Publications et analyses du Groupe Information Bretagne sur le mouvement nationaliste breton - www.groupe-information-bretagne.info
Principales publications du GRIB
La résistance bafouée
Le livre que les nationalistes bretons attendaient tous : "Résistance et conscience bretonne" de Jean-Jacques Monnier.
Introduction
I. ABSENCE D'UN LIVRE OMNIPRÉSENT ou le poids de la propagande
II. ABSENCE DES FAITS RENDUS PRÉSENTS ou les militants bretons donnés pour résistants
1. Le poids du nul
2. Silences et travestissements
A. Une histoire rendue absente
B. La saga des ombres
• Breiz Atao et Morvan Marchal
• Ar Falz et Sohier
• Les Seiz Breur et Creston
C. Le combat autonomiste changé en combat résistant
III. OMNIPRÉSENCE DE L'ABSENCE ou les résistants présentés comme militants bretons
1. L'étrange affaire du « groupe Liberté »
A. Six petits scouts qui n'avaient rien compris
B. Six petits scouts qui disaient déjà tout
• L'ethnie contre la race
• L'à peu près tout et le n'importe quoi
• La fibre
2. L'hermine, la faucille et le marteau
A. Communisme et autonomiste, même combat ?
B. L'héritage de la Résistance détourné au profit du « combat breton »
C. Ceux qui n'en étaient pas en seront aussi
• Les égarés
• Les enrôlés
• Les convertis tardifs
• Les malgré eux
Conclusion
----
Consultez la publication ci-dessous au format PDF.
LA RÉSISTANCE BAFOUÉE.pdf
(1.84 MB)
Principales publications du GRIB
Breizh Touch au grisbi
par Françoise Morvan, essayiste, Libération, 21 septembre 2007
Le défilé de trois mille musiciens bretons, dimanche sur les Champs-Elysées (et sur TF1), dissimule une opération de marketing identitaire.
La Breizh Touch, présentée par la presse sur le mode exalté, a d'abord laissé ceux qui l'évoquaient légèrement perplexes : fallait-il dire braisetouche, breill'z'touch', braÿztoutch, brézteutch, breÿc'htaoutch, brèysstatch, brèzteuch ? Breizh, autrement dit Bretagne en breton surunifié, désormais devenu officiel. En effet, en 1941, sur ordre du dignitaire nazi en charge des affaires bretonnes, l'orthographe du breton, déjà unifiée à l'exception de celle du dialecte vannetais, a été surunifiée, le mot Breizh étant le symbole même de cette surunification, le «zh» signifiant que l'on prononce Breih en vannetais et Breiz ailleurs.
Pour les bretonnants de naissance, le mot Breizh, accolé au mot touch, du verbe touchañ, conduire les bestiaux, était énigmatique, mais au diable les hésitations : une fois compris que le mot Bretagne, sous la forme Breizh, uni à un vocable anglo-américain, se change en label commercialisable, tout devient clair.
Et, pour ceux qui peineraient encore à comprendre, en tout petits caractères, au bas d'une affiche montrant une tour Eiffel saucissonnée de manière à ressembler à un phare breton (le célèbre phare du label «produit en Bretagne»), se trouve la traduction : Breizh Touch = esprit Bretagne.
La Breizh Touch, brassant bagadou, cyber-fest-noz (au pluriel: cyberioù-festoù-noz), Breizh-en-Seine avec en prime océan-high-tech, expo-Breizh-numérique et Breizh-parade retransmise dimanche prochain par TF1 en direct des Champs-Elysées, va donc déferler : trois mille sonneurs sonnants défilant en bagadou comme les formations paramilitaires dont ils sont issus - «une panzerdivision, la musique en plus», pour reprendre les termes de Jean-Pierre Pichard, le président du Festival interceltique de Lorient (1).
C'est lui qui a eu l'idée de cette manifestation paroxystique de la celte attitude unissant Bretons, Irlandais, Gallois et autres frères de race, tels que Galiciens et Acadiens du Nouveau-Brunswick (dont il est convenu de ne pas demander ce qu'ils ont de celte).
La Breizh Touch est le complément de la celte attitude : le Breton qui ne l'a pas est un faux Breton, celui qui n'en veut pas est un mauvais Breton, et celui qui n'apprécie pas la Breizh Touch est un jacobin. Le jacobin est l'ennemi du Breton : il est français. Le Français n'a pas la Breizh Touch ; il a une identité faible, quoi qu'en dise Sarkozy, et n'a donc pas lieu d'en être fier. Le Breton, lui, a une identité forte ; il le prouve par la Breizh Touch qui la promeut ; voilà pourquoi il est fier d'être breton.
Le Breton qui n'est pas fier d'être breton n'est pas un bon Breton, et le Breton qui dit que cette bretonnerie labellisée le dégoûte est antibreton.
L'antibreton, fort susceptible d'être aussi jacobin, vous expliquera que cette opération de business identitaire appuyée par les médias soutenus par des industriels est une opération politique.
L'antibreton évoquera en termes malséants le label «produit en Bretagne» dont le phare sur fond bleu et jaune orne désormais pâtés, andouilles, livres et CD. Il dénoncera l'indispensable «yoghourtisation de la culture». L'expression est de Reynald Secher, auteur d'une Histoire de la Bretagne en bande dessinée dénoncée en son temps dans les colonnes de Libération. «Il faut yoghourtiser la culture bretonne», aurait-il affirmé, d'après le Huchoer, journal indépendantiste breton.
Bien que cela n'intéresse personne, l'antibreton ne manquera pas de rappeler que «produit en Bretagne» est une association émanant de l'Institut de Locarn.
L'association «produit en Bretagne» a été déclarée en préfecture le 9 février 1995 avec pour siège l'Institut de Locarn (cultures et stratégies internationales).
Le 14 mai 1993 avait été déclarée une première association Coudenhove-Kalergi-Aristide-Briand établissant les liens de l'Institut de Locarn avec l'Union paneuropéenne fondée par le comte de Coudenhove-Kalergi.
Les principes de la pan-Europe sont simples : christianisme, anticommunisme, reconnaissance du droit des groupes ethniques à l'autodétermination.
Rien d'étonnant donc si l'archiduc Otto de Habsbourg, son président d'honneur, connu pour ses liens avec l'Opus Dei, est venu en personne inaugurer l'Institut de Locarn.
Produit en Bretagne est une association complémentaire, au service d'un projet politique : faire de la Bretagne un dragon celtique dans une Europe des ethnies enfin délivrée de l'esprit des Lumières.
L'antibreton s'acharnera à démontrer que l'Institut de Locarn, rassemblant un club de patrons bretons pleins d'ardeur à servir leur région, nourrit un projet réactionnaire visant à en finir avec l'héritage de la Révolution française : privatisation, libéralisation, démantèlement des lois sociales, recours à l'identitaire pour inscrire la Bretagne dans une Europe des régions unissant les nations celtes en voie d'obtenir leur indépendance.
Oui, pourquoi le nier, le pays de Galles, l'Irlande et l'Ecosse doivent servir de référence au modèle breton.
Il faudra bien que le Français à l'identité faible accorde son autonomie au Breton, dont l'identité forte sera révélée sur les Champs-Elysées avec la force d'une panzerdivision par le biniou et, comme le dit Pichard, la musique en plus.
Le vrai Breton est fier que Patrick Le Lay, un des fondateurs de l'Institut de Locarn, et Patrick Poivre d'Arvor s'associent aux patrons bretons pour célébrer son identité et la lui révéler : Le Lay, qui proclame haut et fort qu'il n'est pas français mais breton, nationaliste breton, a déjà fondé TV Breizh avec François Pinault, Rupert Murdoch et Silvio Berlusconi ; quoi de plus naturel qu'il soit associé à son ami Pinault pour célébrer la Breizh Touch ?
L'antibreton, qui se proclame le plus souvent de gauche, ira jusqu'à s'étonner que ce soient des élus socialistes, le président du conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, et le maire de Paris, qui aient pris l'initiative de cette dérive identitaire brassant tous les vieux thèmes de Breiz Atao à l'ombre du drapeau breton. Rappelons que Breiz Atao est le nom d'un groupe autonomiste breton rendu célèbre par sa collaboration avec les nazis. L'un de ses fondateurs, Maurice, dit Morvan, Marchal, a dessiné en 1923 le drapeau breton à bandes noires et blanches, appelé gwenn-ha-du («blanc et noir»).
L'antibreton dénoncera le communautarisme de la droite du PS, son allégeance au patronat ultralibéral. Il rappellera que Jean-Yves Le Drian, président socialiste du conseil régional, est allé en juin 2006 présenter son programme à l'Institut de Locarn, jurant de faire de la Bretagne une nouvelle Irlande avec l'appui des autonomistes qu'il a fait entrer au conseil régional. Et il relèvera, bien sûr, le coût de la Breizh Touch : 2,5 millions d'euros dont 1,5 million sorti tout droit de la poche des Bretons, qui se prononcent majoritairement, quand on les consulte, contre la décentralisation, sans même parler de l'autonomie, à laquelle ils vont avoir droit, bien qu'ils soient moins de 3 % à la demander.
L'antibreton acharné ira jusqu'à parcourir le site Internet de la Breizh Touch et railler les propos tenus par les grands auteurs invités pour la célébrer.
Il vous citera en ricanant les déclarations d'Irène Frain sur la Breton pride, celles d'Alan Stivell expliquant qu'il a découvert son identité à l'âge de 9 ans, quand son père a inventé la harpe celtique (laquelle allait devenir, comme le drapeau et le bagad, mis au point peu avant, le symbole millénaire de l'identité bretonne) et celles d'Erik Orsenna assurant que, partout dans le monde, il trouve une bouteille de Coca-Cola et un Breton, et qu'il aime mieux le Breton.
L'antibreton, qui ne comprend pas que l'important pour le Breton c'est de faire la fête, dénonce la cocacolisation du Breton après la yogourthisation de la culture, et voit dans la Breizh Touch une bécassinade à relents ethnistes. Une bécassinade ! Quand tant de personnes qui font la preuve de leur compétence dans le domaine qui est le leur participent à cette vaste opération… C'est le comble.
------------------
(1) Ouest-France, 7 août 2007.
Auteure du Monde comme si, nationalisme et dérive identitaire en Bretagne, paru chez Babel/Actes Sud en 2005.
Article paru dans Libération
Principales publications du GRIB
Les ethno-régionalismes et la Charte des langues régionales et minoritaires
Intervention de Françoise Morvan lors du colloque « La République face aux communautarismes » organisé au Sénat le 24 novembre 2006.
Les circonstances qui m'ont conduite à faire cette enquête sont elles-mêmes assez curieuses : au cours de mes recherches sur la dérive nationaliste en Bretagne , j'avais été amenée à essayer de comprendre comment un certain Jean Adolphe dit Yann Fouéré, et son bras droit Joseph Martray, étaient passés de la collaboration avec les nazis à la reconstitution de réseaux ethnistes après l'Occupation. J'avais constaté que l'une des premières actions de Martray avait été de fonder, en 1949, la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen) ou, en français, UFCE (Union fédéraliste des communautés ethniques européennes) à peu près dans le même temps que le CELIB, une sorte de lobby patronal breton. Cherchant à en savoir plus long sur l'UFCE, j'étais tombée sur une étude de Lionel Boissou qui expliquait comment et pourquoi cette ONG, émanation des réseaux ethnistes européens qui visent à instaurer une Europe des régions telle que les autonomistes bretons en rêvent depuis les années 20, avait été à l'origine de la rédaction de la Charte des langues régionales ou minoritaires.
Lire la suite ci-dessous au format PDF et voir les actes du colloque sur le site de l'Observatoire du communautarisme
ethnoregionalisme-charte langue regionales.pdf
(251.19 KB)
http://www.communautarisme.net/docs/Francoise_Morvan.mp3
![]()
Principales publications du GRIB
Hemon, Treguer, même combat
par Françoise Morvan, 20 février 2006
Echos d'une résistance tenace
C'est de cette manière que le conseil général du Finistère avait été amené, voilà quelques années, à demander au collège Diwan de supprimer le nom de Roparz Hemon qui lui était attribué. Agent de la Gestapo, responsable de la publication de textes racistes dans le journal collaborationniste qu'il publiait sous l'Occupation, Roparz Hemon était l'incarnation même de la dérive nazie du mouvement nationaliste breton. Demander que son nom soit effacé de la façade d'un collège était un acte symbolique, à la fois dérisoire (puisque les parents et les enseignants s'étaient accommodés de ce nom comme ils s'accommodaient de tant d'autres choses sans se poser de questions, et que le vrai problème, jamais posé, était là) et, malgré tout, beaucoup plus fort qu'on ne pouvait le penser. Pour de nombreuses personnes dont le breton était la langue maternelle, c'était l'occasion de revenir sur l'instrumentalisation de leur langue par les nationalistes, défenseurs d'un breton unifié conçu comme instrument de pouvoir - un pouvoir qui n'avait rien de mythique, le soutien apporté aux militants bretons par l'Allemagne nazie en étant une preuve suffisante.
Rappeler les faits était, naguère encore, une forme de résistance naturelle, qui ouvrait sur une sorte d'espoir. Nous n'en sommes plus là : désormais, un article comme celui du 15 janvier donnant la parole à un militant breton réhabilitant Roparz Hemon ne suscite plus qu'indifférence : il est admis que la presse régionale en Bretagne a adopté le point de vue des militants bretons ; les lecteurs, sachant que leurs protestations n'auront aucun effet, se contentent de hausser les épaules. On mesure mal, sans doute, la gravité de cette indifférence.
Mais venons-en à l'article lui-même, qui se présente comme un entretien avec Didier Pillet. Ce dernier, ex-rédacteur en chef d'Ouest-France, est précisément celui qui a défendu envers et contre tout la publication de l'Histoire de Bretagne en bandes dessinées.
Une réhabilitation insidieuse
L'article s'intitule « Roparz Hemon, ce Breton qui sent le soufre ». On ne pourra pas dire que le directeur de l'information n'insiste pas : dès la première ligne de l'article, il le répète « Voici un livre qui sent le soufre… », et, une troisième fois, dès la première ligne de la première question de l'interview : « Roparz Hemon sent le soufre… »
Lire l'intégralité de l'article en format PDF ci dessous
Hemon-Treguer-meme-combat.pdf
(169.81 KB)
Principales publications du GRIB
Le point de vue d'un nationaliste breton : De la nécessité d'éliminer la culture gallèse pour faire advenir la nation bretonne
Citation extraite de : Olier Mordrel, L'Idée bretonne, éditions Albatros, 1981
« La tentative de remise en vogue du folklore gallo, qui en soi n'avait rien de méchant, a suggéré aux observateurs gouvernementaux un moyen perfide d'empêcher les jeunes Hauts-Bretons de ce qu'ils sont, des celtes et non des gallo-romains, à travers les danses, les chants et la langue celtique. Le kan-ha-diskan replonge les participants dans la communauté du clan, les guerzes (sic), la langue bretonne font monter chez ceux qui les absorbent comme un élixire (sic), l'appel du sang. C'est cela qu'il fallait empêcher, quand les festou-noz, à Nantes, qui attiraient jusqu'aux Angevins et aux Vendéens, faisaient trembler le clignotant de l'unéindivisibilité.
Le patois, c'est amusant, ça ne gêne personne. La gigouillette ou la polka-piquée nous font jouer le rôle de faux paysans rigolards à la mode française. Le folklore gallo, en un mot, n'est pas une école de plastiqueurs. Mais c'est un bon moyen de couper en deux culturellement la Bretagne, après l'avoir diminuée physiquement en l'amputant de sa partie la plus peuplée et la plus industrieuse. La promesse de faire renaître la culture du « peuple gallo » était une farce puisqu'une telle culture n'a jamais existé au sens où nous accordons à ce mot et n'existera pas davantage dans l'avenir, mais ce fut une excellente manœuvre politique et un rude coup porté à la renaisssance nationale de Breizh. Un signe de l'affaissement politique chez nous, depuis que règne la loi des faux-nez, est que cette imposture, non seulement n'a provoqué aucune réaction de rejet, mais a déchaîné l'enthousiasme dans certains milieux, comme si le président de la République, qui a enterré le régionalisme et proclamé sa volonté de maintenir les départements et la centralisation, pouvait avoir l'intention de restituer son génie à la Bretagne ! »
---------------------
Note du Groupe Information Bretagne :
Olivier Mordrelle, dit Olier Mordrel, l'un des chefs du PNB (Parti national breton), condamné à mort à la Libération, revint en Bretagne après s'être enfui en Argentine et, fidèle à ses idées, milita au GRECE, groupe d'extrême droite fondé par Alain de Benoist. Il fut, dans les années 80, l'un des fondateurs du Cercle Maksen Wledig avec Jean-Pierre Tillenon, le druide nazi Georges Pinault (dit Goulven Pennaod), Serge Rojinski et Bernard Gestin, l'actuel directeur de l'Institut culturel de Bretagne. (Voir à ce sujet Jean-Yves Camus et René Monzat, Les Droites nationales et radicales en France, Presses universitaires de Lyon, 1992).
Principales publications du GRIB
Patrick Le Lay, nationaliste breton
Par Françoise Morvan, 5 septembre 2005.
En octobre 2004, tout le monde répétait à l'envi une phrase de Patrick Le Lay sur les ambitions de TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible ». Belle déclaration, justement célèbre pour ce cynisme tranquille qui ne manque jamais d'éberluer.
Le conflit des intermittents s'éternisait et, en diverses occasions, j'ai alors essayé de rappeler une autre petite phrase de Patrick Le Lay : « Je ne suis pas français, je suis breton. Je suis nationaliste breton, c'est pourquoi je suis très bien pour diriger TF1 car je n'ai aucune idée préconçue » (L'Information agricole, septembre 2004).
Je me disais que quand les gens verraient la relation ces deux phrases, ils commenceraient peut-être enfin à se poser la question que, moi, j'avais essayé de poser dans Le Monde comme si en 2002 et qui n'avait toujours provoqué aucun débat, ni en Bretagne ni ailleurs. Mais le temps de cerveau vendu à Coca-Cola, c'était du sérieux, le nationalisme breton, c'était du folklore. Et TV Breizh, la chaîne fondée par Le Lay avec Pinault, Berlusconi et Rupert Murdoch, le patron de presse le plus antifrançais du monde ? Folklore encore, objet d'hilarité : personne ne la regarde, surtout pas les Bretons. Et l'Institut de Locarn ? Connais pas ! Le Club des Trente ? Connais pas ! Le Nouvel Ouest ? Connais pas !
Quand la Société des Auteurs dramatiques a cru bon d'employer l'argent des auteurs à leur envoyer une carte tirée à des milliers d'exemplaires avec la phrase de Le Lay sur le temps de cerveau, j'ai eu envie de la renvoyer avec la mention : « Je ne suis pas français, je suis breton. Je suis nationaliste breton, c'est pourquoi je suis très bien pour vendre à Coca-Cola du temps de cerveau disponible. » Mais à quoi bon ? Personne n'aurait compris, Je me suis contentée de suivre d'un œil distrait le naufrage de TV Breizh et les dithyrambes simultanés à son propos de la presse régionale (Ouest-France est actionnaire).
Comment faire comprendre à qui juge qu'il n'y a là que folklore et douce dinguerie que la télévision de Le Lay s'inscrit dans un projet politique mûrement réfléchi, et que les entretiens qu'il donne sont, eux aussi, mûrement réfléchis ?
*
Pour déblayer un peu le terrain, citons simplement l'enquête, déjà vieille, mais jamais contredite, de la revue Golias sur l'Institut de Locarn.
Inauguré par Yvon Bourges et l'archiduc Otto de Habsbourg, béni par Dom Le Gall, Père-abbé de l'abbaye bénédictine voisine de Kergonan, l'Institut de Locarn rassemble chercheurs, enseignants, spécialistes du marketing et chefs d'entreprise au sein d'un « collège stratégique » où des journalistes en vue côtoient des experts de la défense européenne et du renseignement économique. Son but : préparer l'avènement du troisième millénaire en la fondant sur des régions historiques - la Bretagne, la Flandre, la Bavière, la Catalogne, etc - dont on aura préalablement renforcé l'intégration économique et spirituelle. Volontairement ambigu, ce credo qui vise à « transformer la Bretagne en dragon intra-européen », a réussi à fédérer sous une même bannière nationalistes bretons, lobbies patronaux régionalistes et partisans de la nouvelle évangélisation… Implicitement mais violemment anti-républicaines, leurs thèses reposent sur une vision ethno-différentialiste de l'histoire qui voit dans la compétition économique une guerre de cultures. […] Financé par quelques ténors du patronat français, le centre se targue de l'intérêt que lui manifestent Patrick Le Lay, Patrick Poivre d'Arvor et autres personnalités médiatiques. Patrick Le Lay et Patrick Poivre d'Arvor ont assisté Joseph Le Bihan, fondateur de l'Institut, pour assurer le pilotage de la revue Bretons d'ailleurs qui relayait les idées des membres du collège stratégique avant de faire l'objet d'une liquidation judiciaire. Aujourd'hui, le Nouvel Ouest, financé par TF1 et Le Point, semble servir de nouvelle tribune à ces croisés d'un autre âge. (Golias, mars-avril 1998).
En finir avec les lois sociales, la laïcité, les barrières opposées par les Etats-nations à la dérèglementation du marché intérieur, développer des « pôles de compétence » (au nombre desquels l'« industrie culturelle » développée en relation avec les autres « nations celtiques » en vue d'inscrire la Bretagne dans le chœur des Celtes autonomes), tel est le but de cet organisme qui rassemble l'aile ultralibérale des patrons bretons et est à l'origine du label « Produit en Bretagne » (disques, crêpes, pâtés, cartes postales, livres et saucissons). L'Europe nous sauvera. Toutes les formes hiérarchisées des Etats vont voler en éclats, prophétisait Joseph Le Bihan (Armor magazine, mars 2000).
On conçoit dans quel cadre s'est inscrite la création de TV Breizh.
Ce qu'il était impossible de deviner, en revanche, c'est que ce projet, soutenu par la droite madeliniste, allait trouver son meilleur appui au PS et que le président du conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, qui allait faire entrer au conseil régional les autonomistes de l'UDB, célèbrerait, entre Goulard et Mehaignerie, l'anniversaire de l'Institut de Locarn comme pur triomphe breton.
Lorsque Le Lay souligne qu'il n'y en a qu'un seul qui l'a toujours aidé, toujours soutenu, c'est Le Drian, ex-maire de Lorient où s'est installé TV Breizh, il met le doigt sur l'essentiel : le discours nationaliste issu de l'extrême droite trouvant désormais sa légitimité à gauche, le projet d'Europe des ethnies fédérant les extrêmes, il n'est plus utile d'avancer masqué. L'interview qu'il vient de donner à un luxueux magazine sur papier glacé baptisé, noir sur blanc, Bretons, et qui, à son tour, défraye la chronique, est un symptôme.
*
Au moment d'inaugurer TV Breizh, « la première télévision identitaire en France », Patrick Le Lay avait déjà eu plusieurs de ces petites phrases qui étonnent la galerie.
Pour expliquer qu'il ne parle pas breton, il déclarait alors : « Il n'y a rien de pire que d'être empêché de parler la langue de son père, c'est une mutilation de la personnalité. Comment peut-on exprimer ses émotions pleinement dans une langue qui n'est pas la sienne ? Les Bretons ont beaucoup perdu à devoir ainsi parler un autre langage que celui de leurs ascendants. » Le breton étant, à en croire ses propos, du moins, quelque chose comme une langue inscrite dans les gènes, pour essayer de sentir ses émotions dans sa vraie langue, il apprenait le breton en se servant de la méthode de Per Denez.
Il ajoutait : On n'a pas le droit de tuer une langue. Surtout quand c'est une plus ancienne que la langue dominante. Sinon, c'est du terrorisme intellectuel. Le breton, plus ancien que le français, c'était, au XIXe siècle, le grand argument des celtomanes. Certains expliquaient même que le breton était la langue de Noé.
Et l'on en venait à ce que même les celtomanes les plus enthousiastes n'auraient pas osé affirmer : La culture bretonne a réussi à survivre malgré deux mille ans d'étouffement par des civilisations surimposées (Le Monde, 27 août 2000). Telle qu'en elle-même, intacte depuis deux mille ans, la culture bretonne pouvait donc resurgir grâce à TV Breizh : il suffisait de gratter les civilisations surimposées pour la retrouver, avec la langue celte du temps des Gaulois. Un miracle attendu.
*
Cinq ans après, où en sommes-nous ?
Avec comme programme « La Bretagne, la celtitude et la mer », TV Breizh, plafonnant à 0,1 % d'audience, a dû supprimer le plus possible de Bretagne et de celtitude pour se consacrer, non la mer mais à la diffusion de feuilletons américains bas de gamme, ce qui lui a valu de devenir, avec 1,8 % d'audience, la « chaîne préférée des ménagères sur le cable et le satellite ». L'Europe des régions comme cheval de Troie de la sous-culture made in USA, ce n'est pas une révélation, mais l'expérience de TV Breizh en offre une belle illustration.
Quelles conclusions Le Lay tire-t-il de cet échec ?
Aucune. Il a gagné des parts d'audience. « On a la troisième audience des chaînes du cable et du satellite. Vous allez me dire : oui, mais il n'y a plus de programme breton… » Problème, bien sûr, mais au journaliste qui lui demande si, plus tard… « ça ne sert à rien car ce n'est regardé par personne », répond Le Lay. Ce qui est bien est de doubler des séries américaines en breton. Junk TV ou TV Breizh : bilan constant.
En septembre, ça va se développer par l'Internet haut débit et donc, tout ira bien. On rebretonnisera plus tard. Mais, non, pas exactement. Soyons précis : « Je re-bretonniserai certaines choses, dit Patrick Le Lay, car elle [TV Breizh] aura une audience suffisante. » On peut donc bretonniser, débretonniser, rebretonniser, telle chose mais pas telle autre, à tel ou tel moment, au gré de l'audimat ou des rentrées d'argent.
À aucun moment Patrick Le Lay ne pense que si les Bretons préférent regarder autre chose - les programmes de TF 1, par exemple, car le Celte n'est pas exempt de faiblesse -, ce n'est pas qu'ils renâclent à être pris pour cible d'une propagande celtomaniaque obsédante. Non. Si TV Breizh a dû abreuver la ménagère bretonne de Columbo, Perry Mason, Rick Hunter et autres Hawaï Police d'État, c'est la faute du jacobin, l'ennemi héréditaire : « Le système administratif français, le système jacobin français ne veut pas de nous. » Qui nous ? Les Bretons. « La culture bretonne n'a pas le droit d'exister ». La culture bretonne : TV Breizh ? Mais TV Breizh a parfaitement le droit d'exister, de même que les Bretons ont le droit de ne pas la regarder ou de penser que leur culture, c'est justement ce qui peut résister à TV Breizh. Peu importe, reste la certitude de la persécution.
*
« En France, je suis un étranger», déclare Le Lay (c'est le titre de l'entretien au magazine Bretons, septembre 2005). Et de préciser : « Je ne suis pas Français, je suis Breton. Je suis un étranger quand je suis en France. »
En quoi sa bretonnitude consiste-t-elle ?
Pas dans la langue, voilà au moins du nouveau. Lui qui clamait en 2000 « il n'y a rien de pire que d'être empêché de parler la langue de son père » précise que son père « n'avait pas l'approche de la Bretagne par la langue » et que sa mère ne parlait pas un mot de breton. Impossible donc d'exprimer leurs émotions ? Blocage familial ? Malgré le nombre inimaginable de méthodes de breton dans lequel il se plonge, Patrick Le Lay n'a jamais pu surmonter ce handicap : il a un « problème d'oreille ». Il n'entend pas les sons du breton. Et, chose stupéfiante, sa conclusion est que « comme c'est un truc d'intellectuel, ce n'est pas grave ».
Quoi, le breton, la langue de ses ancêtres, celle de ses émotions perdues, « un truc d'intellectuel » ? Oui ! Il s'exprime assez bien en français, malgré tout, il lit l'anglais dans le texte, mais, le breton, non, c'est un problème. Et puis, à Saint-Briac, en Haute-Bretagne, où il a sa résidence secondaire, on peut se demander qui parlerait breton.
Seulement, là est l'essentiel, si sa bretonnitude ne réside pas dans la langue parlée, elle réside d'autant plus dans le breton en tant que langue non parlée. Le grand-père de Le Lay parlait breton. Le Lay ne parle pas breton. Ils ont donc été l'un et l'autre, et le père aussi, néobretonnant par militantisme mais incapable de transmettre la langue à son fils, victimes de « terrorisme intellectuel ». En effet, « si dans une famille vous ne parlez pas la langue de vos grands-parents, c'est qu'il y a bien eu des gens qui sont venus vous empêcher de la parler ».
Des gens ? Quels gens ? Pas de réponse : la république (sans majuscule). C'est un crime de tuer une langue. La république a tué la langue des Bretons, en quoi gisait leur être, elle a donc procédé à un génocide. C'est écrit : « La France a procédé à un génocide culturel de la langue bretonne ». Un génocide de langue. Interrogé pour savoir s'il maintenait les termes de son interview, Le Lay a confirmé.
Et, de fait, ce qu'il énonce là n'est que le credo de base des militants nationalistes. Ce n'est pas le breton parlé qui importe, c'est le breton en tant que langue perdue. Le Lay peut l'apprendre, la parler, obtenir que tous les Bretons à leur tour soient mis en demeure de l'apprendre et de la parler, cela n'y changera rien. Même si, comme Roparz Hemon, il en faisait sa langue de communication, elle resterait toujours ce manque à rattraper, à compenser, à imposer au peuple entier sous sa forme celtique à réinventer sans fin. Impossible de comprendre le « mouvement breton » sans avoir d'abord saisi ce qui porte sa revendication. 80% des parents qui mettent leurs enfants dans les écoles Diwan ne parlent pas un mot de breton et, pour la plupart, ne font pas l'effort de l'apprendre puisqu'elle ne leur servirait pas mais il est essentiel que leurs enfants l'apprennent. Impossible de comprendre la revendication linguistique en Bretagne sans avoir saisi qu'il s'agit de combler le manque d'une langue qui ne manque pas.
*
En quoi Patrick Le Lay, élevé en Bretagne gallèse (donc française) par un père sorti de l'Ecole centrale et devenu professeur de mathématiques dans un collège privé de Saint-Brieuc, est-il un étranger en France ? Ses explications, elles aussi, méritent l'intérêt.
Et d'une, il se sent provincial quand il est à Paris ; et de deux, il n'est pas jacobin, or, « c'est un crime dans ce pays de ne pas être jacobin », et de trois, il n'est pas doué pour le lobbying. Car, autre nouveauté, « le but du lobbying est le profit, le business. Or, les Bretons ne sont pas business. » La preuve, on ne parle jamais d'argent dans les familles en Bretagne.
Non, là encore, ne simplifions pas. « Les Bretons ne parlent jamais d'argent », dit Le Lay. La preuve : dans sa famille, on n'en parlait pas. « Vous avez entendu parler d'argent chez vous ? » demande-t-il au journaliste. « Non, jamais… » « Vous voyez ! Chez moi, c'était pareil. On n'en parlait jamais. Ce n'est pas qu'on n'en avait pas, on n'en manquait pas non plus ».
Sachant que ce qu'a été la misère de ces générations de paysans qui avaient un si violent désir de savoir, pour qui le but ultime était de donner à leurs enfants les moyens d'échapper au sort qui était le leur, et d'échapper pour cela à l'ignorance où les maintenaient les nobliaux qui, c'est certain, n'en avaient pas toujours autant qu'ils en auraient voulu, mais, on a beau dire, n'en manquaient pas non plus, je ne relis pas cet aveu involontaire du fils de centralien sans y voir la marque même de la bourgeoisie de province. « Ce n'est pas qu'on n'en avait pas, on n'en manquait pas non plus ». Flaubert collectionnait de telles phrases.
On peut vendre du temps de cerveau à Coca-Cola, fonder TV Breizh en cheville avec le Crédit agricole, en faire la chaîne préférée des ménagères grâce aux feuilletons US, participer à l'Institut de Locarn pour prolonger l'action du Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons (CELIB) qui fut le plus formidable lobby breton de tous les temps, tout ça se fait sans en parler au souper : « La Bretagne n'est pas une société de l'argent. »
*
Le Lay vend du temps de cerveau à Coca-Cola, c'est objectif. Le breton est « un truc d'intellectuels » mais qui fait de lui une éternelle victime, c'est objectif. Et la Bretagne est ce qu'il désire contre ce qu'il a, c'est objectif.
Elle est pour lui ce qu'elle est pour tout militant nationaliste, rien de neuf, sauf que c'est le directeur de TF1 qui le dit.
« Comment définiriez-vous votre attachement à la Bretagne ? » demande le journaliste. Réponse de Le Lay : « C'est charnel. La Bretagne, c'est votre mère, votre fille ou votre maîtresse. » Écho de tant de déclarations de militants nationalistes - Morvan Lebesque, par exemple, qui, frappé du Coup de Breizh, ce coup fatal qui d'un Français banal fait un Breton à jamais voué à sa patrie perdue, raconte comment il épousa la Bretagne : « Je ne l'épousai que de la main gauche. Elle fut mon péché, ma catin… Cette liaison inavouable m'a rendu profondément heureux : traversée de disputes, de scènes, de joies secrètes et de violents plaisirs, elle fut constamment loyale, donnant-donnant, comme il se doit entre une patrie et son homme » ( Comment peut-on être breton ?, p. 27-8). Liaison inavouable pour cet ancien militant du PNB nazi, parfaitement avouable désormais pour Patrick Le Lay. « Est-ce que c'est physique ? » demande le journaliste. Quelle question ! Quand il a quitté la Bretagne depuis trop longtemps, Le Lay est en état de manque et sa femme l'incite à vite aller la retrouver. Ménage avec une mère épousée contre la marâtre France, matrie qui permet de se dire étranger à sa patrie et de régner ailleurs : « Je suis nationaliste breton, c'est pourquoi je suis très bien pour diriger TF1 car je n'ai aucune idée préconçue. » Et pas de scrupule à décerveler le peuple jacobin en vendant son temps de cerveau à Coca-Cola.
La Bretagne est cet absolu en marge d'un monde défaillant : absolu débordant, obsédant, pourvu de son manque sans manque, comme une idole voulue de toute éternité.
*
Le discours de haine contre la France est repris, rien d'étonnant, mais il est repris avec une assurance qui, jusqu'à présent, n'a jamais été la sienne, même lorsque, jouissant de l'appui de l'occupant, sous l'Occupation, le PNB se risquait à des déclarations antifrançaises fracassantes. On sentait alors un désir de convaincre, une vindicte de militant soucieux d'imposer son point de vue en le sachant minoritaire.
Ce n'est plus le cas.
Patrick Le Lay sait que TV Breizh a été un échec mais ça n'a pas d'importance : « Les Bretons n'ont pas à se plaindre. Ils n'ont qu'à prendre le pouvoir. »
Prendre le pouvoir, aider les terroristes de l'Arméen révolutionnaire bretonne (ARB) qui, eux aussi, ont œuvré pour leur peuple en posant des bombes, aider Skoazell Vreizh, « comité de soutien aux familles des détenus et des personnes mises en examen pour des motifs politiques bretons, personnes impliquées dans des actes de résistance à la politique d'assimilation et d'intégration de l'Etat français en Bretagne ». Inutile de se voiler la face : les « actes de résistance » en question sont généralement les attentats du FLB et de l'ARB, comme ceux qui, à la suite du vol de plusieurs tonnes de dynamite à Plévin par un commando de Basques et de Bretons, ont mené à l'arrestations de plusieurs militants d'Emgann.
« Vous avez aussi engagé Arnaud Vannier à TV Breizh au moment où il était dans l'attente de son jugement lors du procès de vol d'explosifs à Pleven (sic). Vous ne vous en cachez pas », constate le journaliste. « Mais pourquoi m'en cacherai-je ? », répond Le Lay. Pourquoi, en effet ? Il n'y a plus de raison de jouer double jeu, selon la vieille stratégie nationaliste. Arnaud Vannier, militant indépendantiste breton, a été condamné à quatre ans de prison au procès de l'ARB de mars 2004, puis, à nouveau, à quatre ans en juin 2005 lors du procès de Plévin. Il a été mis en liberté conditionnelle deux mois après.
On sait que la dynamite de Plévin a tué à maintes reprises lors des attentats de l'ETA au pays basque. On sait qu'elle a servi à tuer une jeune femme lors de l'attentat contre le MacDo de Quévert et que l'ARB avait, à maintes reprises au cours de sa campagne d'attentats, pris le risque de tuer. Mais c'est Arnaud Vannier qui est présenté comme un martyr et c'est encore la France qui est coupable parce que la détention préventive a été trop longue. Belle occasion pour Le Lay de montrer son bon cœur : « Il y a des garçons qui sont dans une situation difficile, alors il ne faut pas leur en rajouter sur le dos ». C'est très pénible pour eux d'avoir dû transporter des explosifs. Et d'avoir été arrêtés, en plus de ça. « Je trouve quand même que ça fait partie de la vie d'aider des gens en difficulté... » D'autant qu'après tout, il n'y a eu que « des dégâts matériels » et qu'« ils se sont plutôt comporté comme des pieds-nickelés que comme des terroristes structurés ou rodés ».
Difficile de ne pas se souvenir que Le Lay a également embauché Solenn Georgeault, compagne d'Arnaud Vannier et fille de Christian Georgeault, le principal accusé lors du procès de l'ARB, condamné à onze ans de prison en 2004. Jadis également inculpée, l'ex-collaboratrice du journal nationaliste Bremañ dirigé par Lena Louarn, a, elle aussi, trouvé refuge sous son aile protectrice. Mais un autre militant, Bertrand Grimaud, inculpé dans le cadre du vol de dynamite à Plévin, n'a-t-il pas trouvé du travail dans les services jeunesse de la mairie de Carhaix, ville dont le maire, fondateur du Festival des Vieilles Charrues, a aussi fondé le journal Le Poher avec Charlie Grall, condamné à six ans de prison au terme du procès de Plévin ?
Difficile de ne pas se souvenir de la déposition des policiers chargés d'enquêter sur les attentats de l'ARB : « Ca faisait pas mal de temps qu'on travaillait sur l'ARB et pas mal de temps qu'on se disait que ça allait mal tourner, soit pour les poseurs de bombes, soit pour un témoin », rapporte l'enquêteur qui a travaillé sur l'attentat de Quévert (Côtes-d'Armor), le seul mortel parmi les 17 retenus. Principales caractéristiques de l'ARB selon lui, « l'amateurisme » de ses poseurs de bombes, dont les engins explosifs « dysfonctionnent » une fois sur deux, qui font leurs équipées alors qu'ils sont souvent pris de boisson. » (AFP, 5 mars 2004) Aimables pieds-nickelés que l'on fait passer pour victimes et héros : « Les jeunes se laissent embarquer dans des affaires abracadabrantes. Ils payent. Ils payent cher. Ils se sont laissés embarquer par romantisme, par manque de réflexion, mais c'était un truc noble dans leur esprit. »
Un « truc noble », une juste cause. Voilà quelques années, Paris-Match, titrant « Patrick Le Lay, breton d'abord », annonçait que le PDG de TF1 fait imprimer chaque année un luxueux volume tiré à quelques dizaines d'exemplaires pour sa famille. Or, « parmi les 35 exemplaires, un ouvrage a été vendu aux enchères lors du dîner du Club de Bretagne au profit des familles de quatre prisonniers bretons détenus en préventive depuis quatre ans. Un acte politique mais surtout culturel. »
*
Le propre de la rhétorique nationaliste, c'est qu'elle ne souffre pas la contradiction ; elle a atomisé la réalité de manière à empêcher qu'elle puisse être perçue en relation avec le temps, le contexte, les informations contradictoires. L'interview de Le Lay a le mérite de le montrer au grand jour. Si stupéfiante soit-elle lorsqu'on la décrypte, si loufoque puisse-t-elle paraître à qui la découvre en ignorant ce qui se joue actuellement dans les régions de France, elle a cela de particulier qu'elle officialise pour la première fois cette rhétorique comme seul discours autorisé sur la Bretagne. C'est le ton, plus que le contenu, qui, en l'occurrence, est à prendre en compte : cette morgue lasse, ce détachement œcuménique de qui détient la vérité qu'on peine encore à voir…
Principales publications du GRIB
Sur l'édition de Luzel : de l'usage des copies contre les manuscrits ou Le dogme contre le peuple
Comment l'idéologie nationaliste induit toute une conception de l'écriture et de l'édition : à partir d'un petit problème d'érudition (l'édition des carnets de collecte du folkloriste Luzel) une réflexion sur les conséquences de la mainmise des militants bretons sur la culture en Bretagne.
L'édition des carnets de collectage de François-Marie Luzel (1821-1895) - les carnets de notes en breton prises sur le terrain par le folkloriste - est parue en 1995 aux éditions Al Liamm. Fondées après guerre par Ronan Huon, les éditions Al Liamm ont tôt fusionné avec une autre revue, fondée par Pierre Denis, dit Per Denez (collaborateur comme Ronan Huon, sous l'Occupation, de la revue Arvor de Roparz Hemon), dans le but de poursuivre l'entreprise de ce dernier, exilé en Irlande suite à sa condamnation à la Libération. Il s'agit d'éditions nationalistes dont les choix idéologiques sont affichés. De la part du professeur Per Denez, directeur du département de Celtique de l'Université Rennes II, fournir une telle édition n'était pas dénué d'importance, au moment où il savait en cours l'édition des œuvres de Luzel aux Presses universitaires de son université, et notamment l'édition de ces carnets de collecte . Rappelons qu'il venait de résilier sa direction de thèse au motif que ces carnets ne devaient pas être publiés en version bilingue respectant l'orthographe de Luzel : il fallait selon lui, les publier dans l'orthographe unifiée du breton, fixée sous l'autorité de Roparz Hemon en 1941.
Lire la suite de l'article dans le document PDF ci-dessous.
edition-Luzel.pdf
(149.96 KB)
Le Groupe Information Bretagne (GRIB) entend apporter des informations indépendantes et documentées sur l'histoire de la Bretagne (dans la mesure où elle fait l'objet d'une réécriture contestable) et sur l'actualité bretonne (dans la mesure où il en est rendu compte de manière biaisée). Son but est de rappeler des faits occultés par la dérive communautariste actuelle accompagnée, sinon induite, par le mouvement nationaliste breton. Le GRIB est totalement indépendant et ne peut être tenu pour responsable que des textes publiés sur son site propre. |
-
Justice pour l'ouvrier blanc hétérosexuel
Par Alain Policar professeur agrégé de sciences sociales à l'université de Limoges. Alors que, dans les années 70, le débat sur... -
«Y a-t-il une culture gay ?'»
Débat organisé le 26 juin 2008 sur l'antenne de RFI : François Devoucoux du Buysson, cofondateur de l'Observatoire du Communautarisme et auteur du... -
Langues régionales et identité nationale
Par Daniel Lefeuvre, professeur d'histoire contemporaine, Université Paris VIII-Saint-Denis. Les sénateurs viennent de repousser... -
Langues régionales : l'arrière- plan d'une cause «sympa»
François Taillandier, écrivain, auteur d'«Une autre langue» s'interroge sur cette tentation d'accorder un statut constitutionnel aux langues... -
Football et langues régionales
Par Yvonne Bollmann. Dans le cadre de l'EURO 2008 a eu lieu le premier championnat d'Europe de football pour « les minorités linguistiques et les... -
Sarcelles : les apprentis sorciers du communautarisme
Par Bernard Lanra, citoyen sarcellois républicain. Le député maire de Sarcelles, François Pupponi, successeur de Dominique... -
Pour l'annulation du mariage de Lille
Par Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public, tribune parue dans Valeurs actuelles, le 13 juin 2008.... -
Touche pas à mon préambule !
Par Anne-Marie Le Pourhiet, Professeur de droit public à l'université Rennes-1, tribune parue dans Le Figaro, 23 mai 2008. Anne-Marie Le Pourhiet... -
Judiciarisation et discrimination
par Anne-Marie Le Pourhiet, professeur à l'Université Rennes 1. Texte extrait du livre La société au risque de la judiciarisation, Fondation pour... -
Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
par Pierre-André Taguieff (directeur de recherche au CNRS, Paris) Il faut...
Groupe Information Bretagne |