisme.
Le corporatisme est aussi une donnée très importante du système politique français mais il se heurte à de sérieuses limites : si par exemple la CGT déclare qu’elle exprime les revendications de tous les salariés français, d’autres syndicats vont immédiatement la contester. Au contraire, des entrepreneurs communautaires très minoritaires peuvent capter la parole sans rencontrer de contradictions – sauf les associations musulmanes depuis le 11 septembre, pour de bonnes et pour de mauvaises raisons.
Royaliste : Avez-vous un exemple récit de pratique d’intimidation ?
Julien Landfried : Oui. Je pense au débat sur les propos homophobes. Vous vous souvenez qu’il avait été lancé à l’occasion d’un fait divers : l’agression d’un jeune homme, Sébastien Nouchet, qui se déclarait homosexuel. L’affaire, largement relayée par les médias, avait permis aux associations homosexuelles de faire campagne pour l’adoption d’une loi répressive en ce domaine. Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin s’étaient saisis de cette affaire et avaient incité le Garde des Sceaux à légiférer. La loi a été rédigée sous la dictée des organisations homosexuelles : nous avions alors contesté le projet car nous avions montré que cette loi était inutile et qu’elle restreignait encore la liberté de la presse. Notre position était très minoritaire jusqu’à ce que la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme émette à son tour des critiques qui ont entraîné le retrait du projet de loi. Mais les deux tiers du texte ont été réintégrés dans la loi qui a créé la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (HALDE). Quant à l’affaire Nouchet, on a appris par suite que l’agresseur présumé avait été libéré – il était en prison au moment des faits qui lui étaient reprochés, ce qui l’innocente par conséquent – et que la victime était fortement soupçonnée de s’être brûlée elle-même. Ce qui montre le danger de ces lois faites après un fait divers qui n’a pas fait l’objet d’une enquête approfondie.
Royaliste : La figure de la victime a donc pris une place importante dans notre société…
Julien Landfried : Plus encore ! La figure de la victime est au centre de notre société depuis une quinzaine d’années.
Royaliste : Le Prolétaire, tel qu’il était regardé ou imaginé par l’intelligentsia de gauche, était lui aussi une victime – de l’exploitation capitaliste…
Julien Landfried : C’est vrai mais le prolétaire n’était pas seulement une victime : il était dans l’action, comme partie intégrante des rapports de production, comme syndicaliste, comme militant révolutionnaire porteur d’un idéal collectif. Aujourd’hui, il y a un statut de la victime et de la minorité victimaire dont les médias assurent la promotion sans aucun discernement. Or on ne peut pas assurer le fonctionnement d’une société démocratique avec des minorités qui demandent réparation de crimes commis il y a plusieurs siècles (l’esclavage) ou de génocides dont nous ne pouvions pas être complices – les Arméniens massacrés par les Turcs. Les médias traitent de la même manière des tragédies historiques qui sont très différentes quant à leurs effets : il y a toujours parmi nous des victimes du nazisme, mais personne ne peut se dire victime ou enfant de victime de la traite négrière organisée par des Français.
Comme toutes les victimes sont confondues, l’espace public devient l’espace du ressentiment dans lequel une majorité de Français se voit accuser de crimes très anciens ou imaginaires.
Royaliste : Quels crimes imaginaires ?
Julien Landfried : Nous avons récemment assisté à la construction du récit imaginaire de la déportation d’homosexuels français par les nazis : un téléfilm diffusé à une heure de grande écoute sur France 2 laissait entendre que, sur l’ensemble du territoire national, les homosexuels auraient connu le même sort que les Juifs et les Résistants français (en réalité, s’il y eut déportation homosexuelle, ce fut en Alsace-Moselle, territoire annexé par le IIIè Reich). Quand on prend de telles libertés avec l’histoire de la déportation, il est difficile de lutte contre le négationnisme. C’est même impossible !
C’est la gauche qui est la principale responsable de la dérive victimaire que nous subissons. Elle a peu à peu abandonné ses références marxistes pour soutenir les revendications des minorités que j’ai évoquées et qui ne produisent que du ressentiment alors que le marxisme avait une fonction critique mais nourrissait aussi la fierté et la combativité de la classe ouvrière, la faisait accéder à une certaine intelligence du monde et donnait à tort ou à raison de l’espérance à une partie du peuple français.
Les minorités victimaires n’offrent rien de positif : elles ne disent rien du futur puisqu’elles vivent en organisant des confrontations sur le passé et elles font courir le risque d’une fragmentation de la communauté nationale en différentes chapelles qui pratiquent un véritable terrorisme intellectuel contre ceux qui ne veulent pas les reconnaître et les soutenir, y compris contre les membres supposés – juifs, musulmans, homosexuels… - des communautés qu’elles sont censées représenter. C’est notre conception du bien commun qui est aujourd’hui gravement menacée.
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1)Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 196 pages, 18 euros, mars 2007
2)www.communautarisme.net
Royaliste : Contre le communautarisme (1) est le fruit d’un travail collectif effectué depuis quatre ans dans le cadre de l’Observatoire du communautarisme…
Julien Landfried : Oui. Nous voulions rompre avec le « politiquement correct » sur le communautarisme, lui opposer des textes philosophiques de référence et engager un combat intellectuel contre des adversaires nommément désignés qui avaient l’habitude de se protéger par tout un système d’intimidation. Cette attitude polémique et ironique a provoqué au début des réticences chez nos amis du courant républicain qui ont perdu la capacité de nommer l’adversaire et l’habitude de prendre, par conséquent, des risques politiques.
Cet essai a pour ambition de proposer une synthèse des travaux de l’Observatoire et de compléter la réflexion sur des questions qui étaient difficiles à traiter complètement sur notre site (2).
Royaliste : Comment a-t-on pu passer d’un modèle fondé sur le concept de lutte des classes à un modèle centré sur ce que vous appelez les minorités victimaires ?
Julien Landfried : La substitution du communautarisme politique au traditionnel progressisme de gauche qui mêlait à la fois la dénonciation des puissances de l’argent et la lutte pour les droits des travailleurs n’est explicable que dans le temps long des idées politiques. Il faudrait – mais la place me manque ici pour être exhaustif – analyser l’un des angles morts de l’ultra-libéralisme politique (et de son pendant l’« extrème gauche culturelle ») qui est le développement d’une logique de guerre civile juridique et la transformation d’une société de citoyens en société de plaignants ; l’abandon progressif par la gauche de l’ensemble du monde occidental de référence à la classe ouvrière au moment précis où celle-ci était trahie par l’expérience du pouvoir ; le développement de l’antiracisme médiatique comme illustration de la nouvelle haine de classe des possédants ; les stratégies opportunistes des élites communautaires dans le cadre des politiques de repentance et de discrimination positive généralisées ; les difficultés propres au républicanisme concret et non théorique.
Royaliste : Quelle définition donnez-vous du communautarisme ?
Julien Landfried : Dans la littérature sur le communautarisme, on utilise d’ordinaire des conceptions empruntées aux sciences sociales américaines qui décrivent le communautarisme comme une sorte d’enfermement de l’individu dans une communauté – jamais clairement définie – dont on estime a priori qu’elle existe et qu’elle contient des mécanismes de production et de reproduction. En ce sens, le communautarisme serait une réalité démographique – par exemple pour les Noirs ségrégués aux États-Unis, les Pakistanais en Grande-Bretagne. En France, le modèle anthropologique, l’éducation nationale obligatoire qui assure une bonne maîtrise de la langue française et le taux de mariages mixtes empêchent la formation de communautés repliées sur elles-mêmes.
Dans notre pays, le communautarisme s’affirme lorsque trois grands types d’acteurs ont pu se rencontrer :
- des responsables d’associations et de publications ethniques, religieuses ou sexuelles – les entrepreneurs communautaires – qui cherchent à faire avancer un certain nombre de revendications par conviction ou par intérêt – y compris l’intérêt financier car de nombreuses associations reçoivent des subventions publiques ;
- des responsables politiques qui sont coupés de la population, qui trouvent difficilement des corps intermédiaires solides et qui ont tendance à se replier sur des problématiques identitaires qui ne coûtent rien. Ces responsables politiques ne se contentent pas de répondre aux revendications communautaires, ils les suscitent. Enfin les élites politiques sont gagnées par l’idéologie du post-national et imaginent une nation décomposant en « communautés ».
- les médias qui légitiment les représentants des organisations communautaires et qui leur donnent une capacité d’action dans l’espace public – sans prendre de recul par rapport aux revendications exprimées. En outre, Internet offre à ceux qui n’avaient pas accès aux médias une capacité de diffusion de certaines revendications.
Tels sont les trois acteurs qui créent du multi-communautarisme : les organisations communautaires s’imitent, se concurrencent et cherchent à intimider les pouvoirs publics tandis que les médias ne cessent de diffuser un discours victimaire. Or les victimes qui font l’objet de cette compassion appartiennent le plus souvent à des communautés ethniques, religieuses ou sexuelles : les groupes de salariés qui sont victimes du système économique ont rarement le droit à la parole. La montée des revendications communautaires dans la presse, tout particulièrement dans la presse de gauche, empêche que les problèmes sociaux soient analysés et traités au fond. Bien entendu, je ne nie pas l’existence de discriminations ethniques et sexuelles mais je maintiens que la question des inégalités économiques est prioritaire.
Royaliste : Les communautés dont vous parlez ont-elles un réel pouvoir d’intimidation ?
Julien Landfried : Oui ! Quand une personne noire, arabe, juive ou homosexuelle se présente comme victime par nature, le débat n’est pas possible. Dès que l’on émet la moindre critique, énoncée au nom des principes républicains, on est accusé de racisme, d’antisémitisme ou d’homophobie. C’est d’ailleurs ce dispositif d’intimidation qui distingue le communautarisme du corporatisme.
Le corporatisme est aussi une donnée très importante du système politique français mais il se heurte à de sérieuses limites : si par exemple la CGT déclare qu’elle exprime les revendications de tous les salariés français, d’autres syndicats vont immédiatement la contester. Au contraire, des entrepreneurs communautaires très minoritaires peuvent capter la parole sans rencontrer de contradictions – sauf les associations musulmanes depuis le 11 septembre, pour de bonnes et pour de mauvaises raisons.
Royaliste : Avez-vous un exemple récit de pratique d’intimidation ?
Julien Landfried : Oui. Je pense au débat sur les propos homophobes. Vous vous souvenez qu’il avait été lancé à l’occasion d’un fait divers : l’agression d’un jeune homme, Sébastien Nouchet, qui se déclarait homosexuel. L’affaire, largement relayée par les médias, avait permis aux associations homosexuelles de faire campagne pour l’adoption d’une loi répressive en ce domaine. Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin s’étaient saisis de cette affaire et avaient incité le Garde des Sceaux à légiférer. La loi a été rédigée sous la dictée des organisations homosexuelles : nous avions alors contesté le projet car nous avions montré que cette loi était inutile et qu’elle restreignait encore la liberté de la presse. Notre position était très minoritaire jusqu’à ce que la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme émette à son tour des critiques qui ont entraîné le retrait du projet de loi. Mais les deux tiers du texte ont été réintégrés dans la loi qui a créé la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (HALDE). Quant à l’affaire Nouchet, on a appris par suite que l’agresseur présumé avait été libéré – il était en prison au moment des faits qui lui étaient reprochés, ce qui l’innocente par conséquent – et que la victime était fortement soupçonnée de s’être brûlée elle-même. Ce qui montre le danger de ces lois faites après un fait divers qui n’a pas fait l’objet d’une enquête approfondie.
Royaliste : La figure de la victime a donc pris une place importante dans notre société…
Julien Landfried : Plus encore ! La figure de la victime est au centre de notre société depuis une quinzaine d’années.
Royaliste : Le Prolétaire, tel qu’il était regardé ou imaginé par l’intelligentsia de gauche, était lui aussi une victime – de l’exploitation capitaliste…
Julien Landfried : C’est vrai mais le prolétaire n’était pas seulement une victime : il était dans l’action, comme partie intégrante des rapports de production, comme syndicaliste, comme militant révolutionnaire porteur d’un idéal collectif. Aujourd’hui, il y a un statut de la victime et de la minorité victimaire dont les médias assurent la promotion sans aucun discernement. Or on ne peut pas assurer le fonctionnement d’une société démocratique avec des minorités qui demandent réparation de crimes commis il y a plusieurs siècles (l’esclavage) ou de génocides dont nous ne pouvions pas être complices – les Arméniens massacrés par les Turcs. Les médias traitent de la même manière des tragédies historiques qui sont très différentes quant à leurs effets : il y a toujours parmi nous des victimes du nazisme, mais personne ne peut se dire victime ou enfant de victime de la traite négrière organisée par des Français.
Comme toutes les victimes sont confondues, l’espace public devient l’espace du ressentiment dans lequel une majorité de Français se voit accuser de crimes très anciens ou imaginaires.
Royaliste : Quels crimes imaginaires ?
Julien Landfried : Nous avons récemment assisté à la construction du récit imaginaire de la déportation d’homosexuels français par les nazis : un téléfilm diffusé à une heure de grande écoute sur France 2 laissait entendre que, sur l’ensemble du territoire national, les homosexuels auraient connu le même sort que les Juifs et les Résistants français (en réalité, s’il y eut déportation homosexuelle, ce fut en Alsace-Moselle, territoire annexé par le IIIè Reich). Quand on prend de telles libertés avec l’histoire de la déportation, il est difficile de lutte contre le négationnisme. C’est même impossible !
C’est la gauche qui est la principale responsable de la dérive victimaire que nous subissons. Elle a peu à peu abandonné ses références marxistes pour soutenir les revendications des minorités que j’ai évoquées et qui ne produisent que du ressentiment alors que le marxisme avait une fonction critique mais nourrissait aussi la fierté et la combativité de la classe ouvrière, la faisait accéder à une certaine intelligence du monde et donnait à tort ou à raison de l’espérance à une partie du peuple français.
Les minorités victimaires n’offrent rien de positif : elles ne disent rien du futur puisqu’elles vivent en organisant des confrontations sur le passé et elles font courir le risque d’une fragmentation de la communauté nationale en différentes chapelles qui pratiquent un véritable terrorisme intellectuel contre ceux qui ne veulent pas les reconnaître et les soutenir, y compris contre les membres supposés – juifs, musulmans, homosexuels… - des communautés qu’elles sont censées représenter. C’est notre conception du bien commun qui est aujourd’hui gravement menacée.
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1)Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 196 pages, 18 euros, mars 2007
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