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Entretien pour l'Observatoire du communautarisme, 07/06/2005
A l'occasion de la sortie en poche de son essai Le Monde comme si (2002), Françoise Morvan, analyse, dans ce long entretien exclusif à l'Observatoire du communautarisme la nature du "mouvement breton", de son idéologie et de ses soutiens. Un témoignage documenté et accablant sur l'idéologie des nationalistes bretons, l'aveuglement d'une certaine gauche et la chape de plomb qui entoure cette question en Bretagne.
Entretien réalisé par courrier électronique
B[Observatoire du communautarisme : Vous avez publié en 2002 un essai, Le Monde comme si, qui vient de reparaître en collection de poche Babel/Actes sud. Pouvez-vous nous rappeler l’objet de cet essai ? ]b
B[Françoise Morvan]b : Le sous-titre, « nationalisme et dérive identitaire en Bretagne », précise bien l’objet du livre, je crois, même si le titre « Le Monde comme si » peut sembler assez énigmatique. Je l’ai emprunté au folkloriste Arnold Van Gennep, citant lui-même le philosophe Vaihinger qui constate que « Les hommes sont tous, sauf quand il s’agit des sciences proprement dites, dans l’état mental et affectif des enfants qui écoutent des contes de Perrault ou qui assistent à une représentation de Guignol. Ils font comme s’ils croyaient vraiment à la réalité des personnages, bien qu’ils sachent que dans la vie courante il n’y a ni fées ni Guignol… » Vu que c’est en éditant des contes de fées que je me suis trouvée obligée d’ouvrir les yeux et de ne plus faire comme si les mythes que véhicule le « mouvement breton » étaient vrais, l’allusion m’a semblé de circonstance. D’autant que, plus j’avançais dans mes recherches, plus je voyais que les politiciens, appuyés par les média, faisaient désormais comme si le monde mythique du nationalisme breton devait s’imposer au réel.
B[OC : Quel a été votre parcours personnel ?]b
B[FM :]b Mon parcours, que je raconte dans ce livre, a été celui, on ne peut plus banal, d’une fille de Bretons émigrés en banlieue qui idéalise la Bretagne des vacances et rêve de retourner y vivre — ce que je finis par faire, puisque, agrégée de lettres, j’obtiens un poste dans une petite ville du Trégor. J’essaie d’intéresser mes élèves au breton (qu’ils ne parlent pas, sauf rare exception), je suis moi-même des cours de breton, sans trop me poser de questions sur la méthode adoptée. À cette occasion, je rencontre des « militants bretons », sans me poser de questions non plus sur leur itinéraire, leurs motivations, ce qui a pu les amener même, en certains cas, à aller poser des bombes dans les endroits les plus incongrus. En quête d’une école maternelle où ma fille ne soit pas brimée, j’entreprends de fonder avec des amis une école Diwan, où elle ne veut, d’ailleurs, pas mettre les pieds — bref, encore une fois, rien que de banal pour quelqu’un qui s’intéresse d’un peu près à la culture bretonne. On a voulu me présenter comme une militante nationaliste bretonne subitement convertie au nationalisme français, mais si tous les parents dont les enfants vont à Diwan devenaient des militants, ça en ferait des troupes (et, moi, en plus, j’étais un parent d’enfant qui n’allait pas à Diwan).
B[OC : Sur quoi reposait alors votre intérêt pour la culture bretonne ? ]b
FM : Ce qui m’intéressait, c’était la possibilité de travailler à partir d’une culture populaire en la sortant du populisme, d’écrire autrement, de vivre autrement. Je ne voyais pas les implications idéologiques des thèses défendues par les militants bretons pour la bonne raison que leurs visées m’étaient totalement étrangères. L’indépendance de la Bretagne, l’enseignement obligatoire du breton, la reconnaissance du peuple breton, ça ne me concernait pas : j’aimais le breton parce que son enseignement n’était pas obligatoire, je l’aurais certainement détesté s’il m’avait été enseigné au lycée, et je ne me voyais pas enrôlée dans un peuple breton, avec bannière et hymne national…
J’ai dû assister à deux ou trois réunions d’Emgann (parti indépendantiste) puisqu’il y avait toujours des « prisonniers politiques bretons » à délivrer, mais comme je trouvais idiot de noircir des panneaux routiers et de faire sauter des bâtiments en bon état, je n’éprouvais pas de commisération. Les militants de l’UDB (Union Démocratique Bretonne - parti autonomiste), avec leurs colliers de barbe à la saint Joseph et leur air de sortir de l’Inspection académique pour distribuer des pénitences, il était entendu que c’étaient des raseurs. Du reste du « mouvement breton », de droite ou d’extrême droite, nous ne savions rien. Tout le monde était « de gauche », dévoué, prêt à sacrifier son temps et son argent pour une culture démunie.
Sur ces bases simplistes, donner de l’argent à Diwan allait de soi, acheter des revues en breton allait de soi (pas pour les lire, pour les soutenir), et c’est encore par une espèce d’esprit de solidarité que, quand le professeur Pierre Denis, dit Per Denez, qui dirigeait le département de celtique à l’université de Rennes m’a proposé de diriger ma thèse, j’ai accepté : thèse non rentable, sur un sujet sans intérêt stratégique, dans un département comptant un nombre infime de chercheurs, mais j’étais déjà docteur d’Etat et je ne comptais pas faire carrière, donc, je pouvais me dévouer en donnant sans compter mon temps à des recherches sur le folklore. Le sujet que j’avais choisi (le folklorisme en Basse-Bretagne) répondait à une question que je me posais depuis longtemps : comment se faisait-il que la culture populaire, si vivante encore, autour de moi, avait pu donner une littérature folklorique aussi conventionnelle…
Lire la suite de l'entretien publié sur le site de l'Observatoire du communautarisme
Le Groupe Information Bretagne (GRIB) entend apporter des informations indépendantes et documentées sur l'histoire de la Bretagne (dans la mesure où elle fait l'objet d'une réécriture contestable) et sur l'actualité bretonne (dans la mesure où il en est rendu compte de manière biaisée). Son but est de rappeler des faits occultés par la dérive communautariste actuelle accompagnée, sinon induite, par le mouvement nationaliste breton. Le GRIB est totalement indépendant et ne peut être tenu pour responsable que des textes publiés sur son site propre. |
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