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Principales publications du GRIB
Victimisation des terroristes et propagande séparatiste
Article publié en décembre 2004.
Un combat sans repentir
Arrêté le 4 octobre 1999, Alain Solé avait été condamné le 26 mars 2004 pour « association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste », dans le cadre de l'enquête sur la campagne d'attentats de l'ARB, dont l'attentat de Quévert qui avait coûté la vie à une jeune femme, déchiquetée par une bombe.
Déposée au Mac Do de cette petite ville de haute Bretagne où l'activisme en faveur de l'indépendance de la Bretagne était aussi incompréhensible que l'intégrisme islamiste à l'origine des attentats de Madrid, cette bombe meurtrière s'inscrivait dans une longue série d'attentats qui avait vu l'ARB prendre à maintes reprises le risque de tuer.
Le 5 mars 2004, dans une déposition accablante, l'ancien directeur adjoint du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rennes, rappelait tout à la fois l'inconséquence des accusés, leur cynisme et,d'après la dépêche de l'AFP à cette date, « l'amateurisme de certains (Christian Georgeault et Alain Solé qui se vantent publiquement d'avoir posé des bombes).» La veille, le compte rendu d'audience de l'AFP évoquait le cas de Solé :
« PARIS, 4 mars (AFP) - Le procès à Paris de onze indépendantistes bretons poursuivis pour 17 attentats dont celui mortel de Quévert (Côtes-d'Armor), en avril 2000, s'est poursuivi jeudi avec des accusés adoptant un profil bas, peu enclins à brandir pour leur défense l'étendard politique. Sur les onze, un seul s'est jusqu'à présent risqué dans la réthorique nationaliste: Alain Solé, 52 ans, détenu depuis plus de quatre ans, qui a lu mercredi un texte dans lequel il fustigeait "la police politique de l'Etat français" contre "les revendications légitimes du peuple breton". »
Arrêté en 1999 dans le cadre de l'enquête sur le vol de huit tonnes de dynamite à Plévin - cette affaire n'a pas encore été jugée - il avait déjà effectué trois ans et onze mois de détention en mars 2004. Loin de faire preuve du moindre regret, au matin de l'audience, il plastronnait, affirmant que son oncle, membre du Comité exécutif de la Jeunesse Communiste Ibérique rattaché au Parti Ouvrier d'Unification Marxiste en Catalogne lors de la guerre d'Espagne, lui avait « laissé la lutte d'émancipation en héritage » - et déclarait, sans un seul mot de compassion à l'intention de la famille de la jeune femme assassinée :
« La Catalogne, c'est l'Europe. La Bretagne, c'est l'Europe. L'Europe des nationalités, telle que l'on doit la concevoir pour les générations futures. Notre combat est juste, notre militantisme est juste. Et si nous devons encore léguer à nos enfants, à nos petits-enfants cette lutte légitime, ce ne sera que pour parvenir, même dans 60 ans, à l'aboutissement de nos revendications nationales. (1)»
Misérabilisme et victimisation
Quelques semaines après, Alain Solé, affirmant désormais n'avoir jamais été qu'un « militant culturel » , exigeait, par la voix de son avocate, Maître Isabelle Coutant-Peyre, d'être libéré au motif qu'il était diabétique et cardiaque. D'après le communiqué de Skoazell Vreizh (2 juin 2004) citant les constatations du magistrat en charge du dossier, « Monsieur Solé indique lors du débat contradictoire qu'il conteste les faits pour lesquels il a été condamné, précisant qu'il est plus un militant culturel que politique… »
Se mettant en grève des soins, selon une méthode qu'il avait déjà éprouvée, il provoquait, une fois de plus, le déclenchement d'une campagne médiatique orchestrée par les habituelles associations, Skoazell Vreizh et la CARB (Coordination Antirépressive de Bretagne) : comme de coutume, apologie du « prisonnier politique breton » victime d'une « justice d'exception » et risquant la mort, non de son fait mais du fait de l'État français, manifestations, rassemblant chaque fois une infime poignée de militants, mais systématiquement relayées par les médias, communiqués relayés par l'AFP, les journaux, les chaînes de radio et de télévision, pressions exercées sur des élus régionaux (à la demande de la CARB, le député UMP Christian Ménard n'est-il pas allé rendre visite à Solé en prison ?), soutien des partis autonomistes (ainsi l'UDB, par la voix de Ch. Guyonvarc'h, élu au conseil régional) ; appel enfin aux associations de défense des droits de l'homme : la LDH, à son tour, le 30 juillet, appelait à la libération anticipée de Solé, alors même que le procès sur le vol de dynamite de Plévin n'avait pas encore eu lieu :
« Lors du procès de mars dernier des Bretons poursuivis à la suite d'attentats, sept personnes ont été condamnées pour une durée de 3 à 11 ans d'emprisonnement. Alain Solé, a été condamné à six ans de prison pour trois attentats commis entre 1998 et 1999… La Ligue des droits de l'Homme demande une nouvelle fois que cessent les dérives dans le traitement de ce dossier qui découlent aussi de l'existence même de la justice d'exception anti-terroriste. Mesure, équité et raison doivent l'emporter. »
Si l'on sait que l'association Skoazell Vreizh (2) assure les frais d'avocats des prisonniers et se charge en plus d'aider leurs familles, on est en droit de juger qu'ils bénéficient d'un traitement d'exception en regard de tant de milliers d'autres. Maître Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des Droits de l'Homme, défendait l'un des accusés et connaissait donc parfaitement le cas de Solé. « Mesure, équité et raison… » Quelle mesure et quelle équité pour un homme prêt à reprendre ce que Skoazell Vreizh appelle ses « actes de résistance à la politique d'assimilation et d'intégration de l'Etat français en Bretagne », et qui savait, lui aussi, parfaitement ce qu'il faisait en choisissant son avocat.
Réseaux terroristes
Au moment même où se déroulaient les débats au sujet de l'attentat meurtrier de Quévert, Me Isabelle Coutant-Peyre était partie prenante d'une affaire médiatique qui amenait le ministre de la Justice, Dominique Perben, à s'indigner des propos tenus par le terroriste Carlos, époux de l'avocate : au cours de l'émission « Secrets d'actualité » sur M6, le 7 mars 2004, ce dernier, refusant de demander pardon à ses victimes, avait clamé son admiration pour Ben Laden et déclaré qu'il n'y « a pas de victimes innocentes ».
Auteur d'un livre, paru au même moment encore, intitulé « Épouser Carlos, un amour sous haute tension », Isabelle Coutant-Peyre, interviewée, elle aussi, pouvait lui exprimer son entier soutien. Le 25 mars 2004, le « Sunday Telegraph » lui donnait la parole. De l'antisémite Carlos, qui, se vantant de ses crimes, avait soulevé l'indignation du ministre de la Justice, elle affirmait : « He is not a criminal. He is a political man, a freedom fighter, a revolutionary » (Ce n'est pas un criminel. C'est un homme politique, un combattant pour la liberté, un révolutionnaire).
Pour préciser de quel combat révolutionnaire il s'agit, il importe de souligner le fait que l'avocate d'Alain Solé a rappelé qu'en épousant Carlos, elle épousait une cause. « It's a marriage of love and compatibility of ideas », déclarait-elle à l'Associated Press après son mariage, en 2001. Collaboratrice de Jacques Vergès qui, en 1987, défendait Klaus Barbie, en 1994, Carlos, en 1996, Roger Garaudy, puis, en 2002, Milosevic, Isabelle Coutant-Peyre ne s'est pas contentée de défendre le négationniste Garaudy (3). Elle est directrice de rédaction de sa revue « A Contre nuit » dont l'adresse personnelle est celle de Garaudy (4).
Si, le confusionnisme faisant son effet, les illusions sont possibles un certain temps, elles cessent de l'être lorsque paraît « La Vérité », revue de Marc-Edouard Nabe, auteur en 1985 d'un pamphlet célinien, Au régal des vermines, qui lui avait valu de s'illustrer lors de l'émission Apostrophes en déclarant que Le Pen était démocrate. Interdite de parution, « La Vérité », dans son numéro 2 publiait un billet de Carlos, une lettre ouverte à Tariq Ramadan et un article de Nabe intitulé « Grâce à Ben Laden » (5).
Isabelle Coutant-Peyre a enfin appelé à la libération de Tarek Aziz, bras droit de Saddam Hussein. Cardiaque, lui aussi, il mériterait, selon elle, un traitement de faveur.
Libéré le 6 août, Solé, à sa sortie, a commencé par dénoncer cette justice qui a « tendance à confondre association de malfaiteurs et association culturelle ». Il était, de fait, on s'en souvient, condamné pour « association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste » - entreprise qui ne lui semblait donc ne relever que du domaine strictement culturel. Vêtu d'un T-shirt proclamant « Combat breton Felger kevredigezh », selon le journal Le Monde, il a prévenu : « Je vais continuer à militer culturellement comme je l'ai toujours fait ».
Les conséquences de son « militantisme culturel » ayant été jugées, il n'est pas utile d'épiloguer.
« Combat breton » est le titre du journal du parti indépendantiste Emgann.
« Felger kevredigezh » signifie « Groupe de Fougères » (ville de haute Bretagne rebaptisée « Felger » par les nationalistes en vue d'une soumission de la Bretagne romane à la Bretagne « celtique » dans le cadre d'une indépendance de la nation bretonne). C'est à Fougères que se réunissait l'Etat-major de l'ARB (6).
Isabelle Coutant-Peyre pouvait à bon droit se féliciter : « On a gagné contre le gouvernement. »
Nouvelle action
À peine Solé libéré, les militants nationalistes se sont remis en action, cette fois, pour la libération de Pascal Laizé, « l'artificier » de l'ARB, condamné à huit ans de prison.
Communiqué de la CARB (Coordination antirépressive de Bretagne), toujours en tête des campagnes de libération, avec Skoazell Vreizh.
« Paskal Laizé, arrêté le 2 mai 2000 par la police politique française, a déjà purgé 4 ans et 3 mois de sa peine, il est donc immédiatement libérable. Son état de santé n'a cessé de se dégrader depuis le début de sa détention : c'est le gouvernement français qui en est directement responsable. Il peut et doit être immédiatement libéré. »
Pascal Laizé, « prisonnier politique breton » a été « arrêté par la police politique française » alors que, victime d'un accident de la route, il avait les rotules endommagées. L'Etat français n'ayant pas accordé à ses rotules tous les soins qu'elles méritaient, son avocat, Me Choucq, et les militants de Skoazell Vreizh se sont unis pour obtenir sa libération conditionnelle : elle lui vient de lui être accordée.
Stéphane Philippe, également inculpé dans le cadre du vol de dynamite à Plévin et condamné à six ans de prison pour plusieurs attentats de l'ARB, va-t-il être mis en liberté à son tour ?
Chacune de ces campagnes mobilise l'attention sur une « libération de la Bretagne » présentée comme l'objet d'un combat romantique, entraînant des rebelles à des actes de violence que les militants nationalistes ne craignent plus désormais de qualifier d'actes de « résistance » à « l'occupant ».
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1) Communiqué de Skoazell Vreizh, 26 mars 2004.
2) Déclarée d'utilité publique (une part de la cotisation est déductible des impôts), l'association Skoazell Vreizh est (d'après son site) « un comité de soutien aux familles des détenus et des personnes mises en examen pour des motifs politiques bretons, personnes impliquées dans des actes de résistance à la politique d'assimilation et d'intégration de l'Etat français en Bretagne » (sic). Elle a été fondée en 1969 par le druide G. Le Scouëzec, Xavier Grall et l'avocat Y. Choucq qui, en l'occurrence, défendait l'un des autres accusés, Pascal Laizé.
3) Rappelons que Roger Garaudy a été condamné par la Cour d'appel de Paris en décembre 1998 pour « contestation de crimes contre l'humanité », « provocation à la haine raciale » et « diffamation raciale » (voir à ce sujet le mémoire d'Aurélie Cardin)
4) Voir à ce sujet l'article de Louiza Toscane
5) On trouvera sur Amnistia un dossier très complet à ce sujet
6) « Les poursuites engagées contre Christian Georgeault, qui serait le principal commanditaire et recruteur de l'ARB, s'appuient principalement sur le témoignage de l'un des accusés, Philippe Jaumouillé, avec lequel il aurait perpétré certains attentats. Ce témoin, comme le rapporte l'accusation, décrit comment Christian Georgeault avait fait d'un bar de Fougères (Ille-et-Vilaine) une sorte de quartier général de l'ARB où se retrouvaient deux autres accusés, Pascal Laizé et Stéphane Philippe, soupçonnés d'être les "artificiers" du groupe. L'accusation relève également plusieurs témoignages affirmant que certains attentats ont été commis sous l'emprise de l'alcool et dénonce "la désinvolture manifeste confinant à l'irresponsabilité absolue" de certains des accusés.
L'instruction a aussi mis en évidence les liens entre l'ARB et le mouvement politique indépendantiste Emgann, auxquels appartiennent ou ont appartenu les onze accusés, dont le porte-parole de ce parti, Gaël Roblin. Emgann est considéré comme la "vitrine légale" du groupe armé. » (Agence Reuters, 2 mars 2004)
Le Groupe Information Bretagne (GRIB) entend apporter des informations indépendantes et documentées sur l'histoire de la Bretagne (dans la mesure où elle fait l'objet d'une réécriture contestable) et sur l'actualité bretonne (dans la mesure où il en est rendu compte de manière biaisée). Son but est de rappeler des faits occultés par la dérive communautariste actuelle accompagnée, sinon induite, par le mouvement nationaliste breton. Le GRIB est totalement indépendant et ne peut être tenu pour responsable que des textes publiés sur son site propre. |
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