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Un essai de Julien Landfried, éd. Armand Colin, 196 pages, 18 euros, mars 2007
Revue de presse
par Edouard Husson, normalien, agrégé et docteur en histoire*.
Edouard Husson
Comme l'indique le titre de son livre Contre le communautarisme (Armand Colin, 2007), Julien Landfried traque depuis quelques années sur le site internet www.communautarisme.net, systématiquement, toutes les attaques, insidieuses ou déclarées, contre l'idéal républicain et la recherche d'équilibre social qui lui est liée. Contre le communautarisme analyse toutes les dérives engendrées par les revendications communautaristes, qu'il s'agisse des pressions menées au nom d'une "communauté ethnique" (les Corses ou les Bretons), d'une "catégorie de victimes" (les "indigènes de la République"), d'une "communauté de vie" (les gays).
Une première force de l'ouvrage vient de ce qu'il n'idéalise pas le modèle républicain. L'auteur rappelle d'emblée la tension propre à la dynamique républicaine, soucieuse de combattre les confessions lorsqu'elles s'affirment dans la sphère publique, de dissoudre les corporations, au risque de se retrouver face à une société d'individus atomisés; obligée, en même temps, de reconnaître des interlocuteurs, par exemple les syndicats, ou de supporter la constitution de partis politiques en son sein, tant il est vrai que le besoin d'association est naturel à l'animal politique qu'est l'homme.
Aujourd'hui, cependant, il ne s'agit plus de la lutte de l'Eglise et de l'Etat ni des revendications ouvrières ni des affrontements titanesques entre droite et gauche. Une nouvelle vague individualiste a déferlé sur les sociétés occidentales et, paradoxalement, l'Etat républicain apparaît tout autant délégitimé que ses vieux concurrents et partenaires, les Eglises, les syndicats et les partis. Plus précisément, le cadre national est délégitimé comme enceinte du débat collectif. L'Europe fédérale ouvre la voie au règne des lobbies et encourage les néo-régionalismes; ceux-ci ne sont en fait qu'une manifestation parmi des dizaines de la revendication communautariste, sujet du livre.
La nature a horreur du vide. Lorsque l'Etat républicain n'intègre plus les individus arrachés, de gré ou de force, à leurs identités confessionnelles ou à leurs corporatismes, dans un consensus patriotique, lorsque disparaissent les notions d'intérêt général et de bien commun, l'individu moderne aura beau se glorifier de son "nomadisme", de son européisme ou de son cosmopolitisme, il sera éminemment vulnérable à la revendication communautariste.
Le grand intérêt du livre de Julien Landfried est non seulement d'offrir un panorama des manifestations actuelles du communautarisme mais aussi d'en présenter une interprétation. L'auteur montre comment les élites de notre pays - entre autres raison par mimétisme avec celles du reste du monde occidental - ont substitué les revendications identitaires aux revendications sociales ou politiques traditionnelles. C'est ainsi que le seul ouvrier encore intéressant à défendre est devenu l'immigré; la notion d'exclu s'est substituée à celle d'exploité; la victime d'un conflit identitaire s'est substituée dans l'imaginaire collectif au pauvre ou à l'ouvrier. Comme le rappelle très justement l'auteur, alors que les ouvriers représentent encore le groupe professionnel le plus important, ils ont soudain disparu du discours politique, ils ont été purement et simplement niés, en même temps que l'on acceptait la désindustrialisation partielle du pays. La manipulation politique intérieure ou extérieure, d'une part, le blocage, d'autre part, de l'ascenseur social, l'utilisation d'Internet, enfin, qui démultiplie l'audience des groupes de pression, ont conduit à la substitution des revendications identitaires aux conflits sociaux.
Multiplication des "lois sur l'histoire"; concurrence des victimes; tendances à revendiquer d'autant plus bruyamment que l'on est moins nombreux; terrorisme culturel; diffusion du "politiquement correct" d'outre-Atlantique: tous les phénomènes décrits par Julien Landfried sont connus mais il vaut la peine de voir l'ensemble du puzzle. J'ai ainsi constaté, à mon grand étonnement, combien le gaulliste Villepin avait été, comme Premier ministre, aussi vulnérable que ses prédécesseurs aux revendications communautaristes. Or, c'est là que Julien Landfried apporte des analyses neuves, il est possible de résister aux groupes de pression. A condition de le vouloir
L'auteur ne cesse d'insister sur la faiblesse des groupes qui sont derrière les revendications communautaristes. Les groupes de pressions envisagés sont quelquefois minuscules (Act Up) et toujours loin de rassembler l'ensemble des membres d'une communauté. Cependant, même si la défense de l'intérêt général paie toujours, rares sont ses manifestations récentes. Après avoir laissé durant des années monter les "lois historiques", les historiens universitaires ont fini par se regrouper lorsque l'un des leurs a été attaqué par une association communautariste et ils ont fait reculer celle-ci; mais quel gâchis, depuis la loi Gayssot, qui a transformé la réalité de la Shoah en "vérité officielle" jusqu'aux contorsions des hommes politiques faisant voter une loi sur le génocide, lui aussi bien réel, des Arméniens, tout en essayant de ménager la Turquie pour qu'elle entre dans l'Union européenne.
Julien Landfried montre excellemment comme les capitulations de l'Etat face à la logique du communautarisme sont un facteur essentiel de la détérioration de la situation dans les quartiers populaires. A partir du moment où tout immigré est une victime, réelle ou en puissance, comment intégrer puissamment ses enfants dans l'Ecole de la République? Si l'on oppose les "gaulois" et les "immigrés", comment défendre de façon cohérente les milieux populaires contre les acteurs du capitalisme mondialisé? Si l'on encourage les revendications identitaires, ne finira-t-on pas par empêcher Nicolas de sortir avec Rachida - alors même que la France est l'une des terres par excellence du métissage?
Contre le communautarisme est un excellent livre parce qu'il défie les censeurs modernes, qui voudraient nous interdire a priori de mettre en question les revendications communautaristes - que l'auteur refuse d'amalgamer à de légitimes revendications communautaires. Julien Landfried rappelle qu'il n'y a pas de République sans libéralisme politique. Et il déplore la substitution des anathèmes prononcés par des porte-paroles autoproclamés au débat politique légitime entre des citoyens jugeant quelquefois utile de faire avancer collectivement leurs revendications.
Il est même un point sur lequel j'irai plus loin que l'auteur. Certaines de ses analyses reposent sur une distinction entre libéralisme politique et libéralisme économique, l'auteur pensant que le second n'est pas compatible avec la République au même titre que le premier. Pour ma part, je n'aime pas cette opposition. La IIIè République fut libérale en économie autant qu'en politique - ou, pour le dire autrement, la poursuite de l'égalité n'est pas incompatible avec la liberté économique; l'idéal des pères de la République était une France de petits propriétaires, épargnants solides qui ne redoutaient pas d'investir outre-mer ou en Russie. Le libéralisme ne peut pas nier le lien social sans sombrer dans son double dangereux, l'individualisme qui nous domine actuellement. A mon avis, ce que Julien Landfried conteste à juste titre, c'est le règne de l'individualisme, en politique comme en économie. La République est fondée sur le souci d'un équilibre entre les aspirations de l'individu et le bien commun. L'individualisme, lui, commence par nier la communauté avant de chercher à lui substituer des entités collectives qui sont des constructions de l'esprit. La version la plus récente du constructivisme par lequel l'individualisme cherche à remplir le vide qu'il a créé s'appelle le communautarisme.
Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 2007
*Auteur en particulier de "Comprendre Hitler et la Shoah" (PUF), "Une autre Allemagne" (Gallimard, 2005), "Nous pouvons vivre sans les Juifs - Novembre 1941" (Perrin, 2005).
Son blog : www.wmaker.net/edouardhusson
Une première force de l'ouvrage vient de ce qu'il n'idéalise pas le modèle républicain. L'auteur rappelle d'emblée la tension propre à la dynamique républicaine, soucieuse de combattre les confessions lorsqu'elles s'affirment dans la sphère publique, de dissoudre les corporations, au risque de se retrouver face à une société d'individus atomisés; obligée, en même temps, de reconnaître des interlocuteurs, par exemple les syndicats, ou de supporter la constitution de partis politiques en son sein, tant il est vrai que le besoin d'association est naturel à l'animal politique qu'est l'homme.
Aujourd'hui, cependant, il ne s'agit plus de la lutte de l'Eglise et de l'Etat ni des revendications ouvrières ni des affrontements titanesques entre droite et gauche. Une nouvelle vague individualiste a déferlé sur les sociétés occidentales et, paradoxalement, l'Etat républicain apparaît tout autant délégitimé que ses vieux concurrents et partenaires, les Eglises, les syndicats et les partis. Plus précisément, le cadre national est délégitimé comme enceinte du débat collectif. L'Europe fédérale ouvre la voie au règne des lobbies et encourage les néo-régionalismes; ceux-ci ne sont en fait qu'une manifestation parmi des dizaines de la revendication communautariste, sujet du livre.
La nature a horreur du vide. Lorsque l'Etat républicain n'intègre plus les individus arrachés, de gré ou de force, à leurs identités confessionnelles ou à leurs corporatismes, dans un consensus patriotique, lorsque disparaissent les notions d'intérêt général et de bien commun, l'individu moderne aura beau se glorifier de son "nomadisme", de son européisme ou de son cosmopolitisme, il sera éminemment vulnérable à la revendication communautariste.
Le grand intérêt du livre de Julien Landfried est non seulement d'offrir un panorama des manifestations actuelles du communautarisme mais aussi d'en présenter une interprétation. L'auteur montre comment les élites de notre pays - entre autres raison par mimétisme avec celles du reste du monde occidental - ont substitué les revendications identitaires aux revendications sociales ou politiques traditionnelles. C'est ainsi que le seul ouvrier encore intéressant à défendre est devenu l'immigré; la notion d'exclu s'est substituée à celle d'exploité; la victime d'un conflit identitaire s'est substituée dans l'imaginaire collectif au pauvre ou à l'ouvrier. Comme le rappelle très justement l'auteur, alors que les ouvriers représentent encore le groupe professionnel le plus important, ils ont soudain disparu du discours politique, ils ont été purement et simplement niés, en même temps que l'on acceptait la désindustrialisation partielle du pays. La manipulation politique intérieure ou extérieure, d'une part, le blocage, d'autre part, de l'ascenseur social, l'utilisation d'Internet, enfin, qui démultiplie l'audience des groupes de pression, ont conduit à la substitution des revendications identitaires aux conflits sociaux.
Multiplication des "lois sur l'histoire"; concurrence des victimes; tendances à revendiquer d'autant plus bruyamment que l'on est moins nombreux; terrorisme culturel; diffusion du "politiquement correct" d'outre-Atlantique: tous les phénomènes décrits par Julien Landfried sont connus mais il vaut la peine de voir l'ensemble du puzzle. J'ai ainsi constaté, à mon grand étonnement, combien le gaulliste Villepin avait été, comme Premier ministre, aussi vulnérable que ses prédécesseurs aux revendications communautaristes. Or, c'est là que Julien Landfried apporte des analyses neuves, il est possible de résister aux groupes de pression. A condition de le vouloir
L'auteur ne cesse d'insister sur la faiblesse des groupes qui sont derrière les revendications communautaristes. Les groupes de pressions envisagés sont quelquefois minuscules (Act Up) et toujours loin de rassembler l'ensemble des membres d'une communauté. Cependant, même si la défense de l'intérêt général paie toujours, rares sont ses manifestations récentes. Après avoir laissé durant des années monter les "lois historiques", les historiens universitaires ont fini par se regrouper lorsque l'un des leurs a été attaqué par une association communautariste et ils ont fait reculer celle-ci; mais quel gâchis, depuis la loi Gayssot, qui a transformé la réalité de la Shoah en "vérité officielle" jusqu'aux contorsions des hommes politiques faisant voter une loi sur le génocide, lui aussi bien réel, des Arméniens, tout en essayant de ménager la Turquie pour qu'elle entre dans l'Union européenne.
Julien Landfried montre excellemment comme les capitulations de l'Etat face à la logique du communautarisme sont un facteur essentiel de la détérioration de la situation dans les quartiers populaires. A partir du moment où tout immigré est une victime, réelle ou en puissance, comment intégrer puissamment ses enfants dans l'Ecole de la République? Si l'on oppose les "gaulois" et les "immigrés", comment défendre de façon cohérente les milieux populaires contre les acteurs du capitalisme mondialisé? Si l'on encourage les revendications identitaires, ne finira-t-on pas par empêcher Nicolas de sortir avec Rachida - alors même que la France est l'une des terres par excellence du métissage?
Contre le communautarisme est un excellent livre parce qu'il défie les censeurs modernes, qui voudraient nous interdire a priori de mettre en question les revendications communautaristes - que l'auteur refuse d'amalgamer à de légitimes revendications communautaires. Julien Landfried rappelle qu'il n'y a pas de République sans libéralisme politique. Et il déplore la substitution des anathèmes prononcés par des porte-paroles autoproclamés au débat politique légitime entre des citoyens jugeant quelquefois utile de faire avancer collectivement leurs revendications.
Il est même un point sur lequel j'irai plus loin que l'auteur. Certaines de ses analyses reposent sur une distinction entre libéralisme politique et libéralisme économique, l'auteur pensant que le second n'est pas compatible avec la République au même titre que le premier. Pour ma part, je n'aime pas cette opposition. La IIIè République fut libérale en économie autant qu'en politique - ou, pour le dire autrement, la poursuite de l'égalité n'est pas incompatible avec la liberté économique; l'idéal des pères de la République était une France de petits propriétaires, épargnants solides qui ne redoutaient pas d'investir outre-mer ou en Russie. Le libéralisme ne peut pas nier le lien social sans sombrer dans son double dangereux, l'individualisme qui nous domine actuellement. A mon avis, ce que Julien Landfried conteste à juste titre, c'est le règne de l'individualisme, en politique comme en économie. La République est fondée sur le souci d'un équilibre entre les aspirations de l'individu et le bien commun. L'individualisme, lui, commence par nier la communauté avant de chercher à lui substituer des entités collectives qui sont des constructions de l'esprit. La version la plus récente du constructivisme par lequel l'individualisme cherche à remplir le vide qu'il a créé s'appelle le communautarisme.
Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 2007
*Auteur en particulier de "Comprendre Hitler et la Shoah" (PUF), "Une autre Allemagne" (Gallimard, 2005), "Nous pouvons vivre sans les Juifs - Novembre 1941" (Perrin, 2005).
Son blog : www.wmaker.net/edouardhusson
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Rédigé par Julien Landfried le Jeudi 08 Mai 2008 à 13:58
Revue de presse
Entretien, propos recueillis par Jean-Philippe Moinet, La Revue Civique, n°2, printemps 2008, p 67 à 71.
Quelle est, selon vous, la principale menace du communautarisme : celle qui provient de la primauté absolue donnée, par certains, au religieux, à l'origine ethnique, aux particularismes « culturels » ? Et en quoi le phénomène s'aggrave ?
Julien Landfried : Permettez-moi tout d'abord de définir ce que j'entends par « communautarisme ». Dans le cas français, c'est la dynamique créée par la rencontre entre les revendications d'entrepreneurs communautaires (par exemple les responsables du Crif, du CRAN, du CFCM, d'associations régionalistes ou homosexuelles), les réponses des responsables politiques et leur valorisation mutuelle par les médias qui donnent une légitimité à des demandes particularistes. Dans cette dynamique, la nation telle que la produit le républicanisme civique, communauté de citoyens égaux en droits et en devoirs, est remplacée par une agglomération d'associations communautaires supposées représentatives de leurs « communautés » d'origine, qu'elle soit religieuse, ethnique ou sexuelle. Il y a donc selon moi un risque de désagrégation du cadre politique consubstantiel à la tradition républicaine qui est le cadre national, par double rupture du principe d'égalité et de liberté. Rupture du principe d'égalité car certains citoyens occupent une place disproportionnée dans l'agenda politique, agissant en lobbies, mais parlant la langue des droits de l'homme et de la diversité. Rupture du principe d'égalité toujours car la tentation est grande de créer des espaces législatifs particuliers : c'était par exemple la politique des nationalistes et du gouvernement en Corse jusqu'à Non au référendum de juillet 2003 sur le statut de l'île. Rupture du principe de liberté enfin car un véritable terrorisme intellectuel est exercé sur les critiques des entrepreneurs communautaires accusés de phobie (judéophobe, islamophobe, homophobe, etc.) ou de « haine de soi » quand ils sont censés être solidaires des revendications communautaires qu'ils critiquent pourtant. Ce que je pointe dans « Contre le communautarisme », c'est un risque d'éclatement de notre tradition politique et des fondements du républicanisme civique, par des effets en chaîne de désagration conflictuelle.
Le phénomène semble s'être aggravé ces dernières années comme le démontre la montée des revendications de politiques de discrimination positive sur base ethnique (CRAN, Appel des Indigènes de la République), la multiplication des lois mémorielles (en dépit de l'opposition corporatiste et politique du milieu des historiens professionnels), la contestation religieuse de l'espace scolaire et public (« affaire du voile », volonté de « réformer » la loi de 1905 c'est-à-dire de rompre avec ses principes), la volonté de réorienter la politique étrangère de la France au Proche-Orient selon une grille de lecture communautaire (dont le point d'acmé annuel est le dîner du CRIF), ou encore, je l'ai déjà dit, la tentative de faire sortir la Corse du cadre républicain de la loi égale pour tous (épisode du référendum de juillet 2003)
La France est un vieux pays démocratique et républicain. N'est-elle pas moins menacée par l'emprise du communautarisme que d'autres pays européens voisins, où le multi-culturalisme semble encore plus développé ?
Effectivement, la tradition républicaine reste forte dans la population et l'intériorisation des principes universalistes républicains a été portée très loin en France. En témoigne le niveau exceptionnel d'exogamie ethnique que l'on peut par exemple relever, comme le fait Emmanuel Todd dans Le destin des immigrés (Editions du Seuil, 1994), dans le niveau des mariages mixtes (ou exogamiques) entre les Français de longue date et les immigrés et leurs descendants. Cela dénote une tendance naturelle au métissage et à l'exogamie qui est un indicateur pertinent d'universalisme concret. Mais cet universalisme concret est contredit dans les faits par le comportement des élites politiques et médiatiques. Celles-ci flattent les revendications communautaristes en substituant à la grille de lecture marxiste qui structure l'espace sociale en classes sociales antagonistes –et qui était encore dominante jusqu'à la fin des années 70- une matrice qui définit l'espace social comme un espace de concurrence et d'affrontement entre communautés victimisées et le nouveau mal absolu : l'homme blanc, de culture catholique et hétérosexuel. A ussi si l'on veut bien comprendre le développement du multicommunautarisme politique, il faut le saisir comme un symptôme d'une crise politique plus vaste, en lien avec les transformations économiques que nous vivons, et que l'on pourrait résumer par une tendance irrésistible à la préférence pour l'inégalité.
En quoi vous opposez-vous aux mesures de « discrimination positive » qui, pour certains, relèvent de la justice sociale ?
La discrimination positive sur base ethnique, religieuse ou de genre ressort d'une vision pré-politique de l'espace civique en définissant comme prioritaire la nécessité de représenter la composition organique de la société dans telle ou telle institution ou profession. Elle enferme les individus dans leur « communauté », dont la philosophie républicaine prône au contraire l'autonomie civique et l'émancipation, et finit par nier les différences sociales internes à chaque « communauté ». Celles-ci s'avèrent pourtant, dans mon analyse, surplombantes par rapport aux variables identitaires dans le cas français, marqué par une grande exogamie ethnique, une grande liberté des mœurs mais une non moins grande endogamie sociale, qui est d'ailleurs en voie d'aggravation dans les lieux de pouvoirs (assemblées, médias, grandes écoles).
Dans votre livre, vous évoquez une « invisibilité des milieux populaires » et une « survisibilité des minorités visibles ». Pouvez-vous vos expliquez et n'est-ce pas provocateur, dans la mesure où le gouvernement mis en place par N.Sarkozy et F. Fillon a tenté de rattraper un réel retard en nommant trois femmes issues de ces minorités dîtes « visibles » (R Dati, F Amara, R Yade), mais en ce qui concerne les élus nationaux et locaux par exemple l'écart de la représentation reste béant, non ?
La représentation nationale n'a jamais été pensée en termes ethniques ou religieux, ni même en termes sociaux. S'il fallait trouver à chaque assemblée la même proportion de groupes ethniques, religieux ou sexuels que dans la société, cela signifierait que le concept même d'intérêt général aurait perdu toute crédibilité et que chaque représentant du peuple (ou de le nation) représenterait d'abord son groupe d'origine. Terrible régression ! La mode actuelle de la « diversité » est inséparable de la préférence contemporaine pour les débats sociétaux sur les débats économiques et sociaux, où les critères communautaires ont en réalité une importance négligeable. La politique de Nicolas Sarkozy est un magnifique exemple où l'abandon du critère de compétence est explictement assumé pour que la photo de famille du gouvernement soit composée à l'aide de critères ethniques. On n'aurait pas rêvé démonstration plus réussie des effets des politiques de discrimination positive.
Quelle est la principale proposition que vous avancez pour renforcer le « républicanisme civique » que vous appelez de vos vœux ?
Les pouvoirs publics (gouvernement et collectivités locales) doivent cesser de subventionner les associations communautaires avec des fonds publics. Pour préserver le communautaire du communautarisme, il faut que l'Etat et que les politique se gardent bien de rentrer dans des logiques communautaires. La priorité doit être donnée aux dossiers économiques et sociaux qui concernent l'ensemble de la nation. La nation n'oublie personne mais elle n'organise pas son agenda politique en fonction de quelques dizaines d'invidus animés avant tout par leurs ambitions personnelles et leur fantasmes séparatistes.
Le site de la Revue Civique
Julien Landfried : Permettez-moi tout d'abord de définir ce que j'entends par « communautarisme ». Dans le cas français, c'est la dynamique créée par la rencontre entre les revendications d'entrepreneurs communautaires (par exemple les responsables du Crif, du CRAN, du CFCM, d'associations régionalistes ou homosexuelles), les réponses des responsables politiques et leur valorisation mutuelle par les médias qui donnent une légitimité à des demandes particularistes. Dans cette dynamique, la nation telle que la produit le républicanisme civique, communauté de citoyens égaux en droits et en devoirs, est remplacée par une agglomération d'associations communautaires supposées représentatives de leurs « communautés » d'origine, qu'elle soit religieuse, ethnique ou sexuelle. Il y a donc selon moi un risque de désagrégation du cadre politique consubstantiel à la tradition républicaine qui est le cadre national, par double rupture du principe d'égalité et de liberté. Rupture du principe d'égalité car certains citoyens occupent une place disproportionnée dans l'agenda politique, agissant en lobbies, mais parlant la langue des droits de l'homme et de la diversité. Rupture du principe d'égalité toujours car la tentation est grande de créer des espaces législatifs particuliers : c'était par exemple la politique des nationalistes et du gouvernement en Corse jusqu'à Non au référendum de juillet 2003 sur le statut de l'île. Rupture du principe de liberté enfin car un véritable terrorisme intellectuel est exercé sur les critiques des entrepreneurs communautaires accusés de phobie (judéophobe, islamophobe, homophobe, etc.) ou de « haine de soi » quand ils sont censés être solidaires des revendications communautaires qu'ils critiquent pourtant. Ce que je pointe dans « Contre le communautarisme », c'est un risque d'éclatement de notre tradition politique et des fondements du républicanisme civique, par des effets en chaîne de désagration conflictuelle.
Le phénomène semble s'être aggravé ces dernières années comme le démontre la montée des revendications de politiques de discrimination positive sur base ethnique (CRAN, Appel des Indigènes de la République), la multiplication des lois mémorielles (en dépit de l'opposition corporatiste et politique du milieu des historiens professionnels), la contestation religieuse de l'espace scolaire et public (« affaire du voile », volonté de « réformer » la loi de 1905 c'est-à-dire de rompre avec ses principes), la volonté de réorienter la politique étrangère de la France au Proche-Orient selon une grille de lecture communautaire (dont le point d'acmé annuel est le dîner du CRIF), ou encore, je l'ai déjà dit, la tentative de faire sortir la Corse du cadre républicain de la loi égale pour tous (épisode du référendum de juillet 2003)
La France est un vieux pays démocratique et républicain. N'est-elle pas moins menacée par l'emprise du communautarisme que d'autres pays européens voisins, où le multi-culturalisme semble encore plus développé ?
Effectivement, la tradition républicaine reste forte dans la population et l'intériorisation des principes universalistes républicains a été portée très loin en France. En témoigne le niveau exceptionnel d'exogamie ethnique que l'on peut par exemple relever, comme le fait Emmanuel Todd dans Le destin des immigrés (Editions du Seuil, 1994), dans le niveau des mariages mixtes (ou exogamiques) entre les Français de longue date et les immigrés et leurs descendants. Cela dénote une tendance naturelle au métissage et à l'exogamie qui est un indicateur pertinent d'universalisme concret. Mais cet universalisme concret est contredit dans les faits par le comportement des élites politiques et médiatiques. Celles-ci flattent les revendications communautaristes en substituant à la grille de lecture marxiste qui structure l'espace sociale en classes sociales antagonistes –et qui était encore dominante jusqu'à la fin des années 70- une matrice qui définit l'espace social comme un espace de concurrence et d'affrontement entre communautés victimisées et le nouveau mal absolu : l'homme blanc, de culture catholique et hétérosexuel. A ussi si l'on veut bien comprendre le développement du multicommunautarisme politique, il faut le saisir comme un symptôme d'une crise politique plus vaste, en lien avec les transformations économiques que nous vivons, et que l'on pourrait résumer par une tendance irrésistible à la préférence pour l'inégalité.
En quoi vous opposez-vous aux mesures de « discrimination positive » qui, pour certains, relèvent de la justice sociale ?
La discrimination positive sur base ethnique, religieuse ou de genre ressort d'une vision pré-politique de l'espace civique en définissant comme prioritaire la nécessité de représenter la composition organique de la société dans telle ou telle institution ou profession. Elle enferme les individus dans leur « communauté », dont la philosophie républicaine prône au contraire l'autonomie civique et l'émancipation, et finit par nier les différences sociales internes à chaque « communauté ». Celles-ci s'avèrent pourtant, dans mon analyse, surplombantes par rapport aux variables identitaires dans le cas français, marqué par une grande exogamie ethnique, une grande liberté des mœurs mais une non moins grande endogamie sociale, qui est d'ailleurs en voie d'aggravation dans les lieux de pouvoirs (assemblées, médias, grandes écoles).
Dans votre livre, vous évoquez une « invisibilité des milieux populaires » et une « survisibilité des minorités visibles ». Pouvez-vous vos expliquez et n'est-ce pas provocateur, dans la mesure où le gouvernement mis en place par N.Sarkozy et F. Fillon a tenté de rattraper un réel retard en nommant trois femmes issues de ces minorités dîtes « visibles » (R Dati, F Amara, R Yade), mais en ce qui concerne les élus nationaux et locaux par exemple l'écart de la représentation reste béant, non ?
La représentation nationale n'a jamais été pensée en termes ethniques ou religieux, ni même en termes sociaux. S'il fallait trouver à chaque assemblée la même proportion de groupes ethniques, religieux ou sexuels que dans la société, cela signifierait que le concept même d'intérêt général aurait perdu toute crédibilité et que chaque représentant du peuple (ou de le nation) représenterait d'abord son groupe d'origine. Terrible régression ! La mode actuelle de la « diversité » est inséparable de la préférence contemporaine pour les débats sociétaux sur les débats économiques et sociaux, où les critères communautaires ont en réalité une importance négligeable. La politique de Nicolas Sarkozy est un magnifique exemple où l'abandon du critère de compétence est explictement assumé pour que la photo de famille du gouvernement soit composée à l'aide de critères ethniques. On n'aurait pas rêvé démonstration plus réussie des effets des politiques de discrimination positive.
Quelle est la principale proposition que vous avancez pour renforcer le « républicanisme civique » que vous appelez de vos vœux ?
Les pouvoirs publics (gouvernement et collectivités locales) doivent cesser de subventionner les associations communautaires avec des fonds publics. Pour préserver le communautaire du communautarisme, il faut que l'Etat et que les politique se gardent bien de rentrer dans des logiques communautaires. La priorité doit être donnée aux dossiers économiques et sociaux qui concernent l'ensemble de la nation. La nation n'oublie personne mais elle n'organise pas son agenda politique en fonction de quelques dizaines d'invidus animés avant tout par leurs ambitions personnelles et leur fantasmes séparatistes.
Le site de la Revue Civique
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Rédigé par Julien Landfried le Lundi 14 Avril 2008 à 16:33
Antiracisme, les illusions idéologiques, par Michaël Rabier, Le Spectacle du Monde, avril 2008, n°544, pages 50 à 52
Dans cet article qui discute le livre d'Eric Zemmour Petit frère (Denoël, 2007), sont notamment cités comme analystes de l'idéologie communutariste : Pierre-André Taguieff (La République enlisée. Pluralisme, communautarisme et citoyenneté, Éd. des Syrtes, 2005), Paul Yonnet (Voyage au centre du malaise français. L'antiracisme et le roman national, Gallimard, 1993) et... Julien Landfried :-)
Rédigé par Julien Landfried le Lundi 07 Avril 2008 à 18:30
Le chercheur Jean-Paul Nassaux propose une note de lecture de l'essai Contre le communautarisme et un résumé du colloque tenu à l'initiative de l'Observatoire du communautarisme et du Comité Laïcité République en décembre 2006
Le communautarisme mis en cause lors d'un colloque - la République face aux communautarismes - et dans un ouvrage de Julien Landfried - Contre le communautarisme, Article paru dans Pyramides, revue du Centre d'Etudes et de Recherches en Administration Publique de l'Université libre de Bruxelles, n°13, 2007/1, pp.61-70.
Extrait :
«Le réquisitoire est parfois dur, mais l'approche est cohérente. Dans son livre, Julien Landfried, nous livre une analyse en profondeur du phénomène du communautarisme, de ses pratiques, des conditions qui ont permis son émergence et de ses effets sur la société française».
L'article est disponible en version intégrale ci-dessous au format PDF.
Les actes du colloque de décembre 2006
Extrait :
«Le réquisitoire est parfois dur, mais l'approche est cohérente. Dans son livre, Julien Landfried, nous livre une analyse en profondeur du phénomène du communautarisme, de ses pratiques, des conditions qui ont permis son émergence et de ses effets sur la société française».
L'article est disponible en version intégrale ci-dessous au format PDF.
Les actes du colloque de décembre 2006
Recension-Pyramides.pdf
(184.09 KB)
Rédigé par Julien Landfried le Lundi 21 Janvier 2008 à 14:18
Faut-il discriminer positif ?, la Battle (Eric Fassin et Julien Landfried), entretien réalisé par Arnaud Liévin er Laurence Rémilla, Technikart n°118, déc 2007-janv 2008, pages 9 à 11.
Le magazine peut être acheté en kiosques ou téléchargé (contre paiement) sur Relay.
Extrait :
Julien Landfried : "Sarkozy est celui qui importe en France, idéologiquement, un certain nombre de solutions des pays anglo-saxons et des Etats-Unis en particulier. De plus Sarkozy est un petit malin : il voit très bien que la gauche socialiste s'est réduite à l'anti-racisme et au sociétalisme, alors, que fait-il ? De l'anti-racisme et du sociétalisme. Dès lors que reste-t-il au PS face à Sarkozy ? Rien ! Ils sont d'accord sur tout : sur le traité de Lisbonne, sur la politique internationale, économique. A partir du moment où Sarkozy prend Rama Yade, Rachida Dati et Fadela Amara, il pique au Parti socialiste ce à quoi était réduit son fonds de commerce. C'est-à-dire : presque rien."
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Extrait :
Julien Landfried : "Sarkozy est celui qui importe en France, idéologiquement, un certain nombre de solutions des pays anglo-saxons et des Etats-Unis en particulier. De plus Sarkozy est un petit malin : il voit très bien que la gauche socialiste s'est réduite à l'anti-racisme et au sociétalisme, alors, que fait-il ? De l'anti-racisme et du sociétalisme. Dès lors que reste-t-il au PS face à Sarkozy ? Rien ! Ils sont d'accord sur tout : sur le traité de Lisbonne, sur la politique internationale, économique. A partir du moment où Sarkozy prend Rama Yade, Rachida Dati et Fadela Amara, il pique au Parti socialiste ce à quoi était réduit son fonds de commerce. C'est-à-dire : presque rien."
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Rédigé par Julien Landfried le Vendredi 14 Décembre 2007 à 10:00
Contre le communautarisme, de Julien Landfried, par Mireille Popelin, Riposte laïque, 24 novembre 2007
Extrait :
"Ce livre est un outil indispensable pour tous les laïques que nous sommes dans leur travail militant : c'est ainsi que je l'ai utilisé le mardi 22 Mai 2007 pour un débat avec un groupe de retraités de la Fonction publique (40 environ )."
Voir la recension sur le site Riposte laïque.
"Ce livre est un outil indispensable pour tous les laïques que nous sommes dans leur travail militant : c'est ainsi que je l'ai utilisé le mardi 22 Mai 2007 pour un débat avec un groupe de retraités de la Fonction publique (40 environ )."
Voir la recension sur le site Riposte laïque.
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riposte laïque
Rédigé par Julien Landfried le Samedi 24 Novembre 2007 à 14:14
Une ontologisation des différences, Catherine Kintzler, blog Mezetulle, 16 nov. 2007.
L'essai de Julien Landfried Contre le communautarisme (Paris : Armand Colin, 2007), loin de faire double emploi avec le site L'Observatoire du communautarisme qu'il a lancé, donne aux informations foisonnantes réunies sur le web leur colonne vertébrale et leur théorie.
Le communautarisme n'est pas un phénomène de mode importé des sociétés où le "lobbying" est une façon de peser sur les décisions politiques: c'est un véritable modèle anti-politique destiné à court-circuiter le modèle républicain et par lequel le clientélisme, supplantant l'assemblée des citoyens et de leurs représentants élus, se substitue à la volonté générale. Au-delà d'un modèle aux antipodes de l'association républicaine (qui ne connaît que des individus souverains) et ouvertement destiné à la détruire, c'est aussi un mode de pensée et une façon de vivre qui s'installent, avec une morale fondée sur le ressentiment dont le ressort principal est la culpabilité.
Communautés et communautarisme
Situons d'abord les concepts. Nul ne songe à remettre en cause l'existence, partout répandue, de communautés - sauf lorsqu'elles s'inspirent explicitement de motifs prohibés comme le racisme, l'antisémitisme, etc. Présenter la République française comme un lieu d'uniformisation et de nivellement est profondément faux : toute communauté peut non seulement se former librement mais peut recevoir un statut juridique grâce notamment à la loi sur les associations. Dire que la République française a "persécuté" les langues régionales est également une contre information - on sait peu que ces langues ont largement prospéré sous la IIIe République par le biais d'associations et d'académies locales, et aujourd'hui elles sont enseignées. Cet exemple permet de construire le concept communautarisme : une langue, puisqu'elle peut s'enseigner et se transmettre, n'est pas "par nature" réservée à un groupe particulier sur critère d'origine ou de naissance. Si par exemple le corse est enseigné dans des établissements publics, je dois pouvoir, moi qui ne suis pas d'origine corse et qui n'habite pas en Corse, passer une licence de corse et, si mon niveau me le permet, passer un CAPES me permettant d'enseigner cette langue, en Corse ou ailleurs. M'interdire de le faire au prétexte que je n'ai pas de "racines", vouloir réserver ces emplois à un groupe particulier, proposer une "corsisation" de certaines fonctions, c'est du communautarisme.
Ainsi le communautarisme consiste à ériger une "communauté" préalablement constituée comme un fait (et sur des critères souvent discutables) en force politique, en autorité politique dont la fin est d'établir des droits réservés aux membres de ladite "communauté" ou de les exempter de devoirs imposés au reste des citoyens. Avec le communautarisme, c'est bien la question de la reconnaissance politique et cellle de la déclinaison des droits qui est posée, avec lui, c'est le régime commutatif de l'égalité qui est remis en cause au profit d'un régime distributif d'"équité" - autrement dit de droits différenciés. A l'horizon se profile l'obligation d'appartenance, donc l'abandon de celui qui souhaite se détacher de toute communauté et n'être qu'un citoyen, et, avec les appartenances, l'inévitable rivalité qui les met en concurrence. Le communautarisme, non content de river les individus à des groupes, non content de subordonner les droits de l'individu à ceux de la communauté plus ou moins puissante à laquelle il se doit d'appartenir, installe une mosaïque de revendications concurrentes dans laquelle l'intérêt général se perd. La collectivité ne tend plus vers l'universel, mais est rabattue vers une multiplicité de "minorités" jalouses qui la divisent et l'opposent à elle-même.
Un mode de fractionnement destructeur du débat politique
Ces oppositions en microdimension, nourries par l'appel à des identités souvent imaginaires, évacuent les oppositions sociales et politiques qui nourrissent le débat national et qui ne dépendent pas d'un "être" identitaire immuable, mais de situations politiques et économiques : "Quand les classes sociales passent à la trappe, les minorités visibles font leur apparition" - du reste le communautarisme, ici comme ailleurs, fait bon ménage avec les multinationales. Devant des inégalités, susbstituer l'explication ethnique à l'explication sociale (comme cela a été fait lors des émeutes de 2005) est une forme de diversion en même temps qu'une opération de subreption où les rapports structurels entre dominants et dominés sont convertis en rapports ontologiques: dès lors, les luttes sociales sont discréditées, il n'y a plus qu'à s'affronter entre "différences" irréductibles. Il en résulte un escamotage quasi-total des ouvriers et des employés de l'espace politique bienpensant. On reconnaît là, avec l'invention de fausses divisions qu'on jette au peuple comme un opium autodestructeur, un archaïsme que l'ouvrage situe parfaitement - le comble est que l'accusation de ringardise vient désormais frapper perpétuellement les classes populaires (les "beaufs"). C'est la réintroduction des "corps intermédiaires" dont la Révolution française nous a délivrés. Encore que cette comparaison fasse bien de l'honneur au communautarisme contemporain qui, comme le montre l'auteur, est bien souvent fondé sur des projections fantasmatiques.
Le mécanisme de l'entreprise communautariste : un retournement pervers et non représentatif
L'opération communautariste est analysée par J. Landfried avec une grande finesse et une grande lucidité. Le mécanisme originaire qui la soutient est un retournement pervers de la mentalité victimaire qui suivit la seconde guerre mondiale et qui s'accentua avec la fin des guerres coloniales. Le retour réflexif sur la déportation et le génocide fournit le modèle de la victimisation qui se répand, via la fin des guerres coloniales, et dont s'empare à terme toute "minorité" pour la transformer en chantage victimaire : il suffit dès lors de se présenter collectivement comme victime pour ériger la culpabilité nationale en repoussoir et pour lui demander "réparation". Retournement pervers qui, déformant et détournant le respect et les réparations légitimement dûes aux victimes de la déportation, installe aujourd'hui l'antisémitisme à peine voilé de certaines "communautés". Retournement pervers qui, reprenant à son profit le processus victimaire, appelle de ses voeux le corporatisme et la "démocratie d'association", revanche de Vichy sur le modèle républicain...
Dès lors la recette peut s'accommoder avec des ingrédients fort légers. Des entrepreneurs communautaires, au nom d'"identités" qu'ils prétendent représenter, brandissent une oppression et s'en autorisent pour réclamer, sous forme de réparation, des droits spécifiques aux dépens de la collectivité nationale toujours coupable. Le problème est que ces identités sont bien souvent fantasmées. On pense à l'exemple du mariage homosexuel pour ainsi dire jamais réclamé par les prétendus "intéressés", à la très grande faiblesse numérique des organisations "antiracistes", à celle des ethnonationalistes corses à peine capables de rassembler quelques centaines de personnes lors des "journées internationales" de Corte. On songe à l'UOIF - organisation islamique supposée la plus populaire - qui ne rassemble que 0,5% des musulmans pratiquants, ou au CRIF qui, dans l'hypothèse la plus favorable, ne rassemble qu'un sixième des Juifs de France...
Le politiquement correct et l'identification obligée
Ce constat numérique accablant explique que "les organisations communautaires font souvent rire ou exaspèrent ceux qu'elles sont censées représenter". Exaspérant en effet de se voir ainsi capté par des "représentants" auxquels on n'a rien demandé, mais qui se réclament d'une identification obligée. C'est ainsi qu'on ferme la bouche à tout le monde : toute critique interne (c'est-à-dire issue de ceux qui sont priés de procéder à cette identification) se voit taxée de "haine de soi", de déni d'identité, toute critique externe est automatiquement convertie en "-phobie", et le tour est joué, verrouillant toute tentative de débat rationnel. Là encore, l'opération n'est pas sans précédent dans l'histoire, on a connu jadis et naguère des effacements analogues fondés sur différents procédés de "rééducation" : l'autocensure règne en maître et a pour effet que "on finit par penser la communauté telle que les organisations communautaristes la définissent" - forcément puisqu'elles se proclament les seules autorisées à en parler ! Ainsi, si vous êtes musulman, s'il vous arrive d'être homosexuel, vous n'avez plus qu'à dire et à penser ce que les "représentants" proclamés de l'islam ou des homosexuels disent et pensent : non seulement vous serez mal vu de récuser votre appartenance communautaire, mais celle-ci vous épargnera le poids de la liberté ! Une novlangue du politiquement correct s'installe qui interdit ou rend brûlant l'usage de certains termes - on sait ce qu'il en a coûté à l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau de s'intéresser d'un peu trop près à l'esclavage - et frappe certaines critiques par l'infamie de "lepénisation". Plus qu'à des groupes de pression, on a affaire à des "groupes d'oppression", comme les appelait Philippe Muray.
Les résultats - ou plutôt les dégâts - sont spectaculaires. Le cortège des "discriminations positives" est le chantier le plus fécond de la déconstruction républicaine, puisqu'il s'agit tout simplement de récuser l'égalité des droits au profit d'une stratégie statistique qui nie le corps politique pour lui substituer une représentation destinée à "refléter" une prétendue composition de la population, composition que celle-ci ne définit pas elle-même, mais qui lui est fournie par une expertise douteuse qui lui échappe. Et du reste, la notion même de "population", pertinente en sciences humaines, ne l'est pas en politique, laquelle a pour fin de lutter contre les données et les pesanteurs sociales. Suffit-il de former un groupe pour constituer un peuple et n'y a-t-il pas un abîme entre un peuple ethnique et un peuple politique ? Il faudrait tout de même poser la question : en quoi puis-je faire confiance à un représentant sur le seul motif qu'il me ressemble ? Pourquoi une femme devrait-elle nécessairement mieux se reconnaître dans une femme, un Blanc dans un Blanc, un Noir dans un Noir ? Il y a là une accréditation des différences et une négation de toute circulation du débat politique, autrement dit une négation même de l'objet politique, réduit à des cristallisations intangibles, ramené à une tribalisation dont nous ont délivré les fondateurs de la pensée politique classique, Locke et Rousseau.
L'ontologisation des différences
Le ressort profond du processus repose sur un paralogisme vigoureusement dénoncé par l'auteur, partout répandu. Julien Landfried le décèle dès l'origine de l'opération communautariste : la mécanique d'accusation enclenchant la revendication victimaire prend sa source dans l'officialisation de la "culpabilité française sous Vichy", proclamée ouvertement dans la manie mémorielle qui écrit l'histoire à la place des historiens. Celle-ci identifie un moment de l'histoire de France avec son ensemble et glisse funestement de l'Etat français à la République par un sophisme identificateur. Et avec la République, pour faire bonne mesure, c'est à terme toute la philosophie des Lumières qui est convoquée au tribunal de l'histoire victimaire pour répondre à l'accusation de racisme, de colonialisme, d'uniformisation égalitaire : voilà ce qui unit profondément un mouvement rhétorique comme "les Indigènes de la République" au très chic, très intello et très néolibéral Institut Montaigne. Comme si l'Etat de Vichy n'avait pas été le seul à abroger la loi de 1791 accordant le statut de citoyen aux juifs. Comme si les lois républicaines confondaient systématiquement égalité et indifférenciation. Il suffit de relire les articles1, 6 et 13 de la Déclaration des droits de 1789 pour balayer ces inepties.
Ce paralogisme omniprésent n'est autre qu'une ontologisation des différences, il commande aussi bien l'entreprise communautariste que sa gestion, il en est le motif, l'effet et le but avoué. On a connu dans le passé bien des ontologies (du sang, de la race, de la destinée, de la nature, de la mission divine, de l'avant-garde...) qui ont prétendu s'ériger en politique pour être suffisamment averti des extrémités auxquelles elles conduisent : non merci, plus jamais ça.
Lire la note sur le blog Mezetulle.
Le communautarisme n'est pas un phénomène de mode importé des sociétés où le "lobbying" est une façon de peser sur les décisions politiques: c'est un véritable modèle anti-politique destiné à court-circuiter le modèle républicain et par lequel le clientélisme, supplantant l'assemblée des citoyens et de leurs représentants élus, se substitue à la volonté générale. Au-delà d'un modèle aux antipodes de l'association républicaine (qui ne connaît que des individus souverains) et ouvertement destiné à la détruire, c'est aussi un mode de pensée et une façon de vivre qui s'installent, avec une morale fondée sur le ressentiment dont le ressort principal est la culpabilité.
Communautés et communautarisme
Situons d'abord les concepts. Nul ne songe à remettre en cause l'existence, partout répandue, de communautés - sauf lorsqu'elles s'inspirent explicitement de motifs prohibés comme le racisme, l'antisémitisme, etc. Présenter la République française comme un lieu d'uniformisation et de nivellement est profondément faux : toute communauté peut non seulement se former librement mais peut recevoir un statut juridique grâce notamment à la loi sur les associations. Dire que la République française a "persécuté" les langues régionales est également une contre information - on sait peu que ces langues ont largement prospéré sous la IIIe République par le biais d'associations et d'académies locales, et aujourd'hui elles sont enseignées. Cet exemple permet de construire le concept communautarisme : une langue, puisqu'elle peut s'enseigner et se transmettre, n'est pas "par nature" réservée à un groupe particulier sur critère d'origine ou de naissance. Si par exemple le corse est enseigné dans des établissements publics, je dois pouvoir, moi qui ne suis pas d'origine corse et qui n'habite pas en Corse, passer une licence de corse et, si mon niveau me le permet, passer un CAPES me permettant d'enseigner cette langue, en Corse ou ailleurs. M'interdire de le faire au prétexte que je n'ai pas de "racines", vouloir réserver ces emplois à un groupe particulier, proposer une "corsisation" de certaines fonctions, c'est du communautarisme.
Ainsi le communautarisme consiste à ériger une "communauté" préalablement constituée comme un fait (et sur des critères souvent discutables) en force politique, en autorité politique dont la fin est d'établir des droits réservés aux membres de ladite "communauté" ou de les exempter de devoirs imposés au reste des citoyens. Avec le communautarisme, c'est bien la question de la reconnaissance politique et cellle de la déclinaison des droits qui est posée, avec lui, c'est le régime commutatif de l'égalité qui est remis en cause au profit d'un régime distributif d'"équité" - autrement dit de droits différenciés. A l'horizon se profile l'obligation d'appartenance, donc l'abandon de celui qui souhaite se détacher de toute communauté et n'être qu'un citoyen, et, avec les appartenances, l'inévitable rivalité qui les met en concurrence. Le communautarisme, non content de river les individus à des groupes, non content de subordonner les droits de l'individu à ceux de la communauté plus ou moins puissante à laquelle il se doit d'appartenir, installe une mosaïque de revendications concurrentes dans laquelle l'intérêt général se perd. La collectivité ne tend plus vers l'universel, mais est rabattue vers une multiplicité de "minorités" jalouses qui la divisent et l'opposent à elle-même.
Un mode de fractionnement destructeur du débat politique
Ces oppositions en microdimension, nourries par l'appel à des identités souvent imaginaires, évacuent les oppositions sociales et politiques qui nourrissent le débat national et qui ne dépendent pas d'un "être" identitaire immuable, mais de situations politiques et économiques : "Quand les classes sociales passent à la trappe, les minorités visibles font leur apparition" - du reste le communautarisme, ici comme ailleurs, fait bon ménage avec les multinationales. Devant des inégalités, susbstituer l'explication ethnique à l'explication sociale (comme cela a été fait lors des émeutes de 2005) est une forme de diversion en même temps qu'une opération de subreption où les rapports structurels entre dominants et dominés sont convertis en rapports ontologiques: dès lors, les luttes sociales sont discréditées, il n'y a plus qu'à s'affronter entre "différences" irréductibles. Il en résulte un escamotage quasi-total des ouvriers et des employés de l'espace politique bienpensant. On reconnaît là, avec l'invention de fausses divisions qu'on jette au peuple comme un opium autodestructeur, un archaïsme que l'ouvrage situe parfaitement - le comble est que l'accusation de ringardise vient désormais frapper perpétuellement les classes populaires (les "beaufs"). C'est la réintroduction des "corps intermédiaires" dont la Révolution française nous a délivrés. Encore que cette comparaison fasse bien de l'honneur au communautarisme contemporain qui, comme le montre l'auteur, est bien souvent fondé sur des projections fantasmatiques.
Le mécanisme de l'entreprise communautariste : un retournement pervers et non représentatif
L'opération communautariste est analysée par J. Landfried avec une grande finesse et une grande lucidité. Le mécanisme originaire qui la soutient est un retournement pervers de la mentalité victimaire qui suivit la seconde guerre mondiale et qui s'accentua avec la fin des guerres coloniales. Le retour réflexif sur la déportation et le génocide fournit le modèle de la victimisation qui se répand, via la fin des guerres coloniales, et dont s'empare à terme toute "minorité" pour la transformer en chantage victimaire : il suffit dès lors de se présenter collectivement comme victime pour ériger la culpabilité nationale en repoussoir et pour lui demander "réparation". Retournement pervers qui, déformant et détournant le respect et les réparations légitimement dûes aux victimes de la déportation, installe aujourd'hui l'antisémitisme à peine voilé de certaines "communautés". Retournement pervers qui, reprenant à son profit le processus victimaire, appelle de ses voeux le corporatisme et la "démocratie d'association", revanche de Vichy sur le modèle républicain...
Dès lors la recette peut s'accommoder avec des ingrédients fort légers. Des entrepreneurs communautaires, au nom d'"identités" qu'ils prétendent représenter, brandissent une oppression et s'en autorisent pour réclamer, sous forme de réparation, des droits spécifiques aux dépens de la collectivité nationale toujours coupable. Le problème est que ces identités sont bien souvent fantasmées. On pense à l'exemple du mariage homosexuel pour ainsi dire jamais réclamé par les prétendus "intéressés", à la très grande faiblesse numérique des organisations "antiracistes", à celle des ethnonationalistes corses à peine capables de rassembler quelques centaines de personnes lors des "journées internationales" de Corte. On songe à l'UOIF - organisation islamique supposée la plus populaire - qui ne rassemble que 0,5% des musulmans pratiquants, ou au CRIF qui, dans l'hypothèse la plus favorable, ne rassemble qu'un sixième des Juifs de France...
Le politiquement correct et l'identification obligée
Ce constat numérique accablant explique que "les organisations communautaires font souvent rire ou exaspèrent ceux qu'elles sont censées représenter". Exaspérant en effet de se voir ainsi capté par des "représentants" auxquels on n'a rien demandé, mais qui se réclament d'une identification obligée. C'est ainsi qu'on ferme la bouche à tout le monde : toute critique interne (c'est-à-dire issue de ceux qui sont priés de procéder à cette identification) se voit taxée de "haine de soi", de déni d'identité, toute critique externe est automatiquement convertie en "-phobie", et le tour est joué, verrouillant toute tentative de débat rationnel. Là encore, l'opération n'est pas sans précédent dans l'histoire, on a connu jadis et naguère des effacements analogues fondés sur différents procédés de "rééducation" : l'autocensure règne en maître et a pour effet que "on finit par penser la communauté telle que les organisations communautaristes la définissent" - forcément puisqu'elles se proclament les seules autorisées à en parler ! Ainsi, si vous êtes musulman, s'il vous arrive d'être homosexuel, vous n'avez plus qu'à dire et à penser ce que les "représentants" proclamés de l'islam ou des homosexuels disent et pensent : non seulement vous serez mal vu de récuser votre appartenance communautaire, mais celle-ci vous épargnera le poids de la liberté ! Une novlangue du politiquement correct s'installe qui interdit ou rend brûlant l'usage de certains termes - on sait ce qu'il en a coûté à l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau de s'intéresser d'un peu trop près à l'esclavage - et frappe certaines critiques par l'infamie de "lepénisation". Plus qu'à des groupes de pression, on a affaire à des "groupes d'oppression", comme les appelait Philippe Muray.
Les résultats - ou plutôt les dégâts - sont spectaculaires. Le cortège des "discriminations positives" est le chantier le plus fécond de la déconstruction républicaine, puisqu'il s'agit tout simplement de récuser l'égalité des droits au profit d'une stratégie statistique qui nie le corps politique pour lui substituer une représentation destinée à "refléter" une prétendue composition de la population, composition que celle-ci ne définit pas elle-même, mais qui lui est fournie par une expertise douteuse qui lui échappe. Et du reste, la notion même de "population", pertinente en sciences humaines, ne l'est pas en politique, laquelle a pour fin de lutter contre les données et les pesanteurs sociales. Suffit-il de former un groupe pour constituer un peuple et n'y a-t-il pas un abîme entre un peuple ethnique et un peuple politique ? Il faudrait tout de même poser la question : en quoi puis-je faire confiance à un représentant sur le seul motif qu'il me ressemble ? Pourquoi une femme devrait-elle nécessairement mieux se reconnaître dans une femme, un Blanc dans un Blanc, un Noir dans un Noir ? Il y a là une accréditation des différences et une négation de toute circulation du débat politique, autrement dit une négation même de l'objet politique, réduit à des cristallisations intangibles, ramené à une tribalisation dont nous ont délivré les fondateurs de la pensée politique classique, Locke et Rousseau.
L'ontologisation des différences
Le ressort profond du processus repose sur un paralogisme vigoureusement dénoncé par l'auteur, partout répandu. Julien Landfried le décèle dès l'origine de l'opération communautariste : la mécanique d'accusation enclenchant la revendication victimaire prend sa source dans l'officialisation de la "culpabilité française sous Vichy", proclamée ouvertement dans la manie mémorielle qui écrit l'histoire à la place des historiens. Celle-ci identifie un moment de l'histoire de France avec son ensemble et glisse funestement de l'Etat français à la République par un sophisme identificateur. Et avec la République, pour faire bonne mesure, c'est à terme toute la philosophie des Lumières qui est convoquée au tribunal de l'histoire victimaire pour répondre à l'accusation de racisme, de colonialisme, d'uniformisation égalitaire : voilà ce qui unit profondément un mouvement rhétorique comme "les Indigènes de la République" au très chic, très intello et très néolibéral Institut Montaigne. Comme si l'Etat de Vichy n'avait pas été le seul à abroger la loi de 1791 accordant le statut de citoyen aux juifs. Comme si les lois républicaines confondaient systématiquement égalité et indifférenciation. Il suffit de relire les articles1, 6 et 13 de la Déclaration des droits de 1789 pour balayer ces inepties.
Ce paralogisme omniprésent n'est autre qu'une ontologisation des différences, il commande aussi bien l'entreprise communautariste que sa gestion, il en est le motif, l'effet et le but avoué. On a connu dans le passé bien des ontologies (du sang, de la race, de la destinée, de la nature, de la mission divine, de l'avant-garde...) qui ont prétendu s'ériger en politique pour être suffisamment averti des extrémités auxquelles elles conduisent : non merci, plus jamais ça.
Lire la note sur le blog Mezetulle.
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Rédigé par Julien Landfried le Vendredi 16 Novembre 2007 à 20:37
Revue de presse
Essai pour le modèle républicain français, blog de Laurent Pinsolle, 6 novembre 2007
Si Nicolas Sarkozy semble avoir mis publiquement une sourdine à ses ambitions communautaristes, quelques récentes mesures (sur le comptage ethnique notamment) montrent que le danger reste présent. Retour sur les tentations communautaristes avec le livre de Julien Landfried.
Son livre, publié quasiment au même moment que celui de Malika Sorel (Le puzzle de l'intégration) montre incontestablement le renouveau du courant républicain en France. Julien Landfried est le co-fondateur et directeur de l'Observatoire du Communautarisme (www.communautarisme.net), qui publie depuis 2003 des analyses de chercheurs et d'intellectuels sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme. Ce livre représente donc la synthèse de quatre années passées à travailler sur ces questions. Il constitue donc une base de réflexion finement argumentée et extrêmement bien documentée, au service d'une certaine idée de la République, bien loin de la langue de bois de la plupart des dirigeants politiques de droite comme de gauche.
L'auteur commence par décrire les forces centrifuges qui attaquent le modèle républicain laïc, égalitaire et fraternel de notre pays. Elles viennent notamment d'organisations religieuses, ethniques ou régionales pas toujours très représentatives qui prétendent parler au nom de leur communauté pour obtenir des faveurs de l'Etat. Ces organisations exploitent souvent leur statut passé de victime pour en tirer des avantages ou un traitement différencié (loi spécifique de protection d'une minorité, discrimination positive.. .). Pourtant, même la société Américaine, particulièrement multiculturelle, commence à revenir sur ces pratiques qui n'ont pas prouvé leur efficacité. L'auteur dénonce cette victimisation permanente et les mirages de la discrimination positive qui revient in fine à de la discrimination contre la majorité. Pour aller plus loin sur le sujet, vous pouvez vous référer au livre de Malika Sorel.
L'auteur propose également une analyse particulièrement lucide de l'évolution de la gauche, qui, arrivée au pouvoir, a grosso modo cessé de se soucier des ouvriers, pour lesquels elle ne sait plus quoi faire, pour prendre comme nouvelle figure emblématique l'immigré. L'ensemble des forces de gauche s'est finalement défait de la lutte des classes pour entrer dans une lutte des communautés caricaturale où tout opposant est immédiatement accusé de frayer avec les idées de Jean-Marie Le Pen. En fait, cet abandon des classes populaires n'est sans doute pas étranger à l'abandon par ces classes populaires du vote de gauche. L'auteur décrit particulièrement bien le mécanisme qui fait qu'aujourd'hui les élites, profondément favorisées par l'évolution économique actuelle, se sont déconnectées du reste du pays en faisant de l'idée de nation une idée rétrograde, cocardière, vulgaire synonyme du vote Front National des classes populaires. Ces élites se sont alors réfugiées dans un idéal européiste dans lequel elles se retrouvent, mais que le peuple a rejeté le 29 mai 2005 (alors que l'élitiste Paris votait à 66% « oui »).
Malgré tout, une part d'optimisme doit être conservée. Comme le souligne l'auteur, ainsi que la presse anglo-saxonne même au plus fort des émeutes de l'automne 2005, le modèle d'intégration français fonctionne toujours. La société française est une société profondément tolérante et ouverte à l'autre. Pour preuve, les mariages mixtes restent monnaie courante alors qu'ils sont rarissimes aux Etats-Unis. Et à niveau social équivalent, la réussite des enfants immigrés reste équivalente à celle des Français de souche. L'auteur montre bien que ce sont les difficultés économiques des trente dernières années, qui, en touchant disproportionnellement les populations immigrées du fait de leur moindre qualification, sont en bonne partie responsables des difficultés actuelles. La priorité des priorités reste encore et toujours de trouver des solutions au chômage de masse et à la faible croissance.
Parce que notre modèle est attaqué et qu'il convient de le défendre, Contre le communautarisme est un livre hautement recommandable. Il permet de mieux comprendre les attaques contre le modèle républicain Français, pourquoi ce modèle doit être défendu et il trace des solutions pour l'avenir. N'hésitez pas à vous rendre sur le blog du livre à l'adresse suivante : http://www.communautarisme.net/contre/
Source : Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin
Voir la note sur le blog de Laurent Pinsolle
Son livre, publié quasiment au même moment que celui de Malika Sorel (Le puzzle de l'intégration) montre incontestablement le renouveau du courant républicain en France. Julien Landfried est le co-fondateur et directeur de l'Observatoire du Communautarisme (www.communautarisme.net), qui publie depuis 2003 des analyses de chercheurs et d'intellectuels sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme. Ce livre représente donc la synthèse de quatre années passées à travailler sur ces questions. Il constitue donc une base de réflexion finement argumentée et extrêmement bien documentée, au service d'une certaine idée de la République, bien loin de la langue de bois de la plupart des dirigeants politiques de droite comme de gauche.
L'auteur commence par décrire les forces centrifuges qui attaquent le modèle républicain laïc, égalitaire et fraternel de notre pays. Elles viennent notamment d'organisations religieuses, ethniques ou régionales pas toujours très représentatives qui prétendent parler au nom de leur communauté pour obtenir des faveurs de l'Etat. Ces organisations exploitent souvent leur statut passé de victime pour en tirer des avantages ou un traitement différencié (loi spécifique de protection d'une minorité, discrimination positive.. .). Pourtant, même la société Américaine, particulièrement multiculturelle, commence à revenir sur ces pratiques qui n'ont pas prouvé leur efficacité. L'auteur dénonce cette victimisation permanente et les mirages de la discrimination positive qui revient in fine à de la discrimination contre la majorité. Pour aller plus loin sur le sujet, vous pouvez vous référer au livre de Malika Sorel.
L'auteur propose également une analyse particulièrement lucide de l'évolution de la gauche, qui, arrivée au pouvoir, a grosso modo cessé de se soucier des ouvriers, pour lesquels elle ne sait plus quoi faire, pour prendre comme nouvelle figure emblématique l'immigré. L'ensemble des forces de gauche s'est finalement défait de la lutte des classes pour entrer dans une lutte des communautés caricaturale où tout opposant est immédiatement accusé de frayer avec les idées de Jean-Marie Le Pen. En fait, cet abandon des classes populaires n'est sans doute pas étranger à l'abandon par ces classes populaires du vote de gauche. L'auteur décrit particulièrement bien le mécanisme qui fait qu'aujourd'hui les élites, profondément favorisées par l'évolution économique actuelle, se sont déconnectées du reste du pays en faisant de l'idée de nation une idée rétrograde, cocardière, vulgaire synonyme du vote Front National des classes populaires. Ces élites se sont alors réfugiées dans un idéal européiste dans lequel elles se retrouvent, mais que le peuple a rejeté le 29 mai 2005 (alors que l'élitiste Paris votait à 66% « oui »).
Malgré tout, une part d'optimisme doit être conservée. Comme le souligne l'auteur, ainsi que la presse anglo-saxonne même au plus fort des émeutes de l'automne 2005, le modèle d'intégration français fonctionne toujours. La société française est une société profondément tolérante et ouverte à l'autre. Pour preuve, les mariages mixtes restent monnaie courante alors qu'ils sont rarissimes aux Etats-Unis. Et à niveau social équivalent, la réussite des enfants immigrés reste équivalente à celle des Français de souche. L'auteur montre bien que ce sont les difficultés économiques des trente dernières années, qui, en touchant disproportionnellement les populations immigrées du fait de leur moindre qualification, sont en bonne partie responsables des difficultés actuelles. La priorité des priorités reste encore et toujours de trouver des solutions au chômage de masse et à la faible croissance.
Parce que notre modèle est attaqué et qu'il convient de le défendre, Contre le communautarisme est un livre hautement recommandable. Il permet de mieux comprendre les attaques contre le modèle républicain Français, pourquoi ce modèle doit être défendu et il trace des solutions pour l'avenir. N'hésitez pas à vous rendre sur le blog du livre à l'adresse suivante : http://www.communautarisme.net/contre/
Source : Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin
Voir la note sur le blog de Laurent Pinsolle
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laurent pinsolle
Rédigé par Julien Landfried le Mardi 06 Novembre 2007 à 10:03
Revue de presse
Contre le communautarisme, entretien de Julien Landfried, Utopie critique, n°42, 4ème trimestre 2007 (octobre), pages 39 à 45
Dans cet entretien à la revue Utopie critique, Julien Landfried (directeur de l'Observatoire du communautarisme) explicite la thèse de son essai "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007) et le sens du passage d'une société politiquement organisée par la lutte de classes à une société organisée autour des minorités victimaires. Il se livre ici à une déconstruction critique de l'antiracisme médiatico-associatif et au rôle de substitution joué par l'immigrationnisme militant pour la gauche, suite au choix surplombant d'abandon des références socialistes traditionnelles.
Lire l'entretien sur le site de l'Observatoire du communautarisme ou le télécharger et l'imprimer au format PDF ci-dessous.
Voir le site d'Utopie critique.
Lire l'entretien sur le site de l'Observatoire du communautarisme ou le télécharger et l'imprimer au format PDF ci-dessous.
Voir le site d'Utopie critique.
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utopie critique
Rédigé par Julien Landfried le Vendredi 12 Octobre 2007 à 16:08
Non au communautarisme, Entretien de Julien Landfried à la revue Humanisme (revue des Francs-Maçons du Grand Orient de France), n°278, septembre 2007, pages 9 à 15.
Humanisme n°278, septembre 2007
Voilà déjà quatre ans que l'Observatoire du communautarisme publie sur l'Internet des analyses de chercheurs et d'intellectuels sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme. Après la réussite de ce site exemplaire, Julien Landfried, son cofondateur et directeur, passe pour la première fois à l'essai avec Contre le communautarisme (Armand Colin, 2007). A lire d'urgence pour faire le point et méditer en ces temps difficiles.
Humanisme : Quel est le but de cet essai, parallèlement au travail de l'Observatoire du communautarisme ?
Julien Landfried : Le but était de proposer une synthèse sous la forme d'un livre, mieux adapté pour des textes plus longs. Le problème du site internet de l'Observatoire du communautarisme (www.communautarisme.net), c'est qu'il a accumulé un grand nombre de ressources sur quantité de sujets sans nécessairement fournir une matrice permettant de comprendre la cohérence de l'ensemble. Pour les lecteurs assidus, pas de problème certes. Mais pour les autres, il fallait lever les ambiguïtés, dissiper les malentendus, revenir sur plusieurs interprétations erronées de notre travail. Ce livre vise, disons, à la formation et à l'intervention critique, et il vise celles et ceux qui ont un certain engagement politique.
Humanisme : Est-ce aussi une manière de faire un bilan ?
Julien Landfried : Oui. L'Observatoire a accompli un travail considérable : près d'un millier d'articles en ligne. Nous étions d'abord dans cette logique de production, d'où trois ou quatre articles proposés par semaine. Or, sur différents sujets, nous avons déjà publié les textes les plus significatifs, le site se présentant comme une école de formation en ligne, assortie d'une dimension spécifiquement polémique. Nous avons par conséquent fait le tour de plusieurs questions : par exemple, en matière de discrimination positive, nous proposons presque toutes les ressources critiques en langue française. Il fallait passer à autre chose. En novembre 2006, le colloque que nous avons organisé au Sénat avec le Comité Laïcité République (« La République face aux communautarismes ») en était l'illustration : il tendait à nous conférer une autre stature, tout en nous permettant de rencontrer notre public physiquement. Le livre a un impact beaucoup plus important que le site sur un public très ciblé et très militant. L'objectif était d'être lu par des personnes engagées dans des responsabilités politiques ou intellectuelles.
Humanisme : Quel est l'apport de l'Observatoire à cette synthèse ?
Julien Landfried : Un double apport. D'une part, avec la dimension visible de l'Observatoire : le site internet. D'autre part, avec sa dimension invisible : grâce à l'accumulation des lectures, la multiplicité des rencontres ainsi que l'ensemble des correspondances privées. D'où, en définitive, un gros travail de conceptualisation, de clarification et de vulgarisation et que, d'ailleurs, j'ai dû poursuivre et que je poursuis à l'occasion de la présentation même du livre.
Humanisme : Pourquoi ce titre ?
Julien Landfried : Je ne suis pas très satisfait du titre. J'aurais préféré intituler cet essai Du communautarisme, ce qui aurait été à la fois plus universitaire et plus neutre, et moins « bêtement » réactif. Mais le titre choisi a le mérite d'être directement identifiable et d'ailleurs beaucoup, quand on leur parle de l'Observatoire et quand ils s'interrogent en matière de communautarisme, se positionnent pour ou contre. Preuve que le positionnement a son importance.
Humanisme : Se positionner en s'opposant ?
Julien Landfried : Oui. La création de l'Observatoire s'est soldée par la volonté de rompre avec les pratiques militantes ou associatives des milieux républicains, parce qu'elles n'étaient pas tournées vers la production mais plutôt vers le côté groupusculaire et nombriliste, en additionnant les pétitions de principe… Il fallait en finir avec cet héritage du militantisme de gauche des années 1960 et 1970, car les gens se moquent aujourd'hui des « J'accuse ! » à la Zola. Premièrement, n'est pas Zola qui veut ! Ensuite, il s'agissait surtout de nommer l'adversaire et non de se payer de mots. L'Internet s'est présenté comme particulièrement adapté pour présenter une bonne bibliothèque républicaine, diffuser des idées, polémiquer, contourner la « censure » de la presse et faire avancer la réflexion de manière tout à fait autonome.
Humanisme : D'où une critique des sciences sociales.
Julien Landfried : Je suis consterné par leur niveau en France. Elles se nourrissent de tropismes nord-américains et se caractérisent par des déclarations tout à fait inintelligibles. On importe des lectures nord-américaines, si savantes soient-elles, au mépris de ce qui se passe en France. Une sociologie sérieuse doit décrire son périmètre d'études, énoncer des hypothèses; les valider, etc. : on ne regarde pas la France avec des outils nord-américains et inversement. Il faut une contextualisation historique rigoureuse. Il me semble que cette approche s'est complètement perdue dans les sciences sociales. On passe son temps à importer des interprétations en les calquant sur des réalités qui ne sont jamais tout à fait analysées. L'un des intérêts de notre Observatoire, c'est de donner un volume important de données factuelles, c'est-à-dire qu'on trouve dans la presse, dans les publications ou sur les sites communautaires, et qui sont étonnement absentes de nombreux travaux “universitaires”.
Humanisme : Quelle définition donneriez-vous du communautarisme ?
Julien Landfried : Il existe plusieurs possibilités de définition. Mais, dans le cadre français, il s'agit de la dynamique créée par la rencontre entre : a) des responsables communautaires (responsables de presse ou d'associations communautaires et, disons, « entrepreneurs » communautaires individuels, lesquels ont une surface médiatique leur permettant de faire avancer leurs idées dans l'espace public, ont des revendications d'ordre politique ou symbolique, ont accès aux médias, ou sont parfois pris dans des jeux financiers avec les pouvoirs publics ; b) des responsables politiques qui cherchent, identifient et sollicitent des responsables communautaires en tant qu'interlocuteurs dans la population quadrillant et segmentant le marché électoral ; et c) les médias, puisqu'un responsable communautaire sans accès aux médias n'a aucune visibilité. En effet, dans le cas français, le responsable communautaire s'appuie sur une base numérique extrêmement faible et, s'il ne dispose pas de médias pour amplifier, voire faire exploser tout rapport avec la réalité, il n'y aura aucune dynamique communautaire. Telle est la situation : non des communautés démographiques fermées sur elles-mêmes (qui peuvent exister à la marge, mais qui caractérisent beaucoup plus les pays anglo-saxons ou l'Allemagne, dont les taux de mariages mixtes sont très faibles), mais bien des entrepreneurs communautaires ayant des revendications et traitant avec les politiques et les médias.
Humanisme : Les dernières élections ont-elles joué un rôle particulier en matière de communautarisme ?
Julien Landfried : Elles ont obscurci le tableau. Elles ont marqué le retour sur scène de l'idée nationale, notamment avec le candidat Sarkozy qui était jusque-là le spécialiste incontesté de la segmentation du marché électoral par communautés. Par conséquent, la séquence électorale n'a pas permis de mettre en relief les dynamiques communautaristes : comme il s'agit de dynamiques la plupart du temps cachées, se faisant dans l'ombre ou ne donnant pas lieu en tout cas à une grande visibilité, ces dynamiques ont des calendriers politiques différents des calendriers électoraux.
Humanisme : Quelles sont les questions qui vous semblent d'actualité ?
Julien Landfried : Le travail visant à dévoiler et à dénoncer les stratégies d'organisations communautaires, lui, est déjà bien engagé. Désormais, le combat doit être politique et intellectuel, il doit concerner les partis politiques et notamment la gauche. Prenons le cas des nominations au gouvernement, qui se sont largement inspirées de la politique de discrimination positive. Il faut qu'on ait une Arabe, une Noire, etc., voilà leur esprit et ce indépendamment de toutes compétences, de toute expérience. Rama Yade par exemple, ce n'est plus de la nomination communautaire, c'est de la nomination ethnique. Cette personne n'a rien à son actif, son curriculum vitae est quasiment vierge. Et la gauche, elle, de regretter : ce que la gauche n'a pas réussi à faire, la droite le fait ! Dans quelque temps, on verra mieux que ce qui n'est aujourd'hui qu'une mode n'aura servi à rien. La présence d'une Arabe ou d'une Noire dans un gouvernement ne change absolument rien à la politique… Toute la difficulté du problème, c'est que lorsqu'on commence à s'affaiblir d'un côté, on s'affaiblit partout. C'est ce que j'appelle « la perversion du principe d'égalité » : quand le principe d'égalité s'effondre, les avantages indus réclamés par telle ou telle catégorie sont réclamés par les autres au nom même du principe d'égalité… Souvent, les plus grands adversaires du républicanisme le font au nom du républicanisme. C'est au nom de l'égalité qu'on détruit l'égalité.
Humanisme : Qu'attendez-vous des nouvelles générations ?
Julien Landfried : Je n'attends pas grand-chose des quadragénaires et quinquagénaires qui espèrent être aux commandes. Ils n'ont pas la carrure et la clarté idéologique nécessaires. Je mise plutôt sur la génération des trente, trente-cinq ans qui, la plupart du temps, ont subi les effets de la discrimination positive dans le monde politique - avec la parité, les minorités visibles, etc. - et qui militent pour un retour au républicanisme et à une certaine lutte des classes, puisque les conflits économiques surplombent très largement les discriminations ethno-raciales.
Humanisme : En matière de communautarisme, quelle est selon vous la pensée dominante des élites ?
Julien Landfried : Cette pensée s'appuie sur le remplacement de la nation démocratique par l'idéal européen comme technostructure, à quoi s'ajoute le remplacement de la matrice marxiste des différences socioéconomiques par celle des différences communautaires. Selon cette pensée dominante, la société n'est plus régie par des conflits de classes, mais par des conflits communautaires. Cependant, dans les élites, il y a des poches de résistance, d'ambiguïté ou d'hésitation. Dans cette configuration, mieux vaut énoncer un discours clair, comme l'a prouvé le travail de notre Observatoire.
Humanisme : Et en dehors des élites ?
Julien Landfried : En France, la plupart des gens ont intégré l'idée que leurs voisins doivent avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs qu'eux. Cette idée est restée beaucoup plus forte et plus résiliente dans les couches populaires que dans les élites, qui sont travaillées par des idéologies d'importation, par la volonté de casser le lien démocratique avec le peuple, par des stratégies économiques de fuite hors des mécanismes de solirarité nationale (c'est la thématique du chantage à l'évasion fiscale), etc.
Humanisme : Condamneriez-vous le personnel politique ?
Julien Landfried : Quand je considère ce qu'il est devenu, quel affaissement ! Le problème des jeunes générations tient d'ailleurs à cela : il y a cinquante ans, on disposait de figures d'une certaine étoffe, alors qu'aujourd'hui on les compte sur le doigt d'une main. Pour l'essentiel, le personnel politique n'a d'idée sur rien, ne lit pas et n'a aucune vision. Il est en permanence prêt à des compromis sur des sujets sur lesquels on ne transige pas. Je crois qu'il y a dans le peuple une pratique plus résiliente.
Humanisme : N'est-ce pas une position volontariste ?
Julien Landfried : Non. Dans les milieux les plus intellectualisés, il y a une mécompréhension complète de l'histoire de France, qu'on réduit à une succession de catastrophes et de massacres, ainsi qu'une mécompréhension complète de notre société, réduite à trois catégories polémiques : primo, les intellectuels de gauche qui sont le bien absolu ; secundo, les immigrés qu'il faut défendre envers et contre tout et, tertio, les autres sur lesquels il faut sans cesse taper. Dans les milieux populaires comme ceux de mes parents, il y a une compréhension beaucoup plus concrète de la République et de l'histoire de France. La France, c'est un certain idéalisme concret. C'est aussi un antiracisme concret. Il ne suffit pas d'être antiraciste par respect pour sa femme de ménage ! Il faut aussi accepter de vivre avec les immigrés. Le grand délire de la gauche actuellement, c'est de pétitionner pour les “sans-papiers” sans être capables de vivre avec eux, c'est-à-dire en ne voulant surtout pas vivre avec eux. Ma position ne résulte donc pas d'un pari.
Humanisme : Elle résulte de la conjugaison entre une certaine idée de la République, une certaine idée de la Nation et votre histoire personnelle.
Julien Landfried : Oui, l'idée républicaine est la seule qui permette de penser à la fois la méritocratie, l'écart social, la lutte pour l'amélioration de tous, etc. De ce point de vue-là et si on lui associe une certaine idée nationale - l'idée qu'on ne vient pas de nulle part, que nos ancêtres n'ont pas tous été des salauds mais qu'un peu de modestie ne fait pas de mal ! -, il s'agit bien d'une triangulation.
Humanisme : Dans ce combat contre le communautarisme, votre indépendance surprend. Que pensez-vous, par exemple, de Caroline Fourest ?
Julien Landfried : J'ai lu la plupart des livres de Caroline Fourest et j'ai même été abonné à la revue Prochoix qu'elle co-dirige avec Fiammetta Venner. Sur le fond, je pense que Fourest et Prochoix ne sont pas des républicains. Par exemple, dire que Ramadan est communautariste parce qu'il critique l'homosexualité (comme la majorité des intellectuels affiliés à un courant religieux, quelle que soit sa tendance, et son degré de radicalité) n'a rien de républicain, c'est simplement du gauchisme culturel. Quand on est laïque, on accepte que les personnes de telle ou telle religion aient une pensée religieuse dans leur vie privée : tant que leur croyance ne touche pas au domaine public, elle ne saurait faire l'objet de reproches. Il y a tout un pan très significatif de la pensée de Caroline Fourest qui relève plus du stalinisme de gauche - cette volonté de faire la chasse aux sorcières permanente sur les fascistes potentiels, les homophobes potentiels,… Notre but n'était pas d'établir des listes comme l'a fait Prochoix en dressant celle des maires opposés au Pacs, attitude digne du maccarthysme. Ce progressisme de Fourest et de Prochoix est une des tares de la gauche. De même, Ni Putes Ni Soumises a toujours été une anarque. Je connais la banlieue, j'en suis issu. Je sais que SOS Racisme et Ni Putes Ni Soumises n'existent pas : ce sont des créatures médiatiques. J'ai toujours pensé que les personnes qui étaient à leur tête s'appuyaient sur des structures financées indûment par la République : pour être clair, des machines à créer des emplois imaginaires et qui ne produisaient absolument rien (qui produit le rapport annuel sur le racisme ? Non SOS-Racisme ou les autres associations antiracistes, mais la CNCDH !). Pour moi, Ni Putes Ni Soumises est une machine à créer de l'islamisme politique. Dans un quartier où se trouve un imam intégriste faisant son travail et Ni Putes Ni Soumises, c'est-à-dire des beurettes qui ont envie de passer à la télévision, le choix est très vite fait. Il y a des gens qui seront capables de recruter localement et d'autres qui n'en seront jamais capables. Preuve que le milieu antiraciste est d'une inutilité profonde, il a une matrice intellectuelle globalement identique, mais qui fait des choix tactiques différents. Si d'un côté on donne la priorité à l'antisémitisme et, de l'autre, à l'islamophobie, c'est pour moi exactement la même chose. L'antiracisme authentique, ce n'est pas l'antiracisme de hiérarchisation permanente, de prébendes, de positionnement médiatique, etc. Je ne vois pas d'ailleurs comment on peut travailler avec des associations comme SOS Racisme qui, en dix ans, ont retourné leur veste sur tous les sujets (assimilation, voile islamique, délinquance des jeunes, etc.), ou à l'instar de Ni Putes Ni Soumises : en six mois, Fadela Amara dit qu'elle est contre la loi sur le voile pour déclarer ensuite qu'elle est pour, sans donner aucune explication… Est-ce sérieux sur le plan politique? Avec le recul, l'Observatoire a bien fait de n'être jamais dans une stratégie d'alliance. Pour le reste, étant donné les ruines laissées par la gauche, et qui ont des conséquences sur l'ensemble du spectre politique, il y a encore beaucoup à faire.
Propos recueillis par Bertrand Levergeois
À LIRE
J. Landfried, Contre le communautarisme, Paris, Armand Colin, 2007, 18 €.
À CONSULTER
Le site de l'Observatoire du communautarisme : www.communautarisme.net
Le blog de l'essai : www.communautarisme.net/contre
Voir la présentation de la revue sur le site du Grand Orient de France.
Humanisme : Quel est le but de cet essai, parallèlement au travail de l'Observatoire du communautarisme ?
Julien Landfried : Le but était de proposer une synthèse sous la forme d'un livre, mieux adapté pour des textes plus longs. Le problème du site internet de l'Observatoire du communautarisme (www.communautarisme.net), c'est qu'il a accumulé un grand nombre de ressources sur quantité de sujets sans nécessairement fournir une matrice permettant de comprendre la cohérence de l'ensemble. Pour les lecteurs assidus, pas de problème certes. Mais pour les autres, il fallait lever les ambiguïtés, dissiper les malentendus, revenir sur plusieurs interprétations erronées de notre travail. Ce livre vise, disons, à la formation et à l'intervention critique, et il vise celles et ceux qui ont un certain engagement politique.
Humanisme : Est-ce aussi une manière de faire un bilan ?
Julien Landfried : Oui. L'Observatoire a accompli un travail considérable : près d'un millier d'articles en ligne. Nous étions d'abord dans cette logique de production, d'où trois ou quatre articles proposés par semaine. Or, sur différents sujets, nous avons déjà publié les textes les plus significatifs, le site se présentant comme une école de formation en ligne, assortie d'une dimension spécifiquement polémique. Nous avons par conséquent fait le tour de plusieurs questions : par exemple, en matière de discrimination positive, nous proposons presque toutes les ressources critiques en langue française. Il fallait passer à autre chose. En novembre 2006, le colloque que nous avons organisé au Sénat avec le Comité Laïcité République (« La République face aux communautarismes ») en était l'illustration : il tendait à nous conférer une autre stature, tout en nous permettant de rencontrer notre public physiquement. Le livre a un impact beaucoup plus important que le site sur un public très ciblé et très militant. L'objectif était d'être lu par des personnes engagées dans des responsabilités politiques ou intellectuelles.
Humanisme : Quel est l'apport de l'Observatoire à cette synthèse ?
Julien Landfried : Un double apport. D'une part, avec la dimension visible de l'Observatoire : le site internet. D'autre part, avec sa dimension invisible : grâce à l'accumulation des lectures, la multiplicité des rencontres ainsi que l'ensemble des correspondances privées. D'où, en définitive, un gros travail de conceptualisation, de clarification et de vulgarisation et que, d'ailleurs, j'ai dû poursuivre et que je poursuis à l'occasion de la présentation même du livre.
Humanisme : Pourquoi ce titre ?
Julien Landfried : Je ne suis pas très satisfait du titre. J'aurais préféré intituler cet essai Du communautarisme, ce qui aurait été à la fois plus universitaire et plus neutre, et moins « bêtement » réactif. Mais le titre choisi a le mérite d'être directement identifiable et d'ailleurs beaucoup, quand on leur parle de l'Observatoire et quand ils s'interrogent en matière de communautarisme, se positionnent pour ou contre. Preuve que le positionnement a son importance.
Humanisme : Se positionner en s'opposant ?
Julien Landfried : Oui. La création de l'Observatoire s'est soldée par la volonté de rompre avec les pratiques militantes ou associatives des milieux républicains, parce qu'elles n'étaient pas tournées vers la production mais plutôt vers le côté groupusculaire et nombriliste, en additionnant les pétitions de principe… Il fallait en finir avec cet héritage du militantisme de gauche des années 1960 et 1970, car les gens se moquent aujourd'hui des « J'accuse ! » à la Zola. Premièrement, n'est pas Zola qui veut ! Ensuite, il s'agissait surtout de nommer l'adversaire et non de se payer de mots. L'Internet s'est présenté comme particulièrement adapté pour présenter une bonne bibliothèque républicaine, diffuser des idées, polémiquer, contourner la « censure » de la presse et faire avancer la réflexion de manière tout à fait autonome.
Humanisme : D'où une critique des sciences sociales.
Julien Landfried : Je suis consterné par leur niveau en France. Elles se nourrissent de tropismes nord-américains et se caractérisent par des déclarations tout à fait inintelligibles. On importe des lectures nord-américaines, si savantes soient-elles, au mépris de ce qui se passe en France. Une sociologie sérieuse doit décrire son périmètre d'études, énoncer des hypothèses; les valider, etc. : on ne regarde pas la France avec des outils nord-américains et inversement. Il faut une contextualisation historique rigoureuse. Il me semble que cette approche s'est complètement perdue dans les sciences sociales. On passe son temps à importer des interprétations en les calquant sur des réalités qui ne sont jamais tout à fait analysées. L'un des intérêts de notre Observatoire, c'est de donner un volume important de données factuelles, c'est-à-dire qu'on trouve dans la presse, dans les publications ou sur les sites communautaires, et qui sont étonnement absentes de nombreux travaux “universitaires”.
Humanisme : Quelle définition donneriez-vous du communautarisme ?
Julien Landfried : Il existe plusieurs possibilités de définition. Mais, dans le cadre français, il s'agit de la dynamique créée par la rencontre entre : a) des responsables communautaires (responsables de presse ou d'associations communautaires et, disons, « entrepreneurs » communautaires individuels, lesquels ont une surface médiatique leur permettant de faire avancer leurs idées dans l'espace public, ont des revendications d'ordre politique ou symbolique, ont accès aux médias, ou sont parfois pris dans des jeux financiers avec les pouvoirs publics ; b) des responsables politiques qui cherchent, identifient et sollicitent des responsables communautaires en tant qu'interlocuteurs dans la population quadrillant et segmentant le marché électoral ; et c) les médias, puisqu'un responsable communautaire sans accès aux médias n'a aucune visibilité. En effet, dans le cas français, le responsable communautaire s'appuie sur une base numérique extrêmement faible et, s'il ne dispose pas de médias pour amplifier, voire faire exploser tout rapport avec la réalité, il n'y aura aucune dynamique communautaire. Telle est la situation : non des communautés démographiques fermées sur elles-mêmes (qui peuvent exister à la marge, mais qui caractérisent beaucoup plus les pays anglo-saxons ou l'Allemagne, dont les taux de mariages mixtes sont très faibles), mais bien des entrepreneurs communautaires ayant des revendications et traitant avec les politiques et les médias.
Humanisme : Les dernières élections ont-elles joué un rôle particulier en matière de communautarisme ?
Julien Landfried : Elles ont obscurci le tableau. Elles ont marqué le retour sur scène de l'idée nationale, notamment avec le candidat Sarkozy qui était jusque-là le spécialiste incontesté de la segmentation du marché électoral par communautés. Par conséquent, la séquence électorale n'a pas permis de mettre en relief les dynamiques communautaristes : comme il s'agit de dynamiques la plupart du temps cachées, se faisant dans l'ombre ou ne donnant pas lieu en tout cas à une grande visibilité, ces dynamiques ont des calendriers politiques différents des calendriers électoraux.
Humanisme : Quelles sont les questions qui vous semblent d'actualité ?
Julien Landfried : Le travail visant à dévoiler et à dénoncer les stratégies d'organisations communautaires, lui, est déjà bien engagé. Désormais, le combat doit être politique et intellectuel, il doit concerner les partis politiques et notamment la gauche. Prenons le cas des nominations au gouvernement, qui se sont largement inspirées de la politique de discrimination positive. Il faut qu'on ait une Arabe, une Noire, etc., voilà leur esprit et ce indépendamment de toutes compétences, de toute expérience. Rama Yade par exemple, ce n'est plus de la nomination communautaire, c'est de la nomination ethnique. Cette personne n'a rien à son actif, son curriculum vitae est quasiment vierge. Et la gauche, elle, de regretter : ce que la gauche n'a pas réussi à faire, la droite le fait ! Dans quelque temps, on verra mieux que ce qui n'est aujourd'hui qu'une mode n'aura servi à rien. La présence d'une Arabe ou d'une Noire dans un gouvernement ne change absolument rien à la politique… Toute la difficulté du problème, c'est que lorsqu'on commence à s'affaiblir d'un côté, on s'affaiblit partout. C'est ce que j'appelle « la perversion du principe d'égalité » : quand le principe d'égalité s'effondre, les avantages indus réclamés par telle ou telle catégorie sont réclamés par les autres au nom même du principe d'égalité… Souvent, les plus grands adversaires du républicanisme le font au nom du républicanisme. C'est au nom de l'égalité qu'on détruit l'égalité.
Humanisme : Qu'attendez-vous des nouvelles générations ?
Julien Landfried : Je n'attends pas grand-chose des quadragénaires et quinquagénaires qui espèrent être aux commandes. Ils n'ont pas la carrure et la clarté idéologique nécessaires. Je mise plutôt sur la génération des trente, trente-cinq ans qui, la plupart du temps, ont subi les effets de la discrimination positive dans le monde politique - avec la parité, les minorités visibles, etc. - et qui militent pour un retour au républicanisme et à une certaine lutte des classes, puisque les conflits économiques surplombent très largement les discriminations ethno-raciales.
Humanisme : En matière de communautarisme, quelle est selon vous la pensée dominante des élites ?
Julien Landfried : Cette pensée s'appuie sur le remplacement de la nation démocratique par l'idéal européen comme technostructure, à quoi s'ajoute le remplacement de la matrice marxiste des différences socioéconomiques par celle des différences communautaires. Selon cette pensée dominante, la société n'est plus régie par des conflits de classes, mais par des conflits communautaires. Cependant, dans les élites, il y a des poches de résistance, d'ambiguïté ou d'hésitation. Dans cette configuration, mieux vaut énoncer un discours clair, comme l'a prouvé le travail de notre Observatoire.
Humanisme : Et en dehors des élites ?
Julien Landfried : En France, la plupart des gens ont intégré l'idée que leurs voisins doivent avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs qu'eux. Cette idée est restée beaucoup plus forte et plus résiliente dans les couches populaires que dans les élites, qui sont travaillées par des idéologies d'importation, par la volonté de casser le lien démocratique avec le peuple, par des stratégies économiques de fuite hors des mécanismes de solirarité nationale (c'est la thématique du chantage à l'évasion fiscale), etc.
Humanisme : Condamneriez-vous le personnel politique ?
Julien Landfried : Quand je considère ce qu'il est devenu, quel affaissement ! Le problème des jeunes générations tient d'ailleurs à cela : il y a cinquante ans, on disposait de figures d'une certaine étoffe, alors qu'aujourd'hui on les compte sur le doigt d'une main. Pour l'essentiel, le personnel politique n'a d'idée sur rien, ne lit pas et n'a aucune vision. Il est en permanence prêt à des compromis sur des sujets sur lesquels on ne transige pas. Je crois qu'il y a dans le peuple une pratique plus résiliente.
Humanisme : N'est-ce pas une position volontariste ?
Julien Landfried : Non. Dans les milieux les plus intellectualisés, il y a une mécompréhension complète de l'histoire de France, qu'on réduit à une succession de catastrophes et de massacres, ainsi qu'une mécompréhension complète de notre société, réduite à trois catégories polémiques : primo, les intellectuels de gauche qui sont le bien absolu ; secundo, les immigrés qu'il faut défendre envers et contre tout et, tertio, les autres sur lesquels il faut sans cesse taper. Dans les milieux populaires comme ceux de mes parents, il y a une compréhension beaucoup plus concrète de la République et de l'histoire de France. La France, c'est un certain idéalisme concret. C'est aussi un antiracisme concret. Il ne suffit pas d'être antiraciste par respect pour sa femme de ménage ! Il faut aussi accepter de vivre avec les immigrés. Le grand délire de la gauche actuellement, c'est de pétitionner pour les “sans-papiers” sans être capables de vivre avec eux, c'est-à-dire en ne voulant surtout pas vivre avec eux. Ma position ne résulte donc pas d'un pari.
Humanisme : Elle résulte de la conjugaison entre une certaine idée de la République, une certaine idée de la Nation et votre histoire personnelle.
Julien Landfried : Oui, l'idée républicaine est la seule qui permette de penser à la fois la méritocratie, l'écart social, la lutte pour l'amélioration de tous, etc. De ce point de vue-là et si on lui associe une certaine idée nationale - l'idée qu'on ne vient pas de nulle part, que nos ancêtres n'ont pas tous été des salauds mais qu'un peu de modestie ne fait pas de mal ! -, il s'agit bien d'une triangulation.
Humanisme : Dans ce combat contre le communautarisme, votre indépendance surprend. Que pensez-vous, par exemple, de Caroline Fourest ?
Julien Landfried : J'ai lu la plupart des livres de Caroline Fourest et j'ai même été abonné à la revue Prochoix qu'elle co-dirige avec Fiammetta Venner. Sur le fond, je pense que Fourest et Prochoix ne sont pas des républicains. Par exemple, dire que Ramadan est communautariste parce qu'il critique l'homosexualité (comme la majorité des intellectuels affiliés à un courant religieux, quelle que soit sa tendance, et son degré de radicalité) n'a rien de républicain, c'est simplement du gauchisme culturel. Quand on est laïque, on accepte que les personnes de telle ou telle religion aient une pensée religieuse dans leur vie privée : tant que leur croyance ne touche pas au domaine public, elle ne saurait faire l'objet de reproches. Il y a tout un pan très significatif de la pensée de Caroline Fourest qui relève plus du stalinisme de gauche - cette volonté de faire la chasse aux sorcières permanente sur les fascistes potentiels, les homophobes potentiels,… Notre but n'était pas d'établir des listes comme l'a fait Prochoix en dressant celle des maires opposés au Pacs, attitude digne du maccarthysme. Ce progressisme de Fourest et de Prochoix est une des tares de la gauche. De même, Ni Putes Ni Soumises a toujours été une anarque. Je connais la banlieue, j'en suis issu. Je sais que SOS Racisme et Ni Putes Ni Soumises n'existent pas : ce sont des créatures médiatiques. J'ai toujours pensé que les personnes qui étaient à leur tête s'appuyaient sur des structures financées indûment par la République : pour être clair, des machines à créer des emplois imaginaires et qui ne produisaient absolument rien (qui produit le rapport annuel sur le racisme ? Non SOS-Racisme ou les autres associations antiracistes, mais la CNCDH !). Pour moi, Ni Putes Ni Soumises est une machine à créer de l'islamisme politique. Dans un quartier où se trouve un imam intégriste faisant son travail et Ni Putes Ni Soumises, c'est-à-dire des beurettes qui ont envie de passer à la télévision, le choix est très vite fait. Il y a des gens qui seront capables de recruter localement et d'autres qui n'en seront jamais capables. Preuve que le milieu antiraciste est d'une inutilité profonde, il a une matrice intellectuelle globalement identique, mais qui fait des choix tactiques différents. Si d'un côté on donne la priorité à l'antisémitisme et, de l'autre, à l'islamophobie, c'est pour moi exactement la même chose. L'antiracisme authentique, ce n'est pas l'antiracisme de hiérarchisation permanente, de prébendes, de positionnement médiatique, etc. Je ne vois pas d'ailleurs comment on peut travailler avec des associations comme SOS Racisme qui, en dix ans, ont retourné leur veste sur tous les sujets (assimilation, voile islamique, délinquance des jeunes, etc.), ou à l'instar de Ni Putes Ni Soumises : en six mois, Fadela Amara dit qu'elle est contre la loi sur le voile pour déclarer ensuite qu'elle est pour, sans donner aucune explication… Est-ce sérieux sur le plan politique? Avec le recul, l'Observatoire a bien fait de n'être jamais dans une stratégie d'alliance. Pour le reste, étant donné les ruines laissées par la gauche, et qui ont des conséquences sur l'ensemble du spectre politique, il y a encore beaucoup à faire.
Propos recueillis par Bertrand Levergeois
À LIRE
J. Landfried, Contre le communautarisme, Paris, Armand Colin, 2007, 18 €.
À CONSULTER
Le site de l'Observatoire du communautarisme : www.communautarisme.net
Le blog de l'essai : www.communautarisme.net/contre
Voir la présentation de la revue sur le site du Grand Orient de France.
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Rédigé par Julien Landfried le Jeudi 11 Octobre 2007 à 17:14
Revue de presse
Quand le communautarisme déconstruit la République, Tony Andréani, BibliObs (le site littéraire de NouvelObs.com), 5 octobre 2007.
Pour qui veut voir clair dans les débats sur les multiples déclinaisons du communautarisme (théorisation de la «différence», pénalisation de la «discrimination», revendications de droits pour des communautés ségréguées, déclarations de «repentance», politiques de discrimination positive), il faut absolument lire l'ouvrage de Julien Landfried. L'auteur sait ce dont il parle: il a animé le site «Observatoire du communautarisme», auquel j'ai également participé, et il a à peu près tout lu sur la question. On sait ainsi que le communautarisme – ethnique, religieux, de genre, sexuel – est défendu aussi bien par l'extrême droite que par l'extrême gauche, qu'il est porté par des associations (telles que le Crif, l'UOIF, certains groupes féministes, Act up) et des mouvements régionalistes (corse, breton) très minoritaires, que des partis politiques, de droite comme de gauche, y cherchent des clientèles électorales.
Julien Landfried pourrait se contenter de réaffirmer les principes républicains, à l'heure où la République est tellement galvaudée. Le républicanisme est une philosophie politique, reposant sur l'universalisme : tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits, et la nation française est avant tout une nation civique, où la seule question qui vaille est celle de l'effectivité des droits et de la mesure des devoirs, en fonction des capacités de chacun. Dès lors cette nation est «une et indivisible»: toutes les différences relèvent de l'espace privé (comme l'admettait d'ailleurs, ce qui est généralement méconnu, Jean-Jacques Rousseau), et elles sont protégées par le principe de laïcité. Mais il montre aussi que tous les compromis par rapport à ces principes aboutissent à la désintégration de la nation civique et à la multiplication sans fin des conflits. Admettre des «différences» au sein du peuple, c'est aller d'un « droit à la différence » vers une différence des droits. Ce qui donnera lieu à une surenchère permanente et engendrera des attitudes de ressentiment. Par exemple le communautarisme juif (qui est le fait d'une toute petite minorité) a servi de modèle au communautarisme musulman (lui aussi bien plus porté par des «entrepreneurs communautaires» autoproclamés que par la masse des fidèles), et il a suscité, en croyant les combattre, bien des délires racistes. Les proclamations, officielles (Jacques Chirac) ou non, de «repentance» confondent les crimes de l'Etat, à un certain moment de son histoire, avec la réalité profonde d'une nation en fait très disposée à l'intégration de l'étranger, ainsi qu'en témoigne son taux exceptionnel d'exogamie.
Mais le plus intéressant dans l'essai de Julien Landfried est la recherche des causes de la dérive communautariste dans un pays qui est lui est si principiellement hostile. Le mouvement vient de loin : de la désagrégation d'une société structurée autour de ses groupes sociaux et traversée par des conflits sociaux tournant autour de la problématique récurrente de la République sociale. Ce que résume cette formule frappante: «Quand les classes sociales passent à la trappe, les minorités “visibles” font leur apparition». Il a trouvé un soutien dans l'intelligentsia (Landfried aurait pu ici souligner l'influence du «postmodernisme») Mais lourde est surtout la responsabilité des élites politiques. On peut le comprendre de la part de la droite, qui a tout intérêt à occulter les conflits de classe, que le capitalisme contemporain menace sans cesse d'aiguiser, au profit de «minorités» victimes de discriminations, par rapport auxquelles on mènera des politiques humanitaristes ou charitables, accompagnées d'un fort volet répressif envers leurs fauteurs de troubles. Mais c'est paradoxal de la part d'une gauche, en particulier socialiste, qui a donné dans le même registre en oubliant ses fondamentaux. Comme on l'a vu par exemple avec l'utilisation de SOS Racisme et la diabolisation du Front national. Calcul politicien? Mépris d'une nomenklatura, largement issue de la haute Fonction publique, pour les couches populaires, et en particulier pour les ouvriers? Acceptation d'une idéologie fondée sur la concurrence des winners et des losers? Toujours est-il que cette gauche paie aujourd'hui lourdement la facture. Quant à l'extrême gauche, elle s'égare en absolvant toutes les violences et en acceptant toutes les revendications identitaires pour les enrôler dans une improbable «multitude» qui serait le nouveau sujet de la révolution. Le républicanisme, que l'on disait enterré avec l'Etat-nation, a refait surface à gauche ces dernières années. Julien Landfried lui fournit, avec cet ouvrage, un très solide argumentaire, sur un ton à la fois incisif et mesuré, dont il faudra se souvenir à la fois en termes de programme et de stratégie, si l'on veut que la France ne sombre pas dans une Europe également gangrenée par le communautarisme, ne donne pas dans un nationalisme de pacotille (l'auteur pourrait rajouter aujourd'hui un chapitre sur la récupération sarkozyste), garde un message à délivrer et une politique propre dans le maelstrom de la mondialisation.
Tony Andréani
Professeur émérite de sciences politiques
Université de Paris 8
Julien Landfried, «Contre le communautarisme», Armand Colin, 2007, 188 p.
Lire la recension sur le site BibliObs
Julien Landfried pourrait se contenter de réaffirmer les principes républicains, à l'heure où la République est tellement galvaudée. Le républicanisme est une philosophie politique, reposant sur l'universalisme : tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits, et la nation française est avant tout une nation civique, où la seule question qui vaille est celle de l'effectivité des droits et de la mesure des devoirs, en fonction des capacités de chacun. Dès lors cette nation est «une et indivisible»: toutes les différences relèvent de l'espace privé (comme l'admettait d'ailleurs, ce qui est généralement méconnu, Jean-Jacques Rousseau), et elles sont protégées par le principe de laïcité. Mais il montre aussi que tous les compromis par rapport à ces principes aboutissent à la désintégration de la nation civique et à la multiplication sans fin des conflits. Admettre des «différences» au sein du peuple, c'est aller d'un « droit à la différence » vers une différence des droits. Ce qui donnera lieu à une surenchère permanente et engendrera des attitudes de ressentiment. Par exemple le communautarisme juif (qui est le fait d'une toute petite minorité) a servi de modèle au communautarisme musulman (lui aussi bien plus porté par des «entrepreneurs communautaires» autoproclamés que par la masse des fidèles), et il a suscité, en croyant les combattre, bien des délires racistes. Les proclamations, officielles (Jacques Chirac) ou non, de «repentance» confondent les crimes de l'Etat, à un certain moment de son histoire, avec la réalité profonde d'une nation en fait très disposée à l'intégration de l'étranger, ainsi qu'en témoigne son taux exceptionnel d'exogamie.
Mais le plus intéressant dans l'essai de Julien Landfried est la recherche des causes de la dérive communautariste dans un pays qui est lui est si principiellement hostile. Le mouvement vient de loin : de la désagrégation d'une société structurée autour de ses groupes sociaux et traversée par des conflits sociaux tournant autour de la problématique récurrente de la République sociale. Ce que résume cette formule frappante: «Quand les classes sociales passent à la trappe, les minorités “visibles” font leur apparition». Il a trouvé un soutien dans l'intelligentsia (Landfried aurait pu ici souligner l'influence du «postmodernisme») Mais lourde est surtout la responsabilité des élites politiques. On peut le comprendre de la part de la droite, qui a tout intérêt à occulter les conflits de classe, que le capitalisme contemporain menace sans cesse d'aiguiser, au profit de «minorités» victimes de discriminations, par rapport auxquelles on mènera des politiques humanitaristes ou charitables, accompagnées d'un fort volet répressif envers leurs fauteurs de troubles. Mais c'est paradoxal de la part d'une gauche, en particulier socialiste, qui a donné dans le même registre en oubliant ses fondamentaux. Comme on l'a vu par exemple avec l'utilisation de SOS Racisme et la diabolisation du Front national. Calcul politicien? Mépris d'une nomenklatura, largement issue de la haute Fonction publique, pour les couches populaires, et en particulier pour les ouvriers? Acceptation d'une idéologie fondée sur la concurrence des winners et des losers? Toujours est-il que cette gauche paie aujourd'hui lourdement la facture. Quant à l'extrême gauche, elle s'égare en absolvant toutes les violences et en acceptant toutes les revendications identitaires pour les enrôler dans une improbable «multitude» qui serait le nouveau sujet de la révolution. Le républicanisme, que l'on disait enterré avec l'Etat-nation, a refait surface à gauche ces dernières années. Julien Landfried lui fournit, avec cet ouvrage, un très solide argumentaire, sur un ton à la fois incisif et mesuré, dont il faudra se souvenir à la fois en termes de programme et de stratégie, si l'on veut que la France ne sombre pas dans une Europe également gangrenée par le communautarisme, ne donne pas dans un nationalisme de pacotille (l'auteur pourrait rajouter aujourd'hui un chapitre sur la récupération sarkozyste), garde un message à délivrer et une politique propre dans le maelstrom de la mondialisation.
Tony Andréani
Professeur émérite de sciences politiques
Université de Paris 8
Julien Landfried, «Contre le communautarisme», Armand Colin, 2007, 188 p.
Lire la recension sur le site BibliObs
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Rédigé par Julien Landfried le Vendredi 05 Octobre 2007 à 19:20
Revue de presse
Menacantes « victimes », entretien de Julien Landfried, Royaliste, propos receuillis par B. La Richardais, n°909, 17 septembre 2007.
Julien Landfried est le fondateur et le directeur de l'Observatoire du communautarisme, créé voici quatre ans pour défendre les principes de la République face aux diverses manifestations des associations qui se fondent sur le particularisme ethnique, l'exclusivisme religieux ou la différence sexuelle avec la complicité des médias et de diverses organisations politiques plus soucieuses de démagogie que de citoyenneté. Dans un essai récent, il expose et dénonce la thématique des « minorités visibes », des entrepreneurs victimaires et des « lois mémorielles » pour inciter à la contre-offensive.
Royaliste : Contre le communautarisme (1) est le fruit d'un travail collectif effectué depuis quatre ans dans le cadre de l'Observatoire du communautarisme…
Julien Landfried : Oui. Nous voulions rompre avec le « politiquement correct » sur le communautarisme, lui opposer des textes philosophiques de référence et engager un combat intellectuel contre des adversaires nommément désignés qui avaient l'habitude de se protéger par tout un système d'intimidation. Cette attitude polémique et ironique a provoqué au début des réticences chez nos amis du courant républicain qui ont perdu la capacité de nommer l'adversaire et l'habitude de prendre, par conséquent, des risques politiques.
Cet essai a pour ambition de proposer une synthèse des travaux de l'Observatoire et de compléter la réflexion sur des questions qui étaient difficiles à traiter complètement sur notre site (2).
Royaliste : Comment a-t-on pu passer d'un modèle fondé sur le concept de lutte des classes à un modèle centré sur ce que vous appelez les minorités victimaires ?
Julien Landfried : La substitution du communautarisme politique au traditionnel progressisme de gauche qui mêlait à la fois la dénonciation des puissances de l'argent et la lutte pour les droits des travailleurs n'est explicable que dans le temps long des idées politiques. Il faudrait – mais la place me manque ici pour être exhaustif – analyser l'un des angles morts de l'ultra-libéralisme politique (et de son pendant l'« extrème gauche culturelle ») qui est le développement d'une logique de guerre civile juridique et la transformation d'une société de citoyens en société de plaignants ; l'abandon progressif par la gauche de l'ensemble du monde occidental de référence à la classe ouvrière au moment précis où celle-ci était trahie par l'expérience du pouvoir ; le développement de l'antiracisme médiatique comme illustration de la nouvelle haine de classe des possédants ; les stratégies opportunistes des élites communautaires dans le cadre des po
Royaliste : Contre le communautarisme (1) est le fruit d'un travail collectif effectué depuis quatre ans dans le cadre de l'Observatoire du communautarisme…
Julien Landfried : Oui. Nous voulions rompre avec le « politiquement correct » sur le communautarisme, lui opposer des textes philosophiques de référence et engager un combat intellectuel contre des adversaires nommément désignés qui avaient l'habitude de se protéger par tout un système d'intimidation. Cette attitude polémique et ironique a provoqué au début des réticences chez nos amis du courant républicain qui ont perdu la capacité de nommer l'adversaire et l'habitude de prendre, par conséquent, des risques politiques.
Cet essai a pour ambition de proposer une synthèse des travaux de l'Observatoire et de compléter la réflexion sur des questions qui étaient difficiles à traiter complètement sur notre site (2).
Royaliste : Comment a-t-on pu passer d'un modèle fondé sur le concept de lutte des classes à un modèle centré sur ce que vous appelez les minorités victimaires ?
Julien Landfried : La substitution du communautarisme politique au traditionnel progressisme de gauche qui mêlait à la fois la dénonciation des puissances de l'argent et la lutte pour les droits des travailleurs n'est explicable que dans le temps long des idées politiques. Il faudrait – mais la place me manque ici pour être exhaustif – analyser l'un des angles morts de l'ultra-libéralisme politique (et de son pendant l'« extrème gauche culturelle ») qui est le développement d'une logique de guerre civile juridique et la transformation d'une société de citoyens en société de plaignants ; l'abandon progressif par la gauche de l'ensemble du monde occidental de référence à la classe ouvrière au moment précis où celle-ci était trahie par l'expérience du pouvoir ; le développement de l'antiracisme médiatique comme illustration de la nouvelle haine de classe des possédants ; les stratégies opportunistes des élites communautaires dans le cadre des po





