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  <title>Observatoire du communautarisme | Informations sur la laïcité, les discriminations et le racisme</title>
 <description><![CDATA[Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme, la laïcité, les discriminations et le racisme ]]></description>
  <link>http://www.communautarisme.net</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2010-02-09T16:00:40+01:00</dc:date>
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   <title>Diversité et métissage : un mariage forcé</title>
   <pubDate>Sun, 29 Nov 2009 11:39:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Pierre-André Taguieff</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
par Pierre-André Taguieff (directeur de recherche au CNRS, Centre de recherches politiques de Sciences Po, Paris). Les nouveaux bien-pensants veulent les deux. Pour ces amateurs de formules creuses, la France de l’avenir ne peut qu’être un mélange de diversité et de métissage, de différence et d’hybridation. Vision confuse d’une synthèse impossible.      <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1734878-2349874.jpg" alt="Diversité et métissage : un mariage forcé" title="Diversité et métissage : un mariage forcé" />
     </div>
     <div>
      Périodiquement, lorsqu’on redécouvre que l’identité française a perdu sa valeur d’évidence, on se met à en parler abondamment (1). Phénomène éclairé depuis longtemps par ce célèbre proverbe russe : <span style="font-style:italic">« On ne parle jamais tant de vodka que lorsqu’il n’y a plus de vodka. »</span> La différence entre l’identité française et la vodka, c’est que celle-ci existe indépendamment de celui qui en boit, alors que celle-là n’existe que pour celui qui y croit. Dans les deux cas, le sentiment d’un tarissement ou d’une disparition prochaine pousse à en dire quelque chose. Et, concernant une identité nationale perçue comme menacée, tout peut s’en dire, selon l’idée qu’on s’en fait. De l’identité française, par exemple, les intellectualistes arrogants et les professionnels de la <span style="font-style:italic">« pensée critique »</span> ou de la <span style="font-style:italic">« déconstruction »</span> sans fin annoncent triomphalement qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’une <span style="font-style:italic">« construction »</span> douteuse ou une fiction trompeuse, et par là dangereuse, voire haïssable. Travers ordinaire des intellectuels occidentaux qui s’exercent pieusement à faire disparaître les objets qu’ils n’aiment pas ou qui ne font pas partie de leur paysage mental. La <span style="font-style:italic">« nation »</span> se réduit pour eux à un chaudron de sorcières, à un conservatoire de <span style="font-style:italic">« vieux démons »</span> (nationalisme, xénophobie, racisme, colonialisme). En quoi la pensée hypercritique, banalisée à la fin du XXe siècle et ainsi devenue vulgate à l’usage du grand public « culturel », s’avère une pensée aussi paresseuse que phobique. D’autres intellectuels, qui se veulent <span style="font-style:italic">« patriotes »</span> et <span style="font-style:italic">« républicains »</span> - dénoncés par les précédents comme <span style="font-style:italic">« nationalistes »</span> ou <span style="font-style:italic">« réactionnaires »</span> -, s’emploient naïvement à célébrer ladite <span style="font-style:italic">« identité française »</span> en sélectionnant ses traits positifs les plus remarquables, censés représenter autant d’<span style="font-style:italic">« apports »</span>, aussi précieux qu’indispensables, à <span style="font-style:italic">« la civilisation universelle »</span>. Par de tels exercices d’admiration, ces intellectuels se classent parmi les héritiers du vieux progressisme républicain, postulant que, chez les Modernes, <span style="font-style:italic">« la nation »</span> est le cadre obligé de la démocratie. Une troisième catégorie d’intellectuels est repérable dans les milieux militants de gauche et d’extrême gauche en quête d’une <span style="font-style:italic">« nouvelle France »</span>, d’une France future, refondue, améliorée. Ces intellectuels néo-progressistes, internationalistes ou altermondialistes, s’engagent sur la voie d’un réformiste radical, impliquant une rupture avec la tradition nationale/républicaine. Ils communient dans une redéfinition politiquement correcte de l’identité française, que résume cette formule sloganique : la <span style="font-style:italic">« France plurielle et métissée »</span>, à l’image du <span style="font-style:italic">« monde possible »</span> dont ils rêvent. Tel est l’objet métaphorique d’un désir d’avenir fonctionnant déjà comme un cliché.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« L’identité est le diable en personne, et d’une incroyable importance »</span>, notait Ludwig Wittgenstein. Sa démonie tient à ce qu’elle est insaisissable, toujours autre qu’elle n’est pour qui la définit. Entité individuée assimilable à un individu collectif, mais supra-individuelle, l’identité collective résiste à toute approche conceptuelle. Il n’y a toujours pas de science de l’individuel, en quoi l’on ne saurait s’étonner du fait que les identités nationales ne soient pas objets de science. En toute identité collective, le « ce qu’elle est » ne cesse de nous échapper. Mais ce n’est pas là une preuve de son inexistence. Le fait qu’elle résiste à la conceptualisation n’implique nullement qu’elle n’existe pas. Indéfinissable en elle-même, inconceptible, une identité collective quelconque existe sur un mode particulier, dans le monde des croyances et des représentations sociales : elle est le nom qu’on donne à la présupposition d’existence de tout groupe humain, dont la singularité échappe à l’analyse conceptuelle. Disons simplement qu’une identité collective, ethnique, culturelle ou nationale, est à la fois existante et ineffable. On pourrait s’en tenir là, et cesser les bavardages pour ou contre. Mais le bruit de fond de l’univers médiatique continue.       <br />
              <br />
       Le thème de <span style="font-style:italic">« l’identité nationale »</span> revenu dans le débat public, les donneurs de leçons se lèvent à gauche, du centre aux extrêmes, pour se lancer dans une nouvelle célébration confuse de la France future, à la fois <span style="font-style:italic">« plurielle »</span> et <span style="font-style:italic">« métissée »</span> comme il se doit, grâce aux bienfaits de <span style="font-style:italic">« l’immigration »</span>. On ne discute pas l’idéal du Nous : on l’affirme vertueusement. Sur le mode d’une prière tournée vers l’avenir. Un éditorialiste bien-pensant, lui-même expression ramassée de la « gauche plurielle », affirme ainsi péremptoirement : <span style="font-style:italic">« La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage. »</span> Et le sous-entendu normatif va tout autant de soi : la France doit être toujours plus ce qu’elle est déjà, à savoir <span style="font-style:italic">« plurielle »</span> et <span style="font-style:italic">« métissée »</span>. On ne sait jamais exactement de quoi l’on parle : du métissage des corps (les croisements dits <span style="font-style:italic">« ethno-raciaux »</span>) ou du « métissage des cultures » (à travers le <span style="font-style:italic">« dialogue interculturel »</span>), de la <span style="font-style:italic">« diversité »</span> ou du «<span style="font-style:italic"> mélange »</span>, du <span style="font-style:italic">« pluriel »</span> ou du <span style="font-style:italic">« métissé »</span>. La question n’a plus d’importance dans la société de communication : le cliché a été forgé, il est désormais en circulation, il touche un maximum de récepteurs, il est donc légitime. Et la force des clichés est irrésistible, lorsqu’ils se diffusent autant sur Internet que sur les chaînes de radio et de télévision. Le nombre s’accroît donc de ceux qui veulent à la fois une <span style="font-style:italic">« France plurielle »</span> et une <span style="font-style:italic">« France métissée »</span> : qu’importe la confusion des désirs, si la diffusion du confus est en marche. Il s’agit de penser et de parler comme tout le monde, donc comme le monde des médias. La voix des médias est la nouvelle voix de Dieu. Tiraillé entre deux projets normatifs, le pluralisme et le mélangiste, le <span style="font-style:italic">« bobo »</span> grégaire – nouvelle figure du Français moyen - se refuse à choisir : il aspire à la synthèse pour la synthèse, il veut donc les deux, alors même qu’il perçoit vaguement leur incompatibilité de principe.       <br />
              <br />
       En construisant une belle image de la France, belle comme une métaphore embrumée, délivrant des éclairs d’équivoque, la bien-pensance nourrit la bonne conscience qui la supporte. Il est si doux de se rêver soi-même comme un sujet <span style="font-style:italic">« pluriel »</span> et <span style="font-style:italic">« métissé »</span>, qu’il s’agisse de couleur de peau ou d’identité culturelle. Un sujet supposé plus <span style="font-style:italic">« riche »</span> que son contraire : le nouveau sujet désavantagé, identitairement pauvre, défavorisé. Un <span style="font-style:italic">« pauvre »</span> Français caractérisé par ce qui lui manque : une <span style="font-style:italic">« diversité »</span> interne. Un Français très à plaindre, car ni <span style="font-style:italic">« pluriel »</span>, ni <span style="font-style:italic">« métissé »</span>. En effet, selon la langue molle d’un certain antiracisme, l’idéal humain vers lequel il faut tendre est clair : devenir un sujet <span style="font-style:italic">« riche de ses différences »</span>. Face à ce nouveau type positif, le Français monoethnique et monoculturel, le Français dit <span style="font-style:italic">« de souche »</span>, apparaît comme un être inférieur, un handicapé, un <span style="font-style:italic">« souchien »</span>, selon l’expression polémique méprisante (<span style="font-style:italic">« sous-chien »</span>) utilisée par les <span style="font-style:italic">« Indigènes de la République »</span>. La bonne voie serait celle qui va du mono-ethnique au pluri-ethnique, de l’identité culturelle homogène à l’identité culturelle <span style="font-style:italic">« hybride »</span>. Toutes ces intuitions vagues et ces aspirations confuses ne font certes pas une pensée. Encore moins une pensée politique, laquelle doit pouvoir être programmatiquement traduite. Il y a là pourtant au plus profond, inassumé, un sentiment qu’il faut bien dire <span style="font-style:italic">« patriotique »</span> : comment qualifier autrement le souci de projeter dans le monde l’image la plus attrayante possible de la France ? Un tel souci est certainement respectable. Le problème tient au choix des critères de ce qui est jugé attractif. En quoi le <span style="font-style:italic">« pluriel »</span> et le <span style="font-style:italic">« métissé »</span> sont-ils plus dignes d’admiration que ce à quoi on les oppose ? Pourquoi préférer la <span style="font-style:italic">« diversité »</span>, source d’inégalité et de conflit, à l’homogénéité ou à l’unité ? Pourquoi prendre le parti du <span style="font-style:italic">« mélange »</span>, promesse d’indifférenciation, contre celui de la distinction ou de la différenciation ? Un second nœud de problèmes surgit, dès lors qu’on érige la <span style="font-style:italic">« diversité »</span> et le <span style="font-style:italic">« mélange »</span> en principes normatifs : leurs logiques respectives sont-elles compatibles ? Ne se contredisent-elles pas ? Peut-on marier <span style="font-style:italic">« diversité »</span> et <span style="font-style:italic">« métissage »</span> pour en faire le couple fondateur d’un programme politique ? La synthèse est-elle possible ? Et, si oui, est-elle désirable ?       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Faire bouger les lignes </span>» : la métaphore est devenue rituelle dans le langage médiatique « à l’heure de la mondialisation ». Elle y est même devenue ritournelle. Elle y définit la norme positive par excellence, celle du <span style="font-style:italic">« bougisme »</span>, soit le culte du changement pour le changement, l’adoration du mouvement comme tel, supposé intrinsèquement bon. Appliquons-nous à reconstruire l’idéologie médiatiquement dominante, en risquant une plongée dans l’univers indistinctement <span style="font-style:italic">« diversitaire »</span> et <span style="font-style:italic">« mélangiste »</span>. Le <span style="font-style:italic">« faire bouger »</span> s’applique d’abord aux identités collectives, acceptables à la seule condition d’être <span style="font-style:italic">« évolutives », « dynamiques »</span>, en perpétuel changement. Et, à suivre leurs louangeurs, elles ne sont <span style="font-style:italic">« mises en mouvement »</span> qu’en devenant <span style="font-style:italic">« plurielles »</span>. Mais le parti pris en faveur du <span style="font-style:italic">« bouger »</span> s’étend aussi au <span style="font-style:italic">« métisser »</span>. Les partisans du métissage généralisé ne cachent pas leur désir de i[« faire bouge...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>What Matters</title>
   <pubDate>Thu, 20 Aug 2009 21:54:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Walter Benn Michaels</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Walter Benn Michaels, l'auteur de l'essai "La diversité contre l'égalité" (Raisons d'agir, 2009), critique dans cet article (en anglais) paru dans la revue London Review of Books, la priorité accordée aux politique de "diversité" (anti-racisme, anti-sexisme, anti-homophobie, etc.) sur les politiques de réduction des inégalités de classe.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1546193-2065874.jpg" alt="What Matters" title="What Matters" />
     </div>
     <div>
      In the US, there is (or was) an organisation called Love Makes a Family. It was founded in 1999 to support the right of gay couples to adopt children and it played a central role in supporting civil unions. A few months ago, its director, Ann Stanback, announced that, having ‘achieved its goals’, Love Makes a Family would be ceasing operations at the end of this year, and that she would be stepping down to spend more time with her wife, Charlotte. Our ‘core purpose’, she said, has been ‘accomplished’.       <br />
              <br />
       It’s possible of course that this declaration of mission accomplished will prove to be as ill-advised as some others have been in the last decade. Gay marriage is legal in Connecticut, where Love Makes a Family is based, but it’s certainly not legal everywhere in the US. No one, however, would deny that the fight for gay rights has made extraordinary strides in the 40 years since Stonewall. And progress in combating homophobia has been accompanied by comparable progress in combating racism and sexism. Although the occasional claim that the election of President Obama has ushered us into a post-racial society is obviously wrong, it’s fairly clear that the country that’s just elected a black president (and that produced so many votes for the presidential candidacy of a woman) is a lot less racist and sexist than it used to be.       <br />
              <br />
       But it would be a mistake to think that because the US is a less racist, sexist and homophobic society, it is a more equal society. In fact, in certain crucial ways it is more unequal than it was 40 years ago. No group dedicated to ending economic inequality would be thinking today about declaring victory and going home. In 1969, the top quintile of American wage-earners made 43 per cent of all the money earned in the US; the bottom quintile made 4.1 per cent. In 2007, the top quintile made 49.7 per cent; the bottom quintile 3.4. And while this inequality is both raced and gendered, it’s less so than you might think. White people, for example, make up about 70 per cent of the US population, and 62 per cent of those are in the bottom quintile. Progress in fighting racism hasn’t done them any good; it hasn’t even been designed to do them any good. More generally, even if we succeeded completely in eliminating the effects of racism and sexism, we would not thereby have made any progress towards economic equality. A society in which white people were proportionately represented in the bottom quintile (and black people proportionately represented in the top quintile) would not be more equal; it would be exactly as unequal. It would not be more just; it would be proportionately unjust.       <br />
              <br />
       An obvious question, then, is how we are to understand the fact that we’ve made so much progress in some areas while going backwards in others. And an almost equally obvious answer is that the areas in which we’ve made progress have been those which are in fundamental accord with the deepest values of neoliberalism, and the one where we haven’t isn’t. We can put the point more directly by observing that increasing tolerance of economic inequality and increasing intolerance of racism, sexism and homophobia – of discrimination as such – are fundamental characteristics of neoliberalism. Hence the extraordinary advances in the battle against discrimination, and hence also its limits as a contribution to any left-wing politics. The increased inequalities of neoliberalism were not caused by racism and sexism and won’t be cured by – they aren’t even addressed by – anti-racism or anti-sexism.       <br />
              <br />
       Lire l'article intégral <a class="link" href="http://www.lrb.co.uk/v31/n16/mich02_.html">sur le site de la London Review of Books</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div align="center"><iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=observatoired-21&o=8&p=8&l=as1&asins=2912107458&fc1=000000&IS2=1&lt1=_blank&m=amazon&lc1=0000FF&bc1=000000&bg1=FFFFFF&f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></div>

     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Inutiles statistiques ethniques</title>
   <pubDate>Tue, 28 Jul 2009 12:12:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Hervé Le Bras</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
par Hervé Le Bras, tribune parue dans Le Monde, 14 juillet 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1513142-2017335.jpg" alt="Inutiles statistiques ethniques" title="Inutiles statistiques ethniques" />
     </div>
     <div>
      Fin mars, Nicolas Sarkozy a nommé commissaire à la diversité le chef d'entreprise Yazid Sabeg. Dans la foulée, ce dernier a créé un comité chargé de rendre, fin juin, un rapport "scientifique" sur la mesure de la diversité, donc de définir les conditions d'une statistique ethnique. Un comité lui-même sur mesure : ses quelques membres scientifiques, tous favorables à une statistique ethnique, voisinent avec une majorité de représentants du patronat souvent proches de l'Institut Montaigne, qui promeut une "charte de la diversité". Premier grain de sable, le Haut Conseil de l'intégration (HCI), inquiet de cette orientation, a constitué un groupe informel, au début du mois d'avril, pour parer à d'éventuelles dérives : entre les communautés ethniques souvent évoquées par Sabeg et l'intégration, il y a en effet un hiatus, pour ne pas dire une contradiction.       <br />
              <br />
       Second grain de sable : pour restaurer la diversité des opinions, vingt-deux scientifiques connus pour leurs travaux sur la discrimination et la nature des statistiques ethniques ont constitué une commission indépendante, la Carsed. Ils ont travaillé sous la forme d'une commission fantôme, avec des auditions telles celles du comité Sabeg et un rapport à rendre à la même période que ce dernier, fin juin.       <br />
              <br />
       Face à cette opposition, les responsables du comité Sabeg ont abandonné et récusé le terme de "statistiques ethniques" au profit d'une mesure du <span style="font-style:italic">"ressenti d'appartenance"</span> par lequel les personnes seraient invitées à exprimer librement et en détail leur appartenance. Cette pirouette de langage ne doit pas tromper, car il faudrait tôt ou tard classer ces "ressentis d'appartenance" dans des catégories qui seraient nécessairement inspirées par des considérations ethnoraciales. La mesure de la diversité serait alors constituée par les effectifs de ces catégories ethnoraciales, donc par une statistique ethnique.       <br />
              <br />
       A la mi-juin, les cartes ont été rebattues. Empêtré dans ses contradictions, le comité Sabeg a reporté à septembre la remise de son rapport. Devant le Congrès, Sarkozy a repoussé la discrimination positive et a insisté sur la lutte pour l'égalité. Est-ce un hasard ? Le 24 juin, la liste des membres du nouveau gouvernement ne comprenait plus le nom de Sabeg, oubli rectifié peu après. Le 29 juin, la Carsed présentait son rapport sous forme d'ouvrage, comme prévu, malgré la défaillance du comité Sabeg. Le 30 juin, le président du HCI diffusait un communiqué de soutien au rapport de la Carsed. En vingt courts chapitres, ce rapport discute les principales problématiques de la lutte contre les discriminations :       <br />
              <br />
       - La lutte contre les discriminations passe par la lutte contre les discriminateurs et non pas par un regard doloriste sur les discriminés.       <br />
              <br />
       - Il existe actuellement de nombreuses sources qui peuvent être utilisées pour étudier les discriminations (échantillon permanent de l'Insee, enquêtes emploi, par exemple). Inutile d'ajouter des enquêtes ethnoraciales.       <br />
              <br />
       - Etudier une question ne signifie pas qu'on la résout. De nombreuses études sur les inégalités sociales ont été effectuées en France. Pourtant, les inégalités augmentent depuis dix ans.       <br />
              <br />
       - Il est impossible de produire des catégories ethniques sérieuses. A peine un groupe communautaire est-il nommé que sa diversité devient manifeste. Où classer, en outre, ceux qui descendent d'unions mixtes, fréquentes en France ?       <br />
              <br />
       - Si le gouvernement veut lutter contre les discriminations, il a l'embarras du choix : publier les décrets d'application du CV anonyme, renforcer les pouvoirs de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), généraliser les testings, hâter les procès en discrimination qui traînent en longueur...       <br />
              <br />
       - On cite souvent le cas des statistiques de la race aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. On doit aussi s'intéresser aux conséquences des classifications ethniques, raciales ou communautaires utilisées par l'Afrique du Sud, la Yougoslavie, le Rwanda ou la Russie.       <br />
              <br />
       - Le plus grave n'est pas l'inefficacité de statistiques ethniques à court terme, mais leur effet pervers à long terme. En nommant des groupes ethniques et raciaux, les instances officielles les légitimeraient et habitueraient les Français à penser en ces termes, puis, à la longue, à se définir de cette manière d'autant plus facilement que cette tendance existe déjà à l'état latent.       <br />
              <br />
       Reste une question : la fraction du patronat qui souhaite une mesure de la diversité n'ignore pas ces arguments. Pour quelles raisons défend-elle alors des statistiques ethniques ? Deux hypothèses. La première s'inspire des réticences du patronat devant les actions de groupe : les procès en discrimination sont une menace pour les grandes entreprises, car ils ternissent leur réputation et coûtent cher. Pour les canaliser, des labels officiels de bonne conduite seraient instaurés et peut-être une reprise en main de la Halde.       <br />
              <br />
       La seconde hypothèse est plus générale et plus cynique. Elle a été bien décortiquée par l'universitaire américain Walter Benn Michaels dans son livre <a class="link"  href="http://www.communautarisme.net/Plus-les-societes-deviennent-inegalitaires,-plus-elles-sont-attachees-a-la-diversite_a1036.html">La Diversité contre l'égalité</a> (Ed. Raisons d'agir, 155 p., 7 €). Promouvoir la diversité ne coûte guère à l'entreprise puisqu'il s'agit de permuter les personnes, tandis que la lutte contre les inégalités est onéreuse : ajustements cosmétiques contre réformes structurelles.       <br />
              <br />
       Ces motifs devraient perdurer. Malgré le rejet des statistiques raciales par le Conseil constitutionnel, malgré le rejet par la commission Veil d'une introduction de la diversité dans la Constitution, malgré le récent discours devant le Congrès, les partisans des statistiques ethniques reviendront vraisemblablement encore à la charge. La Carsed a montré qu'une initiative scientifique et indépendante pouvait s'opposer à leurs desseins.       <br />
              <br />
       -----------       <br />
       Hervé Le Bras est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), directeur de recherches émérite à l'Institut national d'études démographiques (INED), membre fondateur de la commission alternative de réflexion sur les "statistiques ethniques" et les discriminations (<a class="link" href="http://carsed.fr/)">Carsed</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales : la globalisation comme «hybridation» ou «métissage culturel»</title>
   <pubDate>Wed, 08 Jul 2009 23:01:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Pierre-André Taguieff</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Un article exclusif de Pierre-André Taguieff (directeur de recherche au CNRS, Centre de recherches politiques de Sciences Po, Paris).     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1476178-1965756.jpg" alt="Une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales : la globalisation comme «hybridation» ou «métissage culturel»" title="Une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales : la globalisation comme «hybridation» ou «métissage culturel»" />
     </div>
     <div>
      La grande question anthropologique aujourd’hui est de comprendre les conséquences culturelles de la globalisation, ce qui implique de se forger les outils conceptuels requis pour les analyser dans leur spécificité. On sait que la globalisation constitue un processus planétaire complexe dont la première caractéristique est d’accélérer les échanges, les transferts et les mélanges, et, partant, d’ébranler les identités collectives substantielles, de les rendre instables et provisoires, alimentant incertitudes et craintes dans les masses territorialisées, et suscitant au contraire de l’espoir dans le monde des élites transnationales. La globalisation donne de la vitesse à des processus qui étaient déjà constitutifs de la modernité : contacts et échanges entre civilisations ou cultures, rencontres et emprunts réciproques, communication et interaction entre formes sociales et culturelles. Certains théoriciens postmodernes y voient un processus global de « fluidification », voire  de « liquéfaction » affectant toutes les formes sociales réputées « stables », toutes les entités culturelles jusque-là perçues comme « solides » (Bauman, 2004, 2006a et b, 2007). Le discours d’éloge de la globalisation ou de la mondialisation, oubliant l’anxiété croissante provoquée par la dissolution des formes sociales et des spécificités nationales, met au premier plan ces caractéristiques supposées positives, qui semblent s’opposer sainement aux attitudes racistes de rejet des mélanges raciaux, de réification des identités collectives et de fermeture aux échanges entre cultures ou au « dialogue des civilisations ». Les mondialisateurs heureux y voient un progrès général de la tolérance et de l’« ouverture à l’autre », la promesse d’une universalisation rapide de l’écoute réciproque des cultures, processus qu’on célèbre ordinairement comme « enrichissant ».        <br />
              <br />
       L’évaluation positive des phénomènes de syncrétisme culturel s’est accentuée chez les théoriciens de la globalisation ayant recours à la métaphore de l’« hybridité », de l’« hybridation » ou du « métissage » (Clifford, 1994 ; Pieterse, 1995 ; Werbner, 2004). Idée paraissant simple, voire lumineuse : la globalisation étant une « hybridation », elle serait en elle-même un mécanisme antiraciste, en ce qu’elle tendrait à faire disparaître la hantise du métissage qui forme le noyau dur de la pensée raciste moderne, en même temps qu’elle effacerait les entités ethno-raciales abusivement érigées en absolus ou en essences a-temporelles. Elle ferait passer d’un régime de pensée essentialiste privilégiant les entités fixes et homogènes à un nouveau régime de pensée accueillant l’instabilité et l’hétérogénéité (Laplantine et Nouss, 1997 et 2001). Puissant dissolvant des identités substantielles, elle permettrait d’échapper à la surdité mutuelle des cultures, aux chocs ou aux heurts inter-civilisationnels qui paraissaient inévitables, ainsi qu’à la guerre des mondes culturels. Mais cette idée réconfortante risque de s’avérer simpliste, en dépit du parfum d’évidence que lui a donné une mode intellectuelle persistante (Brah et Coombes, 2000).        <br />
              <br />
       L’extension métaphorique des termes de métissage et d’hybridation au domaine des phénomènes culturels caractérisés par les contacts, les échanges et les emprunts culturels est en effet devenue banale. Et les théoriciens optimistes du métissage culturel (<span style="font-style:italic">cultural hybridization</span>) se sont multipliés dans les centres de recherche et les universités. À l’ère du « réseau » planétaire, de la « mixité », de la rencontre ou du « croisement » des cultures (« en mouvement », ou « migrantes »), ne va-t-il pas de soi de recourir aux métaphores du « mélange des couleurs » ou du « métissage », qui rime avec « tissage » (Bellavance, 2001), et semble appeler au « tissage » ou au retissage des « races », des « ethnies » et des « cultures » pour fabriquer une « humanité métissée » ? Chez les sociologues et les anthropologues, on parlait naguère d’« acculturation » (Redfield, Linton et Herskovits, 1936 ; Herskovits, 1938 ; Linton, 1940), puis  d’interpénétrations et d’entrecroisements de civilisations différentes (Bastide, 1960 et 1970). Certains auteurs se sont efforcés de penser ensemble les différentes figures de la rencontre des identités collectives, les relations interethniques et les phénomènes d’« acculturation » (Abou, 1986). Étudier l’immigration, par exemple, implique d’analyser en sociologue le « bricolage culturel » auquel donnent lieu les contacts entre les populations immigrées et les sociétés d’accueil, et qui se réalise comme une « acculturation limitée » (Schnapper, 1986, pp. 148-151). D’autres auteurs, écrivains ou spécialistes de sciences sociales, ont célébré le « croisement des cultures », défini sans surprise comme l’ensemble des « formes que prennent la rencontre, l’interaction, le mélange de deux sociétés particulières » (Todorov, 1986, p. 5). En 1978, Michel Foucault concevait la « philosophie de l’avenir » comme le résultat possible de ces « rencontres » et de ces entrecroisements : « Si une philosophie de l’avenir existe, elle doit naître en dehors de l’Europe ou bien elle doit naître en conséquence de rencontres et de percussions entre l’Europe et la non-Europe. » (Foucault, 1994, pp. 622-623 ; Carrette, 1999, p. 113).        <br />
              <br />
       Ce jeu de métaphores mixomorphes possède une valeur descriptive indéniable. La constitution de « répertoires culturels noirs », par exemple,  s’est faite sur le mode d’une « appropriation sélective » des idéologies, des cultures et des institutions européennes en même temps que de l’héritage africain (Hall, 2008, p. 306). Dans les années 1980, l’expression privilégiée pour désigner de tels processus était « métissage culturel », portée par le discours médiatique qui se donnait ainsi un parfum d’engagement « antiraciste ». Dans la foulée, on a parlé de « logiques métisses » (Amselle, 1990), de « pensée métisse » (Gruzinski, 1999), de « croisements culturels », de « formes hybrides »  ou d’« hybridation culturelle ». À la question de savoir quelle pouvait être l’utilité d’une notion comme celle d’hybridation dans les sciences sociales, le philosophe argentin Nestor García Canclini répondait de la façon suivante : « Ce terme permet de mieux appréhender différentes formes de brassage culturel, autre que celui de métissage, limité aux mélanges entre races, ou celui de syncrétisme, qui se réfère quasi toujours à des phénomènes de fusion de mouvements religieux ou de symboliques traditionnels. » (Canclini, 2000b, pp. 78-79). Mais la métaphore du « brassage », appliquée aux phénomènes culturels, reste elle-même à interroger. En 1992, le sociologue et politologue britannique Stuart Hall, dans un article intitulé « Quel est ce “noir” dans “culture populaire noire” ? », formulait cette mise au point :        <br />
              <br />
       « Il n’y a, dans la culture populaire noire, à strictement parler, ethnographiquement parlant, absolument pas de formes pures. Ces formes sont toujours le produit d’une synchronisation partielle, d’un engagement qui traverse les frontières culturelles, d’une confluence de différentes traditions culturelles, de négociations entre des positions dominantes et subordonnées, de stratégies souterraines de recodage et de transcodage, de significations critiques et de processus de significations. Toutes ces formes sont impures ; toutes sont, à quelque degré, des hybrides d’une base vernaculaire. Aussi faut-il toujours les considérer (…) surtout pour ce qu’elles sont : des adaptations façonnées dans les espaces mêlés, contradictoires et hybrides de la culture populaire. » (Hall, 2008, p. 306).       <br />
              <br />
       En 1989, Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant publiaient leur <span style="font-style:italic">Éloge de la créolité</span> qui semblait sonner le glas des classiques éloges de la négritude de la génération d’Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Mais l’éloge de la « créolisation » se ne limitait pas à l’espace littéraire. Il débordait le champ esthétique pour s’ériger en vision du monde, comprenant une éthique et une politique.  C’est cette vision ambitieuse qu’on trouve dans l’œuvre de l’écrivain-essayiste Édouard Glissant (1990 et 1997), qui commence son <span style="font-style:italic">Traité du Tout-Monde</span> (1997) par cette célébration du métissage : « <span style="font-style:italic">La pensée du métissage</span>, de la valeur tremblante non pas seulement des métissages culturels mais, plus avant, des cultures de métissage, qui nous préservent peut-être des limites ou des intolérances qui nous guettent, et nous ouvriront de nouveaux espaces de relation » (Glissant, 1997, p. 15). L’hybridité est ainsi valorisée à l’extrême, comme expérience humaine, méthode d’invention et de création, et aussi comme style de vie caractérisé par sa « richesse » et son « ouverture ». C’est là suggérer qu’une existence « métissée » constitue la plus haute forme de l’existence humaine. Le « métissage », métaphoriquement généralisé, tend ainsi à devenir une méthode de salut. Le mot « métissage » lui-même prend une valeur magique : il est invoqué comme une force agissante.        <br />
              <br />
       Les métaphores choisies et indéfiniment sollicitées par les critiques, les sociologues et les anthropologues ont toutes des connotations biologisantes, voire racialistes : « mélange », « croisement », « hybridation » ou « hybridité », « métissage ». Elles présupposent l’existence d’un état premier ou originel, un état de non-mélange jugé heureusement dépassé (ce serait même un « progrès »), caractérisé par la « pureté » des entités en question (de la « race » à la « culture », en passant par l’« ethnie »). Un état de nature, qu’on peut dire « sauvage », que les zootechniciens et les horticulteurs ont les premiers aboli par les techniques de sélection volontaire des « races » et des « variétés, et la pratique d’une hybridation contrôlée. Comme l’a montré Robert Young (1995), les usages culturels de la notion d’hybridité présupposent l’existenc...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Europe Ecologie, Europe Ethnies</title>
   <pubDate>Mon, 06 Jul 2009 16:43:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Yvonne Bollmann</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
En octobre 2008, dans la perspective des élections du 7 juin 2009, Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly, José Bové, Jean-Paul Besset, Cécile Duflot, Antoine Waechter, Yannick Jadot, François Alfonsi et Pascal Durand ont publié le manifeste « Changer d’ère ». Ils y ont affirmé entre autres que « l'Union européenne, malgré les aléas de sa construction et des pratiques trop souvent technocratiques, a bâti un espace de paix et de coopération entre les 27 Etats et les 83 peuples qui la composent ». L'Union européenne, c'est bien 27 Etats. Mais 83 peuples ?     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1472081-1959526.jpg" alt="Europe Ecologie, Europe Ethnies" title="Europe Ecologie, Europe Ethnies" />
     </div>
     <div>
      Le match de rugby qui a opposé Perpignan à Clermont le 6 juin 2009 était comme une préfiguration des élections européennes du lendemain. Les médias semblaient s’être concertés pour parler avant, pendant, après, d’une rencontre entre <span style="font-style:italic">« Catalans »</span> et <span style="font-style:italic">« Auvergnats »</span>, du vrai bourrage de crâne. « Auvergnats », passe encore, puisqu’il y a en France une région Auvergne. Mais que viennent faire ici les « Catalans » ? Est-ce l’empreinte du Conseil général des Pyrénées-Orientales ? Lors de sa session du 10 décembre 2007, il a approuvé une charte en faveur du catalan, dans laquelle le département apparaît aussi sous le nom de <span style="font-style:italic">« Catalunya Nord »</span>.       <br />
              <br />
       Un détour par la Foire du livre de Francfort, version 2007 (du 10 au 14 octobre), permet d’en apprendre un peu plus à ce sujet, et de découvrir en même temps un aspect des Verts moins connu que leurs préoccupations environnementales : leur combat pour un ordre ethnique en Europe. Cette année-là, l’invité d’honneur fut la <span style="font-style:italic">« culture catalane »</span>. C’était une première, et de grande portée politique, car jusqu’à cette date, Francfort avait toujours rendu hommage à des Etats souverains ou à des groupes d’Etats.        <br />
              <br />
       Dans un <a class="link" href="http://www.german-foreign-policy.com/fr/fulltext/55947">entretien avec la rédaction du site allemand www.german-foreign-policy.com</a> (10 octobre 2007), un député au Parlement de Catalogne du parti Ciudadanos - Partido de la Ciudadanía a critiqué <span style="font-style:italic">« non pas la présence de la culture catalane »</span> à la Foire du livre de Francfort, mais <span style="font-style:italic">« le fait que la culture catalane d’expression espagnole, d’ailleurs majoritaire, en a été exclue »</span>. Il a dit que l’objectif des séparatistes est d’établir officiellement le catalan comme langue unique de la Catalogne, ce qui contrevient à l’article 3.1 de la Constitution espagnole : <span style="font-style:italic">« Le castillan est la langue espagnole officielle de l'État. Tous les Espagnols ont le devoir de le connaître et le droit de l'utiliser. »</span>       <br />
              <br />
       Les organisateurs de la Foire du livre, dont l’un des partenaires officiels est le ministère allemand des Affaires étrangères, savaient forcément tout cela. Dès octobre 2005, ils ont invité la <span style="font-style:italic">« culture catalane »</span> pour 2007. C’était offrir une plate-forme au mouvement <span style="font-style:italic">« Se détacher de Madrid »</span>, ainsi que l’a écrit german-foreign-policy (voir les articles <a class="link" href="http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/57034">Sprachenkampf</a>, du 10 octobre 2007, et <a class="link" href="http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/57038">Europa der Völker</a>, du 15 octobre 2007). Le 30 septembre précédent, le Parlement de Catalogne avait voté pour un nouveau statut d’autonomie. La Catalogne y est définie comme <span style="font-style:italic">« nation »</span> dont les membres ont le droit de <span style="font-style:italic">« décider librement en tant que peuple de leur avenir »</span>. L’invitation venue de Francfort provoqua une radicalisation chez les autonomistes catalans. german-foreign-policy a mentionné le projet sécessionniste du parti <span style="font-style:italic">Esquerra Republicana de Catalunya</span> (ERC), la Gauche républicaine catalane, membre de la coalition au pouvoir à Barcelone.        <br />
              <br />
       Au Parlement européen, l’ERC est membre du Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne (GV ALE), créé en 1981, dont Daniel Cohn-Bendit est coprésident depuis 2002, et où se retrouvaient en 2007 des partis de 13 Etats de l’UE – entre autres le <span style="font-style:italic">Scottish National Party</span> (Grande-Bretagne) et l’<span style="font-style:italic">Union für Südtirol</span> (Italie). Pour ce qui est de la France, il y a dans l’ALE le Mouvement Région Savoie, la Ligue savoisienne, l’Union démocratique bretonne, l’Union du peuple alsacien, le <span style="font-style:italic">Partitu di a Nazione Corsa</span>, le <span style="font-style:italic">Partit Occitan</span>, ainsi que l’<span style="font-style:italic">Unitat Catalana</span>  (qui appelle <span style="font-style:italic">« Catalogne Nord »</span> les Pyrénées-Orientales).        <br />
              <br />
       Le parti allemand <span style="font-style:italic">Bündnis 90/Die Grünen</span> (Alliance 90/Les Verts), son membre le plus influent, détenait en 2007 l’une des deux présidences de ce groupe, et occupait des postes importants dans les Commissions parlementaires. A l’instar de l’ERC, l’<span style="font-style:italic">Iniciativa per Catalunya Verds</span> (Initiative pour la Catalogne Les Verts), est à la fois dans la coalition gouvernementale à Barcelone et dans le Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne au Parlement européen. Pendant la Foire du livre, l’ICV et <span style="font-style:italic">Bündnis 90/Die Grünen</span> ont participé à une manifestation commune, ce qui témoigne de liens étroits entre les deux mouvements.       <br />
              <br />
       German-foreign-policy a noté que «<span style="font-style:italic"> des séparatistes de plusieurs régions d’Espagne ont profité de la foire du Livre pour se concerter quant à leur stratégie »</span>. A Francfort, des représentants officiels de la Catalogne et des Baléares ont annoncé devant la presse internationale que les deux provinces allaient renforcer leur coopération institutionnelle. Le vice-président du Gouvernement catalan, qui veut la sécession d’avec l’Espagne, a invité la région de Valence à les rejoindre.        <br />
              <br />
       Juste après son élection comme président de ce gouvernement en décembre 2003, Pasqual Maragall a demandé à l’Association des Régions Frontalières Européennes (ARFE) la création d’une <span style="font-style:italic">« Eurorégion allant des Pyrénées à Alicante »</span>, afin de pouvoir « se détacher de Madrid ». L’ARFE fut créée en 1971 à l’initiative de l’<span style="font-style:italic">Europa-Union Deutschland</span>, qui était financée à l’époque par le ministère allemand des Affaires étrangères, et qui se livrait depuis les années d’immédiat après-guerre à une propagande intense en faveur des régions, contre les Etats.        <br />
              <br />
       Parmi les auteurs de la première charte de l’ARFE (<span style="font-style:italic">« Loi fondamentale des Eurorégions »</span>), il y avait Theodor Veiter, qui militait dans les années 1930 pour une <span style="font-style:italic">« Europe des régions »</span> <span style="font-style:italic">« racialement pure »</span> sous direction allemande. A l’ARFE, il s’occupait de la <span style="font-style:italic">« protection des minorités »</span> dans les eurorégions. Il y avait aussi Hermann Mitterdorfer, qui a établi le contact entre cette association et la Föderalistische <span style="font-style:italic">Union Europäischer Volksgruppen/Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes/Federal Union of European Nationalities</span> (FUEV/UFCE/FUEN), l’un des maîtres d’œuvre de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La Région Languedoc-Roussillon et la <span style="font-style:italic">Generalitat de Catalunya</span> sont toutes deux membres de l’ARFE.       <br />
              <br />
       La Catalogne est aussi fort active au sein de l’Assemblée des régions d’Europe, et au Comité des Régions, que german-foreign-policy définit comme un <span style="font-style:italic">« lobby au service de la régionalisation »</span>. Lors de l’inauguration de la Foire du livre, le ministre allemand des Finances a félicité les organisateurs d’avoir convié comme invité d’honneur <span style="font-style:italic">« une région »</span>. Il a déclaré que <span style="font-style:italic">« dans une Europe où les frontières s’estompent de plus en plus, le fait d’avoir choisi la Catalogne montre de très belle et séduisante façon que l’Europe n’est pas une union rigide d’Etats nationaux, mais qu’elle vit de la force et de la diversité de ses régions »</span>.        <br />
              <br />
       A Francfort, il y avait parmi les représentants de la <span style="font-style:italic">« culture catalane »</span> la ville de Perpignan. Les organisateurs de la Foire du livre ont travaillé avec l’<span style="font-style:italic">Ajuntament da Perpinyà</span>. Dans le programme des manifestations annexes, l’Institut français de Francfort a proposé une soirée poésie et musique avec le chanteur Pere Figueres, <span style="font-style:italic">« l’un des principaux représentants de la Nova Canço de l’espace linguistique nord-catalan </span>». Il a cautionné ainsi l’existence d’une entité « catalane » homogène englobant un bout de France.        <br />
              <br />
       Pour l’ERC, les <span style="font-style:italic">« pays catalans »</span> constituent <span style="font-style:italic">« une des nombreuses nations sans Etat »</span> de l’Europe actuelle, <span style="font-style:italic">« dont les frontières n’ont pas grand-chose à voir avec les réalités nationales »</span>. Des séparatistes considèrent qu’il y a en France des <span style="font-style:italic">« territoires historiquement catalans »</span>, et ils les revendiquent à ce titre. Le Groupe des Verts/Alliance Libre Européenne est pour une <span style="font-style:italic">« Union européenne des peuples libres »</span>. Avec le soutien financier du Parlement européen, l’ALE a mis en ligne une carte où une <span style="font-style:italic">« Grande Catalogne »</span> comprenant aussi les Baléares et Andorre empiète sur la  France. Notre pays s’y trouve amputé de près de la moitié de son territoire (« Occitanie », « Bretagne », « Alsace/<span style="font-style:italic">Elsass</span> »).        <br />
              <br />
       En octobre 2008, dans la perspective des élections du 7 juin 2009, Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly, José Bové, Jean-Paul Besset, Cécile Duflot, Antoine Waechter, Yannick Jadot, François Alfonsi et Pascal Durand ont publié le manifeste « Changer d’ère ». Ils y ont affirmé entre autres que <span style="font-style:italic">« l'Union européenne, malgré les aléas de sa construction et des pratiques trop souvent technocratiques, a bâti un espace de paix et de coopération entre les 27 Etats et les 83 peuples qui la composent »</span>. L'Union européenne, c'est bien 27 Etats. Mais 83 peuples ?        <br />
              <br />
       On voit là que les signataires du manifeste sont pour l'Europe des régions à caractère ethnique voulue par l'Allemagne. S’ils s’étaient montrés plus explicites, s’ils avaient dit par exemple que les joueurs de rugby de l’Union sportive des Arlequins de Perpignan sont des membres du « peuple catalan », pas du peuple un et indivisible de la France, certains électeurs y auraient peut-être regardé à deux fois avant de voter le 7 juin pour la liste Europe Ecologie.       <br />
              <br />
       ---------       <br />
       Yvonne Bollmann est l'auteur de <span style="font-style:italic">La Tentation allemande</span> (1998), <span style="font-style:italic">La Bataille des langues en Europe</span> (2001), <span style="font-style:italic">Ce que veut l’Allemagne</span> (2003).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>http://www.communautarisme.net/Europe-Ecologie,-Europe-Ethnies_a1044.html</link>
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   <title>La fracture coloniale est-elle plausible ?</title>
   <pubDate>Sat, 27 Jun 2009 19:32:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Ouvrages]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Une analyse en profondeur du concept de "fracture coloniale" qui minerait la société française.     <div>
      Paru en 2005, <span style="font-style:italic">La Fracture coloniale</span> est un ouvrage collectif conçu sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire. Ces auteurs entendent procéder, avec la vingtaine de spécialistes (historiens, sociologues...) ayant collaboré à leur entreprise, à une synthèse de la réflexion en cours au sujet de la post-colonialité dans la France d'aujourd'hui. En vingt-trois articles et trois cents pages, ils cherchent à démontrer la prégnance des représentations coloniales dans la société française et l'intensité des discriminations qui en découlent à l'encontre des populations immigrées maghrébines et africaines ; il y aurait selon eux <span style="font-style:italic">"fracture"</span> dans la mesure où la France, un demi-siècle après les indépendances, n'aurait toujours pas assumé, et donc dépassé, son histoire coloniale, et parce que, de ce fait, les immigrés en provenance de l'ex-empire seraient confrontés à un permanent déni de leurs droits, de leur identité et de leur histoire. Le choc des mémoires, à vif de part et d'autres, provoquerait donc, d'un côté, un racisme insidieux et larvé et, de l'autre, de l'amertume, de la colère et parfois de la violence face à cette injustice. Il serait par conséquent urgent de déconstruire les discours et les représentations dominantes afin d'en dévoiler les non-dits post-coloniaux pour ainsi réduire cette fracture. Au delà de l'analyse scientifique, l'entreprise éditoriale de <span style="font-style:italic">La Fracture coloniale</span> espère donc avoir l'effet d'une thérapie politique, ou <span style="font-style:italic">"psychopolitique"</span>, comme en atteste la fréquence du vocabulaire freudien (déni, refoulement etc) dans les articles composant l'ouvrage.       <br />
              <br />
       Encore faudrait-il, pour administrer au malade le traitement nécessaire à son rétablissement, que le diagnostic soit fondé. Or, autant l'affirmer d'emblée, rien n'est moins sûr.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Théorie ou intuition ? </b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1436978-1907541.jpg" alt="La fracture coloniale est-elle plausible ?" title="La fracture coloniale est-elle plausible ?" />
     </div>
     <div>
      C'est en vain que l'on cherche, dans les trois cents pages du livre, une théorie de la fracture coloniale, dont ses auteurs font pourtant la cause première et le symptôme principal de ce qu'ils estiment être une crise spécifiquement française. Leur ouvrage était pourtant l'occasion idéale d'une tentative de formalisation théorique de cette notion. Comment expliquer qu'elle ne soit nulle part ne serait-ce que définie ? Blanchard, Bancel et Lemaire ont conscience de cette énorme carence ; ils tentent de la contourner dans l'introduction, en précisant brièvement et à deux reprises qu'il ne faut pas chercher à trouver à leur fracture une <span style="font-style:italic">"cohérence systématique"</span> (1). Ne manquant pas d'audace, ils vont même jusqu'à affirmer plus loin qu'il est <span style="font-style:italic">"essentiel de renoncer à (la) chercher"</span> (2)!  Elle affecte en effet <span style="font-style:italic">"des champs très divers, qui ne sont pas nécessairement liés"</span> (3). Voila qui ressemble fort à un aveu de faiblesse, puisque la fracture coloniale, à peine annoncée, pas même définie, s'avance déjà sous le signe de la dispersion et de l'éclatement. On revendique pour elle une sorte de théorie de l'inaboutissement salutaire, dont le caractère scientifique est probablement destiné à rester pour toujours mystérieux. La suite du paragraphe a de quoi laisser perplexe, tant sa clarté pose problème : <span style="font-style:italic">"ce qui fait son unité</span> [de la fracture coloniale], <span style="font-style:italic">c'est l'origine historique commune des processus. Et c'est d'abord la crise économique structurelle traversée par la France depuis les années 1970 qui a puissamment contribué à exacerber les effets de cette fracture coloniale"</span>(4). Deuxième aveu de faiblesse : indépendamment de la confusion du style, les auteurs reconnaissent ici que la fracture coloniale serait beaucoup plus difficilement repérable si la<span style="font-style:italic"> "crise économique structurelle"</span> n'en exacerbait pas les effets. Comment convaincre de la profondeur et de la gravité de cette fracture si elle ne s'explique pas par elle-même, s'il lui faut une béquille platement économiste pour tenir debout ? Comment comprendre que nos auteurs fassent preuve d'autant d'ingénuité en exprimant, dans un paragraphe pourtant décisif pour leur argumentation,  des idées qui traduisent instantanément la fragilité de leur thèse ? Car c'est en fait à une vaste retraite stratégique qu'ils invitent d'emblée leurs lecteurs : reconnaissant qu'il n'est pas possible d'entreprendre un exposé systématique et autosuffisant de leur fracture, mais ayant conscience du problème de crédibilité soulevé par un tel aveu, ils tentent de faire de leur faiblesse une force en soutenant qu'un tel exposé n'est pas utile, sans s'attarder sur les arguments qui pourraient rendre cette position épistémologiquement défendable. Peut-être ne l'est-elle pas ?        <br />
               <br />
       Quoi qu'il en soit, il faudra que nous nous contentions d'un exposé dominé par le morcellement, chaque chapitre dévoilant un aspect ou une facette de la fracture coloniale, sans qu'il soit possible in fine de dégager une <span style="font-style:italic">"cohérence systématique"</span> qui de toute façon n'est pas souhaitable. La fracture coloniale n'est donc repérable que ponctuellement, et nous sommes tenus de croire que ces points sont autre chose que les ultimes traces d'un ordre révolu, qu'elles constituent la partie émergée d'un système dont l'essentiel est destiné à rester inaccessible. Tant de modestie et d'humilité toucheraient si elles n'avaient pas pour fonction de dissimuler l'indigence théorique d'auteurs qui ont pourtant l'ambition de faire oeuvre de dévoilement. L'inévitable Foucault est bien sûr cité dans l'introduction (caution intellectuelle oblige), à un titre dont les auteurs ne réalisent pas qu'il leur convient à la perfection. Ils lui empruntent le concept <span style="font-style:italic">"d'unité discursive"</span> (5) pour qualifier les stéréotypes prétendument post-coloniaux véhiculés par les médias. Ce concept désigne la production d'un sens général à partir d'un même <span style="font-style:italic">"modèle d'énonciation"</span>(6) de discours pourtant disparates. Difficile de mieux décrire ce en quoi consiste et ce à quoi aboutit leur livre !       <br />
              <br />
       Au-delà de ce que peut avoir de fâcheux en soi ce renoncement a priori à toute explication globale, les conséquences qu'il induit sapent un peu plus encore la pertinence heuristique de la fracture coloniale. La démarche globale des différents auteurs du livre se veut hypothético-déductive ; en fait, elle est seulement syllogistique ; on peut en effet résumer le fond de leur pensée, sans le mutiler, avec le syllogisme suivant :        <br />
       	       <br />
       Majeure : Les colonisés étaient soumis à un ordre inégalitaire et infériorisant.       <br />
       Mineure : Les immigrés récents sont aujourd'hui dans une situation d'infériorité économique et sociale.       <br />
       Conclusion : La France est aujourd'hui dominée et déterminée par un indépassable héritage colonial.       <br />
              <br />
       Ramener le propos du livre à ces quelques lignes peut sembler réducteur, or il n'en est rien. Ce raisonnement simpliste est même explicitement exprimé par Michel Wieworka à la page 115 : <span style="font-style:italic">"La France constitue, avec le Royaume-Uni, un cas singulier, puisqu'une grande part de son immigration récente provient de ses anciennes colonies, et notamment d'Afrique du Nord. Dès lors, il est normal  de considérer que le passé colonial non seulement a influencé le passé républicain ou en a fait partie, mais aussi influe sur le présent"</span>(7). Le sens de ces deux phrases, lorsqu'on s'y attarde, n'est pas très clair. Mais peu importe, puisqu'il est <span style="font-style:italic">"normal"</span> de les relier ! Ce raccourci saisissant exprime parfaitement le présupposé fondamental de toute l'entreprise, et permet de comprendre  la plupart des faiblesses et des dérives qui minent l'ouvrage de part en part.        <br />
              <br />
       D'abord, dans tout bon syllogisme, la vérité contenue dans les deux propositions est censée s'étendre à la conclusion par simple effet de contagion. On retrouve l'exploitation de cet effet de contagion dans le titre : la fracture <span style="font-style:italic">"coloniale"</span> a été choisie par les auteurs en lieu et place de la fracture <span style="font-style:italic">"post-coloniale"</span> dont ils cherchent pourtant à accréditer l'existence. Ce glissement sémantique est rien moins qu'anodin : il a pour but de conférer aux éléments étudiés dans le présent une intensité, une signification, une couleur qu'ils n'ont pas. Nul ne peut bien sûr contester l'existence d'une profonde fracture à l'époque coloniale entre colonisateurs et colonisés. Appliquer une telle formule au présent permet à peu de frais d'exprimer l'idée d'une stricte continuité entre le passé et le présent ; l'extrapolation, illégitime car sans rigueur intellectuelle, ne rebute donc pas ces auteurs.       <br />
              <br />
       Mais il y a pire ; le retour critique au syllogisme qui les détermine donne tout son relief au simplisme de leur pensée : une mentalité coloniale homogène et monolithique a pour héritière une mentalité post-coloniale présentant les mêmes caractéristiques et dont il n'est quasiment jamais dit qu'elle serait une survivance atténuée de la première (on en convient seulement dans un article à propos des "quartiers", qui sont pourtant le lieu par excellence de la prétendue fracture). On sous-entend au contraire lourdement qu'elle est aussi oppressive que sa devancière, dont elle ne se distingue que par son caractère insidieux et implicite. Bien que les auteurs insistent par principe sur l'intensité et les manifestations variables de la fracture coloniale, aucun article ne s'aventure au-delà du terrain bien balisé de la généralité vague qui sert de contenu, dans leurs analyses, aux catégories <span style="font-style:italic">"colonial"</span> et <span style="font-style:italic">"post-colonial"</span>. Tous font fi de la complexité historique et de la grande polysémie de ces termes. Le réductionnisme syllogistique constitue donc le support d'une pensée binaire et mécaniste qu'ils pratiquent tout en la condamnant.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un réel tronqué</b></div>
     <div>
      Dans une perspective hypothético-déductive, tous les éléments du réel ayant u...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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</description>
   <photo:imgsrc>http://www.communautarisme.net/photo/imagette-1436978-1907541.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.communautarisme.net/La-fracture-coloniale-est-elle-plausible_a1043.html</link>
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   <title>Discrimination et statistique : vers une nouvelle conception de la nation française ?</title>
   <pubDate>Mon, 23 Mar 2009 15:09:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Barbara Loyer</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Par Barbara Loyer, professeur à l’Institut Français de Géopolitique, Université Paris 8, Responsable de l’axe de recherche : la question post coloniale     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1285680-1687041.jpg" alt="Discrimination et statistique : vers une nouvelle conception de la nation française ?" title="Discrimination et statistique : vers une nouvelle conception de la nation française ?" />
     </div>
     <div>
      Yazid Sabeg, commissaire à la diversité du gouvernement, vient d’annoncer qu’il proposera à Nicolas Sarkozy de soumettre au Parlement un projet de loi <span style="font-style:italic">"visant à rendre licite la mesure de la diversité"</span>.       <br />
              <br />
       L’équipe de l’IFG travaille activement sur la question de la ségrégation à laquelle est liée celle de l’utilité et de la légitimité de telles mesures. En janvier 2009 Frederick Douzet a réuni un colloque international à Paris 8, intitulé <span style="font-style:italic">« Ensemble ou séparés : les enjeux de la concentration spatiale des immigrants en France, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne »</span> dans le cadre d’un projet de recherche qu’elle porte à l’Institut Universitaire de France et de l’axe géopolitique urbaine de l’IFG. Par ailleurs, un <span style="font-style:italic">« dictionnaire des banlieues »</span>, rédigé sous la direction Béatrice Giblin par une petite équipe de chercheurs formés à l’Institut Français de Géopolitique, va prochainement être publié aux éditions Larousse (mai 2009). Un grand nombre d’articles y abordent la question de la discrimination territorialisée et de ses effets sur la cohésion nationale.       <br />
              <br />
       Le débat est ancien, il est relancé par la volonté de Yazid Sabeg. Cet article pose quelques jalons dans cette réflexion à partir de l’étude de deux représentations contradictoires de l’égalité en France autour des quelles s’articulent ce débat. Il se fonde, d’une part, sur l’analyse des écrits et des propositions de Y.Sabeg, notamment le « Manifeste pour l’égalité réelle. Oui, nous pouvons » ainsi que deux de ses livres : <span style="font-style:italic">« Discrimination positive, pourquoi la France ne peut y échapper »</span>, publié en 2004, et <span style="font-style:italic">« Les oubliés de l’égalité des chances »</span>, cosigné avec Laurence Méhaignerie, en 2006. D’autre part, l’analyse des arguments opposés aux thèses de Yazid Sabeg est basée sur la présentation de l’ouvrage de Julien Landfried <span style="font-style:italic">« Contre le communautarisme »</span> , et du <a class="link"  href="http://www.communautarisme.net/Manifeste-republicain-pour-l-egalite-des-droits-et-contre-les-discriminations-positives_a1030.html">« Manifeste républicain pour l’égalité des droits et contre les discriminations « positives » »</a>, mis en ligne le 13 novembre 2008 sur le site de l’Observatoire du communautarisme (<a class="link" href="http://www.communautarisme.net/)">http://www.communautarisme.net/</a>. On verra en conclusion comment se situe la réflexion portée par le « dictionnaire des banlieues » à paraître.       <br />
              <br />
       L'article entier est disponible ci-dessous en format PDF ou <a class="link" href="http://www.geopolitique.net/article.php3?id_article=272">sur le site de l'Institut français de géopolitique</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <photo:imgsrc>http://www.communautarisme.net/photo/imagette-1285680-1687041.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.communautarisme.net/Discrimination-et-statistique-vers-une-nouvelle-conception-de-la-nation-francaise_a1038.html</link>
  </item>

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   <title>Quand l'économisme ouvre son lit au tribalisme</title>
   <pubDate>Sun, 15 Mar 2009 22:42:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Véronique Hervouët</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Véronique Hervouët est l'auteur de [L'enjeu symbolique]url:http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=18269 i[,Islam, christianisme, modernité, Interprétation psychanalytique des fondements religieux et idéologiques et de leurs conflits]i, paru aux éditions L'Harmattan.

     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1274773-1669872.jpg" alt="Quand l'économisme ouvre son lit au tribalisme" title="Quand l'économisme ouvre son lit au tribalisme" />
     </div>
     <div>
      Certes, il est plus prudent et constructif de considérer la relation difficile entre Occident et Moyen-Orient comme une <span style="font-style:italic">"lutte contre l'obscurantisme"</span> plutôt qu'en termes de <span style="font-style:italic">"choc des civilisations"</span>. D'autant que c'est assez ajusté, quant à l'obscurantisme.        <br />
              <br />
       Mais n'y a t-il qu'un obscurantisme comme il n'y aurait qu'un fondamentalisme ?        <br />
              <br />
       Que penser en effet du fondamentalisme, non moins obscur, dont témoigne l'économisme en voie de totalitarisme et de la frénésie de consommation sur laquelle il prospère ?       <br />
              <br />
       Il nous faut pointer au préalable ce glissement occulte, mais aux incidences si perceptibles, intervenu au cours de ces quarante dernières années, qui nous a fait transiter d'une société régulée par l'Interdit judéo-chrétien à une société régie par l'Impératif de jouissance, édicté par la société marchande et financière. Ce qui nous permet de poser cette question : qu'est-il advenu de la démocratie occidentale sous l'emprise de cet impératif ? Car pour valoriser le modèle démocratique et le rendre désirable à de potentiels adeptes, encore faudrait-il que ce modèle soit toujours valide, efficient, ici même.        <br />
              <br />
       Comme vous le savez, on ne voit guère que la paille dans l'oeil du voisin... Quand bien même, de part et d'autre, il y aurait une poutre. La poutre moyen-orientale, c'est son obscurantisme théocratique et son attachement profond à ses traditions sexistes. La poutre occidentale, c'est l'effondrement de la démocratie représentative sous les coups de boutoir de l'économisme et de la financiarisation, leur mondialisation, la déshumanisation qu'ils instaurent en lieu et place en faisant du facteur humain une marchandise et un vecteur d'ajustement économique. 	 La résultante : l'effacement de l'Etat-nation, l'affaiblissement institutionnel qui s'en déduit,  notamment de toutes les instances représentatives de l'autorité (éducation, enseignement, police, justice). La réduction du politique à un jeu de stratégies électorales dépourvu d'enjeux autre que celui de carrières individuelles. Les pouvoirs étant en réalité détenus par des technocrates non élus exerçant leur autorité à un niveau supranational.        <br />
              <br />
       Moins représentatifs des peuples qui les ont élus que d'intérêts privés, industriels et financiers, qui les soutiennent, les dévots de l'économisme en charge des institutions croient s'en tirer à bon compte par un marché de dupes : ayant pour visée d'instaurer une liberté sans limites dans le champ  économique (qui implique le sacrifice des systèmes de solidarité et de protection sociale), ils cèdent à toutes les revendications libertaires, identitaires, communautaristes qui coûtent moins cher que les revendications économiques...  Une  vue à court terme qui se paye au prix fort : le sacrifice de la cohésion sociale sur laquelle se fonde la paix civile.       <br />
              <br />
       Ces forfaiture et escroquerie politiques se soutiennent d'un subterfuge dialectique qui consiste à jouer du concept de liberté comme d'une monnaie unique, quand il se négocie en fait sur des modes fort différents. Les acteurs du néolibéralisme, constitués en aristocraties, se gratifient en effet de façon tangible dans <span style="font-style:italic">« l'avoir »</span> : la captation du profit. Tandis que les  citoyens, considérés comme autant d'atomes indifférenciés d'une masse vouée à se soumettre, sont dupés par l'encouragement institutionnel des revendications de  <span style="font-style:italic">« l'être »</span> que sont les multiples quêtes identitaires (1).        <br />
       	       <br />
       Ces quêtes identitaires résultent de l'effondrement du lien social  dû principalement à deux conjonctions néfastes : la médiatisation et  la massification.  La croissante disparité des mœurs et  l'abandon de l'intérêt général par les pouvoirs publics. Quêtes obscures de <span style="font-style:italic">« dignité »</span> dans le champ  illusoire de <span style="font-style:italic">«l' être »</span>, par nature impossibles à satisfaire, ces revendications identitaires ouvrent à d'irréductibles frustrations. Légitimées par voie institutionnelle, ces revendications se substituent aux luttes socio-économiques (qui caractérisaient les tensions entre dominants et dominés dans le champ social occidental)  et y font ressurgir en lieu et place les archaïsmes sexuels et tribaux, vecteurs des plus graves conflits sociaux et de l'apathie économique qui ont cours dans les  sociétés traditionnelles.        <br />
              <br />
       C'est ainsi que dans le champ occidental, qui fut celui de la démocratie et du succès économique, la misère et le ravalement le plus général des compétences et des mœurs font retour. Faut-il se surprendre que le cortège des violences qui accompagne usuellement telles configurations sociales et politiques vienne s'installer ici  sur le devant de la scène ?       <br />
              <br />
       Il fut un temps où la société occidentale, par son succès économique et social (sur lequel put se développer une marge appréciable de  liberté individuelle), avait suscité un questionnement constructif au Moyen-Orient. Comme ce fut le cas dans la Tunisie de Bourguiba, et bien avant elle, dans la Turquie de Kemal. Or, ce que l'on peut remarquer aujourd'hui, c'est que le fondamentalisme prospère au Moyen-Orient à mesure que s'affirme l'effondrement de la démocratie occidentale, et notamment le ravalement de ses moeurs.  Et comment s'en étonner ? Le Moyen-Orient fut toujours si récalcitrant à amender ses traditions que les seuls régimes laïques moyen-orientaux – la laïcité turque, et le régime laïque baassiste irakien –  n'ont tenu que sous le joug d'une dictature militaire ou d'une féroce autocratie. Et ceci malgré un siècle d'essor du modèle occidental. Alors pensez à quel point la séduction du modèle occidental en a pris un  coup depuis qu'il chemine si ostensiblement vers la déchéance (économique, sociale, démographique, éthique)... Force est de constater que ce qui fut le «  modèle occidental » est devenu un contre-modèle depuis qu'il est pris en otage par des <span style="font-style:italic">"gouvernances"</span>  qui, pour ne voir pas plus loin que le contenu de leurs poches, se font les fossoyeurs de la civilisation et des peuples occidentaux.        <br />
              <br />
       Comme  il n'y a pas de meilleur enseignement que celui qui procède par l'exemple, ne conviendrait-il pas d'urgence de faire le ménage ici même, avant que de prétendre à le faire chez les autres ?       <br />
              <br />
              <br />
       ----------------------------------------									        <br />
       (1) Cette stratégie s'inscrit dans la  politique européenne dite de <span style="font-style:italic">«défense des minorités »</span>  qui consiste à    encourager les revendications identitaires (linguistiques, sexuelles, ethniques, religieuses, régionales, etc), à attiser leur dimension conflictuelle en accréditant leurs discours victimaires et en les mettant en concurrence au sein de dispositifs institutionnels <span style="font-style:italic">« anti-discriminatoires »</span> spécifiquement conçus pour accueillir et gérer ces conflits. Ainsi  procèdent  la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discrimination et pour l’Egalité), institution chargée  de la <span style="font-style:italic">« lutte anti discrimination »</span> et son relai européen Equal, par lequel l’Union européenne subventionne désormais massivement des organisations communautaires. Cette méthode du pompier pyromane, mise au service d’une stratégie impériale  notoire (diviser pour régner) a pour fonction de dissoudre la citoyenneté, les solidarités politiques et sociales qui s’y attachent, en fragmentant le corps social en communautés consuméristes et lobbies concurrents.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <photo:imgsrc>http://www.communautarisme.net/photo/imagette-1274773-1669872.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.communautarisme.net/Quand-l-economisme-ouvre-son-lit-au-tribalisme_a1037.html</link>
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   <title>Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité</title>
   <pubDate>Sat, 21 Feb 2009 13:27:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Propos recueillis par Marianne2.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Entretiens]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Entretien avec Walter Benn Michaels, auteur de "La diversité contre l'égalité" (Raisons d'agir, février 2009).     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1243901-1622128.jpg" alt="Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité" title="Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité" />
     </div>
     <div>
      <b>Marianne2.fr : Pour vous, le débat sur la diversité masque l'accroissement des inégalités économiques?       <br />
       Walter Benn Michaels :</b> Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C'est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu'une partie des riches sont issus des minorités.       <br />
              <br />
       <b>Vous considérez qu'il s'agit d'un écran de fumé et qu'il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?</b>       <br />
       Non, il n'y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c'est à la fois parce que c'est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n'a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c'est de l'exploitation.       <br />
              <br />
       <b>Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?</b>       <br />
       Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont  pas tous de la même couleur ou du même sexe.       <br />
              <br />
       Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste.       <br />
              <br />
       <b>Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd'hui?</b>       <br />
       La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l'exploitation n'était qu'une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le <span style="font-style:italic">Black Panther</span> Bobby Seale ont toujours estimé qu'on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l'ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l'antiracisme s'est déconnecté de l'anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n'y a rien d'anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l'occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le <span style="font-style:italic">New York Times</span> il y a peu: <span style="font-style:italic">« La diversité permet à notre entreprise d'enrichir les actionnaires »</span>.       <br />
              <br />
       De fait, l'antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu'un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l'hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l'homophobie vous souffleront de choisir l'hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l'est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu'on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd'hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu'on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme <span style="font-style:italic">« black-blanc-beur »</span>.       <br />
              <br />
       <b>Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu'elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?</b>       <br />
       Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu'alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu'ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu'ils n'arrivent pas à passer les examens d'entrée à l'université.       <br />
              <br />
       Donc, la première chose à faire lorsqu'on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c'est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l'élite comme le sont, pour l'essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu'elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c'est une redistribution des richesses, mais à l’envers.       <br />
              <br />
       <b>Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l'engouement qu'elle a pu susciter ?</b>       <br />
       Sa victoire, c'est le triomphe totale de l'idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n'est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c'est sauver le système économique néolibéral de la crise, c'est une bonne chose. Nous savons tous que l'administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s'apercevoir  que Wall Street avait plus besoin d'aide que l'Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c'est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n'est pas un problème pour Sarkozy, mais c'est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l'engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.       <br />
              <br />
       Le thème central de <span style="font-style:italic">La diversité contre l'égalité</span>, c'est qu'ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n'est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu'une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s'adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s'opposer au néolibéralisme, plutôt que l'améliorer.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/La-diversite-est-au-service-du-neoliberalisme-!_a175285.html">Marianne2.fr</a> <span style="font-style:italic">(le titre et le chapo ont été rédigés par la rédaction de l'Observatoire du communautarisme)</span>       <br />
              <br />
       -------------------       <br />
       <span class="u">4ème de couverture :</span>       <br />
       A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l'Elysée, à Sciences Po comme à l'armée résonne un nouveau mot d'ordre: Vive la diversité ! Avec l'élection de Barack Obama, le bruissement s'est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les "minorités visibles" occupent la place qui Leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? A cette question jamais posée, Walter Benn Michaels répond par la négative. La promotion incessante de la diversité et la célébration des " identités culturelles " permettent au mieux, selon lui, de diversifier la couleur de peau et le sexe des maîtres. Sans remettre en cause la domination qui traverse toutes les autres : celle des riches sur les pauvres. A l'aide d'exemples tirés de la littérature, de l'histoire et de l'actualité, ce livre montre comment la question sociale se trouve désamorcée lorsqu'elle est reformulée en termes ethnico-culturels. Plus fondamentalement, il s'interroge sur l'objectif d'une politique de gauche: s'agit-il de répartir les inégalités sans discrimination d'origine et de sexe, ou de les supprimer ?       <br />
              <br />
       <span class="u">Biographie de l'auteur :</span>       <br />
       Walter Benn Michaels est professeur de Littérature à l'université de l'Illinois à Chicago. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div align="center"><iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=observatoired-21&o=8&p=8&l=as1&asins=2912107458&fc1=000000&IS2=1&lt1=_blank&m=amazon&lc1=0000FF&bc1=000000&bg1=FFFFFF&f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></div>

     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <photo:imgsrc>http://www.communautarisme.net/photo/imagette-1243901-1622128.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.communautarisme.net/Plus-les-societes-deviennent-inegalitaires,-plus-elles-sont-attachees-a-la-diversite_a1036.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Faut-il craindre l'importation du conflit israélo-palestinien en France ?</title>
   <pubDate>Wed, 07 Jan 2009 11:12:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Julien Landfried</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Audio-vidéo]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme et auteur de "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007) était l'invité mercredi 7 janvier de David Abiker sur France Info.     <div>
      Le podcast est disponible ci-dessous ou <a class="link" href="http://www.france-info.com/spip.php?article234233&theme=81&sous_theme=251">sur le site de France Info</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
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 	<itunes:subtitle><![CDATA[Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme et auteur de "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007) était l'invité mercredi 7 janvier de David Abiker sur France Info.]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:author>Julien Landfried</itunes:author>
 	<itunes:keywords>communautarisme, discrimination positive, république, discriminations, républicain, laïcité, laïc, homosexualité, communautés, ethnicisme, tribalisme, identité, différentialisme, multi-culturalisme, communautarism, nation, tribu, ethnie, </itunes:keywords>
   <link>http://www.communautarisme.net/Faut-il-craindre-l-importation-du-conflit-israelo-palestinien-en-France_a1034.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Discrimination positive et principes républicains</title>
   <pubDate>Tue, 23 Dec 2008 20:29:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Julien Landfried</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Après la victoire d’Obama aux États-unis, les médias français ont particulièrement insisté sur la couleur de la peau et la discrimination positive. Une bonne partie de la classe politique a suivi. La France est-elle en train de devenir un pays communautariste ?
Avec Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public qui enseigne le droit constitutionnel et les libertés fondamentales à l’université de Rennes 1 (dernier ouvrage paru : Droit constitutionnel aux éditions Économica)     <div>
      Comment s’est manifesté l’effet Obama en France ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <div><object width="480" height="381"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/k1q6HkvwAwq5tLSaJL&related=1"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/k1q6HkvwAwq5tLSaJL&related=1" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="381" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /></div>     </div>
     <div>
      Existe-t-il des évolutions du droit français qui vont dans le sens du communautarisme ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <div><object width="480" height="381"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/k5UjkgC8iTaP0XSaPB&related=1"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/k5UjkgC8iTaP0XSaPB&related=1" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="381" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /></div>     </div>
     <div>
      Peut-on tirer un bilan de la discrimination positive pratiquée aux Etats-Unis depuis 40 ans ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <div><object width="480" height="381"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/k3Ropu0dMDE2rDSb6M&related=1"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/k3Ropu0dMDE2rDSb6M&related=1" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="381" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /></div>     </div>
     <div>
      Conférence donnée le 9 décembre 2008, dans le cadre du club <a class="link" href="http://www.politique-autrement.org/">Politique Autrement</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <link>http://www.communautarisme.net/Discrimination-positive-et-principes-republicains_a1033.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:www.communautarisme.net,2010:rss-1121391</guid>
   <title>Faut-il une «discrimination positive» à la française ?</title>
   <pubDate>Mon, 24 Nov 2008 23:40:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Francois Devoucoux</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Audio-vidéo]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Débat sur l'antenne de RFI entre François Devoucoux du Buysson et Yazid Sabeg.
     <div>
      Invité de l'émission de Jean-François Cadet, <a class="link" href="http://www.rfi.fr/radiofr/emissions/083/accueil_121.asp">Le Débat du Jour</a>, le 24 novembre 2008, François Devoucoux du Buysson, cofondateur de l'Observatoire du Communautarisme, a débattu avec Yazid Sabeg, auteur du manifeste <a class="link" href="http://www.lejdd.fr/cmc/blogs/200845/manifeste-pour-l-egalite-reelle-oui-nous-pouvons_163720.html">"Oui nous pouvons"</a> appelant à la discrimination positive et notamment soutenu par Carla Bruni.       <br />
              <br />
       Pour écouter le débat :
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
 	<enclosure url="http://www.podtrac.com/pts/redirect.mp3?http://www.communautarisme.net/docs/20081124-RFI.mp3" length="3482644" type="audio/mpeg" />
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 	<itunes:summary><![CDATA[Débat sur l'antenne de RFI entre François Devoucoux du Buysson et Yazid Sabeg.]]></itunes:summary>
 	<itunes:subtitle><![CDATA[Débat sur l'antenne de RFI entre François Devoucoux du Buysson et Yazid Sabeg.]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:author>Francois Devoucoux</itunes:author>
 	<itunes:keywords>communautarisme, discrimination positive, république, discriminations, républicain, laïcité, laïc, homosexualité, communautés, ethnicisme, tribalisme, identité, différentialisme, multi-culturalisme, communautarism, nation, tribu, ethnie, </itunes:keywords>
   <link>http://www.communautarisme.net/Faut-il-une-discrimination-positive-a-la-francaise_a1031.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:www.communautarisme.net,2010:rss-1107234</guid>
   <title>Manifeste républicain pour l’égalité des droits et contre les discriminations «positives»</title>
   <pubDate>Thu, 13 Nov 2008 15:21:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Francois Devoucoux</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
A l'heure où relais communautaires et médiatiques s'associent pour obtenir du gouvernement l'introduction en France de mesures de "discrimination positive", l'Observatoire du Communautarisme publie un appel aux républicains soucieux de la défense du principe d'égalité entre les citoyens. Il est grand temps de se mobiliser contre ceux qui veulent instaurer la "rupture" avec les principes fondateurs de la République.     <div>
      <b>Nous, Français attachés aux principes de la République, nous désolidarisons du</b> <a class="link" href="http://www.lejdd.fr/cmc/blogs/200845/manifeste-pour-l-egalite-reelle-oui-nous-pouvons_163720.html">Manifeste pour l’égalité réelle</a>   <b>en faveur de la discrimination positive et de ses tentatives visant à manipuler l’opinion. </b>       <br />
              <br />
       Nous rappelons par le présent manifeste notre opposition catégorique à l’instauration dans notre pays d’<b>un régime d’inégalité des droits</b>.        <br />
              <br />
       Nous affirmons notre indéfectible attachement aux principes de la Révolution française, par laquelle nos ancêtres ont conquis le principe d’égalité en droit de tous les Français, indépendamment de leurs origines, de leur religion ou de leur race.        <br />
              <br />
       En aucun cas, la recherche de l’égalité réelle ne saurait, selon nous, autoriser l’introduction dans notre droit positif d’un régime de discriminations « positives ». Seule l’égalité des chances, qui consiste à introduire des discriminations dans les moyens mis en œuvre pour organiser un cursus scolaire, une formation, la préparation d’un concours ou d’une compétition quelconque, nous paraît recevable, et même souhaitable.        <br />
              <br />
       Mais ce qu’on appelle aujourd’hui « discriminations positives » consiste à biaiser les résultats d’une sélection ou d’une compétition avec l’obligation pour les autorités d’atteindre des objectifs fixés par avance quant à la « représentation » de chacune des communautés préalablement définies.        <br />
              <br />
       <b>La définition de ces communautés elle-même est arbitraire</b>. Les caractères ethniques ne reposent sur aucun critère scientifique reconnu. Les origines culturelles sont sujettes à discussions infinies. Chaque définition possible est arbitraire et lacunaire. Elle oublie des catégories, en crée d’autres de manière artificielle, de manière souvent intéressée, en fonction des modes intellectuelles du moment ou sous la pression de tel ou tel «  lobby ». Elles doivent donc être condamnées sans appel.        <br />
              <br />
       En revanche, nous ne sommes nullement opposés à l’élaboration d’un code de bonne conduite en matière d’embauche ou de promotion politique auquel les entreprises et les partis politiques adhéreraient sur la base du volontariat, un peu comme pour les normes ISR (Investissement socialement responsable). <b>Mais nous ne pouvons accepter que des quotas soient institués par voie législative ou réglementaire à l’entrée de nos grandes écoles, ni que le recrutement dans la fonction publique s’écarte de la procédure du concours, exclusif, anonyme et universel</b>.        <br />
              <br />
       Nous estimons que la revendication communautariste, en s’attachant à la notion de « représentation miroir » des « minorités visibles », attaque le principe de l’universalisme républicain qui ne fait pas dépendre de qualités particulières la capacité à représenter la nation ou l’une de ses circonscriptions.        <br />
              <br />
       <b>Nous dénonçons également le caractère stigmatisant des revendications communautaristes qui désignent, pour s’en glorifier ou pour s’en offusquer, la couleur de la peau, la religion, le sexe ou l’âge d’un candidat ou d’un élu.</b>       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>L'élection d'Obama, un exemple mal choisi</b></div>
     <div>
      Nous pensons à cet égard que la récente élection de M. Barack Obama à la présidence des Etats-Unis est un exemple très mal choisi pour justifier l’instauration en France d’un régime d’inégalité des droits, même du point de vue des partisans de la « représentation miroir ».        <br />
              <br />
       Tout d’abord parce que les Français d’origine africaine ont toujours bénéficié des mêmes droits civiques que leurs compatriotes et n’ont jamais souffert d’un régime juridique de ségrégation, au contraire des Afro-Américains. Or, c’est cette ségrégation, qui a justifié, dans la foulée du mouvement des droits civiques de Martin Luther King, la mise en place, au milieu des années soixante, par le président Lyndon Johnson, des « discriminations positives » et de l’affirmative action. Nous rappelons ici que la ségrégation était un régime d’inégalités des droits au détriment des Noirs américains, qui avaient été, au cours des siècles précédents, déportés aux Etats-Unis comme esclaves. L’affirmative action doit donc être comprise comme une réaction juridique à la réalité juridique de la ségrégation. Or, celle-ci n’a jamais existé en France (à l’exception du statut des Juifs sous le régime anti-républicain de Vichy). En effet, nos « minorités », issues d’une immigration volontaire – et parfois même clandestine – à la recherche d’une vie meilleure, n’ont jamais eu de statut juridique particulier, contrairement à ce qu’affirment les partisans de l’<span style="font-style:italic">affirmative action</span>.       <br />
              <br />
       Ensuite, parce que M. Obama, dont la valeur personnelle et intellectuelle est évidente, n’a nullement eu besoin de quota pour être admis aux prestigieuses universités de Columbia, puis de Harvard, en sortir diplômé avec mention, être élu président de la Harvard Law Review, puis sénateur de l’Illinois, prouvant ainsi qu’un enfant doué et volontaire peut se passer, pour réussir, des privilèges octroyés par la législation. Au contraire, ses origines en quelque sorte « aristocratiques », tant du côté de son père kenyan (luo) que de sa mère américaine, le prédestinaient à de hautes fonctions publiques.        <br />
              <br />
       Son élection n’est donc nullement le signe d’une supériorité du régime américain sur le nôtre en matière de promotion sociale ou de lutte contre le racisme. En effet, M. Obama n’est ni fils d’ouvrier, ni descendant d’esclave, mais un produit d’élites nord-américaine et africaine.       <br />
              <br />
       Nous rappelons également que M. Obama, contrairement à beaucoup de nos enfants issus de l’immigration, adhère pleinement aux valeurs de son pays d’adoption, à son drapeau, à son hymne national et à ses ambitions planétaires. Il semble, en particulier, n’avoir jamais évoqué, pour exiger une quelconque repentance, le passé esclavagiste de son pays, le génocide des Indiens ou son impérialisme impénitent de « peuple élu » appelé à la direction des affaires du monde. Au contraire, il n’a eu de cesse de revendiquer son attachement à l’histoire américaine, de s’en glorifier, d’exprimer son patriotisme et d’affirmer sa foi dans les grandes destinées de sa nation.       <br />
              <br />
       Nous critiquons à cette occasion les orientations de l’instruction publique en France qui, depuis trop d’années, ont remis en cause l’enseignement de notre histoire nationale dans le but, notamment, de mieux intégrer les descendants de nos anciens colonisés. Nous prétendons que nous ne pouvons à la fois défendre la conception française de la nationalité, qui se manifeste dans le droit du sol et qui est celle d’une adhésion volontaire au passé de notre nation et à la construction d’un avenir commun, et nous placer d’un point de vue étranger à nous-mêmes pour juger et enseigner notre histoire. Nous estimons au contraire que l’intégration d’immigrés, en provenance d’anciens territoires français ou d’autres pays, se fera d’autant mieux que la France sera plus indépendante, plus puissante, plus souveraine, plus sûre d’elle-même, aura et répandra une meilleure image d’elle-même, tant pour son œuvre passée que vis-à-vis de ses ambitions à venir.        <br />
              <br />
       Nous dénonçons enfin les dispositions de la charte des droits fondamentaux, rejetée à une large majorité (55 %) par le peuple français le 29 mai 2005 et néanmoins ratifiée de manière illégitime par des parlementaires qui n’ont pourtant pas été élus pour cela, et qui prévoit l’instauration, dans la législation interne des Etats membres de l’Union européenne, de dispositions discriminatoires contraires à nos principes fondamentaux. Nous témoignons ainsi de l’opposition du peuple français à toute forme de ségrégation juridique, en rappelant que la Révolution française s’est enracinée dans la révolte contre les discriminations de droit en vigueur sous l’Ancien Régime. On ne pourra donc pas lui faire très longtemps le coup de l’égalité des droits ennemie de la justice, ni oser prétendre que l’égalité réelle justifie l’inégalité des droits.        <br />
              <br />
       -----------------------------------       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Signataires :</b></div>
     <div>
      Hervé Beaudin, essayiste       <br />
       Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres, ancien Ambassadeur, président d’associations pour la promotion du français et de la Francophonie       <br />
       Julien Landfried, Observatoire du communautarisme       <br />
       François Devoucoux du Buysson, Observatoire du communautarisme       <br />
       Philippe Foussier, président de Comité Laïcité République       <br />
       Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, directeur de recherche au CNRS       <br />
       Catherine Kintzler, professeur de philosophie à l'université de Lille-III       <br />
       Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <link>http://www.communautarisme.net/Manifeste-republicain-pour-l-egalite-des-droits-et-contre-les-discriminations-positives_a1030.html</link>
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   <title>Les mémoires contre la mémoire</title>
   <pubDate>Wed, 12 Nov 2008 16:47:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Alain-Gérard Slama</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Par Alain-Gérard Slama, Le Figaro, 12 novembre 2008.     <div>
      Le rapport de la commission d'historiens présidée par André Kaspi, qui doit être remis en ce lendemain du 11 Novembre, s'inquiète de la prolifération des manifestations commémoratives dans notre pays. Ni bien entendu le 11 Novembre, ni le 14 Juillet, ni même le 8 Mai - dont la suppression avait été envisagée naguère par le président Giscard d'Estaing - ne sont remis en cause. Mais nombre de célébrations liées à la mémoire de groupes particuliers ont été ajoutées sous la présidence de Jacques Chirac. La liste est aussi longue que les formulations sont compliquées : Journée nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes, Journée nationale des mémoires de la traite de l'esclavage, Journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine et en Algérie, Journée nationale d'hommage aux harkis, etc.       <br />
              <br />
       Dans l'esprit de l'ancien président, qui a bâti une partie de sa carrière en s'appuyant sur les corps intermédiaires, des PME jusqu'aux agriculteurs en passant par les associations corporatives, il s'agissait sans doute de rendre justice à des revendications catégorielles considérées par lui comme comparables à toutes les autres. Il s'agissait aussi, pour ce militant de la cause de l'entente entre les civilisations, de donner des satisfactions symboliques à des minorités en mal de reconnaissance. Le malheur est que les minorités qui revendiquaient un droit de mémoire n'étaient pas des corporations comme les autres, et que le droit auquel elles aspiraient n'a pas eu pour résultat de les intégrer davantage à la nation, mais de les en dissocier.       <br />
              <br />
       En dépit des précautions prises par le rapport Kaspi pour ne gommer aucune célébration, sa velléité de les regrouper dans une journée collective, à l'américaine, ou de les limiter à des cérémonies locales a soulevé un tollé de la part des associations concernées. L'affaire est suffisamment sensible, elle touche assez profondément au cœur de la culture républicaine de notre pays, pour qu'on se garde à son sujet de toute ambiguïté. Il n'existe pas, hélas, en France de lois provisoires. Il est probable que l'abrogation des commémorations imprudemment accumulées depuis quelques an­nées causerait encore plus de dangers que leur maintien ne comporte d'inconvénients. Du moins peut-on espérer que leur surenchère finira par s'épuiser et qu'elles finiront par tomber en désuétude.       <br />
              <br />
       Il faut donc inlassablement expliquer en quoi l'invasion des mémoires représente une nuisance pour l'équilibre de notre société, en se donnant pour objectif, au moins, de la contenir. Et pour cela rappeler d'abord que la poussée des revendications mémorielles, prise en charge par le Parlement depuis la loi Gayssot de 1990, est un phénomène récent.       <br />
              <br />
       Ces demandes ont beau exploiter la culpabilité coloniale, elles sont loin d'être directement reliées à cette histoire. Elles procèdent du renouveau des aspirations identitaires, à base ethnique et religieuse, qui a suivi, après 1989, la chute du dernier empire. Elles se sont engouffrées par la brèche de la mondialisation, dont le choc a affaibli les États et remis en question la légitimité du système représentatif, tout en suscitant chez les citoyens une demande sans précédent de protection et de sécurité.       <br />
              <br />
       Il faut insister en second lieu sur ce qui distingue les associations à base volontaire des groupes que réunit une communauté d'appartenance identitaire. Partout où les intérêts identitaires sont placés en première ligne, le donné l'emporte sur le projet, la nature sur la culture et l'émotion sur la raison (1). Pour citer un témoin extérieur à la scène française, l'historien Eric Hobsbawm, qui n'est pas suspect d'intégrisme républicain, est un de ceux qui ont le plus fortement mis en garde contre les préjugés induits par toutes les formes d'identification émotionnelle à une appartenance, qu'elle soit locale, ethnique ou religieuse. Non seulement l'individu s'enferme dans un déterminisme qui l'incline à renoncer à sa liberté, mais l'histoire écrite sous cette inspiration, noire pour les Noirs, queer pour les homosexuels ou féministe pour les femmes ne peut être équitable. Or, écrit Hobsbawm dans <span style="font-style:italic">Franc-tireur</span>, à mesure que de nouveaux régimes se désintègrent, que d'anciennes formes politiques disparaissent et que de nouveaux États se multiplient, <span style="font-style:italic">«la fabrication d'une nouvelle histoire au service des nouveaux régimes, États, mouvements ethniques et groupes identitaires devient une industrie mondiale»</span>.       <br />
              <br />
       Il est particulièrement instructif de voir cet historien de gauche rejoindre les analyses du sociologue libéral Raymond Boudon pour faire de l'activisme des minorités les plus motivées un des facteurs d'intimidation les plus efficaces des majorités silencieuses, et de l'autocensure du «politiquement correct».       <br />
              <br />
       À l'origine, les libéraux français, marqués par la culture des aristocrates éclairés de l'Ancien Régime, n'ont pas toujours su nettement distinguer, dans les corps intermédiaires, ceux qui associaient les libres volontés des citoyens émancipés de ceux qui restaient englués, comme figés dans le carcan de la tradition. Le fait qu'ils aient au XXe siècle transmis une partie de cet aveuglement à leurs continuateurs républicains est une des ironies de l'histoire.       <br />
              <br />
       (1) Voir Dominique Moïsi, <span style="font-style:italic">«La Géopolitique de l'émotion»</span>, Flammarion.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <link>http://www.communautarisme.net/Les-memoires-contre-la-memoire_a1029.html</link>
  </item>

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   <title>Manuels scolaires : «Halde au sketch» !</title>
   <pubDate>Fri, 07 Nov 2008 09:02:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Francois Devoucoux</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[''Moi aussi, je l'ai lu...'']]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Par François Devoucoux du Buysson, co-fondateur de l'Observatoire du Communautarisme.     <div>
      S’il est un domaine dans lequel on ne saurait contester la compétence de la Halde, c’est bien celui de la communication. A peine sortie, l’étude qu’elle a commandée sur le contenu des manuels scolaires a été évoquée en boucle dans la plupart des médias : presse écrite, radio, journaux télévisés… Difficile d’y échapper.       <br />
              <br />
       Devant la pauvreté et le manque de recul de nombreux commentaires journalistiques, le mieux est souvent d’aller à la source de l’information. Il s’agit en l’occurrence d’une <a class="link" href="http://www.halde.fr/IMG/pdf/Etude_integrale_manuels_scolaires-2.pdf">étude de 207 pages</a> intitulée "Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires" et réalisée par un groupe de chercheurs de l’université de Metz pour la modique somme de 38.000 euros comme on l’apprend sur <a class="link" href="http://www.labpsylor-etic.univ-metz.fr/docs_pdf/HALDE_projet.pdf">leur site internet</a>.       <br />
              <br />
       La lecture de cette étude est édifiante.        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Des présupposés méthodologiques contestables</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1100134-1401202.jpg" alt="Manuels scolaires : «Halde au sketch» !" title="Manuels scolaires : «Halde au sketch» !" />
     </div>
     <div>
      Si la première partie du rapport revient sur les fondements juridiques de la lutte contre les discriminations qui a abouti à la création de la Halde, elle n’éclaire guère le lecteur sur la confusion introduite par la superposition du principe d’égalité hérité de la Révolution française depuis la déclaration des droits de l’homme de 1789 et du principe de non-discrimination dérivé des normes européennes. Une confusion qui provient notamment de la conception étroitement identitaire des discriminations concernées (sexe, origine, sexualité) qui fait l’impasse sur les notions de classe et de fortune dont on sait pourtant combien elles pèsent sur les situations d’inégalité dans la société, et particulièrement dans le système scolaire.        <br />
              <br />
       D’ailleurs, le <span style="font-style:italic">« comité de pilotage »</span> de l’étude commandée par la Halde a limité son champ d’investigation à quelques thèmes à la mode (stéréotypes fondés sur le genre, l’origine, le handicap, l’orientation sexuelle et l’âge) sans que ces présupposés soient justifiés de façon sérieuse. On ne saura pas non plus pourquoi la question des stéréotypes de genre n’est posée que pour les femmes tandis que celle de l’âge se limite aux seniors.       <br />
              <br />
       En ce qui concerne les personnes consultées dans le cadre de la réalisation de cette étude, on apprend à la lecture du document que des responsables d’association ont été rangés dans la catégorie des experts de certaines discriminations et qu’ils ont pu inspirer plusieurs des recommandations formulées par les chercheurs. En revanche, la question de la légitimité de ces instances souvent fondées sur une inspiration identitaire, voire communautariste, n’est même pas posée, ce qui en dit long sur les propres stéréotypes des auteurs de l’étude à l’égard de la société française.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une vision idéologique </b></div>
     <div>
      A la page 132 de l’étude, les auteurs prennent le lecteur à témoin d’un véritable scandale : un manuel d’ECJS a osé illustrer l’idée de la solidarité avec le continent africain avec <span style="font-style:italic">« une photo en plan rapproché de la main d’un enfant noir dans la paume de celle d’un adulte blanc »</span>. On lit ainsi que <span style="font-style:italic">« cette image a été jugée choquante à plusieurs reprises, notamment dans le cadre du “focus group” avec les professionnels de l’intégration car elle renforce le stéréotype du Noir non seulement pauvre, mais aussi malade et contribue à entretenir le stéréotype du rapport inégalitaire entre Noirs et Blancs en faisant appel à un registre émotionnellement inutile »</span>. Quelle horreur, en effet !        <br />
              <br />
       S’appuyant sur un commentaire selon lequel <span style="font-style:italic">« dans les manuels de géographie, les chapitres sur l'Afrique et le Maghreb montrent trop souvent la pauvreté avec des photos d’enfants de rue, ou de paysans traditionnels, mais on ne parle pas assez du dynamisme de ces pays, de la modernité que l'on trouve »</span> (on se demande bien pourquoi…), l’étude s’insurge contre l’association entre l’Afrique et la pauvreté qui est pourtant une donnée objective fondée sur des faits et des chiffres.       <br />
              <br />
       De même, page 130, on lit une vive critique du choix d’un manuel d’histoire-géographie de mettre en balance une photo de la mosquée d’Omar à Jérusalem et la cathédrale de Chartres au motif que <span style="font-style:italic">« le choix d’illustrer l’islam à partir d’une mosquée située hors du territoire national contribue à renforcer, dans le contexte du document, le stéréotype selon lequel l’islam est une religion étrangère à la France »</span>. Et si ces illustrations manifestaient simplement le fait incontestable que l’art islamique a connu son apogée au Proche-Orient tandis que le christianisme rayonnait en Europe ? Si la Halde suit son étude à la lettre, Clovis et Charles Martel ne devraient pas tarder à être expulsés des manuels d’histoire…       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Des commentaires risibles </b></div>
     <div>
      Rions un peu…       <br />
              <br />
       Page 85, l’étude s’étonne de la façon la plus sérieuse qu’ <span style="font-style:italic">« aucun des 359 exercices de mathématiques (analysés) ne mentionne l’homosexualité ou le handicap »</span>. C’est en effet surprenant et sans doute scandaleux ! On pourrait tout à fait imaginer des problèmes de calcul ainsi libellés :<span style="font-style:italic">« deux homosexuels font leur marché ; sachant que le kilo de tomate coûte trois euros, combien devront-ils donner de pièces de 1 euro au fils handicapé de la marchande des quatre saisons pour acheter deux kilos ?»</span>.       <br />
              <br />
       La bête immonde de la discrimination <span style="font-style:italic">« hétérosexiste »</span> se cache aussi insidieusement dans les manuels de SVT qui n’envisagent les comportements sexuels des animaux que sous un angle hétérosexuel :        <br />
       <span style="font-style:italic">« Les relations homosexuelles ne sont guère plus évoquées dans le cadre de la sexualité des animaux comme l’attestent les extraits issus de différents manuels : “le rat est attiré par la rate en chaleur” (SVT section Terminale S, édition Bordas) ; “les grillons mâles attirent leurs femelles par leur chant” “les mammifères femelles en période ovulatoire recherchent et acceptent les mâles” (SVT 4e éditions Nathan, 2007). Ces ouvrages font bien référence aux comportements sexuels des animaux, mais l’attirance pour le sexe opposé est l’unique conduite envisagée. »</span>       <br />
              <br />
       Voilà qui est fâcheux, mais pas tant que l’odieuse discrimination selon laquelle <span style="font-style:italic">« les seniors sont peu représentés dans les manuels de mathématiques »</span> (page 177). Pire, <span style="font-style:italic">« un livre de 6ème voulant illustrer le conte Hansel et Gretel montre un senior dans le rôle de la sorcière »</span> ! Heureusement, il arrive que des seniors soient présentés sous un jour flatteur, comme le souligne l’étude à la page 178 : <span style="font-style:italic">« Ensuite nous observons les activités syndicales, politiques : des seniors s’adressant à la foule, revendiquant une situation. Il s’agit d’ailleurs en général de personnes historiques célèbres, comme Jean Jaurès, où le senior détient la bonne parole, celle qui va révolutionner la situation. Ici, le senior, après avoir fait l’expérience de problèmes générés par diverses situations, propose des solutions (histoire 4ème Hatier par exemple). »</span> Heureusement que Jean Jaurès est là pour représenter les seniors…       <br />
              <br />
       Mais cela ne doit pas faire oublier que de misérables poètes du XVIème siècle contribuent à stigmatiser les seniors : <span style="font-style:italic">« Nous n’avons pas eu la possibilité, faute de temps, d’étudier les textes des manuels. En effet, certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard ''Mignonne allons voir si la rose...'' est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotypes, et chercher d’autres textes présentant une image plus positive des seniors pour contrebalancer ces stéréotypes. »</span>. Un poème sur la fuite du temps, c’est en effet attentatoire à la dignité des seniors…       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Des recommandations qui font froid dans le dos</b></div>
     <div>
      Il faut espérer que les observations plus délirantes les unes que les autres qui fourmillent dans cette étude suffiront à lui ôter toute crédibilité et que ses recommandations rejoindront vite le cimetière des rapports inutiles et des analyses sans suite.       <br />
              <br />
       On échappera ainsi à la recommandation <span style="font-style:italic">« d’employer simultanément de façon systématique les deux genres pour évoquer une situation, tout particulièrement lorsqu’il s’agit des métiers ou des activités sportives, des positions sociales ou politiques (dont on a vu qu’elles constituent les domaines les plus sexués) ; à titre d’exemple : le/la gynécologue, le/la préfet-te, le/la professeur-e d’EPS, l’auteur-e, le/la psychologue, le/la cycliste, etc. qui avaient cours de manière très ordinaire au Moyen Âge (miresses, botanistes, prudesfemmes, bouchères, maréchales-ferrantes, etc.) »</span>. Poussera-t-on l’audace jusqu’à réhabiliter l’usage du terme damoiseau ?       <br />
              <br />
       Pour remédier à qu’elle appelle des ouvrages <span style="font-style:italic">« idéologiquement marqués »</span>, l’étude propose de donner un rôle aux associations dans l’évaluation des programmes (p. 39). Il s’agit d’ <span style="font-style:italic">« envisager la constitution d’une instance collective chargée d’assurer un suivi des contenus des manuels relativement à la lutte contre les discriminations serait une piste à explorer ; cet organe reflèterait les différentes institutions concernées par la question et assurerait un contrôle du contenu des manuels relativement aux principes d’égalité et de non-discrimination »</span>. Faut-il s’en étonner quand on lit un peu plus loin, page 67, que les chercheurs mandatés par la Halde ont mené des <span style="font-style:italic">« entretiens avec des spécialistes des différents critères en vue d’établir des listes de préconisations »</span> et interviewé i[«  des membres d’organismes spécialisés dans la prévention et l’aide aux personnes victimes d...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <photo:imgsrc>http://www.communautarisme.net/photo/imagette-1100134-1401202.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.communautarisme.net/Manuels-scolaires-Halde-au-sketch-!_a1028.html</link>
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   <title>Liberté pour l’histoire !</title>
   <pubDate>Sat, 18 Oct 2008 10:00:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Pierre Nora</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Tribune de Pierre Nora, «Liberté pour l'histoire!», Le Monde, 11 octobre 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/1074186-1362720.jpg" alt="Liberté pour l’histoire !" title="Liberté pour l’histoire !" />
     </div>
     <div>
      Les historiens sont aujourd'hui appelés à se mobiliser contre l'ingérence du pouvoir politique dans le domaine de la recherche et de l'enseignement historiques et à s'insurger contre la multiplication des lois criminalisant le passé. C'est ce qui en avait motivé près d'un millier, depuis 2005, à se regrouper derrière René Rémond dans une association, <a class="link" href="http://www.lph-asso.fr">Liberté pour l'Histoire</a>.       <br />
              <br />
       Ce combat a pris en 2007 une dimension européenne, avec un projet de décision-cadre adoptée par le Parlement européen en première lecture. Elle instaure pour tous les "génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre l'humanité", un délit de "banalisation grossière", et même de "complicité de banalisation" passibles de peines d'emprisonnement, quelles que soient l'époque des crimes en cause et l'autorité (politique, administrative ou judiciaire) qui les a considérés comme établis. Mesure-t-on jusqu'où c'est aller ?       <br />
              <br />
       La loi Gayssot, destinée en 1990 à lutter contre le négationnisme, avait créé, à propos des crimes contre l'humanité tels que définis au procès de Nuremberg, un délit de "contestation". Cette loi n'était nullement dirigée contre les historiens, mais, au contraire, contre les militants du mensonge historique. Elle a eu cependant un effet pervers : en déclenchant une émulation des groupes particuliers de mémoire qui revendiquaient pour eux-mêmes les protections que la loi Gayssot garantissait aux juifs, elle ouvrait la porte à une concurrence législative qui, elle, visait directement les historiens.       <br />
              <br />
       C'est ainsi qu'il y a eu, en 1992, une réforme du code pénal introduisant deux nouvelles catégories de crimes, le "génocide" et le "crime contre l'humanité" autres que le crime nazi défini en 1945. Cette réforme a rendu possible les lois mémorielles ultérieures : celle de 2001 reconnaissant le "génocide" arménien de 1915 et, la même année, la loi Taubira qualifiant de crime contre l'humanité la traite et l'esclavage perpétrés à partir du XVe siècle par les nations occidentales. Sans parler de la loi Mekachera de 2005, portant "reconnaissance de la nation en faveur des Français rapatriés" et flanquée du fameux article sur "le rôle positif de la présence française outre-mer", disposition finalement annulée en 2006 devant la levée de boucliers et l'intervention du président de la République.       <br />
              <br />
       Avec ce projet de décision-cadre, hélas introduit par la France, on change carrément de registre.       <br />
              <br />
       Il ne s'agit nullement de nier l'horreur et l'ampleur des crimes, ni la nécessité de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, plus urgente que jamais. Mais il faut bien comprendre qu'au nom des sentiments qui l'inspirent et des intentions qui l'animent, on est en train de nous fabriquer à échelle européenne et sur le modèle de la loi Gayssot une camisole qui contraint la recherche et paralyse l'initiative des enseignants.       <br />
       Au moment de la loi Gayssot, les survivants des victimes et les orphelins étaient sous nos yeux, et les auteurs des abominations encore bien vivants. Avec la loi Taubira, on remonte à cinq ou six siècles, et avec l'Arménie, à des crimes dans lesquels la France n'a aucune part. A quand la Vendée ? A quand la Saint-Barthélemy ? A quand les albigeois, les cathares, à quand les croisades ? C'est déjà fait pour Austerlitz, où, sur l'injonction du président de la République, en 2006, avaient été annulées les festivités du bicentenaire parce que venait d'être rappelé le rétablissement de l'esclavage en Haïti par Napoléon. C'est aussi déjà fait pour Corneille, dont le quatrième centenaire de la naissance a été mis en veilleuse parce qu'on lui avait découvert des parents qui avaient trempé dans le commerce triangulaire.       <br />
              <br />
       Chacun peut comprendre qu'il ne s'agit aucunement pour les historiens de défendre on ne sait quel privilège corporatif ou de se barricader dans une approche scientifique du passé, insensibles à la souffrance humaine et aux plaies toujours ouvertes. Les historiens, de par leur rôle social et leurs responsabilités civiques, se trouvent être seulement en première ligne dans une affaire qui engage l'indépendance de l'esprit et les libertés démocratiques.       <br />
              <br />
       La notion de crime contre l'humanité est peut-être un progrès de la conscience universelle et une saine réaction devant des crimes imprescriptibles. Mais elle ne saurait s'appliquer rétroactivement ni sur le plan intellectuel, ni sur le plan moral, ni, a fortiori, sur le plan juridique.       <br />
              <br />
       C'est ce qui explique que des historiens et non des moindres qui, sur le moment, avaient été retenus de se joindre à nous dans la condamnation de toute forme de loi qualifiant le passé pour préserver la spécificité de la loi Gayssot, se joignent à nous aujourd'hui.       <br />
              <br />
       C'est ce qui explique aussi la spontanéité avec laquelle des historiens de toute l'Europe, et au-delà, se sont tournés vers nous. Parce que si la France a le triste privilège d'être la première, et même la seule, à s'être lancée dans la répression législative en série de la négation des crimes de masse, nous avions, nous, l'antériorité d'une association qui se donnait pour but de faire reconnaître la liberté des enseignants et des chercheurs contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et origine. Des rassemblements du même type sont en voie de se constituer, en Italie, aux Pays-Bas, ou déjà constitués, comme, en Belgique, Pléthore de mémoire.       <br />
              <br />
       Tout n'est peut-être pas perdu. Les responsables politiques à tous les niveaux ne paraissent pas sourds au message des historiens. Puissent-ils entendre celui que nous lançons ici !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
   <photo:imgsrc>http://www.communautarisme.net/photo/imagette-1074186-1362720.jpg</photo:imgsrc>
   <link>http://www.communautarisme.net/Liberte-pour-l-histoire-!_a1027.html</link>
  </item>

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   <title>Justice pour l’ouvrier blanc hétérosexuel</title>
   <pubDate>Wed, 02 Jul 2008 10:31:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Alain Policar</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Par Alain Policar  professeur agrégé de sciences sociales à l’université de Limoges.     <div>
      Alors que, dans les années 70, le débat sur la justice sociale en philosophie politique se posait prioritairement en termes de redistribution des ressources matérielles, la volonté de reconnaissance des différences identitaires semble aujourd’hui constituer l’indicateur fondamental d’une société juste. Il me paraît cependant nécessaire de refuser de choisir entre redistribution et reconnaissance et de s’interroger sur les conditions d’une conciliation.       <br />
              <br />
       On trouve chez Hegel les fondements du concept moderne de reconnaissance. L’idée forte du philosophe est que la conscience de soi dépend de l’expérience de la reconnaissance sociale. Si une personne n’est pas reconnue dans son autonomie, en étant privée de droits fondamentaux ou exclue d’une communauté politique, cela peut contribuer à ruiner le respect de soi qui repose sur la conscience d’être capable d’interagir avec d’autres. De même, les normes institutionnelles et culturelles peuvent induire une dépréciation des modes de vie singuliers qui entraînera un déficit d’estime de soi rendant inéluctable une intériorisation négative des différences collectives. Dans cette logique, il ne s’agit plus de veiller à une distribution équitable des richesses mais de reconnaître l’identité des groupes culturels.       <br />
              <br />
       Cette voie n’est cependant pas sans danger. Si, aux Etats-Unis, la manière institutionnelle de traiter les femmes, les Afro-américains et les homosexuels s’est incontestablement améliorée, l’ouvrier blanc hétérosexuel, victime de discrimination économique, a été négligé. Le risque est que ce dernier pense que les intellectuels progressistes ne se soucient guère de son sort et qu’il soit ainsi tenté de trouver refuge dans le populisme. Ne convient-il pas, dès lors, d’en rester à la lutte contre les préjugés, en insistant sur ce qui nous rassemble, plutôt que d’exiger la reconnaissance des particularismes culturels ?       <br />
              <br />
       Ne prête-t-on pas à la culture une efficacité causale qui est loin d’être démontrée ? Comme l’a souligné Jean-François Bayart (<span style="font-style:italic">L’Illusion identitaire</span>, 1996), dès l’instant où l’on explique des pratiques par la culture tout en définissant celle-ci par le système de ces pratiques, ne convient-il pas de renoncer à l’usage de cette notion ? Son emploi galvaudé conduit, de plus, à désigner par ce terme des entités extrêmement hétérogènes comme l’ethnie, la religion, les mœurs, le genre, la «race» ou même la langue ou la classe sociale. Ces «cultures» ne sont constituées comme telles que par la primauté accordée à l’une de leurs caractéristiques au détriment de toutes les autres. Cette critique radicale du multiculturalisme normatif doit-il nous conduire à suivre la prescription de Richard Rorty, selon laquelle il faut apprendre aux enfants à ne pas accorder d’importance au fait qu’il existe des Blancs, des Noirs, des femmes ou des homosexuels ? Peut-on, si facilement, oublier le monde dans lequel nous vivons ? Il importe, dès lors, sans sacrifier l’universalisme, d’accorder une place aux revendications fondées sur la reconnaissance.       <br />
              <br />
       La stratégie, profondément originale, de Nancy Fraser (<span style="font-style:italic">Qu’est-ce que la justice sociale ? Redistribution et reconnaissance</span>, 2005) consiste à renoncer à ce qu’elle nomme «approches affirmatives» et à recourir aux «approches transformatives». Cela signifie qu’il faut remplacer la politique d’identité par une politique visant à désinstitutionnaliser les hiérarchies injustes.       <br />
              <br />
       Fraser dénonce la politique d’identité traditionnelle qui, afin de combattre les représentations négatives des minorités, renforce en fait les attachements communautaires, au détriment de l’autonomie individuelle. De surcroît, en considérant la non-reconnaissance comme un simple fait culturel, cette politique sépare l’injustice de ses causes institutionnelles et rend ainsi moins perceptible son lien avec le système économique. Elle finit, par conséquent, par oublier la nécessité des luttes de redistribution.       <br />
              <br />
       Comment reconstruire la politique de reconnaissance de façon à ce qu’elle prenne en compte la dimension redistributive, tout en se tenant à distance du différentialisme ? Il convient, selon Fraser, de réinterpréter la reconnaissance en termes de statut. Dans cette perspective, ce qui devient important dans la non-reconnaissance, ce n’est pas la dépréciation de l’identité collective mais la subordination sociale. Il faut rendre optimales les chances de participation au destin d’une collectivité en dénonçant les lois, les règlements administratifs, les pratiques professionnelles, etc., qui permettent l’existence de citoyens de seconde zone : <span style="font-style:italic">«les lois du mariage qui excluent l’union de partenaires de même sexe parce qu’illégitime et perverse, les politiques d’aide sociale qui stigmatisent les mères célibataires comme des parasites sexuellement irresponsables, les pratiques de la police telles que le profilage racial, qui associent des individus racialisés à la criminalité»</span> (Fraser, 2005). Ces exemples de non-reconnaissance, n’étant pas de simples conséquences de la politique économique, ne peuvent être corrigés uniquement par une politique de redistribution. Celle-ci n’est cependant aucunement négligée, certains acteurs sociaux, à l’évidence, manquant des ressources nécessaires pour participer égalitairement à la vie publique.       <br />
              <br />
       La philosophe nord-américaine met utilement l’accent sur le rôle des institutions dans la production des mécanismes discriminatoires. Aussi, la lutte contre les préjugés ne saurait-elle suffire. Certaines normes sociales étant conçues pour correspondre au groupe dominant, il faut, pour rétablir la parité de participation, remplacer ces normes, ignorantes des différences, par des normes qui les acceptent, construire un monde où les minoritaires pourraient faire accepter leurs différences, quelle qu’en soit la nature. Devant le choix entre l’universalisme abstrait et l’affirmation outrancière de la différence collective, Fraser prône la déconstruction des classifications habituelles afin de rendre celles-ci contingentes et éviter les pièges de la politique de l’identité, essentiellement la glorification des identités de groupe et l’omission des luttes de redistribution. Il s’agit donc, dans ce qu’elle nomme modèle statutaire, d’intégrer la reconnaissance à la redistribution, dans une vision cohérente du combat contre l’injustice. Nous ne pouvons qu’encourager un tel programme, sans pour autant sous-estimer la distance qui nous sépare de son accomplissement.       <br />
              <br />
       Dernier livre paru : <span style="font-style:italic">La Justice sociale. Les enjeux du pluralisme</span>, Armand Colin (Cursus), octobre 2006.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div align="center"><iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=observatoired-21&o=8&p=8&l=as1&asins=2200266537&fc1=000000&IS2=1&lt1=_blank&lc1=0000FF&bc1=000000&bg1=FFFFFF&f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></div>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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</description>
   <link>http://www.communautarisme.net/Justice-pour-l-ouvrier-blanc-heterosexuel_a1024.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>«Y a-t-il une culture gay ?'»</title>
   <pubDate>Sun, 29 Jun 2008 19:27:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Francois Devoucoux</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Audio-vidéo]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Débat organisé le 26 juin 2008 sur l'antenne de RFI : François Devoucoux du Buysson, cofondateur de l'Observatoire du Communautarisme et auteur du livre "Les Khmers roses", était invité à débattre dans l'émission de Jean-François Cadet, "Le Débat du Jour".     <div>
      Thème du débat : Existe-t-il une culture gay ?       <br />
              <br />
       Face à lui, Anne Rambach, écrivain et militante lesbienne qui avait fondé dans les années 1990 Les Editions Gaies et Lesbiennes dans le but d'accompagner l'émergence d'une culture homosexuelle.       <br />
              <br />
       Les homosexuels qui écrivent sont-ils pour autant des écrivains gay ? La culture peut-elle s'épanouir dans un ghetto ? Les ouvrages "gay et lesbiens" sont-ils de la littérature ou un simple segment de marché dans l'air du temps ?       <br />
              <br />
       Echange de vues et confrontation d'arguments entre deux spécialistes dont les postures radicalement opposées se rejoignent sur certains points.       <br />
              <br />
       L'émission est podcastée ci-dessous.       <br />
        
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
]]>
</description>
 	<enclosure url="http://www.podtrac.com/pts/redirect.mp3?http://www.communautarisme.net/docs/RFI_20080626.mp3" length="3361684" type="audio/mpeg" />
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 	<itunes:subtitle><![CDATA[Débat organisé le 26 juin 2008 sur l'antenne de RFI : François Devoucoux du Buysson, cofondateur de l'Observatoire du Communautarisme et auteur du livre "Les Khmers roses", était invité à débattre dans l'émission de Jean-François Cadet, "Le Débat d...]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:author>Francois Devoucoux</itunes:author>
 	<itunes:keywords>communautarisme, discrimination positive, république, discriminations, républicain, laïcité, laïc, homosexualité, communautés, ethnicisme, tribalisme, identité, différentialisme, multi-culturalisme, communautarism, nation, tribu, ethnie, </itunes:keywords>
   <link>http://www.communautarisme.net/Y-a-t-il-une-culture-gay_a1023.html</link>
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   <title>Langues régionales et identité nationale</title>
   <pubDate>Wed, 25 Jun 2008 16:30:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Daniel Lefeuvre</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
Par Daniel Lefeuvre, professeur d'histoire contemporaine, Université Paris VIII-Saint-Denis.     <div>
      Les sénateurs viennent de repousser l’<a class="link" href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/amendements/0820/082000605.asp">amendement</a> - voté le 22 mai à la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale – qui, à l’initiative du député UMP des Ardennes, Jean-Luc Warsmann, inscrit dans l’article premier de la Constitution, la protection des langues régionales au titre de patrimoine national. Ce rejet suscite l’ire des partisans de cet amendement qui dénoncent le <span style="font-style:italic">« jacobinisme »</span> de la Haute Assemblée et son mépris pour la diversité culturelle de notre pays qui ne saurait, pour reprendre les paroles du député communiste P. Braouezec, se confondre avec <span style="font-style:italic">« l’uniformité »</span>.       <br />
              <br />
       Quels sont les véritables enjeux de cet amendement ?       <br />
              <br />
       S’agit-il, comme l’on veut nous le faire croire, de défendre un patrimoine culturel menacé ? Certainement pas.        <br />
       Dans la filiation d’un arrêté vichyste du 12 décembre 1941, qui autorisait l’enseignement facultatif des <span style="font-style:italic">« parlers locaux »</span> dans les écoles primaires,  puis de la loi Deixonne du 11 janvier 1951, de la Circulaire Savary du 21 juin 1982 et de la loi du 10 juillet 1989, mise en oeuvre par Lionel Jospin, une circulaire du ministre de l’Éducation nationale, François Bayrou, en date du 7 avril 1995, inscrit la généralisation de la découverte de la langue et de la culture régionale au programme d’enseignement de chaque classe.        <br />
       Depuis cette directive, l'occitan-langue d'oc,  le breton, le basque, le créole, le catalan, le corse, le gallo, les langues régionales d'Alsace, les langues régionales des pays mosellans, les langues mélanésiennes (drehu, nengone, païci, aïje) et le tahitien bénéficient, dans la zone où ces langues sont – ou ont été - en usage, de la possibilité d'être enseignées à l'école, au collège et au lycée, dans le cadre des enseignements facultatifs ou obligatoires.        <br />
              <br />
       Au cours de l’année scolaire 2001-2002, 252 858 élèves, tous niveaux confondus, ont suivi un enseignement de ce type. Ils étaient 404 351 en 2007-2008, soit une hausse de 60 %.       <br />
       Ainsi, non seulement ces langues ne paraissent pas menacées, mais encore, contrairement à ce qu’on veut faire croire, la République a mis en place un dispositif d’enseignement leur donnant une vigueur nouvelle.       <br />
              <br />
       S’il faut s’inquiéter pour l’avenir des langues en péril, constitutives de notre patrimoine national, c’est bien l’enseignement du grec ancien et du latin qui devrait retenir l’attention des députés et des Pouvoirs publics ! seulement 35 464 élèves (moins de 2 %) apprennent le grec et 83 530 le latin, et ces chiffres ne cessent, d’une année sur l’autre, de régresser. Qui pourrait, cependant, contester que ces deux langues et ces deux cultures constituent des socles historiques et patrimoniaux de notre identité nationale ?       <br />
       L’autre langue, aujourd’hui menacée, c’est le français. Pas seulement dans le monde du fait de la prépondérance de l’anglo-américain. Mais en France même, où l’analphabétisme et l’illettrisme gagnent chaque jour du terrain. Comment lutter contre ces fléaux, facteur essentiel d’exclusion sociale, sans rendre au français une part prépondérante dans l’enseignement primaire et secondaire. Les réformes engagées par le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, vont dans ce sens. Mais il faut aller plus vite et plus loin : en 1976, un élève qui sortait du collège avait bénéficié, depuis sa rentrée au cours préparatoire, de 2 800 heures d’enseignement du français. En 2004, avec seulement 2 000 heures, il entrait au lycée avec la formation d’un élève de cinquième.        <br />
              <br />
       Si la disparition des langues régionales n’est pas à l’ordre du jour, et personne ne le souhaite, pourquoi certains tiennent-ils tant à les inscrire dans l’article premier de la Constitution ?       <br />
              <br />
       En réalité, derrière cet amendement, présenté de manière anodine se cache un autre projet.        <br />
       C’est d’ailleurs ce que confirment certains parlementaires, favorables à l’amendement. Ainsi, pour Victorin Lunel, secrétaire national à l’outre-mer du PS, <span style="font-style:italic">« après la reconnaissance des langues régionales dans le marbre de la loi fondamentale, le prochain combat doit être celui conduisant à une véritable politique de valorisation de celles-ci. »</span> Pour François Bayrou, cette inscription constitue un <span style="font-style:italic">« pas en avant important »</span>.        <br />
              <br />
       Vers quoi ?        <br />
       La réponse est évidente : vers la ratification par la France de la <a class="link" href="http://conventions.coe.int/Treaty/Commun/QueVoulezVous.asp?NT=148&CM=2&DF=18%2F04%2F02&CL=FRE">Charte européenne des langues régionales et minoritaires</a> adoptée par le Conseil de l’Europe en 1992 et signée par le gouvernement Jospin, le 7 mai 1999.       <br />
              <br />
       Or, cette Charte, au nom de la protection des langues est porteuse d’une véritable contre-révolution : elle tend, ni plus ni moins, à réduire les citoyens, jusque-là individus libres et égaux, en éléments de groupes ethniques au sein d’une Europe des régions.  Ce qui est en jeu, c’est donc, au-delà de l’alibi culturel évoqué, le maintien ou la disparition, à terme, de l’État-nation, incarnation de notre identité nationale.        <br />
       Le Conseil constitutionnel ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Saisi le 20 mai suivant, par le président de la République, Jacques Chirac, il a en effet estimé que de nombreuses dispositions de la Charte étaient contraires à la Constitution. Et c’est bien pour contourner cet obstacle que les députés entendent modifier la loi fondamentale, afin d’ouvrir irrémédiablement la porte à la ratification. Maryse Lebranchu, ancienne garde des Sceaux de L. Jospin, n’en fait d’ailleurs pas mystère. Elle <span style="font-style:italic">« ne voit pas comment le Conseil constitutionnel pourrait s'opposer à la ratification »</span> de la Charte dès lors que la Constitution reconnaîtrait les langues régionales comme éléments du patrimoine national.       <br />
              <br />
       Certes, pour faire passer la pilule aux Français, auxquels on prend soin de masquer les véritables enjeux du débats, des propos rassurants sont tenus. Ainsi, le constitutionnaliste Guy Carcassonne, ancien conseiller de Michel Rocard à Matignon au temps de l’adopion du statu de la Corse, et partisan de longue date de la ratification, présente la Charte comme une sorte de libre-service qui n’engagerait à rien, puisque chaque État aurait la faculté de choisir les alinéas qu’il entend mettre en œuvre, sans aucune obligation de choisir les plus contraignant. Ainsi, nul justiciable ne pourrait donc exiger  un procès dans sa langue régionale ou minoritaire, ni s’adresser à l’administration dans cette langue.        <br />
              <br />
       Cette analyse lénifiante ne peut cependant pas être retenue. Certes, l’article 21 de la Charte autorise <span style="font-style:italic">« Tout Etat</span> […], <span style="font-style:italic">au moment de la signature ou au moment du dépôt de son instrument de ratification</span> [… à] <span style="font-style:italic">formuler une ou plusieurs réserve(s) aux paragraphes 2 à 5 de l'article 7 de la présente Charte. »</span> Mais <span style="font-style:italic">« aucune autre réserve n'est admise »</span>.        <br />
              <br />
       Or, le paragraphe 1 de cet article 7, (alinéa « d ») mentionne explicitement que la ratification impose que soit facilité et/ou encouragé <span style="font-style:italic">« l’usage oral et écrit des langues régionales ou minoritaire dans la vie publique et dans la vie privée »</span>, disposition explicitement reprise de l’alinéa 3 du préambule.       <br />
       À quoi se rapporte l’expression « vie publique » ? Est-ce, comme l’on feint de nous le faire croire, aux relations ordinaires, celles de tous les jours, de simple voisinages comme chacun en entretient ? Pas du tout. Le « Rapport explicatif » de la Charte [paragraphe 62], rédigé par le <span style="font-style:italic">« Comité ad hoc d'experts sur les langues régionales ou minoritaires en Europe »</span> (CAHLR) créé par le Comité des Ministres européens, est sans ambiguïté : <span style="font-style:italic">« cet effort de promotion doit comporter une action en faveur de la possibilité d'employer librement, tant oralement que par écrit, les langues régionales ou minoritaires, non seulement dans la vie privée et dans les relations individuelles, mais aussi dans la vie collective, c'est-à-dire dans le cadre des institutions, des activités sociales et dans la vie économique. »</span> Ainsi, et la France ne pourrait s’y soustraire si elle ratifiait la Charte, tous les justiciables et tous les administrés seraient-ils en droit d’exiger d’être entendus, et d’obtenir réponses, dans une langue régionale. Autrement dit, on en reviendrait à la situation antérieure à l’ordonnance de Villers-Cotteret du 25 août 1539. Depuis cette date, par unification progressive, la langue française a fait la nation. La Charte européenne, en redonnant aux langues régionales la place qu’elles occupaient auparavant, vise à la détruire.       <br />
              <br />
       Et ce n’est pas jouer les Cassandre que d’affirmer que cette marche à reculons ne s’arrêtera pas aux seules langues régionales ou minoritaires. Certes, la Charte exclut [article 1] les langues des migrants de son champ d’application. Mais ce n’est que partie remise, car, comme le Rapport explicatif le précise, le <span style="font-style:italic">« CAHLR a estimé que ce problème valait d'être traité séparément, le cas échéant dans un instrument juridique spécifique. »</span> Une fois la Charte ratifiée, on passera des langues régionales à celles des migrants. Et comment pourrait-on refuser aux Portugais, aux Arabes, aux Turcs, ou aux Chinois ce qu’on a accepté pour les Bretons, les Basques et les Alsaciens ? Après avoir renvoyé les uns à leur « identité régionale » supposée, on enfermera ainsi les seconds dans leur identité originelle, au lieu de faciliter leur assimilation à leur nouvelle patrie. Voilà qui d’ailleurs éclaire la position du  militant communautariste Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP, favorable à l’amendement Warsmann.        <br />
              <br />
       Au surplus, et cela n’est pas le moins inquiétant, la Charte précise de manière la plus nette, que les langues régionales ou minoritaires en question définissent des « groupes » au sein de la nation, distincts <span style="font-style:italic">« d’autres groupes du même État pratiquant des langues différentes. »</span> [article 7, alinéa 1, paragraphe « e »). Ainsi, la France serait-elle, désormais, composée no...
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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</description>
   <link>http://www.communautarisme.net/Langues-regionales-et-identite-nationale_a1022.html</link>
  </item>

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   <title>Langues régionales : l'arrière- plan d'une cause «sympa»</title>
   <pubDate>Tue, 24 Jun 2008 23:05:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>François Taillandier</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Tribunes]]></dc:subject>
   <description>
<![CDATA[
François Taillandier, écrivain, auteur d'«Une autre langue» s'interroge sur cette tentation d'accorder un statut constitutionnel aux langues régionales. Il prône au contraire un encouragement de la francophonie.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="http://www.communautarisme.net/photo/972839-1211625.jpg" alt="Langues régionales : l'arrière- plan d'une cause «sympa»" title="Langues régionales : l'arrière- plan d'une cause «sympa»" />
     </div>
     <div>
      On peut espérer que le vote des députés visant à entériner dans la Constitution l'existence des langues régionales sera une affaire enterrée après le refus du Sénat. Provisoirement du moins, et c'est pourquoi il faut y revenir : car les pressions exercées en ce sens ne cesseront pas, et le comportement de nos élus en cette affaire a donné une pénible impression d'irresponsabilité, pour ne pas prononcer un mot plus grave. Tout s'est passé comme si, en évitant soigneusement de préciser à quoi l'on s'engage, on s'était à la fois dédouané et donné les coudées franches, au moyen d'une formule apparemment innocente, mais qui tient de la boîte de Pandore ou de la bombe à retardement.       <br />
              <br />
       Un sondage, réalisé pour <span style="font-style:italic">Ouest-France</span>, révèle que 68 % des Français sont favorables à la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales. On voit bien comment joue ici le caractère «sympa» d'une telle mesure, toute revendication minoritaire étant désormais affectée a priori d'un coefficient de légitimité irréfragable. On voit aussi comment la cause est entendue avant d'être étudiée. Le Sénat et l'Académie, avec la complicité souriante du média qui en rend compte, sont présentés comme des «assemblées de Gérontes». La stigmatisation âgiste, gentiment odieuse, sert opportunément à ne pas examiner leurs arguments.       <br />
              <br />
       Nos 68 % de compatriotes (dont il est évident que pas un sur cent ne pratique une desdites langues) ne se demandent pas pourquoi ils jugent si progressiste et novatrice cette reviviscence des pittoresques disparités de l'Ancien Régime, qu'ils honnissent tant par ailleurs, voire des rêves pastoraux du Maréchal. Ils ne se demandent pas de quelles revendications futures elle est porteuse, ni quelles conséquences pourrait avoir une officialisation des langues régionales dans le fonctionnement de l'administration et de la justice. Ni (comme l'a souligné le sénateur J.-L. Mélenchon) quelles autres «reconnaissances» de toutes sortes d'identitarismes et de communautarismes s'en autoriseront.       <br />
              <br />
       Ils ne se demandent pas non plus ce qui se profile derrière cette revendication. On ne peut pas leur en vouloir, mais on a le droit de dire qu'ils sont mal informés. Or l'information existe. Dans un essai intitulé «La Bataille des langues en Europe» (Bartillat, 2001), Yvonne Bollmann a décrit une politique ethniciste, qui remplace la citoyenneté par l'héritage de la terre et du sang. Il faut savoir que les idéologues de cette tendance font leurs comptes (tant de Basques, tant d'Auvergnats…) et n'hésitent pas à mettre les juifs à part.       <br />
              <br />
       Je n'ignore pas qu'il existe de sincères défenseurs de langues que la modernité (et pas seulement en France) voue à mourir. Il est tout à fait nécessaire d'aider ceux qui veulent les conserver, les étudier, et surtout créer dans ces langues, faute de quoi elles ne seraient qu'objets de musée.       <br />
              <br />
       Oui, il faut des associations, des bibliothèques, des programmes universitaires. Il faut l'exercice concret de libertés. Pas des principes abstraits. Donnera-t-on demain au basque, au catalan, au breton ces heures d'enseignement, ces postes que l'on s'obstine à retirer au latin et au grec deux langues anciennes qui constituent le socle historique et culturel de la maison Europe ? Faut-il constitutionnaliser le grec et le latin ? Si l'on veut aller par là, ils le mériteraient bien autant.       <br />
              <br />
       Singulier paradoxe d'une opinion autoproclamée progressiste qui ne cesse de flétrir le repli et le chauvinisme et veut à tout prix nous inclure dans des micro-identités ! Si nos élus veulent mener une politique linguistique à la hauteur des enjeux du temps, donnons-leur de meilleures idées. Une France qui voudrait se relier au monde commencerait par renforcer les liens de la francophonie. M. Hervé Bourges a récemment fait à ce sujet des propositions qu'il faudrait approfondir, discuter, utiliser. Ensuite, elle mènerait une vigoureuse promotion des langues étrangères. Tout jeune Français devrait apprendre une des langues de l'Union, ainsi qu'une des grandes langues véhiculaires (l'espagnol, l'anglais). La France du XXIe siècle aura également un besoin vital de gens qui parlent, par exemple, le chinois ou l'arabe.       <br />
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       Nous avons la chance immense d'avoir ici des immigrés provenant de ces langues, ô combien porteuses d'histoire, de culture et d'actualité. Leur proposer une intégration linguistique efficace devrait aller de pair avec la reconnaissance de la richesse qu'ils détiennent. Pour cela, nous avons besoin d'une langue française s'affirmant sans complexe, c'est-à-dire sans mépris ni ressentiment. Allons, Messieurs les parlementaires, vous avez du travail !
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